L'autobiographie (2)

 Par OMARI Abdellatif  (Prof)  [msg envoyés : 176le 01-06-12 à 21:12  Lu :3003 fois
     
  
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OMARI Abdellatif (Prof)


L'Autobiographie (2)


Remarque : cet article est une réponse à trois autres émanant de notre ami et collègue Dkhissi Abdellah sur le forum concernant l'article « Rappel : l'autobiographie » :

Réponse N°3 223 Excuse-moi de te contredire mais il s'agit bien d'une autobiographie. Pour t'en convaincre : les jours de Taha hossein est une autobiographie à la troisième personne et c'en est une pourtant. Butor fait la même chose dans La modification mais à la deuxième personne. Bref, il faut prendre la théorie avec bcp de recul et de distance critiques.

Réponse N°5 22348 Alors là M. Omari !!!
je te lance un défi ok? Prouve moi que la boîte à merveilles n'est pas une autobiographie avec ton propre langage et non celui de P. Lejeune. Je te dis qu'il faut prendre la critique avec bcp de précautions.


Réponse N°6 22349 Rastignac est le personnage principal du Père Goriot , il représente bcp Balzac étant jeune: vie de province, étude de droit, vie ds une mansarde,ambition... alors pour toi , c'est une autobiographie romancée? Un roman autobiographique?

Tout d'abord, comme réaction à la réponse n°3, je dirai que les règles valables pour une autobiographie à la 1ère personne, restent aussi valables pour des autobiographies à la 2ème ou à la 3ème personne. Le pronom personnel n'est pas un indice pertinent, et dans la mesure où dans les jours de Taha hossein, le personnage principal s'appelle Taha, que nous ayons ou non des raisons de penser que l'histoire vécue par le personnage est exactement celle de l'auteur, « Al ayam », selon la théorie de Ph. Lejeune, est bel et bien une autobiographie, et que ce seul fait d'identité entre le personnage, le narrateur et l'auteur exclut la possibilité de la fiction, même si le récit est, historiquement, complètement faux. Parmi les raisons qu'on avance pour considérer La Boîte à merveilles comme une autobiographie est que la famille allait inscrire le nouveau né sous le nom de Mohammed, et qu'on n'avait pas cessé, étant enfant, de l'appeler Mohamed, et que dans notre culture, il n'y a pas de différence entre Ahmed et Mohamed. Voilà donc des raisons qui n'ont rien de rationnel. Doit-on, dans l'enseignement de la littérature, s'appuyer sur des règles et des méthodes communes et connues ou doit-on laisser libre cours à la subjectivité de chacun de nous ?

Pour répondre à la question n°5, je vous envoie, ne se laisse que pour le partage, une fiche d'une leçon que j'ai menée avec mes élèves et qui se situe juste après une petite séquence notionnelle qui a fait l'objet d'exposés sur la biographie de l'auteur, sur l'autobiographique et les genres qui lui sont proches, d'exercices d'application, et le tout est ressorti d'une reprise. A la fin de cette petite séquence, j'ai donné aux élèves la consigne suivante : pour la prochaine séance, interrogez la paratextualité et les deux premiers chapitres de La Boîte à merveilles, et essayez d'émettre des hypothèses sur le genre de l'oeuvre.

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Fiche

SEANCE1:
    • Activité : Etude de texte : reconnaître, à partir d'indices paratextuels et textuels, les caractéristiques d'un genre à la 1 personne (lecture méthodique)
  • Enoncés de base : Le paratexte + Ch. I et ch. II de La Boîte à Merveilles.

  • Durée : 2h(ou plus)


Demander aux élèves, au début de l'activité, d'émettre leurs hypothèses sur le genre de l'oeuvre, de justifier leurs réponses , et leur dire, après, que ces hypothèses seront confirmées ou infirmées au fur et à mesure de l'étude de la paratextualité et des deux chapitres.


  1. Etude du paratexte :

a-Nom de l'auteur : Ahmed SEFRIOUI, personne réelle, auteur de l'oeuvre La Boîte à Merveilles.

b-date de naissance de l'auteur : 1915.

c-Titre de l'oeuvre : Le titre ne fournit aucune information sur le genre. Certains titres : « Confessions », « Histoire de ma vie », par exemple, suggèrent d'emblée le genre autobiographique.

d-Le sous-titre « Roman » : Ce sous-titre laisse entendre que nous sommes plutôt devant une fiction.

e-La quatrième page de couverture : Un fragment tiré de l'oeuvre, laisse entendre que nous sommes devant un récit à la 1ère personne.


Conclusion : Selon le sous-titre et le fragment à la première personne de la quatrième page de couverture, nous ne pouvons émettre que des hypothèses sur le genre, nous sommes soit devant un roman autobiographique, soit tout simplement devant une fiction à la première personne. Pour trancher sur le genre, Il reste le recours au texte lui-même, à partir de l'étude des deux premiers chapitres.


  1. Etude des deux premiers chapitres :

  1. Au niveau de la fiction :

  1. Situation de communication :

  • Qui parle ? Un narrateur à la première personne.

  • De qui ? De lui même, au moment de l'écriture (1er paragraphe), de l'enfant de six qu'il était, (dans le reste des deux chapitres).

