L'avarice et la cupidité dans la philosophie de l'argent de simmel

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 01-08-09 à 11:56  Lu :12384 fois
     
  
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A partir de la page 137 (éd. GF) Simmel aborde la question de l'avarice et de la cupidité, deux passions, apparemment contradictoires : "la cupidité et l'avarice ne sont absolument pas des phénomènes concomitants, même s'ils partagent fondamentalement la même finalité absolue : l'argent" (138) C'est ce qui fait l'originalité du Harpagon moliéresque, lequel est à la fois un avare qui préfère enterrer ses pistoles au lieu de les utiliser, notamment pour marier ses enfants, et un cupide qui recourt à tous les moyens, notamment à l'usure et au négoce, pour augmenter encore plus sa fortune. Pour Georg Simmel, ces deux attitudes extrêmes par rapport à l'argent apparaissent lorsque, "pour un individu, l'argent prend un caractère de fin ultime qui dépasse le niveau d'intensité conforme à la culture économique exprimée dans son milieu." (p.137) Ces deux notions sont donc relatives au contexte socio-culturel : "celui qui passe pour économe et rationnel dans un contexte économique étroit et faiblement fluctuant au niveau monétaire, sera tenu pour avare dans un contexte de chiffres d'affaires rapides et de bénéfices et de dépenses faciles." (138). Simmel analyse le rapport particulier qu'entretiennent ces collectionneurs (thésauriseurs), sortes de hamsters humains, avec l'argent et avec la notion de possession : "Pour eux, la valeur n'est pas située dans le réflexe de l'appropriation, qui est normalement la raison de l'acquisition et de la possession des choses, mais dans le simple fait objectif, et sans plus de conséquence personnelle, que, précisément, ils possèdent ces choses." (139) Là on opposerait par exemple l'attitude de l'avare/hamster qui amasse des objets et des pistoles mais sans avoir aucune intention de les utiliser par la suite comme des moyens (c'est l'argent qui devient finalité en soi) et l'attitude "normale" de l'écureuil ou de la fourmi ou de l'abeille qui, eux, amassent des glands pour pouvoir les utiliser après (l'argent vu comme outil et non comme fin en soi).
Selon Simmel "le collectionneur qui enferme ses pièces de valeur loin du regard des autres sans même en jouir, mais qui jalouse et chérit cependant leur possession, ajoute à son égoïsme la couleur d'une évaluation supra-subjective." (140) Plusieurs notions importantes sont soulevées dans cette analyse :
1) le collectionneur (notamment l'avare) est premièrement une personne possessive, mais sa conception de la possession est particulière c'est une possession sans jouissance : il possède l'argent mais il ne l'utilise jamais pour se faire plaisir ou pour réaliser un objectif puisqu'il est, pour lui, l'objectif en soi. la jouissance pour lui réside dans l'idée de la possession même.
2) le collectionneur est un jaloux par nature, car la jalousie (amoureuse ou autre) signifie un refus définitif de partager. dans la jalousie amoureuse par exemple, ce qui intéresse le jaloux ce n'est pas la jouissance physique que peut lui procurer l'objet d'amour mais bien l'idée même d'être le maître absolu de cet objet.
3) le collectionneur est un égoïste qui n'aime l'objet convoité que pour mieux s'aimer lui-même, d'où sa tendance à sur-évaluer l'objet de convoitise. Pour lui, l'argent a une valeur qui dépasse de loin sa valeur "réelle", objective de moyen, parce qu'il est investi d'une valeur autre, subjective, qui provient de celui qui possède lui-même.
(à suivre)

  




 Réponse N°1 1574

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  Par   marocagreg  (Adminle 03-08-09 à 14:07

Voici une citation qui peut parfaitement servir de sujet de dissertation (ou rédaction littéraire) : à la page 144, Simmel, en analysant toujours la transformation de l'outil (l'argent ou les biens, notamment la propriété terrienne) en finalité - ce qu'il rattache à un "dépassement de la simple jouissance" - considère que l'avarice et la cupidité sont des "dégénérescences pathologiques de l'intérêt pour l'argent" (144). Pour l'avare et le cupide, l'argent devient une valeur absolue qui rabaisse au rang inférieur toutes les autres valeurs :

"Cela ne lui suffit pas de siéger à côté de la sagesse et de l'art, de l'importance individuelle et de la force, de la beauté et de l'amour même, en tant que finalité drnière de l'existence : en faisant ainsi, il s'arroge la puissance de les rabaisser au rang de moyens à son service." (144-5) Ce rapport de l'argent comme valeur absolue et comme finalité aux autres valeurs conventionnelles s'observe parfaitement dans l'avare de Molière. Harpagon, ne reconnaissant d'autres valeurs que l'argent, méprise l'amour, les vertus, la dignité et se montre prêt à vendre sa propre progéniture pour ne pas débourser quelques pistoles. C'est que pour l'avare, comme le souligne bien Simmel dans le même passage (ce passage doit être probablement commenté ou expliqué vu son importance), l'argent est loin d'être un simple métal, ou un moyen d'échange, il est un objet sacré, vénéré : "pour l'avare, l'argent se tient au-delà de cette sphère personnelle, il s'agit pour lui d'un objet d'attention craintive, un tabou. l'avare aime l'argent, comme est aimé un être vénéré dont on éprouve avec béatitude la simple existence - simplement à savoir et à ressentir sa présence -, bien que notre elation avec lui ne s'engage jamais dans la particularité d'une quelconque jouissance concrète.". Le rapport de l'avare à l'argent est donc un rapport particulier, un rapport pathologique souligné par le décalage entre la libido de l'argent (amour de la possession), et la jouissance qui doit découler normalement de l'utilisation de cet argent : "l'avare, affirme Simmel, renonce délibérement à utiliser l'argent comme moyen d'un quelconque plaisir, il le place à une distance insurmontable pour sa subjectivité, distance dont cependant il cherche constamment à avaoir raison par la conscience de sa possession." (145-6)




 Réponse N°2 6869

petites question
  Par   butin annabelle  (CSle 18-10-10 à 18:31

Bonjour, c'est encore moi,

une fois de plus je lis votre étude et vous dites ici que "le collectionneur est un égoïste qui n'aime l'objet convoité que pour mieux s'aimer lui-même, d'où sa tendance à sur-évaluer l'objet de convoitise." Or je ne vois pas en quoi si le collectionneur ou l'avare aime l'objet c'est pour mieux s'aimer lui meme...? vous n'avez pas vraiment développer cette idée et elle reste floue pour moi.

merci pour toute réponse et pour votre travail

Annabelle

Begreen@hotmail.fr




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