Journal d'une jeune prof -saison 2

 Par Hassoun Oumaima  (Prof)  [msg envoyés : 107le 19-10-14 à 15:38  Lu :1304 fois
     
  
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Jour 1
Lamiae (mon ancienne élève) est retournée à la maison mais pas au lycée. Elle a décidé de se marier peut-être trouvera-t-elle refuge au sein d'une famille qu'elle fondera elle-même, peut-être réussira-t-elle ce que ses parents avaient échoué. Sa déscolarisation volontaire n'est pas sans bon sens parce que l'école ne lui servait pas à grand-chose; Elle était plutôt bien-éduquée, aimait lire et savait parfaitement ce qui la rendait heureuse. De plus, et selon les dires de sa mère : «son mari est un fonctionnaire, il est issu d'une bonne famille et sait prendre soin de sa femme». Tout y est! Je n'ai donc qu'à lui souhaiter le bonheur qu'elle cherche. Cela a été la première fin du début de cette année, la deuxième me concerne.
Il est question d'une nouvelle affectation: Agafay, Aït-Imour -Lycée Ibn Khaldoun situé à 14km de l'aéroport de Marrakech. Plutôt terrifiante comme affectation mais Dieu merci! Ça n'est ni tout à fait loin, ni tout à fait prêt du bruit de la ville. Un bel endroit où enseigner serait synonyme d'apprendre à nouveau. Eh oui! Il me semble que je passerai ces trois ou quatre années de mon début de carrière à errer, à faire de nouvelles connaissances, à déménager d'un appart à l'autre et surtout à découvrir des élèves des zones en voie de "civilisation" (Je l'espère).
On m'a dit que j'allais m'en sortir, comme toujours. Mais serais-je heureuse ? Au fond ? Et l'adaptation ne devient-elle pas lourde à force d'en user? Plus lourde, toujours plus fatigante. Comme si l'on s'usait de l'intérieur, tout en douceur. Cela dit, je préfère ne pas précipiter les choses car jusque-là tout promet: Une paperasse à préparer pour la mutuelle, la fondation Mohamed 6, l'attestation de travail...et autant de folies administratives qui prouveraient mon absolu-engagement.
Et comme par bonheur ou malédiction, à chaque nouveau départ correspond un au revoir. J'ai alors commencé mon année par des accolades données à la famille que j'ai laissée à Meknès, par les adieux souhaités à l'équipe de professeurs avec lesquels j'ai travaillé l'année précédente, à la colocataire qui a supporté mes taquineries et aux élèves de mon lycée désormais ancien/inoubliable.
…Quand je me retourne et vois ce que je suis devenue aujourd'hui, je ressens tout de même un malaise; moi qui attendais si longtemps d'être complètement Indépendante, me revoilà plongée dans le fond des responsabilités, des pensées en relation avec mes dépenses et mes revenus, avec ce qu'il faut que je fasse pour mener une vie tranquille et honorable. Une vie où le maître-mot serait: Etre-bien!
Je me regarde dans la glace et vois que je me suis perdue de vue. J'ai évolué et grandi si vite sans m'en rendre compte. Parfois j'ai l'impression d'avoir vieilli avant l'heure par conséquent une part de moi continue de nourrir cet optimisme béat qui permet de remonter les pentes et de laisser appeler la voie du devoir. Un devoir qui se concrétise par une simple signature du P.V, simple néanmoins pleine de surprises !
Et quand j’y repense, honnêtement, de tous les masques que je porte pour vivre en société, il m'en reste un seul dont je serai éternellement fière; c'est celui d'une Enseignante qui (en dépit de tous les massacres dont le système, où elle travaille, est victime), veut partager l'amour de sa matière avec ses élèves.
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Jour 2
Je me moque de savoir qui je suis, et où je vais, car j'ai compris que des dizaines d'années ne suffiraient pas pour apporter la réponse, et d'ailleurs que celle-ci ne restera jamais unique et constante. Comme le temps emporte tout, « la plus grande douleur » selon Proust, ces changements inévitables, ces moments où l'on se retourne et constate l'évolution. Je ne pense plus au passé. Je l'ai vécu, j'en ai peu appris mais tout de même. J'en ai tiré quelques bonnes graines à semer le long du périple qui me reste à faire. Car oui! J'ai la vague impression que je vivrai un peu plus que prévu et vous savez pourquoi? Parce que j'aime bien être en vie (rire) et j'aimerai bien préserver cette envie!
Et cela n'est pas seulement le résultat de ce processus psychique-complexe d'une humeur en permanente mutation, cela est en réalité la conséquence du contact avec mes élèves. Mes élèves qui sont jeunes et qui m'obligent à rajeunir. Parfois un peu trop !
Voyez-vous! Puisque c'est ma deuxième année au lycée, je commence à m'habituer à l'idée que j'aurai toujours de nouvelles faces devant moi, de nouvelles petites créatures à qui je devrais le sérieux et un minimum de bonté, j'aurai comme disent mes collègues anciens dans le métier : «des générations à côtoyer, des crânes à palper et des regards à mémoriser» J'aurai peut-être la chance d'enseigner un futur bon médecin, une superbe architecte, un grand ingénieur, un artiste qui sauvera le restant propre de ce monde! Ou alors quelqu'un qui essaiera. Je me fais vieille en adoptant ce ton! Cependant je ne perds pas de vue le fait que pour ces générations je serai également et toujours une nouvelle ou une autre enseignante de français; Et ma foi ! Ça sonne...bizarre!
Cette année, on m'a convoquée pour enseigner dans un lycée privé; J'ai alors demandé au directeur de me laisser travailler un ou deux cours avant de dire oui; Le premier s'est plutôt bien déroulé, j'ai eu une classe de T.C. Je suis tombée follement amoureuse de quelques élèves (je l'avoue) ; Un français correct, des mots bien placés, des tentatives innocentes pour capter mon attention, bref, si je devais évaluer la séance sur une échelle de dix, je dirai 8.5/10 eh oui! Les 1.5 se sont envolés avec l'attitude d'un élève un peu perdu.
