L'anticonsommation a son prophète

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 19-07-11 à 11:38  Lu :1570 fois
     
  
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L'anticonsommation a son prophète

Déguisé en pasteur, l’acteur américain Bill Talen exhorte ses concitoyens à résister à la frénésie des achats. Avec un succès limité.

THE WASHINGTON POST (extraits)


A cette époque de l’année, le révérend Billy, de la Church of Stop Shopping [Eglise de l’anticonsommation], n’a pas la tâche facile. En ce Black Friday, le vendredi qui suit Thanksgiving et donne le coup d’envoi des achats de Noël – que le révérend Billy appelle la Journée sans achats –, il hurle son message dans un mégaphone, dès 6 heures du matin, devant les grands magasins Macy’s, dans Midtown Manhattan. "Arrêtez d’acheter !" exhorte-t il. Sa voix résonne dans les rues sombres qui grouillent de silhouettes emmitouflées dans d’épais manteaux, les bras chargés de sacs. Certains s’arrêtent pour le dévisager. Et poursuivent leur chemin dans la bousculade.

Le révérend Billy, alias Bill Talen, n’est pas un ministre du culte, ni même un chrétien pratiquant, mais un acteur. Il n’empêche, c’est un vrai croyant, qui espère prévenir l’"Achapocalypse" et sauver notre âme, notre portefeuille, notre société et la planète. En tant que comédien et militant, il prêche contre la frénésie de consommation depuis 1997, quand il a commencé à porter la bonne parole devant le magasin Disney de Manhattan. Avec ses ouailles, il a exorcisé des caisses enregistreuses et conduit diverses interventions dans les magasins. Il a été arrêté des dizaines de fois. Il a été interdit de séjour dans tous les cafés Starbucks du monde en 2003 et sur les sites Disney en 2005. Morgan Spurlock, le réalisateur de Super Size Me, a produit What Would Jesus Buy [Ce que Jésus achèterait], un "docu-comédie" sur l’évangile selon Talen, actuellement diffusé dans quelques salles aux Etats-Unis. Dans ce pays marqué par une forte tradition de ministres du culte autoproclamés, Talen – coiffure blonde gonflante, col de prêtre sous un costume blanc, voix grondante et vibrante – incarne, à mi-chemin entre parodie et gravité, un bonimenteur diseur de vérité.



Il fait également partie d’un mouvement opposé à la culture de la consommation. On y trouve notamment le Freecycle Network, un magasin géant de troc sur Internet où tout est gratuit ; les Freegans, qui tentent de vivre uniquement des aliments qu’ils trouvent dans les poubelles ; ou encore No Impact Man, un habitant de Manhattan qui a survécu une année entière sans voiture ni électricité – et quasiment sans produits de grande consommation –, tout en relatant son expérience sur son blog



Tout a commencé pour Talen lorsqu’il s’est installé à New York, dans les années 1990 : il a découvert une ville éclectique, inventive, nerveuse, qui se faisait envahir par les chaînes de magasins. Les seules voix qui s’élevaient pour protester étant celles des prédicateurs de rue, il décida de les rejoindre. (...) Depuis, il sillonne le pays, en compagnie de sa chorale Stop Shopping, montant des baraques de fortune où chacun peut venir confesser ses péchés d’achat, faire baptiser son bébé pour le protéger de la société de consommation, se marier et même célébrer des funérailles. "On en est arrivé au point où, pour avoir vécu, il faut acheter quelque chose", explique-t-il.

Dans les milieux chrétiens, les réactions sont mitigées. "Oui, c’est un peu condescendant", commente Brett McCracken, dans la revue Christianity Today. "Et cela déprécie le christianisme." Mais le discours du révérend Billy consiste justement à dire que "notre matérialisme l’a déjà rabaissée". Le spécialiste de la Bible Walter Brueggemann estime de son côté, dans le numéro de décembre du magazine Sojourners, que le révérend Billy "s’inscrit dans la continuité des anciens prophètes d’Israël et des grandes figures prophétiques de l’histoire des Etats- Unis, qui n’ont cessé d’appeler notre société à renouer avec la passion fondamentale de l’homme pour la justice et la compassion". Ces commentaires flatteurs n’ont pas été d’un grand secours pour le révérend en ce jour saint pour son Église, la Journée sans achats. Il a beau prier et prêcher à en perdre la voix, depuis le lever du jour, il n’a pas fait un seul converti. "Ça se bouscule, ça se bouscule", maugrée-t-il. Alors que sa chorale défile sur Broadway, les passants dansent au rythme de la musique, proclament que le révé rend Billy est un homme de Dieu et s’accordent avec lui sur les ravages de l’hyperconsommation. "Ce qu’il dit est vrai !" convient Abraham Riera, un dentiste de 38 ans venu du Honduras en touriste. "Mais nous aimons acheter", ajoute-t-il avant de s’engouffrer dans le magasin de jouets Toys ‘R’ Us.


Robin Shulman



COURRIER INTERNATIONAL N° 896 28 DU 2 AU 9 JANVIER 2008


  



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