Fond de textes : le souvenir

 Par Dounia Azouz  (Autre)  [msg envoyés : 624le 28-10-13 à 13:43  Lu :1274 fois
     
  
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Je propose de constituer un fond de textes en rapport avec les oeuvres étudiées. Chacun pourra y contribuer en partageant les textes, découverts au gré d'une lecture mais, peut-être aussi, y puiser pour élaborer un dossier thématique, confronter une problématique.
Les textes proposés peuvent être des classiques de la littérature mais aussi des textes contemporains. Même la chanson peut y trouver sa place.
Plongeons alors dans le souvenir.

  



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  La boîte à merveilles ( évaluation)
  Contrôle : "la boîte à merveilles"
  Tous les messages de Dounia Azouz


 Réponse N°1 32637

Réminiscences
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 28-10-13 à 14:11



Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s' amollir un morceau de madeleine.

Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, 1913





 Réponse N°2 32639

re...
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 28-10-13 à 14:29

Dans les premiers jours du printemps, ma mère et moi, nous allâmes rendre visite à Lalla Aicha. Nous étions invités à passer la journée. Quelques jours auparavant, ma mère prépara des gâteaux de semoule fine, des petits pains à l'anis et au sucre, du sellou, farine grillée mélangée de beurre et de diverses epices.

Nous emportâmes toutes ces douceurs. Nous quittâmes la maison le matin; Driss le teigneux vint nous trouver chez l'amie de ma mère chargé de son couffin à provisions et d'un poulet de fort bonne apparence. Driss apporta aussi un pain de sucre, un paquet de thé et une brassée de menthe.

Lalla Aicha protesta, reprocha à ma mère ces folles dépenses. Elle s' attendait à notre visite; elle avait fait son marché en conséquence.

Lalla Aicha habitait dans l'impasse de Zanqat Hajjama une maison avec une porte basse. Cette maison rappelait, par certains côtés, Lalla Aicha elle-même. Toutes les deux avaient connu des temps meilleurs, toutes les deux en gardaient une attitude guindée, une distinction désuète.

Ahmed SEFRIOUI, La Boîte à merveilles, 1954.




 Réponse N°3 32640

re...
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 28-10-13 à 14:53



Les villes du Maroc, connaissent, surtout le soi, la mélopée de la mendicité. A Fès, les mendiants grouillent. (...) La ville sent à cette heure une odeur de terre arrosée avec un piquant de crottes de cheval.

Bientôt, ce sera le parfum des pauvres qui prédominera, fait de vieilles nippes, de vieux murs verdis, de vieux roseaux couvrant les places publiques. Il sera mêlé, selon les quartiers, de l'écoeurement du pain chaud et des gâteaux de miel, de la sueur des foules, du moisi des babouches, de l'épicerie des boutiques. Mais pzrtout il predominerz, que ce doit aux Deggaguine où les petits marteaux et les forets cisèlent les plateaux de cuivre ou d'argent; aux Chrabliyines où les battoirs aplatissent les cuirs et où les peaux de chèvre étendues par terre au piétinement des passantd puent; aux Harrarine où les rouets tournent des soies multicolores; à Bab Ftouh où les hommes d'affaires mouillent leur pouce en comptant des billets de banque parmi les odeurs des olives et des huiles; à Bou Jloud où les menthes parfument les théières dans les cafés maures; dans les maisons où les ménagères brassent le pain et chassent les mouches; dans les mosquées où les nattes et les tapis ont protégé de l'humidité tant de pieux derrières; (...) chez les passants, les charlatans, les oisifs, les maladifs, les portefaix, les ventrus, les ânes, les crieurs publics, (...) partout.

Driss CHRAIBI, Le Passé simple, 1954.





 Réponse N°4 32642

Souvenir:définition du dictionnaire de l'académie française
  Par   Elmzouri mostafa  (Autrele 28-10-13 à 15:02



SOUVENIR. s. m. Impression que la mémoire conserve de quelque chose. Suis−je encore dans votre souvenir? Je n'en ai qu'un léger souvenir, qu'un souvenir confus. Je garderai un éternel souvenir du bien que vous m'avez fait. Le triste souvenir m'en revient toujours dans l'esprit. Vous serez toujours dans mon souvenir.

•Il se prend pour La faculté même de la mémoire. Je ne saurois effacer cette action de mon souvenir. •Il signifie aussi, La pensée par laquelle nous nous souvenons de quelque chose. Agréable souvenir. Terrible souvenir. Fâcheux, ennuyeux, importun souvenir. Perdre le souvenir de quelque chose. Rappeler le souvenir.... Le souvenir de la mort doit être sans cesse devant nos yeux. •Il signifie encore, par extension, Ce qui rappelle la mémoire de quelque chose. Ses blessures sont pour lui de glorieux souvenirs de ses victoires. Ses infirmités sont de tristes souvenirs des déréglemens de sa jeunesse. •On appelle aussi Souvenir, Des tablettes où l'on écrit les choses dont on veut se rappeler la mémoire; et Une planche divisée en sept parties disposées en crans, portant chacune un des jours de la semaine, afin qu'on place le mot de la chose qu'on ne veut pas oublier, au jour où l'on aura besoin de se la rappeler. 