"Il est 10h45, je suis en plein cours, m. Issam entre en classe sans prendre la peine de frapper à la porte. Je m’oppose: «Alors? C'est quoi ce retard? » Il répond: «Tu es ma camarade de classe ou ma prof?» Et il part d'un grand éclat de rire, comme s'il avait devant lui un être tout petit (par rapport à sa taille, à lui) une naine prétendant être son enseignante". La scène était drôle c'est vrai mais mon instinct de survie (autrement, cette nécessité de prendre le contrôle a surgi) a fait que je lui demande d'apporter un billet d'entrée! Ses camarades ont étouffé leurs rires par respect aux centimètres dont Dieu m'a dotée! (Pourquoi moi?). La fin de cette courte anecdote a été au bureau du surveillant qui a grondé Issam pour la centième fois, car «il est un ancien élève de l'établissement et c'est seulement ses bons résultats qui couvrent ses bêtises!» selon les propos du surveillant. « Ah d’accord ! » fut ma seule réplique.
Après cet incident, mon hésitation a pris le dessus ! Parce qu’accepter d'enseigner une classe (que ce soit dans un lycée public ou privé) c'est surtout se préparer à fournir plus d'efforts, à avoir plus de responsabilités à assumer, plus de caprices à gérer! C'est par-dessus tout être prêt à donner de soi encore et encore...
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Jour 3
Quand j'ai posé à mes élèves la question: «Aimez-vous lire?», une fille m'a répondu: « Ca n'est jamais suffisant, la lecture! Il faut lire certes mais surtout écrire!». J'avoue que j'ai été éblouie par une réponse aussi élégante et aussi subtile que celle-ci, je suis même allée jusqu'à lui demander la raison pour laquelle elle semble préférer l'écriture et si cela avait une relation avec sa vie privée. Elle a rétorqué: «J'aime bien écrire parce que...» et la cloche sonna!
Au chemin du retour, je me suis beaucoup attardée sur les éventualités qui pourraient mener une fille de son âge à écrire ou du moins apprécier un tel exercice. Cela m'a quasiment fait plonger dans mes années-lycée, ces années où l'adolescence était synonyme de personnalité, de rébellion et d'isolement. Ces années où, au lieu de décider d'une ambition et travailler pour la réaliser, je rêvais, je repoussais le monde entier pour être tranquille dans mon coin et pour...écrire.
Cette anecdote m'a donné l'envie de reculer les aiguilles de la montre, mettre mon cartable sur mon dos, rentrer en classe et dire à ma prof: "Aujourd'hui, j'ai décidé de vivre! Je ne vais plus me plaindre, je ne vais plus penser mal, je vais suivre vos cours, m'amuser avec mes camarades et encore...Vivre!" Hélas! J'ai aujourd'hui l'impression de soupirer comme une vieille; Un esprit usé à force de (croire) penser, un esprit plein de rides, d'amertumes, d'expériences et de bons souvenirs tout de même. En revanche, et malgré toutes ces rétrospections vers lesquelles mes élèves me catapultent, je sens un lien naître quelque part entre ces mioches et moi. Une fibre d'amour innocent et léger qui me rappelle en fait que sans eux, je n'ai pas vraiment d'importance. Qu'en réalité, c'est* eux qui me font mouvoir, agir et essayer de donner plus.
Si jeunes, si grands parfois! Ces gens m'aident à dépasser mes crises thétiques; celles d'une jeune qui voit le temps s'écouler à grande vitesse sans pouvoir rien y faire! Eh oui! Ils ont ce pouvoir! Seulement quand ils conjuguent fond et forme.
Bref,
"J'écris et il ne faut pas m'en vouloir, parce qu'écrire n'est pas que partage, n'est pas qu'expression. Ecrire n'est pas que larmes, n'est pas que rire, écrire l'enfer qu'on rencontre en cherchant une forme de paradis, là où le silence est le seul bruit, là où tombe une douce pluie...J'écris. Parce qu'écrire m'ébranle intimement, plante en moi l'aiguillon de l'imagination; J'écris pour me rencontrer. J'écris pour me lire. J'écris pour me sauver, j'écris pour sourire. J'écris toujours court sur ce que je n'ai pas pu voir, pas pu toucher, pas pu expliquer, pas pu vivre. J'écris le temps passé, le temps qui reste; Mes souvenirs, mes rêves, mes kilomètres de vie qui s'achèvent. J'écris et j'écrirai tant que je vis!"
…Cette prose extrêmement touchante vient de mon élève qui aime écrire...
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Jour 4
En travaillant sur "la concession" dans le cadre d'une activité de langue, je n'ai pu m'empêcher de penser à ce concept dans la phrase que l'on emploie quasi toujours: "On doit faire des concessions pour continuer de vivre!" Il est vrai qu'il faut trouver des subterfuges à même de surpasser certaines périodes de fatigue, de lassitude voire de blasement, mais pense-t-on au moins au prix à payer pour y arriver? Pense-t-on au moins au résultat de nombreuses concessions que l'on ne cesse de faire, vivre, respirer parfois? Pense-t-on au prix du silence devant une injustice -administrative, professionnelle, ministérielle-? Pense-t-on au prix de cette peur qui nous envahit à chaque fois que l'on se sent menacé d'une chute sociale ou personnelle? Des concessions dit-on? Un morceau de patience, un morceau de guerre. Une teinte de pardon dans les yeux. Il faut se battre et il faut accepter. Et j'ai mal d'être prise au piège de notre triste réalité. J'ai mal de devoir faire partie d'un système pourri. Je l'ai découvert. Mais... je dois faire encore une fois des concessions, pour qui? Pour mes élèves!
Oui, aussi particulier que cela puisse être, toute la haine que je porte au système éducatif est merveilleusement transformée en amour pour la centaine d'élèves que j'enseigne cette année. Des élèves pauvres, qui n'arrivent pas à temps en classe à défaut de: cartes de bus pas encore payées, des kilomètres qu'il faut parcourir à pieds pour atteindre le lycée, des parents agriculteurs qui espèrent toujours une récolte abondante… etc. Des élèves du milieu rural! De ceux dont entend parler aux Infos sans jamais avoir l'occasion de les connaître.
