L'argent - zola - résumé (chapitres 10-11-12)


marocagreg  (Admin) [2245 msg envoyés ]
Publié le :2009-08-25 15:42:34   Lu :37218 fois
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Chapitre X (pp.369-414) : la bataille décisive
Ce qui devait arriver, arriva : le chapitre X est le lieu de la bataille décisive. Le champ de bataille, c'est la Bourse où se passe la plus grande partie des événements de ce chapitre. Les inquiétudes qui planaient sur l'Universelle s'aggravent encore à cause de la démence du jeu comme l'affirme Moser le baissier "L'état du marché était trop prospère, d'une prospérité pléthorique qui ne valait rien, pas plus que la mauvaise graisse des gens trop gras." (370) La bulle spéculative menace d'exploser à tout moment. Le champ lexical de la bataille envahit le chapitre. Tout le monde est conscient que la bataille finale aura définitivement lieu, "cette journée s'annonçait si chaude, c'était que tous croyaient, répétaient que la bataille allait enfin être pour ce jour-là, une de ces batailles sans merci où l'une des deux armées reste par terre, détruite." (371) Les deux armées sont dirigées par Gundermann qui se trouve à la tête des baissiers qui veulent provoquer la dégringolade des actions de l'universelle et par Saccard qui n'hésite pas à jouer sur les actions de sa société, à vider ses caisses pour soutenir les cours de l'Universelle et les empêcher de chuter. On a donc droit à la représentation minutieuse d'une première séance de bourse, à la description de la tension qui règne sur cette séance vu l'importance des craintes, et les soupçons d'un effondrement prochain. On assiste alors à une première bataille: les attaques des baissiers et les ripostes des haussiers (notamment les ordres d'achat de Saccard), les bruits de la Bourse qui accompagnent ces échauffourées, les hauts et les bas de l'action sous l'action des deux camps rivaux. Cette première séance se termine par une autre victoire de Saccard et par une défaite supplémentaire qui aggrave encore plus les déficit du camp des baissiers : L'universelle a derechef remonté à 3060, "La déroute des baissiers était complète, la liquidation allait une fois de plus être désastreuse pour eux, car les différences de la quinzaine se solderaient par des sommes considérables." (388)
Le rapprochement entre Saccard et Napoléon est permanent dans ce chapitre. la victoire du directeur de l'Universelle est comparée à celles de Bonaparte :"toute la sale juiverie qui se trouvait là, hargneuse, le vît lui- même, transfiguré, dans la gloire de son succès. Ce fut sa grande journée, celle dont on parle encore, comme on parle d'Austerlitz et de Marengo." (389) Le triomphe de Saccard porte un coup dur au camp de Gundermann, mais cet ultime succès ne fait qu'exaspérer encore plus les craintes "Quand tout marche trop bien, c'est que tout va craquer." (390), la culbute ne sera que plus douloureuse, d'autant plus que Saccard, pour maintenir les cours de l'Universelle, a dû vider les caisses de la société (plus de 200 millions déjà engloutis) pour racheter ses propres actions. L'Universelle est sur le bord de l'asphyxie, elle se dévore elle-même. La logique du marché dit que "Toute société qui veut être maîtresse à la Bourse, pour maintenir le cours de ses actions, est une société condamnée." (392-3) Ce premier triomphe de Saccard est donc mensonger et ne fait que retarder un peu le moment de vérité, la débâcle définitive. le commencement de cette chute a lieu juste après ce triomphe miné de l'intérieur. La débâcle qui se prépare est d'ailleurs représentée comme étant la débâcle du régime politique lui-même : le règne qui a favorisé ces formes exagérées de spéculation est pourri, dégénéré, et il est lui-même en train d'agonir. L'assaut acharné contre l'Universelle est donc perçu comme attaque du règne corrompu lui-même "On allait la prendre pour le bouc émissaire, lui faire expier la folie de tous, les crimes des autres affaires moins en vue, de ce pullulement d'entreprises louches, surchauffées de réclames, grandies comme des champignons monstrueux dans le terreau décomposé du règne." (394)