 Réponse N°5 32643

Baudelaire!!
  Par   Elmzouri mostafa  (Autrele 28-10-13 à 15:04



J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,

De vers, de billets doux, de procès, de romances,

Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,

Cache moins de secrets que mon triste cerveau.

C’est une pyramide, un immense caveau,

Qui contient plus de morts que la fosse commune.

— Je suis un cimetière abhorré de la lune,

Où comme des remords se traînent de longs vers

Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.

Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,

Où gît tout un fouillis de modes surannées,

Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,

Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,

Quand sous les lourds flocons des neigeuses années

L’ennui, fruit de la morne incuriosité,

Prend les proportions de l’immortalité.

— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !

Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,

Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;

Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,

Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche

Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.





 Réponse N°6 32644

Un twist de la belle époque!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 28-10-13 à 15:40



Souvenirs, souvenirs

Je vous retrouve dans mon cœoeur

Et vous faites refleurir

Tous mes rêves de bonheur

Je me souviens d'un soir de danse

Joue contre joue

Des rendez-vous de nos vacances

Quand nous faisions les fous

Souvenirs, souvenirs

De nos beaux jours de l'été

Lorsque nous partions cueillir

Mille fleurs, mille baisers

Et pour mieux garder dans ma tête

Les joies de la belle saison

Souvenirs, souvenirs

Il nous reste nos chansons

Souvenirs, souvenirs

Quelque part dans le matin

Où le soleil semblait rire

Tout le long de nos chemins

Nous n'avions au fond de nos poches

Qu'un peu d'espoir

Mais nous partions comme Gavroche

Le coeœur assez bavard

Souvenirs, souvenirs

Vous revenez dans ma vie

Illuminant l'avenir

Lorsque mon ciel est trop gris

On dit que le temps vous emporte

Et pourtant ça, j'en suis certain

Souvenirs, souvenirs

Vous resterez mes copains.

Johnny Hallyday!





 Réponse N°7 32645

la madelaine... version T.Ben Jelloun!
  Par   Elmzouri mostafa  (Autrele 28-10-13 à 16:23

La mozzarella, c'est le fromage des enfants, c'est comme lorsqu'on mord dans le sein maternel, il y a des gouttes de lait qui en coulent ; c'est lié à ce souvenir d'enfance. J'aime ce fromage que les grands amateurs trouvent désuet et sans goût particulier, je l'aime parce qu'il me ramène au sein de ma mère.

Le Labyrinthe des sentiments de Tahar Ben Jelloun




 Réponse N°8 32646

Les Mots ou les maux
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 28-10-13 à 20:46



Sur les terrasses du Luxembourg, des enfants jouaient, je m'approchais d'eux, ils me frôlaient sans me voir, je les regardais avec des yeux de pauvre : comme ils étaient forts et rapides! comme ils étaient beaux! Devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse, mon savoir universel, ma musculature athlétique, mon adresse spadassine, je m'accotais à un arbre, j'attendais. Sur un mot du chef de la bande, brutalement jeté : " Avance, Pardaillan, c'est toi qui feras le prisonnier", j'aurais abandonné mes privilèges. Même un rôle muet m'eut comblé; j'aurais accepté dans l'enthousiasme de faire un blessé sur une civière, un mort. L'occasion ne m'en fut pas donnée : j'avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait. Je n'en revenais pas de me découvrir par eux : ni merveille ni méduse, un gringalet qui n'intéressait personne. Ma mère cachait mal son indignation : cette grande et belle femme s' arrangeait fort bien de ma courte taille, elle n'y voyait rien que de naturel : les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père, voilà tout. Elle aimait que je fusse, à huit ans,

resté portatif et d'un maniement aisé : mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé. Mais, voyant que nul ne m'invitait à jouer, elle poussait l'amour jusqu'à deviner que je risquais de me prendre pour un nain -ce que je ne suis pas tout à fait- et d'en souffrir. Pour me sauver du désespoir elle feignait l'impatience : " Qu'est-ce que tu attends, gros benêt ? Demande-leur s' ils veulent jouer avec toi." Je secouais la tête : j'aurais accepté les besognes les plus basses, je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter. Elle désignait des dames qui tricotaient sur des fauteuils de fer : "Veux-tu que je parle à leur mamans ?" Je la suppliais de n'en rien faire; elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d'arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus. Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir, les hauts lieux où soufflait l'esprit, mes songes : je me vengeais de mes déconvenues par six mots d'enfant et le massacre de cent reitres. N'importe : ça ne tournait pas rond.

Jean-Paul SARTRE, Les Mots, 1964.