Cette année, j'ai reçu, comme un coup de poignard dans le cœur, en découvrant la cruauté de la pauvreté, une pauvreté additionnée à l'ignorance. Cette année j'enseigne des élèves - plutôt disciplinés- et qui cherchent à se sauver malgré le temps, malgré les gens, malgré moi. Pour la plupart, ils habitent tout près d'une ferme royale -Assoufit est son nom- et bénéficient d'une charité (livres au programme) de la fondation M6. N'allez pas croire que j'ai demandé toutes ces informations directement en communiquant avec eux, ce sont en fait quelques professeurs qui m'en avaient parlé lors des réunions -incessantes depuis les décisions du ministre quant à la retraite, la fermeture des portes de la fac devant les profs...et ces Bêtises immatures et insensées.
Un prof m'avait dit l'autre jour: «Tu verras de toutes les couleurs le véritable tiers-monde ici, ne te laisse pas abattre par ces circonstances, sois exigeante ! Dans les études, il n'y a pas de charité.». Sa recommandation m'a semblée un peu ambiguë au début, j'ai toutefois saisi le fond de sa pensée; Il n'y a pas lieu de sensiblerie plutôt que de charité! Cette catégorie sociale mérite plus d'attention certes, mais beaucoup plus de travail et de sérieux! Puis, il y en a qui aiment vraiment l'école et cela me réconforte.
En y réfléchissant, qu'on soit né dans le mauvais siècle, dans le mauvais endroit et qu'on n'a pas voulu tout ça. Dans un monde où il est obligatoire d'avancer sinon mourir, je reconnais que ces petites gens doivent par-dessus tout Réussir. Réussir et Pouvoir, ce sont là leurs destinations. Ils auront beau fermer les yeux, faire des concessions -là, c'est plus palpable- ils perdront s'ils ne se sauvent pas. Comme déjà condamnés avant d'avoir vécu tout le reste. Cette inquiétude que je perçois dans leurs regards et la question infernale "Qu'est-ce qu'il va m'arriver, si j'échoue?". Ça me donne envie de souffler un air d'espoir. Une insouciance. Une joie de vivre. Une joie d'apprendre. De sourire! J'en oublie presque mes peines dérisoires à côtés des leurs.
Je les aime humainement.
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Jour 5
Ma mère m'a toujours parlé de l'importance de l'école; Elle ne cessait de me le répéter, comme on répèterait à un petit enfant les dix commandements pour pas qu'il s'égare, «L'école est ce qu'il y a de plus magique que la société ait pu créer! Profites-en!» me disait-elle. En fille docile et bien-élevée, j'ai tâché de ne pas la décevoir. J'ai donc non seulement apprécié l'école mais bien plus j'ai décidé d'y passer toute ma vie. Il est vrai que cela paraît quand même un peu bizarre; rencontrer un certain nombre d'auteurs à travers leurs livres, rédiger une tonne de textes, expliquer des milliers et des milliers de mots pour qu'au bout du compte, tu les recraches devant un public pas forcément intéressé. C'est comme si j'assistais à une forme de recyclage de mon propre cerveau et que j'applaudissais parce que je ne pourrais rien y faire de toute façons. Inhumain non? C'est juste que parfois, j’aie l'impression d'avoir été une vieille bobine sur laquelle on s'est amusé à enregistrer et réenregistrer encore. Tout le temps.
Mais lorsque je repense à ces bribes qui gisent dans mon cimetière mental, sans le moindre effort, où une sélection du paroxysme émotionnel a été inévitablement opérée: il ne reste que la question de la vocation qui se pose, ou pour être précise, qui s'impose. Ainsi toutes ces réflexions s'évaporent et mis à part, les circonstances, le destin, les fils qui font que je reconsidère parfois mon statut d'enseignante, il arrive des moments, en classe, où le moindre contact, le moindre sourire ou larme viendrait à saisir mon cœur et me rappeler l'aspect, on ne peut plus, positif de ce travail. Au point que j'entende cette petite voix en moi crier «Tu as tort! Ce que tu fais est tout ce qu'il y a d'humain». Un nouvel esprit, une nouvelle vision. Un Renouveau prend place. Du moins, l'objectif désactive son auto-stop.
Tout cela est dû à ce visage que je ne pourrais décrire et que j'ai dessiné moi-même, par mes propres paroles, aujourd'hui. Je n'aurai jamais pensé pourvoir la vivre, en tout cas, cette sale situation, avec des élèves aussi jeunes, disons, aussi adolescents; Pour la première fois, et je le dis encore avec une pointe de regret, je fais pleurer une élève. Inutile de dire comment car cela m'échappe mais le pourquoi est le suivant:
«-Moi: Safia, je vous ai demandé de recopier ce travail dans la partie consacrée aux cours n'est-ce pas?
-Elle: Oui mais j'ai oublié
-Moi: Déjà? On commence à oublier lors même qu'il n'y a rien à mémoriser encore? Ça s'annonce bien!»
Je retourne alors au tableau quand j'entends des sanglots provenir du fond de la classe et des chuchotements du type: «Arrête! Elle ne t'a rien fait!». Quasiment choquée par une réaction aussi rapide et aussi invraisemblable, je lui demande ce qui la fait pleurer. Et elle qui répond: «Vous m'avez criée dessus!» Je prends éventuellement mon temps pour revisiter notre brève conversation et je constate que le ton que j'ai employé a été moyennement élevé et que mon interlocutrice, dont la physionomie est chétive et la face presque pâle, est en réalité une personne d’une extrême sensibilité. « Mon Dieu ! Comment gérer cela? » me suis-je dit. En être-humain, je lui demande gentiment d’aller se laver le visage et de m’excuser. C’est que j’ai réalisé que c’est la première fois qu’un tel incident m’arrive, jamais un (e) élève n’a pleuré dans ma classe à cause de moi ou de mes paroles. D’habitude, c’est pour une mauvaise note, un conflit familial…de ces petits problèmes qu’on a tendance à grandir quand on a l’esprit (vous m’excuserez le qualificatif) ‘’petit’’.