La bourse où ont lieu ses batailles continues est décrite alors comme un lieu inhumain où se donne libre cours une férocité muette, un champ de bataille miné, plein de guet-apens, embusqué partout (395): c'est le lieu où se révèle un capitalisme sauvage où le faible nourrit le fort "Dans ces batailles de l'argent, sourdes et lâches, où l'on éventre les faibles, sans bruit, il n'y a plus de liens, plus de parenté, plus d'amitié c'est l'atroce loi des forts, ceux qui mangent pour ne pas être mangés." (395) Cette loi de la forêt rend Saccard de plus en plus seul même s'il ne cesse de brûler sa vie dans les lieux mondains de Paris pour affirmer sa solidité factice aux yeux de tous. Des trahisons et des conspirations commencent à prendre forme : Jantrou qui dirige le journal de l'Universelle et la baronne Sandorff deviennent complices et se promettent de quitter le navire avant son naufrage en trahissant s'il le faut Saccard au compte de ses ennemis, ce que la baronne fera effectivement en apprenant à Gundermann une information capitale (l'état désastreux des finances de l'Universelle), une information qui décidera le milliardaire juif à donner l'estocade finale à son adversaire, à préparer le coup de grâce pour la séance du lendemain. Une autre trahison capitale finira de sceller le sort de l'Universelle. Daigremont qui a promis à Saccard d'ameuter des renforts pour redresser les cours et porter à un coup dur aux baissiers, décide, en apprenant de son agent Delarocque l'assaut que prépare Gudnermann, de vendre toutes ses actions : "Défaites, défaites, mon cher... Ah ! non, par exemple ! je ne reste pas dans les maisons qui croulent, c'est de l'héroïsme inutile... N'achetez pas, vendez ! J'en ai pour près de trois millions chez vous, vendez, vendez tout. " (403)
La séance boursière décisive commence alors avec une chute brutale des actions de l'Universelle. Nous assistons alors à un Waterloo boursier, à une véritable déroute. Saccard, double de Bonaparte, subira une culbute vertigineuse "Comme à Waterloo, Grouchy n'arrivait pas, et c'était la trahison qui achevait la déroute. Sous ces masses profondes et fraîches de vendeurs, accourant au pas de charge, une effroyable panique se déclarait." (409). L'action de l'Universelle qui était à 3060 descendra rapidement, malgré les dernières tentatives de résistance de Saccard, à 830. La trahison de Daigremont dont on attendait vainement le renfort, accélère encore plus la chute. A l'issue de cette séance ultime, c'est le drame effroyable de l'argent, c'est le champ de bataille jonché de cadavres ; les cadavres de tous ces modestes actionnaires (à l'instar de Dejoie, les Beauvilliers, les Maugendre et les actionnaires de province) qui ont gardé foi dans le bon sens et la gloire de Saccard. Le désastre a eu lieu et Saccard a subi une défaite mémorable : "lorsqu'il avait entendu les cours s'effondrer, tout en ne s'expliquant pas la cause du désastre, il s'était raidi pour mourir debout. Un froid de glace montait du sol à son crâne, il avait la sensation de l'irréparable, c'était sa défaite, à jamais ; et le regret bas de l'argent, la colère des jouissances perdues n'entraient pour rien dans sa douleur : il ne saignait que de son humiliation de vaincu, que de la victoire de Gundermann, éclatante, définitive, qui consolidait une fois de plus la toute-puissance de ce roi de l'or." (412) Un vent de mort souffle sur le tableau avant sa clôture.
Quelques passages importants de ce chapitre

