L'amour de l'argent

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 26-07-09 à 11:16  Lu :5435 fois
     
  
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L'avare aime l'argent plus que tout au monde, plus que ses enfants, plus que lui même :comme le dit Frosine à Cléante :
"car enfin il vous aime fort, je le sais ; mais il aime un peu plus l'argent." (p.87)
La libido de l'argent apparaît dans l'avare de Molière à maintes reprises. Lorsqu'on lui a volé son trésor enterré, Harpagon devient quasiment hystérique et se dit prêt à mettre fin à sa vie, parce qu'il ne veut pas survivre à son argent, parce que l'argent est la seule chose qui donne un sens à son existence :
" si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après." (p.100)
Non seulement Harpagon ne conçoit pas sa vie sans son argent qu'il a amassé en profitant de la misère des autres, mais il aurait préféré perdre ses enfants et sa fille Elise au lieu de perdre son or. Lorsque Elise intervient pour défendre son amoureux Valère accusé de vol en demandant à son père de dominer sa passion et en lui rappelant l'acte e bravoure de Valère qui l'a sauvée d'une noyade assurée, Harpagon n'hésite pas à faire son choix:
"Tout cela n'est rien; et il valait bien mieux pour moi qu'il te laissât noyer que de faire ce qu'il a fait." (p.113) pour Harpagon c'est clair : l'argent = tout ; tout ce qui n'est pas l'argent = ce n'est rien
On le voit donc l'avarice est une forme de démesure, c'est un amour exaspéré, absurde de la matière.
Sans doute, on peut aussi invertir les termes et évoquer l'argent de l'amour, puisque beaucoup de personnes sont prête à se prostituer pour récupérer une somme d'argent. La prostitution ici n'est pas seulement la prostitution du corps, mais aussi la prostitution de l'être en général. L'avare est prêt à prostituer toutes les valeurs pour augmenter sa fortune de quelques deniers, comme Harpagon qui, non content de marier ses enfants sans débourser un denier : " je n'ai pas d'argent à donner en mariage à mes enfants." p.121, ne s'empêche pas de profiter de l'accosion pour obliger Anselme à lui acheter un habit de noce (voir La Bruyère : l'avare est effronté). Cela est significatif : en fait l'avare ne possède pas l'argent, mais il est possédé par lui, et par conséquent on peut affirmer que l'avare est le plus pauvre des hommes.
"Celui qui amasse en se privant amasse pour d'autres, et de ses biens, d'autres feront bombance". (L'Ecclésiastique dans le chapitre 14 verset 4)
Vous pouvez consulter cette page web qui évoque cette libido de l'argent :
amour de l'argent
voici aussi deux textes extraits des caractères de La Bruyère qui peuvent mieux nous aider à saisir la nature de l'avarice :

De l'effronterie causée par l'avarice
Pour faire connaître ce vice, il faut dire que c'est un mépris de l'honneur dans la vue d'un vil intérêt. Un homme que l'avarice rend effronté ose emprunter une somme d'argent à celui à qui il en doit déjà, et qu'il lui retient avec injustice. Le jour même qu'il aura sacrifié aux Dieux, au lieu de manger religieusement chez soi une partie des viandes consacrées, il les fait saler pour lui servir dans plusieurs repas, et va souper chez l'un de ses amis; et là, à table, à la vue de tout le monde, il appelle son valet, qu'il veut encore nourrir aux dépens de son hôte, et lui coupant un morceau de viande qu'il met sur un quartier de pain: "Tenez, mon ami, lui dit-il, faites bonne chère." Il va lui-même au marché acheter des viandes cuites; et avant que de convenir du prix, pour avoir une meilleure composition du marchand, il lui fait ressouvenir qu'il lui a autrefois rendu service. Il fait ensuite peser ces viandes et il en entasse le plus qu'il peut; s'il en est empêché par celui qui les lui vend, il jette du moins quelque os dans la balance: si elle peut contenir tout, il est satisfait; sinon, il ramasse sur la table des morceaux de rebut, comme pour se dédommager, sourit, et s'en va. Une autre fois, sur l'argent qu'il aura reçu de quelques étrangers pour leur louer des places au théâtre, il trouve le secret d'avoir sa place franche au spectacle, et d'y envoyer le lendemain ses enfants et leur précepteur. Tout lui fait envie: il veut profiter des bons marchés, et demande hardiment au premier venu une chose qu'il ne vient que d'acheter. Se trouve-t-il dans une maison étrangère, il emprunte jusqu'à l'orge et à la paille; encore faut-il que celui qui les lui prête fasse les frais de les faire porter chez lui. Cet effronté, en un mot, entre sans payer dans un bain public, et là, en présence du baigneur, qui crie inutilement contre lui, prenant le premier vase qu'il rencontre, il le plonge dans une cuve d'airain qui est remplie d'eau, se la répand sur tout le corps: "Me voilà lavé, ajoute-t-il, autant que j'en ai besoin, et sans avoir obligation à personne", remet sa robe et disparaît.