Toutes ces choses qui me dépassent, qui me font grincer des dents tout en se mêlant d'un profond questionnement. Je me trompe souvent en les théorisant. Parce qu’il faut les vivre. Parce qu’au-delà de ce nuage surplombant le Néant qui me visite de temps à autre, parce qu’au-delà de ces moments de doute qui m’atteignent, il suffit d’un peu rire, d’un peu de larmes aussi pour que je ressente tout mon être vibrer. Vibrer en classe. Parmi ceux qui me font vivre. Qui m’apprennent. Qui me rappellent ma première vocation : Devoir apprendre avant de pouvoir enseigner.

  



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 Réponse N°1 34470

Jour 6
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 24-10-14 à 13:11



Bouts de passé, quelque peu plongés dans la partie inconsciente de mon âme. Déjà l'an dernier, déjà passé. Eux, moi. Des morceaux de chansons qui surgissent de la mémoire. Rayons de soleil réchauffant ma peau abimée par les griffes du temps. Créer de nouveaux souvenirs, avec ceux que je suis censée connaître cette année. Ceux avec qui j'ai l'impression de grandir ou m'assagir que sais-je?! Et plus j'avance dans l'âge, plus l'impression que je me perds entre les parcelles de souvenirs qu'il me reste s'imprègne de mon esprit.

Dans ma vie, il y a deux mondes: le "en-classe" et le "hors-classe". Les deux se rencontrent dans pas mal d'endroits mais Dieu sait à quel point le dedans m'importe et m'emporte. Le chaos de l'extérieur, des supérieurs et du monde se métamorphose en une harmonie délicieusement enchanteresse; Avoir une méthode dans la pensée, dans l'exercice et ajouter à cela un grain d'humanité quand un élève pleure, rit, s'amuse ou apprend. Quand toi, prof, tu cries, tu souris, tu te moques (sans intention de rabaisser) ou tu encourages; c'est charmant comme tableau!

Il y a des moments comme ça, où la méditation pèse bien plus que la lumière aveuglante du jour. Lorsque l'on se retourne, il n'y a plus personne pour nous écouter. Seul un livre ou les mots que tu mets sur les choses sont là pour apaiser tes nuits et certaines douleurs. Me dire qu'elle est là. Si enfoncée dans le vacarme des absurdités qui nous envahissent, elle est là. La chaleur humaine. La chaleur de mes élèves qui m'aident à résister.

Vous savez, avec toutes les tentatives d'aveuglement auxquelles je me livre, il me devient de plus en plus difficile d'admettre que le système qui nous gouverne est juste ou veut l'être. Non! Il n'est pas juste, certes il ne m'empêche pas de rêver pour moi, cela dit, il m'empêche de rêver pour les autres; pour ces élèves qui seraient meilleurs ou pourraient un jour diriger à leur tour ce pauvre pays. J'essaye de faire partie de ces paysans que George Sand loue dans La Mare au Diable, mon "labeur" ne serait en réalité jamais à la hauteur de mes attentes ni des attentes de ces pauvres parents qui croient envoyer leurs enfants à l'école de l'excellence. Je me résigne alors à son exclamation: «O heureux l'homme des champs, s'il connaissait son bonheur!»