Texte 1 : Bataille pour la royauté de l'argent



Et l'on causait, on calculait les sommes considérables qu'il devait déjà avoir englouties, à faire avancer ainsi, le 15 et le 30 de chaque mois, pareils à des rangées de soldats que les boulets emportent, des sacs d'écus qui fondaient au feu de la spéculation. Jamais encore, il n'avait subi, en Bourse, une si rude attaque à sa puissance, qu'il y voulait souveraine, indiscutable ; car ; s'il était, comme il aimait à le répéter, un simple marchand d'argent, et non un joueur, il avait la nette conscience que, pour rester ce marchand, le premier du monde, disposant de la fortune publique, il lui fallait être le maître absolu du marché ; et il se battait, non pour le gain immédiat, mais pour sa royauté elle-même, pour sa vie. De là, l'obstination froide, la farouche grandeur de la lutte. On le rencontrait sur les boulevards, le long de la rue Vivienne, avec sa face blême et impassible, son pas de vieillard épuisé, sans que rien en lui décelât la moindre inquiétude. Il ne croyait qu'à la logique. Au dessus du cours de deux mille francs, la folie commençait pour les actions de l'Universelle ; à trois mille, c'était la démence pure, elles devaient retomber, comme la pierre lancée en l'air retombe forcément ; et il attendait. Irait-il jusqu'au bout de son milliard ? On frémissait d'admiration autour de Gundermann, du désir aussi de le voir enfin dévorer ; tandis que Saccard, qui soulevait un enthousiasme plus tumultueux, avait pour lui les femmes, les salons, tout le beau monde des joueurs, lesquels empochaient de si belles différences, depuis qu'ils battaient monnaie avec leur foi, en trafiquant sur le mont Carmel et sur Jérusalem. La ruine prochaine de la haute banque juive était décrétée, le catholicisme allait avoir l'empire de l'argent, comme il avait eu celui des âmes. Seulement, si ses troupes gagnaient gros, Saccard se trouvait à bout d'argent, vidant ses caisses pour ses continuels achats. De deux cents millions disponibles, près des deux tiers venaient d'être ainsi immobilisés : c'était la prospérité trop grande, le triomphe asphyxiant, dont on étouffe. Toute société qui veut être maîtresse à la Bourse, pour maintenir le cours de ses actions, est une société condamnée. Aussi, dans les commencements, n'était-il intervenu qu'avec prudence. Mais il avait toujours été l'homme d'imagination, voyant trop grand, transformant en poèmes ses trafics louches d'aventurier ; et, cette fois, avec cette affaire réellement colossale et prospère, il en arrivait à des rêves extravagants de conquête, à une idée si folle, si énorme, qu'il ne se la formulait même pas nettement à lui-même. Ah ! s'il avait eu des millions, des millions toujours, comme ces sales juifs ! Le pis était qu'il voyait la fin de ses troupes, encore quelques millions bons pour le massacre. Puis, si la baisse venait, ce serait son tour de payer des différences ; et lui, ne pouvant lever les titres, serait bien forcé de se faire reporter. Dans sa victoire, le moindre gravier devait culbuter sa vaste machine. On en avait la sourde conscience, même parmi les fidèles, ceux qui croyaient à la hausse comme au bon Dieu. C'était ce qui achevait de passionner Paris, la confusion et le doute où l'on s'agitait, ce duel de Saccard et de Gundermann dans lequel le vainqueur perdait tout son sang, dans ce corps à corps des deux monstres légendaires, écrasant entre eux les pauvres diables qui se risquaient à jouer leur jeu, menaçant de s'étrangler l'un l'autre, sur le monceau des ruines qu'ils entassaient.

Zola,l’argent, pp.392-393


Texte 2 : la débâcle



A cette seconde, Mazaud sentit passer la mort sur sa face. Il avait reporté Saccard pour des sommes trop considérables, il eut la sensation nette que l'Universelle lui cassait les reins en s'écroulant. Mais sa jolie figure brune, aux minces moustaches, resta impénétrable et brave. Il acheta encore, épuisa les ordres qu'il avait reçus, de sa voix chantante de jeune coq, aiguë comme dans le succès. Et, en face de lui, ses contreparties, Jacoby mugissant, Delarocque apoplectique, malgré leur effort d'indifférence, laissaient percer plus d'inquiétude ; car ils le voyaient désormais en grand danger, et les paierait-il, s'il sautait ? Leurs mains étreignaient le velours de la rampe, leurs voix continuaient à glapir, comme mécaniquement, par habitude de métier, pendant que, dans leurs regards fixes, s'échangeaient toute l'affreuse angoisse du drame de l'argent.
Alors, pendant la dernière demi-heure, ce fut la débâcle, la déroute s'aggravant et emportant la foule en un galop désordonné. Après l'extrême confiance, l'engouement aveugle, arrivait la réaction de la peur, tous se ruant pour vendre, s'il en était temps encore. Une grêle d'ordres de vente s'abattit sur la corbeille, on ne voyait plus que des fiches pleuvoir ; et ces paquets énormes de titres, jetés ainsi sans prudence, accéléraient la baisse, un véritable effondrement. Les cours, de chute en chute, tombèrent à 1 500, à 1 200, à 900. Il n'y avait plus d'acheteurs, la plaine restait rase, jonchée de cadavres. Au-dessus du sombre grouillement des redingotes, les trois coteurs semblaient être des greffiers mortuaires, enregistrant des décès. Par un singulier effet du vent de désastre qui traversait la salle, l'agitation s'y était figée, le vacarme s'y mourait, comme dans la stupeur d'une grande catastrophe. Un silence effrayant régna, lorsque, après le coup de cloche de la clôture, le dernier cours de 800 francs fut connu. Et la pluie entêtée ruisselait toujours sur le vitrage, qui ne laissait plus filtrer qu'un crépuscule louche ; la salle était devenue un cloaque, sous l'égouttement des parapluies et le piétinement de la foule, un sol fangeux d'écurie mal tenue, où traînaient toutes sortes de papiers déchirés ; tandis que, dans la corbeille, éclatait le bariolage des fiches, les vertes, les rouges, les bleues, jetées à pleines mains, si abondantes ce jour-là, que le vaste bassin débordait.