De l'épargne sordide
Cette espèce d'avarice est dans les hommes une passion de vouloir ménager les plus petites choses sans aucune fin honnête. C'est dans cet esprit que quelques-uns, recevant tous les mois le loyer de leur maison, ne négligent pas d'aller eux-mêmes demander la moitié d'une obole qui manquait au dernier payement qu'on leur a fait; que d'autres, faisant l'effort de donner à manger chez eux, ne sont occupés pendant le repas qu'à compter le nombre de fois que chacun des conviés demande à boire. Ce sont eux encore dont la portion des prémices des viandes que l'on envoie sur l'autel de Diane est toujours la plus petite. Ils apprécient les choses au-dessous de ce qu'elles valent; et de quelque bon marché qu'un autre, en leur rendant compte, veuille se prévaloir, ils lui soutiennent toujours qu'il a acheté trop cher. Implacables à l'égard d'un valet qui aura laissé tomber un pot de terre, ou cassé par malheur quelque vase d'argile, ils lui déduisent cette perte sur sa nourriture; mais si leurs femmes ont perdu seulement un denier, il faut alors renverser toute une maison, déranger les lits; transporter des coffres, et chercher dans les recoins les plus cachés. Lorsqu'ils vendent, ils n'ont que cette unique chose en vue, qu'il n'y ait qu'à perdre pour celui qui achète. Il n'est permis à personne de cueillir une figue dans leur jardin, de passer au travers de leur champ, de ramasser une petite branche de palmier, ou quelques olives qui seront tombées de l'arbre. Ils vont tous les jours se promener sur leurs terres, en remarquent les bornes, voient si l'on n'y a rien changé et si elles sont toujours les mêmes. Ils tirent intérêt de l'intérêt, et ce n'est qu'à cette condition qu'ils donnent du temps à leurs créanciers. S'ils ont invité à dîner quelques-uns de leurs amis, et qui ne sont que des personnes du peuple, ils ne feignent point de leur faire servir un simple hachis; et on les a vus souvent aller eux-mêmes au marché pour ces repas, y trouver tout trop cher, et en revenir sans rien acheter. "Ne prenez pas l'habitude, disent-ils à leurs femmes, de prêter votre sel, votre orge, votre farine, ni même du cumin, de la marjolaine, des gâteaux pour l'autel, du coton, de la laine; car ces petits détails ne laissent pas de monter, à la fin d'une année, à une grosse somme." Ces avares, en un mot, ont des trousseaux de clefs rouillées, dont ils ne se servent point, des cassettes où leur argent est en dépôt, qu'ils n'ouvrent jamais, et qu'ils laissent moisir dans un coin de leur cabinet; ils portent des habits qui leur sont trop courts et trop étroits; les plus petites fioles contiennent plus d'huile qu'il n'en faut pour les oindre; ils ont la tête rasée jusqu'au cuir, se déchaussent vers le milieu du jour pour épargner leurs souliers, vont trouver les foulons pour obtenir d'eux de ne pas épargner la craie dans la laine qu'ils leur ont donnée à préparer, afin, disent-ils, que leur étoffe se tache moins.


  



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