Groupement dissertation : justice - punition et vengeance

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 15-02-12 à 17:32  Lu :5301 fois
     
  
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La justice et la punition

Texte 1: Michel Foucault, surveiller et punir.

Ce texte pose la question de la finalité et de l'efficacité de la punition: pourquoi on punit? Essentiellement pour dissuader toute personne de commettre le même crime et de bafouer la loi.
Depuis plusieurs siècles déjà, la punition a cessé progressivement d'être un spectacle, une scène, pour devenir une procédure administrative reléguée à l'ombre. Plusieurs types de punitions et exécutions publiques ont été abolies (le pilori, la guillotine, l'exposition, le fouet, l'amende honorable).
Causes: 1- ces punitions publiques sont devenues douteuses et mal perçues par le corps social qui les considèrent comme égales, voire plus sauvages que le crime perpétré lui-même.
2- Loin d'avoir un rôle dissuasif, ces punitions sont soupçonnées d'accoutumer le public à des pratiques féroces dont on veut les détourner: résultat opposé à celui escompté.
3- Le comble est que ces mises en scène du châtiment inversent les rôles dans l'esprit du public en transformant le bourreau en figure criminelle détestée et le criminel en martyr qui suscite la pitié et l'admiration: la honte du supplicié devient gloire et la force de la justice devient infamie.

Pour toutes ces raisons, la punition tend à devenir un processus caché du système pénal.
Conséquences:
1- La punition quitte le domaine du visible pour accéder au domaine de la conscience abstraite.
2- L'efficacité de la peine ne tient plus au spectacle abominable du châtiment (tombé en disgrâce), mais à la certitude d'être puni en cas de non respect de la loi. Le cérébral est plus efficace que le visible.
3- Incapable de se détacher complètement de l'exécution de la peine, la justice la rend invisible et secrète. C'est les débats et la publication de la sentence qui marquent désormais la honte du délinquant. = Il est laid d'être punissable, mais peu glorieux de punir.
4- désormais la justice prend une double distance par rapport à la punition: a-l'exécution des peines devient un secteur autonome. b- elle enfouit la peine.

Texte 2: Kant, Métaphysique des moeurs Doctrine du droit, p.215.

La justice repose sur le principe d'égalité: la qualité et la quantité de la peine doivent strictement être proportionnelles au mal provoqué. Toute exagération des peines se retourne contre celui-là même qui en est l'instigateur et contre le tissu social en entier.
* La loi du talion au tribunal = punition juste.
* La loi du talion dans un jugement privé = vengeance.
Toute autre sentence ne peut être en accord avec la pure et stricte justice.

Texte 3: Tolstoï, Résurrection
Selon Nekhlioudov, les hommes étant toujours coupables devant Dieu, donc par nature injustes et imparfaits, doivent s'abstenir de juger leurs semblables, car on ne peut donner que ce qu'on a = «Quand on est mauvais, peut-on corriger le mal ? Des êtres vicieux voulaient corriger d'autres êtres vicieux» (impossibilité et inefficacité de la justice punitive)

Les prisons et les maisons de force (les institutions de punition) ne font que reproduire le mal que les hommes cherchent à enrayer. Les bourreaux deviennent aussi pervers que les suppliciés et la punition elle-même devient moyen de perversion et non moyen de correction, d'où la nécessité de supprimer ces punitions/horreurs.

Argument religieux:

Puisque les hommes sont inaptes à corriger leurs semblables, il faut pardonner.

Mais faut-il laisser les criminel impunis?
1- la question n'a même pasraison d'être , car le châtiment ne diminue par la criminalité et ne corrige pas les hommes. Conséquence logique: «La seule attitude raisonnable est de renoncer à quelque chose d'inutile, de nuisible même, d'immoral et de cruel enfin.»
La punition est: inutile, nuisible, immorale, cruelle.
Continuer sur la même voie, c'est soutenir une institution de justice qui alimente le crime, un crime officiel et institutionnalisé ( Les criminels légaux ne sont que geôliers, enquêteurs, procureurs, juges)
Selon Nekhlioudov, ce qui soutient encore, malgré tous les crimes, l'ordre social, c'est le peu d'amour et de pitié qui subsistent au sein des hommes.

Sujet de dissertation: La vengeance se distingue de la punition.
«la difficulté de séparer, dans la demande de réparation, l'exigence de justice du désir vengeur.»
La peine est une souffrance infligée à quelqu'un pour une faute qu'il a commise. La raison de la peine, c'est alors l'équivalence présumée du crime et du châtiment. C'est encore l'idée que ce qui a été fait par le crime, doit être défait par le châtiment. Mais y-a-t-il vraiment une proportion entre les deux? À part les questions économiques, une peine ne peut pas réparer un crime de sang ou d'honneur: sentiment de l'irréparable . La loi doit avoir une efficacité symbolique (elle ne peut pas refermer la plaie ou ressusciter les morts...), mais cette efficacité symbolique tend à disparaître dans un monde qui ne reconnaît plus que les réparation matérielles.

