L'argent et la notion de divinité

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 31-07-09 à 23:00  Lu :6875 fois
     
  
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Nous avons déjà évoqué ce rapport entre l'argent et la divinité. Dans La philosophie de l'argent de Simmel, il existe des passages qui évoquent clairement cet aspect.
Pour expliquer ce rapprochement, Simmel distingue deux notions fondamentales : la fin et le moyen. Il souligne entre autre qu'ici-bas aucune fin n'est définitive puisque chaque objectif réalisé devient lui-même un moyen, une étape qui amorçe une autre série téléologique, qui tend vers une autre finalité.
"aucun objectif particulier de la volonté n'est considéré comme la fin dernière, à chacune la possibilité demeure ouverte de n'être qu'une étape vers une finalité plus haute (...). La voie des volontés et des estimations humaines se poursuit à l'infini et (...) aucun point atteint, aussi définitif qu'il ait pu apparaître devant soi, ne peut éviter d'être tenu pour un simple moyen une fois dépassé." (p.131)
ce disant, l'objectif final ou la fin dernière reste toujours hors de portée comme un horizon qui garde toujours la même distance par rapport à celui qui le voit :
"ce que nous nommons objectif final plane au-dessus des séries téléologiques, et qu'il est vis-à-vis d'elles comme l'horizon vis-à-vis des chemins terrestres : ils vont dans sa direction, mais il demeure toujours aussi lointain devant eux après la marche la plus longue." (p.130).
Si toute fin devient moyen, c'est-à-dire étape provisoire, le rapport s'inverse avec l'argent. L'argent qui normalement un simple moyen, un outil (un rapport) devient lui finalité : Simmel évoque l'argent comme "l'exemple le plus grand et le plus parfait d'une accession psychologique des moyens au statut de finalité." (p.129)
A ce propos, il est intéressant de commenter ou expliquer le passage (pp.122-124) pour voir comment l'argent effectue ce glissement de simple moyen en finalité . Citons ce passage important :
" tandis que sa valeur de moyen s'accroit, sa valeur s'accroit aussi en tant que moyen, et tellement haut, qu'il passe pour la valeur par excellence et que la conscience des fins s'arrête définitivement à lui. la polarité inhérente à la nature de l'argent - être le moyen absolu et précisément, par là revêtir psychologiquement pour la plupart des hommes la qualité de fin absolue." (122-123).
Or c'est justement le propre de Dieu d'être l'harmonie des contraires, d'être à la fois moyen absolu et fin absolue, d'où la conclusion de Simmel à la page 133 "l'argent comme moyen absolu et donc point d'unification d'innombrables séquences dotées d'une finalité, a justement des rapports significatifs, dans sa forme psychologique, avec l'idée de Dieu (...) L'essence profonde de la pensée de Dieu est d'accéder à l'union de la diversité et des contradictions du monde." Puis Simmel souligne clairement le rapprochement dans la page suivante : " Dans la mesure où, de plus en plus, il (l'argent) devient l'expression absolument suffisante et l'équivalent de toutes les valeurs, l'argent se hisse à une hauteur abstraite qui surplombe la vaste diversité des objets." (134)

  



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