  • De quoi ? de la situation actuelle du narrateur d'être solitaire (1er paragraphe), de certains événements en rapport avec le passé de l'enfant (dans le reste des deux chapitres) : de l'enfant solitaire à la recherche d'un moineau, de la maison où habitaient ses parents, des rites de la chouafa, de la scène du bain maure, de la scène de la dispute de la mère avec la voisine Rahma, de la boîte à merveilles et des rapports de correspondance établis entre l'enfant et les objets de la boîte, de la visite au Mausolée Sidi Ali Boughaleb, des sentiments de l'enfant, etc.

  • Quand ? Aucune indication temporelle, mais, en s'appuyant sur la date de naissance de l'auteur dans le paratexte (1915) et sur le déterminant numéral « six »au début du récit : « Je vois…, un petit garçon de six ans », ch. I, nous pouvons situer le temps de l'action qui serait entre 1920 et 1921

  • ? A Fès.

  1. Identification du passage :

  • Type du texte ? Descriptif – narratif.

  • Genre d'où est extrait le texte ? Dans la mesure où nous sommes devant un récit à la première personne, pour répondre à cette question, il faudra alors interroger les conditions. C'est ce que nous allons étudier au niveau de la narration

  1. Intérêt du passage :

Nous remarquons que le récit s'occupe plus de la description de scènes appartenant à la réalité socioculturelle et observées par un témoin, l'enfant de six ans. Témoignage, observation et description revêtent au passage un intérêt documentaire, voire ethnographique.

  1. Au niveau de la narration (l'écriture):

Le genre : Conditions

-Forme du langage : Récit en prose à la 1ère personne

-Sujet traité : Vie individuelle, histoire d'une personnalité.

-Perspective rétrospective du récit.

-Position du narrateur :

Identité du narrateur, « je » narrant, et du personnage principal, « je » narré (narrateur = personnage principal)

- Situation de l'auteur :

Dans la mesure où l'identité de l'auteur est différente de celle du personnage principal (l'auteur s'appelle Ahmed, le personnage principal s'appelle Mohamed), l'identité de l'auteur est alors différente de celle du narrateur (auteur ± narrateur), et la conclusion qu'on peut tirer est que le récit ne remplit pas la formule « auteur = personnage = auteur», ce qui exclue systématiquement le genre autobiographique ou celui de l'autobiographie romancée. Cependant, par recoupement avec d'autres textes, ou en se fondant sur des informations extérieures, nous avons toutes les raisons de penser que l'histoire vécue par le personnage principal ressemble à celle vécue par l'auteur, ce qui devrait nous amener à classer l'oeuvre dans la catégorie du « roman autobiographique ».



Pour la question n°6, ce que j'ai essayé de défendre dans mon précédent article c'est le genre autobiographique. En se fondant sur des critères, telle ou telle oeuvre est-elle ou non une autobiographie ? Si non, cherchons alors à quel genre elle appartient. Vous me demandez, cher ami, ce que je pense du Père Goriot . D'abord, l'oeuvre n'est pas une autobiographie romancée . Dans ce genre, le nom du personnage principal est le même que celui qui figure sur la couverture, et on peut alors penser au genre autobiographique, mais ce qui distingue les deux genres c'est que dans l'autobiographie romancée, l'auteur rajoute à la réalité vécue des épisodes et des exploits qu'il n'a pas accomplis. Ensuite, l'oeuvre n'est pas un roman autobiographique . Ce n'est pas parce qu'un personnage a quelque chose de l'auteur qu'on doit qualifier l'oeuvre de tel. Certes, comme je l'ai mentionné dans mon article A propos du concept du « discours » , dans la Comédie humaine Balzac est présent sous les traits de nombreux personnages et à différents âges de sa vie, et Rastignac tire quelque chose du Balzac adolescent, mais rien de très intéressant comme événements autobiographiques quant à la vie individuelle et personnelle de Balzac si ce n'est ces ébauches des études en droit et de la vie en province imputées à son héros. Et puis, la grande partie de l'histoire n'est que fiction centrée principalement sur un personnage fictif, le père Goriot. Ainsi, Le père Goriot est tout simplement un roman . Mais si vous avez cité comme exemple Le Lys dans la vallée ou La Peau de chagrin , personne ne peut nier qu'il y a beaucoup de Balzac dans ces deux romans, par l'intermédiaire de son homologue Félix de Vendenesse dans le premier, récit à la 1 ère personne, et par l'intermédiaire de son homologue Raphael de Valentin dans le second, récit à la troisième personne. On peut considérer ces deux oeuvres comme des romans autobiographiques . Mais si dans les deux romans les personnages principaux s'appelaient Honoré, le premier serait qualifié d'autobiographie (non seulement parce que il y a identité entre le personnage, le narrateur et l'auteur, mais aussi parce que la réalité, du début à la fin, n'est pas transfigurée), le second serait qualifié d'autobiographie romancée, car dans ce roman une partie de la réalité est transfigurée, Balzac va échapper à la passion destructrice et à la mort dans lesquelles va succomber son héros.



  



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 Réponse N°1 22537

re
  Par   fatih brahim  (Profle 02-06-12 à 23:04



C'est clair, méthodique et convaincant. Merci .





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