Vous le voyez très bien, je m'efforce à ne pas cracher ma bile sur le non-sens où plonge notre monde jour après jour mais j'aimerai tout de même souligner que la peine que j'ai pour une classe de soixante élèves, un lycée qui manque aux moindres équipements (pupitres/ tableaux/ classes bien construites) et certains cadres insouciants me donne l'impression que le bateau du corps éducatif s'écroulera et que peu, très peu se sauveront la vie avec un peu de chance si l'effondrement arrive près d'une rive. Faut-il alors prier? Ou vivre la tempête sous le crâne jusqu'à nouvel ordre?! Je croyais pourtant avoir fait mon choix: Vivre dans la fiction ou la poésie; Sublimer mon travail pour échapper à toute plainte, démotivation ou conscience absurde et qui fait mal du coup. Hélas! La réalité semble bien plus artistique que je l'aurai imaginée!

Je dédie ce texte:

Aux professeurs blessés, blasés

Qui ne se laissent pas abattre, qui n'abandonnent jamais!





 Réponse N°2 34587

Jour 7
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 06-11-14 à 17:59



Jour 7

Quand Maupassant a écrit La Ficelle, il savait très bien que peu de gens allaient comprendre l'un des grands sens cachés de son texte. Car cette ficelle qui a causé la folie de Maître Hauchecorne n'était en réalité que le délirant travail du romancier. Oui, ce petit bout de corde est la métaphore de l'écriture, capable de rendre l'écrivain malade et parano. Seulement quand il y croit trop et y tient sans modération. Je dois cette explication à mon ancienne professeur de didactique et je la reprends ici parce qu'en travaillant cette nouvelle, j'ai pensé à pousser mes élèves à l'extrême en leur posant la question: "A part les morales que nous avons pu dégager de cette histoire, croyez-vous que nous l'avons comprise?" La plupart m'ont dit: «Ouiii !» comme si cela allait me faire plaisir. En fait, ce n'est même pas la compréhension qui m'intéressait mais la capacité des élèves à analyser l'œuvre sans juger les gens de la campagne ni s'apitoyer sur le sort du personnage principal. Savez-vous ce que c'est que d'essayer de se détacher des personnages fictifs? Un grand travail à faire!

Cela m'a conduit de fil en aiguille :) à poser la vraie question: «Mon travail d'enseignante ne serait-il pas également un tout petit bout de ficelle que j'essaie parfois d'étirer en vain?» La réponse est évidemment affirmative parce qu'en dépit de la fragilité des fibres qui la constituent, je ne cesse de m'y acharner pourvue que mes élèves comprennent ou fassent un effort. Pour eux, lire une œuvre reviendrait à expliquer les mots difficiles, connaître les personnages, le lieu où ils se meuvent, les liens qui existent entre eux et bien sûr dégager une espèce de leçon qui servira (ou pas) dans la vraie vie. Pour moi, lire une œuvre c'est surtout se permettre d'y accéder, la vivre et en sortir en gardant uniquement, uniquement ce qui relèverait du ‘’Beau’’ et de ‘’l’Utile’’ sans oser juger car comme dit l'autre «juger n'est pas humain». Je n'ai pas hésité à leur dire cela: "Apprenez à comprendre sans tomber dans le dangereux terrain du Jugement!" Le jugement qui coûte souvent cher. Comme le serait le cas pour un élève mal-aimé...

En effet, X n'a assisté à aucun cours la semaine dernière, son père est arrivé juste avant-hier pour informer l'administration de l'emprisonnement de son fils! « Mais que s'est-il passé? » avais-je demandé. Le surveillant m'a dit que l'élève était allé avec ses parents demander la main d'une fille de leur Kabyle mais le refus du père de la mariée l'a mis hors de lui-même, il l'a ainsi battu ce qui a poussé le vieil homme à porter plainte. Et moi comme une idiote en train de lire un fait divers je demande tout bêtement: «Et le lycée? Et l'avenir?» «-Je tiens à préciser que X est un redoublant, il n'a que faire de l'école! Puis, mademoiselle, ici c'est un autre monde, ne jugez pas ce qui s'y passe! » Mais non, non, je ne cesse de parler de la nécessité de relativiser les choses à mes élèves, voulais-je rétorquer mais je me suis tue. J'ai eu mal cependant en me rappelant le visage du garçon; il était sérieux (ou semblait l'être), il faisait ses devoirs et je dirais même qu'il donnait l'impression de vouloir réussir cette année hélas!

C'est dommage qu'un élève de dix-huit atteigne le bout de sa ficelle (ou sa vie) aussitôt. Il a voulu s'accrocher aux étoiles, elles sont tombées avec lui!

A suivre...





 Réponse N°3 34589

chapeaaau haaut!
  Par   ELKADIRI Abderrahman  (CSle 06-11-14 à 19:47



Bravo collègue, comme j'admire ton style, il m'a donné envie de lire et aussi d'écrire!

dans l'attente de lire la suite, je te souhaite bon courage!





 Réponse N°4 34965

Jour 8
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 28-12-14 à 17:50



Jour 8

Un jour, pour faire court

Condamnée à travailler, en silence ou en criant, à travailler avec des gens qui manquent aux moindres besoins dans une vie "normale". Des rues bien construites, du transport qui arrive à temps, un lycée où les classes sont convenables à ce qu'on appelle "une opération éducative". J'essaye de faire du mieux que je peux; un mieux qui peut parfois être mauvais mais pas le pire.