Zola,l’argent, pp.410-411


Texte 3 : la chute de Saccard



Mais, dans la salle, la panique venait surtout de souffler autour de Saccard, et c'était là que la guerre avait fait ses ravages. Sans comprendre au premier moment, il avait assisté à cette déroute, faisant face au danger. Pourquoi donc cette rumeur ? n'étaient-ce pas les troupes de Daigremont qui arrivaient ? Puis, lorsqu'il avait entendu les cours s'effondrer, tout en ne s'expliquant pas la cause du désastre, il s'était raidi pour mourir debout. Un froid de glace montait du sol à son crâne, il avait la sensation de l'irréparable, c'était sa défaite, à jamais ; et le regret bas de l'argent, la colère des jouissances perdues n'entraient pour rien dans sa douleur : il ne saignait que de son humiliation de vaincu, que de la victoire de Gundermann, éclatante, définitive, qui consolidait une fois de plus la toute-puissance de ce roi de l'or. A cette minute, il fut vraiment superbe, toute sa mince personne bravait la destinée, les yeux sans un battement, le visage têtu, seul contre le flot de désespoir et de rancune qu'il sentait déjà monter contre lui. La salle entière bouillonnait, débordait vers son pilier ; des poings se serraient, des bouches bégayaient des paroles mauvaises ; et il avait gardé aux lèvres un inconscient sourire, qu'on pouvait prendre pour une provocation.
D'abord, au milieu d'une sorte de brouillard, il distingua Maugendre, d'une pâleur mortelle, que le capitaine Chave emmenait à son bras, en lui répétant qu'il l'avait bien prédit, avec une cruauté de joueur infime, ravi de voir les gros spéculateurs se casser les reins. Puis, ce fut Sédille, la face contractée, avec l'air fou du commerçant dont la maison croule, qui vint lui donner une poignée de main vacillante, en bon homme, comme pour lui dire qu'il ne lui en voulait point. Dès le premier craquement, le marquis de Bohain s'était écarté, passant à l'armée triomphante des baissiers, racontant à Kolb, qui se mettait prudemment à part, lui aussi, quels doutes fâcheux ce Saccard lui inspirait, depuis la dernière assemblée générale. Jantrou, éperdu, avait disparu de nouveau, à toutes jambes, pour porter le dernier cours à la baronne Sandorff, qui allait sûrement avoir une attaque de nerfs dans son coupé, comme la chose lui arrivait les jours de grosse perte.
Et c'était encore, en face de Salmon toujours muet et énigmatique, le baissier Moser et le haussier Pillerault, celui-ci provocant, la mine fière, malgré sa ruine, l'autre, qui gagnait une fortune, se gâtant la victoire par de lointaines inquiétudes.
" Vous verrez qu'au printemps nous aurons la guerre avec l'Allemagne. Tout ça ne sent pas bon, et Bismarck nous guette.
-- Eh ! fichez-nous la paix ! J'ai encore eu tort, cette fois, de trop réfléchir... Tant pis ! c'est à refaire, tout ira bien. "
Jusque-là, Saccard n'avait pas faibli. Le nom de Fayeux, prononcé derrière son dos, ce receveur de rentes de Vendôme, avec lequel il se trouvait en rapport, pour toute une clientèle d'infimes actionnaires, venait seulement de lui causer un malaise, en le faisant songer à la masse énorme des petits, des capitalistes misérables qui allaient être broyés sous les décombres de l'Universelle. Mais, brusquement, la vue de Dejoie, livide, décomposé, porta ce malaise à l'aigu, en personnifiant toutes les humbles et lamentables ruines dans ce pauvre homme qu'il connaissait. En même temps, par une sorte d'hallucination, s'évoquèrent les pâles, les désolés visages de la comtesse de Beauvilliers et de sa fille, qui le regardaient éperdument de leurs grands yeux noirs pleins de larmes. Et, à cette minute, Saccard, ce corsaire au coeur tanné par vingt ans de brigandage, Saccard dont l'orgueil était de n'avoir jamais senti trembler ses jambes, de ne s'être jamais assis sur le banc, qui était là, contre le pilier, Saccard eut une défaillance et dut s'y laisser tomber un instant. La cohue refluait toujours, menaçait de l'étouffer. Il leva la tête, dans un besoin d'air, et il fut tout de suite debout, en reconnaissant, en haut, à la galerie du télégraphe, penchée au-dessus de la salle, la Méchain qui dominait de son énorme personne grasse le champ de bataille. Son vieux sac de cuir noir était posé près d'elle, sur la rampe de pierre. En attendant d'y entasser les actions dépréciées, elle guettait les morts, telle que le corbeau vorace qui suit les armées, jusqu'au jour du massacre.

Zola,l’argent, pp.412-414




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