L'approche communicative!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 23-08-12 à 03:40  Lu :1049 fois
     
  
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L'APPROCHE COMMUNICATIVE
Nadine Bailly - Michael Cohen
THÉORIE
Définition Générale
Constructivisme Vs. Structuralisme
Niveau Seuil
DEFINITION GENERALE
L'Approche Communicative est un terme de la didactique des langues correspondant à une vision de l'apprentissage basée sur le sens et le contexte de l'énoncé dans une situation de communication. Cette approche s'oppose aux visions précédentes s'attardant davantage sur la forme et la structure des langues que sur le contexte. Il est important d'étudier cette opposition au sein des théories linguistiques afin de mieux comprendre le concept d'Approche Communicative.
CONSTRUCTIVISME VS. STRUCTURALISME
L'évolution des grandes théories linguistiques ne peut être analysée sans aborder les différents "conflits" entre les mouvements successifs de la recherche dans ce domaine. Ainsi l'origine de l'Approche Communicative peut être placée dans ce contexte de grands débats scientifiques.
Les prémices de l'Approche Communicative remontent aux travaux de Noam CHOMSKY qui révolutionna le monde de la linguistique. A l'heure où les théories structuralistes étaient en plein essor, postulant que chaque langue constitue un système de structures complexes imbriquées les unes dans les autres (travaux de SAUSSURE et SKINNER), CHOMSKY intervient et contredit ces approches traditionnelles en introduisant le concept de "Language Acquisition Device" (littéralement traduit par "dispositif d'acquisition du langage"). Selon CHOMSKY, tout être humain possède une capacité innée à décrypter et à comprendre un code langagier grâce à une fonction intellectuelle spécifique. Cette théorie est basée sur l'observation des enfants qui maîtrisent leur langue maternelle en moins de quatre ans sans apprentissage formel. Ainsi, pour CHOMSKY, il n'y a pas plusieurs systèmes distincts mais une seule et unique "grammaire universelle".
De ces concepts découlent les prémices des théories constructivistes et des approches cognitivistes de l'apprentissage des langues. Ainsi apparaît le concept d'interlangue, basée sur l'observation de l'évolution du langage de l'enfant depuis sa naissance jusqu'à sa maîtrise parfaite de la parole. L'enfant construit progressivement son propre langage en partant d'une phase de surgénéralisation des règles syntaxiques et en aboutissant petit à petit à une maîtrise ajustée de la parole. Ainsi ces nouvelles observations amènent à penser qu'il en va de même pour tout apprenant d'une langue étrangère qui, pour favoriser son apprentissage, doit construire progressivement son propre langage interne et évoluer naturellement en communiquant.
NIVEAU SEUIL
L'évolution des théories linguistiques citées plus haut a permis d'instaurer un champ favorable à l'avènement de l'Approche Communicative. Mais c'est en 1975 que ses traits caractéristiques se dessinent réellement lorsque le Conseil de l'Europe définit le"Threshold Level" (Niveau Seuil) pour l'Anglais qui servira de modèle pour toutes les autres langues. Inspiré des préoccupations militaires des États Unis de l'après guerre cherchant à communiquer de manière efficace dans les pays où ils débarquaient, le Niveau Seuil du Conseil de l'Europe fait un inventaire des compétences linguistiques à atteindre pour pouvoir être rapidement opérationnel dans un pays étranger. Pour la première fois, la langue est découpée, non plus en structures grammaticales, mais en une liste de notions et de fonctions définies selon des besoins minimaux.
Les fonctions sont une liste de savoirs faire langagiers permettant d'être opérationnel dans des situations de communication à l'étranger: "se présenter", "demander son chemin", "acheter un billet de train". A un niveau plus abstrait, ces fonctions s'inscrivent dans un certain nombre de notions telles que "le temps", "l'espace", "les sentiments", "les relations sociales", etc.
Ainsi voit le jour "l'Approche Notionnelle-Fonctionnelle" appelée également "Approche Communicative", qui inspire encore considérablement les méthodes d'apprentissages des langues.
APPLICATION PÉDAGOGIQUE
Approche Communicative Vs. Béhaviorisme
Statut de l'erreur
Autonomie
Tout comme pour les fondements linguistiques vus précédemment, les applications pédagogiques de l'Approche Communicative ne peuvent être abordées sans procéder à une brève analyse comparative de quelques courants de l'enseignement des langues.
APPROCHE COMMUNICATIVE Vs. BÉHAVIORISME
L'Approche Communicative dans l'enseignement des langues voit le jour en pleine période structuraliste où les pédagogies béhavioristes étaient en plein essor. Si les méthodes audio-orales et audio-visuelles des années 60-70 offraient l'apport de nouvelles technologies en cours de langues, elles puisaient encore beaucoup dans des approches structuralistes traditionnelles. Le béhaviorisme consistait à introduire des structures toutes faites qu'il fallait répéter puis consolider grâce à un processus de stimulus du professeur et de réponse de l'apprenant. Des exercices structuraux appelés "drills", servaient à rebrasser les éléments appris par une pratique intensive sur un point de grammaire précis.
Dans l'approche communicative, il ne s’agit plus de s'attarder sur des structures grammaticales à apprendre par coeur, mais avant tout sur le sens de la communication. Une question posée par le professeur ne donnera pas lieu à une seule et unique réponse contenant une structure syntaxique précise, mais laissera la liberté à l'apprenant de choisir parmi une quantité de réponses possibles selon le message qu'il désire faire passer. Ainsi le cours de langues n'est plus un cours magistral où seul l'enseignant détient le savoir et la bonne réponse. Il devient une séance interactive ou le contexte de la communication est mis en valeur. De plus, les supports étudiés ne sont plus crées artificiellement pour la classe avec le nombre exact de structures à assimiler mais ils sont choisis parmi une source vaste de documents authentiques (extraits littéraires, articles de journaux, émissions de radio, clips vidéos, etc.)