Car, voyez-vous, enseigner et apprendre sont aujourd'hui deux termes qui réfèrent à une mission digne d'une opération chirurgicale. En prof, tu mets un blouson, tu entres en classe et tu t'attends à effectuer des exercices extrêmement hasardeux et délicats par la même occasion. Pourquoi? Eh bien, parce que de un, tu prépares un cours en imaginant toutes les situations possibles sauf celle où tes élèves ne vont pas répondre et de deux, quand ils sont devant toi, les yeux bien ouverts et aussi les bouches sans comprendre le moindre de tes mots, tu as juste envie de leur dire: "A quand le réveil de cette longue et fatigante anesthésie?" Evidemment et en bon chirurgien - qui est, je le rappelle, prof- tu passes au plan B. Pas question qu'ils sortent comme ils sont entrés c.-à-d. sans rien en tête ou alors avec leurs anomalies ancestrales.

C'est dans cette situation où je me suis retrouvée l'une de ces dernières séances avec les Tronc Commun. Mon plan B était de leur demander d'apporter des ardoises pour ainsi retravailler quelques notions de bases telles que: La nature et la fonction des mots et la conjugaison des verbes (et auxiliaires) "être et avoir". Il est vrai que cela m'a fait de la peine puisque les élèves du lycée sont censés avoir une base solide en langue française, en fonction de laquelle ils seraient appelés à analyser des textes voire des nouvelles et des romans. Mon œil...

La mondialisation, mes amis, veut produire des gens qui n'aiment pas l'école, qui résistent, qui deviennent hommes avec toute la responsabilité que cela implique, or, ils deviennent des hommes aux crânes vides ou troués par les tonnes de bêtises qu'on ne cesse de leur inculquer, jour après jour. Le système éducatif (et c'est encore mondial) ne veut plus d'êtres qui pensent, qui soient capables de relever le défi, le grand défi: La Vie. Il veut des gens qui entrent en permanence en lutte avec les autres, avec eux-mêmes. Tout s'effondre sous nos yeux; nous les enseignants qui sommes en train d'essayer, encore, encore et toujours! Essayer de transmettre à nos élèves des principes auxquels nous commençons à renoncer, des idées qui ne sont plus vraisemblablement utiles.

N.B: Malgré ce constat amer, j'enseigne toujours et je continuerai de le faire tant que j'ai de l'énergie et de la passion pour ce que je fais. Peu m'importe ce qu'on des enseignants, de leur métier, de leurs compétences! Nous devons persévérer quitte à commettre des erreurs mais nous ne devons en aucun cas abandonner même lorsqu'on sait qu'on est bel et bien dans un métier trop humain et trop ingrat!





 Réponse N°5 35596

Jour 9
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 01-06-15 à 22:25



Jour 9

Je ne serai jamais celle que j'étais, celle qui prenait plaisir à dégouliner des morceaux d'une vie absurde. Des morceaux, des milliers de morceaux éparpillés à cause d'un échec scolaire, amoureux ou même religieux. Il fallait que je mette un point à chaque phase inaboutie, que je m'efforce à tourner une page et me retrouver, sans cesse, en train de la relire et d'essayer de comprendre. Il s'est avéré, au terme de ma courte expérience au lycée, qu'au lieu de jouir (avec toute la sacralité que ce mot devrait illustrer) des moments que je vivais, je m'acharnais à prendre du recul par rapport à ce que je voyais, entendais ou même quelquefois sentais.

J'avais oublié que ce que j'ai toujours appelé "Descente au Travail" avait été pour moi, une raison d'être; Une finalité en soi. Se lever tôt, démarrer la voiture, allumer la radio, écouter les blagues cocasses de Momo et parcourir les quinze kilomètres pour atteindre le lycée, autant de démarches qui permettaient l'illusion d'une "vie en action" mais dissimulaient pourtant une routine presqu'écrasante.

Et puis,

Et puis arrivée en classe, toute la routine se dissipait pour donner naissance à de nouveaux conflits, nouveaux débats, nouvelles facettes de chacun de mes élèves. Mais surtout, je remarquais à quel point j'étais capable d'endurer et prête à apprendre. Oui, apprendre en enseignant. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j'ai appris comment gérer les tensions, comment réagir face à un élève, tragiquement, mal-élevé. J'ai appris à écouter, du coup plus les séances avançaient moins je parlais. Le contact avec les gens, vous le concevez également, est une source intarissable de connaissances. Moi, je dis qu'elle l'est encore plus quand ces gens sont moins expérimentés. Oui, car ça vous donne le privilège de participer à leur développement, de faire partie de leurs histoires.

Vous imaginez? Un jour, un de mes élèves devenu père parler à son fils: "A ton âge, j'avais une prof de français tout à fait drôle mais très compétente. Elle nous disait toujours que pour mieux vivre, il fallait connaître ses potentiels et ses limites". Oh! Quel honneur! Abstraction faite à la poétique de ce rêve -narcissique-, je continue de croire que ma compétence ne sera façonnée qu'à la fin de ma vie, qu'il est important d'admettre que rien n'est jamais fini, parfaitement.

C'est ainsi,

Que je fais de mon mieux pour être quelqu'un... Juste pouvoir me regarder dans un miroir en me disant que je ne suis pas une chose, pas une poupée, pas une marionnette du Destin, mais quelqu'un, vraiment. Qui coopère avec ce même destin. On ne m'a pas donné la Vie. On m'a donné un rôle. Je cherche depuis tant d'années à le mener à bien et j'oublie souvent que ce qui paiera, ça n'est pas tant le résultat mais c'est plutôt "les coups d'essai" souvent épiques quand ils vous achèvent. Des blessures qu'on maquille, des joies qu'on veut éterniser, rien que cela pour Exister, rien que cela pour Etre-aimé.

