L’école marocaine et la quête du sens

 Par LASSEL ABDELLAh  (Prof)  [msg envoyés : 3le 24-08-16 à 20:43  Lu :290 fois
     
  
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Malgré les nombreuses réformes qui se sont succédées sur l’école marocaine, le rendement intérieur et extérieur de ce secteur vital ne saurait en dépit de tout être prometteur sans un changement radical de la manière dont nos apprenants perçoivent l’école et le sens qu’ils donnent à leurs apprentissages, ajoutés aux méthodes adoptées par les enseignants dans la conception de leurs cours.
En effet, si tout acte accompli par un tiers est toujours porteur de sens pour lui, les connaissances scolaires de nos apprenants s’avèrent dépourvues de tout sens pour eux tant ces connaissances ne sont pas traduites en compétences concrétisées de façon palpables dans la vie de tous les jours.
En mathématiques par exemple, les élèves peuvent dans la majorité des cas résoudre des équations mathématiques mais de façon mécanique sans s’interroger sur l’utilité de cette opération dans la vie courante, car ces matières sont enseignées aux élèves sans les relier à la philosophie des sciences, chose qui rend ces matières vides de sens pour eux.
Lors d’une activité parascolaire consacrée aux travaux de l’aménagement de l’environnement de notre établissement, j’ai invité une classe de la deuxième année du baccalauréat« scientifique » à tracer sur une superficie d’une dizaine de mètres carrés le pentagone qui loge au cœur de notre drapeau national. Mais combien ma stupeur était grande et ma déception immense quand ces élèves, toutes leurs connaissances réunies, n’ont pas réussi à réaliser cet exercice, aussi facile soit-il ! Cet analphabétisme fonctionnel(Roegiers) est dû, comme chacun le sait, à la disproportion entre ce qui est inculqué théoriquement en classe et la mise en pratique de ces connaissances dans la réalité.
De cette façon l’école marocaine engendre depuis des décennies des élèves souffrant de handicaps cognitifs, linguistiques et pratiques chroniques. Depuis des générations, l’élève a été habitué à aller à l’école non pas pour apprendre et donner du sens à ce qu’il apprend, s’instruire et former sa personnalité, mais pour la note. Il déploie désormais pour cette fin tout son génie pour s’accaparer de cette note même par des moyens frauduleux pour satisfaire de façon controversée ses enseignants, ses parents et la société! Une grande somme de nos élèves ne vont pas à l’école pour le plaisir mais parce qu’ils sont obligés d’y aller. L’école pour eux n’est pas un lieu de découverte, d’instruction et de formation mais un lieu de torture et une sanction à subir car l’offre pédagogique, didactique et culturel qu’on leur propose tombe tantôt dans la sclérose et l’hypertrophie tantôt dans la médiocrité.
En classe, nos jeunes cervelles n’osent pas poser des questions quand ils ne comprennent pas. Pour eux, être un bon élève c’est de ne déranger personne, ils cherchent la paix avec leurs enseignants en se résignant à la passivité et au mutisme .En contrepartie, il se trouve qu’il y a certains professeurs qui « achètent la paix » avec ces élèves contre la note !
Cette méthode basée sur le dogmatisme, voire le chantage, était voulue par des instances politiques et des responsables irresponsables pour reproduire des individus et non pas des citoyens, des individus soumis, opprimés, couards, à faible personnalité, facile à manipuler et à orienter. Ces pratiques révolues trainent encore derrière elles des séquelles difficiles à surmonter !
Pour dépasser cette situation qui n’a engendré que des porteurs de diplômes sans être qualifiés, il est idoine, à mon sens, de commencer à s’intéresser à l’élève de tous les côtés et à tous les niveaux. Il est impératif de réorienter tout l’armada de la pédagogie vers l’apprenant en le mettant au centre de l’acte d’enseignement-apprentissage. « l’enseignement, à en croire Aristophane, n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu ». Il faut stimuler chez nos jeunes cervelles le désir d’apprendre, les écouter, comprendre leurs attentes, attiser en eux le feu de la curiosité, les encourager à s’interroger, à rompre avec les idées reçues et les faire participer activement à construire eux-mêmes leurs propres apprentissages dans le cadre de projets personnels qui, à leurs tours, devront synchroniser avec le projet d’établissement dans une cohérence savante et dialectique avec les changements que connait le monde et les grands chantiers entrepris par le pays. De cette façon, l’élève commence à comprendre l’utilité de l’école, car il donne du sens à ce qu’il apprend et entreprend.
La chose ne s’avère par évidente pour tous les enseignants, car pour marquer une rupture avec les méthodes adoptées dans nos classes, nos collègues ont besoin de faire preuve d’humilité et accepter de se remettre en question dans leurs manières d’enseigner. l’acte d’enseignement, comme l’a souligné Abderrahim HAROUCHI dans son ouvrage « Pour un enseignement efficace »2010, n’est plus un art, mais une pratique qui s’apprend .Il serait dangereux de croire qu’il y a isomorphisme entre l’activité des enseignants et le bénéfice qu’en tirent les apprenants ou de s’imaginer que le discours du professeur va se transformer par magie en savoir chez l’ensemble des apprenants.(PELPEL)
Favoriser le « learning » au dépend du « teaching »et placer l’élève au centre de l’acte d’enseignement-apprentissage au lieu de le considérer comme un simple consommateur de produits éducatifs, pourrait être efficace dans une ère où l’information est largement abondante, elle déborde de tous les médias.
La vraie réforme est surtout pédagogique, psychologique, culturelle et morale au premier degré. Ce qui manque c’est d’aimer ce qu’on fait et donner du sens à ce qu’on apprend.

  



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