STATUT DE L'ERREUR
Avec la définition du Niveau Seuil du conseil de l'Europe, les objectifs pour les apprenants de langues étrangères ont changé considérablement. Le mythe du bilinguisme parfait est remis en question. Il ne s’agit plus de maîtriser parfaitement la langue cible avec un accent irréprochable mais avant tout d'être opérationnel grâce à un bagage suffisant pour pouvoir communiquer dans un pays étranger. Ainsi le statut de l'erreur a évolué vers une plus grande tolérance. On privilégiera la transmission et la compréhension d'un message sensé dans un contexte de communication au détriment d'une maîtrise parfaite des structures grammaticales et du lexique.
S'inspirant du constructivisme et de la notion linguistique d'interlangue, on considère que l'erreur a également une fonction formative. L'apprenant construit progressivement son propre langage en se servant de ses erreurs pour évoluer dans son apprentissage. Le professeur détectant les erreurs peut également profiter de cette opportunité pour apporter un "feedback" (commentaire) constructif. Ainsi on distingue une évaluation sommative qui donne une simple valeur numérique aux performances de l'apprenant (une note), sans pour autant servir à sa progression, et une évaluation formative qui non seulement situe l'élève dans une échelle de valeurs mais lui apporte également des éléments pour évoluer dans son apprentissage.
AUTONOMIE
Comme nous l'avons compris, le rôle du professeur a considérablement évolué lors des premières applications pédagogiques de l'Approche Communicative. Il n'est plus "le maître" qui détient le savoir et qui n'autorise les interventions des "élèves" que lorsqu'ils sont interrogés. Il devient un chef d'orchestre, limitant ses prises de parole et encourageant une participation orale spontanée. "L'élève" quand à lui, change également de statut: il se transforme en "apprenant" prenant en charge son propre apprentissage de manière autonome. En d’autres termes, le cours de langue vivante n'est plus centré sur le professeur mais sur l'apprenant.
Dans cet esprit d'interaction et de centration sur l'apprenant, la dynamique de groupe est également considérée comme un facteur majeur de motivation pour l'apprentissage des langues. Les jeux de rôles, les travaux en groupes ou par pairs sont encouragés pour instaurer une atmosphère de confiance et de solidarité favorable à la communication. De la même manière, le "feedback" traditionnellement délivré par le professeur sera désormais produit par les apprenants eux même, monopolisant les compétences de chacun et valorisant l'échange et l'entraide.
ÉVOLUTION
Un démarrage lent et difficile
L'Approche Communicative revue et corrigée
UN DEMARRAGE LENT ET DIFFICILE
Malgré la lancée théorique de 1975 avec la définition du Niveau Seuil et l'introduction des notions et fonctions par le Conseil de l'Europe, l'Approche Communicative mit dix ans à être réellement mise en application dans les cours de langues au sein du système scolaire. Si ses principes de bases étaient largement adoptés par la majorité de la communauté éducative, le changement était si important que les éditeurs de manuels scolaires mirent du temps à s'y adapter. En effet, dans le début des années 80 les méthodes audio-visuelles circulaient toujours dans les établissements, avec des faux semblants d'adaptation à la nouvelle approche. Les chapitres des manuels de langues étaient certes désormais organisés en fonctions et en notions, mais le contenu demeurait plus que jamais structural et peu authentique.
L'APPROCHE COMMUNICATIVE REVUE ET CORRIGÉE
C'est seulement vers la seconde moitié des années 80 que les premiers manuels officiels apparurent, prenant réellement en compte les grands principes pédagogiques de l'Approche Communicative: authenticité, contexte, interaction, centration sur l'apprenant, etc. Cependant les projets pédagogiques tombaient parfois dans des excès et des incohérences qui n'échappèrent pas aux critiques des spécialistes de l'enseignement. Certes, le contenu était plus authentique et les activités proposées plus interactives. Ce fût la fin des "drills", ces fameux exercices grammaticaux rébarbatifs. Cependant il n'y avait rien pour combler le vide succédant au grand balayage des traditionnelles méthodes structurales. La langue orale était tellement prédominante qu'elle occupait toute la place du cours de langue, au détriment de l'écrit et de la grammaire. En effet, à force de vouloir tout étudier en contexte en évitant les règles explicites, la grammaire était devenue quasiment inexistante ou étudiée brièvement et de manière superficielle. Lorsque les professeurs se rendaient à l'évidence que leurs apprenants nécessitaient tout de même un minimum de bagage théorique, ils retombaient finalement dans des cours de grammaires hors contexte, ressemblant fortement aux anciennes méthodes qu'ils redoutaient tant.
Pour remédier à cet état de fait, une deuxième génération de l'Approche Communicative voit le jour dans les années 90 lors de nouvelles instructions officielles mettant en avant les lacunes en ce qui concerne l'absence de la langue écrite et de la grammaire. Quatre compétences indispensables pour le cours de langue sont définies dans un ordre précis, à savoir la compréhension orale, la compréhension écrite, la production orale, et la production écrite. Ainsi, on met l'accent sur le principe d'une progression cohérente dans un parcours d'apprentissage qui va du simple au complexe, du général au particulier et du connu vers l'inconnu. S'ajoute également une cinquième compétence dite "méthodologique", qui rejoint l'idée d'autonomie et de centration sur l'apprenant. Ce dernier est encouragé à acquérir des stratégies d'interaction, d'auto-évaluation et de réflexion sur son apprentissage. Ainsi la grammaire retrouve sa place en cours de langue, dans le cadre d'une phase de réflexion en contexte et d'induction des règles syntaxiques.
BIBLIOGRAPHIE
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