L'Avenir, à ce stade, courra toujours plus vite que moi. Il ouvrira des portes, en fermera d'autres. Il m'écorchera l'âme lorsque j'aurai l'audace de me poser la question "Est-ce que je peux ?" ou bien pire "Est-ce que je mérite ?"... Etre quelqu'un c'est aussi savoir comment s'y prendre. Foncer dans le mur, se heurter à tout ce qui est possible, se brûler les ailes et renaître de ses cendres. Avoir mal pour faire le bien. Voilà le principe qu'il faudrait se mettre en tête et auquel il faut croire. "Cette année, j'ai découvert que la vie est tellement complexe" m'a soufflé un jour, Taha (un de ces élèves que l'on n'oublie pas) Oui, mon cher, elle l'est mais ne faut-il pas voir une Beauté dans cette complexité? Ne faut-il pas avoir comme objectif : La vivre justement au lieu de la tortiller et l'étouffer en vain?

....

Le temps, eux et moi (au centre, comme l'est mon bureau en classe), nous ne serons que des ombres. Hantées par le désir d'écouter l'inavouable, d'écrire l'imperceptible, nous continuerons, chacun selon ce qu'il a, ce qu'il est, jusqu'à ce que nous serons ce que l'on souhaite être. Ne plus suivre la constance, la dérive, la chute. Le jour où nous changerons véritablement de vie je présenterai, pour ma part, cet endroit comme une relique, dernier témoin, dernière trace des épreuves traversées Oui, j'écrirai juste pour me souvenir d'eux, de ce petit quelque chose qui croit leur avoir donné quelque chose: Moi.

Je vous aime -inconditionnellement- chers élèves.

Votre professeur, nouvellement, agrégée :)





 Réponse N°6 35614

Jour 10 - Partie 1
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 08-06-15 à 18:44



Jour 10 -Partie 1-

Aux paysages qui défilent, me voilà bien seule. Sur des lieux où des êtres merveilleux m'ont accompagnée tout au long de l'année. Dans ce lycée. Le lycée que j'ai souvent négligé, pas par inadvertance mais par volonté de montrer qu'il n'acquiert un sens, que lorsqu'il y a des humains qui l'animent, des êtres qui lui redonnent sens justement. J'avais tort car, cet endroit que je croyais connaître assez, recèle une histoire presqu'extraordinaire. Un de mes élèves, en parfait connaisseur d'Agafay, me l'a racontée un jour en ces termes:

" Quand la majorité de la société nippone s'est retrouvée obligée de tourner la page de la Seconde Guerre Mondiale, un jeune Japonais du nom de Yoshikura, lycéen militant alors, n'a pas pu avaler l'échec de son pays, ni rendre allégeance à la monarchie constitutionnelle mise en place en accord avec les forces d'occupation américaines. Prenant cet accord pour une perfidie, il a décidé de mettre son sac à dos, saluer le restant de ses proches encore vivants et quitter la patrie pour laquelle il avait tout sacrifié en vain. Empruntant la voie de l'Afrique à bord d'un cargo, il atterrît à Tanger. Il y travaille sans difficulté chez un bibliothécaire- spécialisé des livres arabes, religieux en particulier. Yoshikura apprit vite la langue arabe et le dialecte tangérois grâce à la femme de son patron, qui, elle, enseignait aux jeunes filles le Coran et quelques bribes de la poésie de l'ère préislamique.

Des années se sont écoulées, les propriétaires, qui n'avaient pas d'héritier, sont morts. Mais avant de rejoindre l'Eden, ils ont légué tous leurs biens au jeune nippon, à l'exception de la bibliothèque qu'ils avaient destinée, dans leur testament, à la ville. Ne retrouvant personne qui le console après le décès de ses bienfaiteurs, Yoshikura s'éloigne de Tanger et prend le chemin de Marrakech (un monde de merveilles dont il entendait souvent parler).

Arrivé à la ville ocre, il cherche à s'instruire au sujet de l'agriculture et des aliments qu'il pouvait y faire prospérer; Un vieil homme lui conseille Aït Imour, une région rurale qui avait besoin de fonds pour la récolte de l’olivier. Toujours le pied à l'étrier, le petit homme au regard perçant, s'engage dans l'achat d'une ferme à Agafay (région annexe à Aït Imour) et fait effectivement appel à l'aide des jeunes paysans pour cultiver sa terre. Les gens l'aimaient et le respectaient beaucoup. On allait jusqu'à organiser des fêtes à son honneur pour lui retrouver une mariée. Mais il refusait parce qu'il ne pouvait se défaire de la mémoire d'une jeune japonaise qu'il chérissait et qui a retrouvé la mort aux temps de la guerre.

Les années 60 caractérisées par un climat tendu dans le pays n'ont pas permis au commerce de Yoshikura de connaître son essor; gardant toujours ce trait nationaliste, il refusa maintes fois de vendre (ou encore rendre) ses terres à certains Français, hommes d'affaires Marocains ou même aux autorités. Fatigué de quelques manigances, il lègue à son tour sa ferme à l'ensemble des paysans de la région et décide de retourner, sans préavis, dans son pays natal. «C'était un homme unique! On ne comprenait jamais ses attitudes, on savait seulement qu'il était bon et qu'il aimait la loyauté dans le travail» me disait mon père.