La vengeance

La punition

  • Acte de réparation obtenu par la partie lésée, par la victime d'un tort.
  • Le moteur: des passions destructrices, la haine, la colère, un désir subjectif, l'arbitraire.
  • La vengeance constitue elle-même un tort, un mal. Au lieu de réparer le mal initial, elle ne fait que l'empirer. (effet boule de neige). La vengeance est une offense au droit.
  • La vengeance inspire la peur et non le remords ou le repentir: elle n'entraîne par conséquent aucune réparation.
  • La vengeance est synonyme de démesure: démesure de la peur qu'elle suscite et démesure de la folie qu'elle provoque
  • La vengeance est directe.
  • La vengeance ne vise que la restauration des intérêts personnels de la partie lésée
  • Acte de réparation imposé par un juge neutre, par une partie tierce.
  • Le moteur: le droit, la raison, (rationnel), l'impératif de justice.
  • Étant neutre, désintéressée et objective, la punition est acceptée par toutes les parties et doit normalement stopper le cycle de la haine.
  • La justice est basée sur la mesure sur la proportion entre le crime/délit et la peine. Mesure de la punition du criminel et mesure pour la réparation de la victime.
  • La punition a besoin de médiation.
  • le but de la punition est «la restauration du droit» d'un ordre, de la loi avant la restauration de la perte de la perte lésée.

Ne pouvant trouver la tranquillité de son âme, Oreste supplie Athéna de lui venir en aide. Cette dernière va alors fonder l'aréopage, le premier tribunal de justice qui mettra fin au délire de la vengeance et à la loi de la vendetta vouée à l'assouvissement passionnel d'une violence aveugle.
Jim casy: « C'est peut-être bien tous les hommes et toutes les femmes que nous aimons, c'est peut-être ça le Saint-Esprit-l'esprit humain-tout le bazar. Peut-être bien que tous les hommes n'ont qu'une grande âme et que chacun en a un petit morceau. »

Le pardon n'oublie et n'excuse rien, mais il repose sur le postulat qu'un homme, eût-il fait le pire, vaut mieux que ses actions.

il faut noter que cet aspect éthique pousse la justice à s'assigner comme finalité de rétablir les victimes, mais aussi les coupables au sein des valeurs communes fondées sur le pardon et la mansuétude.
Dans les Raisins de la colère, l'influence de Casy et de Man a conduit Tom Joad à comprendre le poids de l'unité pour les migrants : « Maintenant, je sais que qu'on ne peut arriver à rien tout seul ».
C'est dire que si l'injustice est subie, il n'en reste pas moins qu'elle initie à la justice.
Introduction:

L'ordre social ne peut continuer à exister si chaque individu entreprend de se faire justice lui-même au fi des règles qui régissent la vie en communauté. Hegel insiste dans cette perspective sur la différence fondamentale entre la justice individuelle et une justice institutionnelle: «La vengeance, dit-il, se distingue de la punition». La punition, en tant que châtiment officiel et rationnel prononcé par une institution contre une partie qui a transgressé les lois de la communauté, en lésant les droits du groupe ou ceux d'autres individus, exprime la volonté de la communauté sociale tout entière et tient sa légitimité de cette volonté collective de préserver l'ordre, alors que la vengeance, force aveugle alimentée par la haine et l'arbitraire, est une entreprise individuelle qui cherche la justice en dehors des cadres officiels et institutionnels. Le bien du groupe est alors subjugué au bien tyrannique d'un seul être qui devient pour la circonstance juge et partie et dévie de l'esprit de justice par le fait même qu'il cherche un intérêt individuel au détriment de l'intérêt du groupe, ce qui n'est pas sans danger pour l'esprit même de la société humaine qui risque, à cause de l'acte irréfléchi d'un seul individu, d'être rétrogradé au stade de l'anarchie. Certes, dans la punition comme dans la vengeance on cherche une réparation d'un mal subi, toutefois, il existe un grand fossé entre les deux actes, l'un visant non seulement à châtier, mais aussi à corriger, à réconcilier toutes les parties, à déraciner le mal, alors que l'autre, ne fait que reproduire le mal en rendant le mal pour le mal.

Il est donc question de voir comment dans Les Choéphores et les Euménides d'Eschyle, les Pensées de Pascal et Les raisins de la colère de Steinbeck, comment la justice, en tant que vertu, permet non seulement d'invalider et de dépasser les passions vindicatives, mais aussi d'aller au-delà de la punition elle-même.


1- La vengeance, comme justice archaïque destructrice incompatible avec la vie communautaire.

2- La punition ou la nécessité de réparer le mal et de rétablir le droit

3- Au-delà de la vengeance et de la punition: le sacrifice et le pardon.


  



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