Après une longue période durant laquelle le Maroc ressemblait à un océan en furie, les vagues se sont calmées, le soleil pouvait brûler, sans concurrent, les peaux. On commençait à être pris dans les abysses du quotidien sans se soucier des carnavals politiques. Or, un jour, en pleine discussion autour de la nécessité de retrouver solution à la culture de l'olivier, les habitants du douar croient apercevoir au loin une silhouette qu'ils gardent aux tréfonds de leur mémoire; En effet, c'était celle de Yoshikura. Vieilli mais toujours aussi souriant, toujours aussi léger, il les salue avec un «Salamo Alaïkom» des plus chaleureux et des plus plaisants...."

A suivre...





 Réponse N°7 35615

Jour 10 - Partie 2
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 08-06-15 à 18:45

La vie. Une petite particule de rien du tout qui se forme dans un univers mille fois trop grand pour elle. Il ne faut pas être trop intelligent pour la comprendre. Il suffit probablement de rire d'elle, pleurer pour elle, se dire sans cesse qu'elle ne vaut rien mais que c'est là où réside toute son importance; Un grain lumineux, une parcelle obscure où le sens serait synonyme du non-sens, où la paix serait tributaire de la guerre, où l'amour triompherait de l'indifférence...L'indifférence! C'est exactement ce contre quoi luttait Yoshikura.

C'était un personnage tragique mais bizarrement, heureux. Incapable d'être indifférent certes, seulement sensible à la vie! Aux gens! Aux êtres...humains!

Son retour, répliquait mon élève, avait replongé les gens du douar dans un passé difficile d'accès. Un passé qui paraissait lointain, et où la touche humaine régnait malgré les épisodes épiques et, parfois, burlesques que connaissait la terre. Les rides forcément apparues sur le visage du héros «aux yeux drôles» portaient la nostalgie d'un monde au corps désormais prêt à s'envoler, à se débarrasser de la pourriture terrestre.

Yoshikura était revenu non pas uniquement pour retrouver cet air frais de la région, il est revenu, en réalité, pour un but beaucoup plus sérieux, beaucoup plus beau.

En regagnant sa terre natale, il avait, sans doute, remarqué la différence qui existait entre un Japon meurtri après les bombes, et un Japon qui a décidé de se relever, comme un dieu grec, et aller de l'avant en investissant toutes ses ressources dans la Science et dans l'Education. C'est dans cet esprit qu'il a voulu, à son tour, offrir aux enfants d'Agafay cette chance d'apprendre et de s'instruire. Il a fait don d'une grosse somme d'argent pour qu'on y construise une maternelle, un primaire et un collège. Le collège qui sera bientôt lycée collégial nommé Ibn Khaldoun (et où j'ai eu la chance d'enseigner ces deux dernières années).

[Si un jour, il vous arrive de visiter ce lieu, vous verrez sans doute sur l'une des colonnes du lycée, le drapeau blanc au rond rouge au milieu...C'est, malheureusement, tout ce qui reste de la mémoire du jeune nationaliste, amoureux du Maroc et aussi amoureux d'Ibn Khaldoun (le grand historien et philosophe du XIIIème siècle).]

Quand mon élève a achevé sa courte histoire, je lui ai bêtement posé des questions comme: «Mais pourquoi le lycée est si mal bâti? Pourquoi le drapeau japonais a été négligé? Pourquoi Yoshikura n'avait pas supervisé la construction? » Sur un ton quasiment étouffé, mon élève a répondu: «L'homme était âgé, il faisait confiance aux gens de la région, il croyait qu'ils avaient su garder, et après ces longues années de séparation, cette naïveté et cette innocence qui empêcheraient toute forme de corruption hélas!». Son "hélas" avait eu l'effet d'un éclair. Eh oui! Un lycée aux graines japonaises mais aux fruits marocains; Cela dit, pas tous les fruits étaient amers, de ce lycée, est sorti un docteur qui exerce à Marrakech, un Ingénieur en agriculture qui tente de redonner vie aux terres environnant le douar bref, des espoirs ici et là qui donnent un certain sens à l'existence de l'établissement.

Et puis,

Il reste des traces de Yoshikura. Ce vaillant japonais avait semé la graine de l'Universel. En tant que prof, à l'instar de mes collègues, on essayait, véritablement, d'arroser la graine. Et en dépit de toutes les difficultés rencontrées tout au long de l'année, on se permet, maintenant, de ressentir une certaine fierté. D'avoir essayé, d'avoir abattu les murailles pour construire sur de nouvelles bases. De nous nous être acharnés à placer d'autres briques, d'autres couleurs peut-être. Un certain plaisir aussi, de nous être perdus dans différentes pupilles, d'avoir côtoyé de nouveaux esprits. D'avoir crié, pleuré, ri en compagnie d'une jeunesse qui, sans le vouloir, s'est retrouvée obligée de Vivre à l'ère de la perte…

FIN de ma deuxième année.




 Réponse N°8 35617

Féliciations!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 08-06-15 à 22:58



Pour l'agrégation!

Vous le méritez bien! Bonne continuation!





 Réponse N°9 35671

:)
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 26-06-15 à 03:30



Merci beaucoup Monsieur Jaafari et Bon Ramadan





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