 Réponse N°9 32648

Ma vie
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 28-10-13 à 21:05



On dit de l'enfance que c'est le temps le plus heureux d'une existence. En est-il toujours ainsi ? Non. Peu nombreux ceux dont l'enfance est heureuse. L'idéalisation de l'enfance a ses lettres d'origine dans la vieille littérature des privilégiés. Une enfance assurée de tout et, avec surcroît, une enfance sans nuage dans les familles héréditairement riches et instruites, toute de caresses et de jeux, restait dans la mémoire comme une clairière inondée de soleil à l'orée du chemin de la vie. Less grands seigneurs en littérature ou les plébéiens qui chantèrent les grands seigneurs ont magnifié cette idée de l'enfance toute pénétrée d'esprit aristocratique. L'immense majorité des gens, si seulement ils jettent un coup d'oeil en arrière, aperçoivent au contraire une enfance sombre, mal nourrie, asservie. La vie porte ses sur les faibles, et qui donc est plus faible que les enfants ?...

Léon Trotsky, Ma vie, 1930.





 Réponse N°10 32650

Il va neiger...
  Par   Elmzouri mostafa  (Autrele 28-10-13 à 21:55



Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens

de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses

au coin du feu. Si l'on m'avait demandé: qu'est-ce?

j'aurais dit: laissez-moi tranquille. Ce n'est rien.

J'ai bien réfléchi, l'année avant, dans ma chambre,

pendant que la neige lourde tombait dehors.

J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors

je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.

Mais moi j'étais bête parce que tant de choses

ne pouvaient pas changer et que c'est une pose

de vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous? C'est drôle;

nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas,

et cependant nous les comprenons, et les pas

d'un ami sont plus doux que de douces paroles.

FRANCIS JAMMES





 Réponse N°11 32652

se rappeler/ se souvenir
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 28-10-13 à 22:04



D'après La Banque de dépannage linguistique:

Se rappeler et se souvenir

Depuis longtemps, se rappeler et se souvenir sont deux verbes étroitement liés, qui se sont mutuellement influencés. Ainsi, souvenir n’était pas, à l’origine, un verbe pronominal (on disait alors : il me souvient de… tour aujourd’hui archaïque ou littéraire); il l’est devenu au XVIe siècle sous l’influence de se rappeler. Par ailleurs, on a pris l’habitude d’employer se rappeler avec la préposition de sur le modèle de se souvenir de.

Bien que ces verbes renvoient tous deux à une même notion, ils présentent quelques différences syntaxiques que la langue spontanée a tendance à oublier, semant ainsi une certaine confusion. Voyons un peu ce qui est considéré comme correct et ce qui l’est moins.

On se rappelle quelque chose, mais on se souvient de quelque chose.

Exemples :

- C’est avec nostalgie que je me rappelle les vacances de ma jeunesse. (et non : que je me rappelle des vacances)

- C’est avec nostalgie que je me souviens des vacances de ma jeunesse.

- Quand on l’a revu, il ne se rappelait même plus nos noms. (et non : il ne se rappelait même plus de nos noms)

- Quand on l’a revu, il ne se souvenait même plus de nos noms.

Comme le verbe se rappeler demande un complément direct, il ne peut par conséquent se construire avec le pronom en qui sous-entend un complément indirect (en = de quelque chose). Par contre, le verbe se souvenir peut, lui, se construire avec en. On dira donc je m’en souviens mais je me le rappelle.

Exemples :

- Elle se rappelle ce moment avec émotion. (et non : elle se rappelle de ce moment)

- Elle se le rappelle. (et non : elle s’en rappelle)

- Elle se souvient de ce moment avec émotion.

- Elle s’en souvient.

- Souvenez-vous-en.

- Souviens-t’en. (et non : souviens-toi-z-en; souviens-toi-z’en)

Pour la même raison, se rappeler s’emploiera avec que et non avec dont.

Exemples :

- C’est tout ce que je me rappelle. (et non : c’est tout ce dont je me rappelle)

- C’est tout ce dont je me souviens.

Toutefois, se rappeler peut s’employer avec en ou dont lorsque ceux-ci sont des compléments du nom de l’objet direct.

Exemples :

- Un roman dont je ne me rappelle plus la conclusion. (la conclusion du roman)

- Un roman que je n’ai pas lu.

- Une histoire dont j’ai oublié le dénouement. (le dénouement de l’histoire)

- Une histoire que j’ai oubliée.

- J’ai adoré ce voyage, je m’en rappelle les moindres détails. (les détails de ce voyage)

On pourra de même employer de dans des constructions où le complément ne se rattache pas au verbe se rappeler mais à un autre verbe.

Exemple :

- Je me rappelle de quelle façon nous nous en sommes sortis. (de quelle façon se rattache au verbe se sortir et non à se rappeler)

Pour compliquer un peu les choses, précisons que se rappeler peut, ou a pu, s’employer avec de dans certains cas, notamment lorsqu’il est suivi d’un infinitif présent qui exprime une action qu’il ne faut pas oublier d’accomplir; dans un tel contexte, on peut généralement remplacer se rappeler de par penser à.

Exemples :

- Il doit se rappeler de tout ranger avant le retour de ses parents.

- Rappelle-toi de me téléphoner dès que tu arriveras.

Il en va de même lorsque se rappeler est suivi d’un infinitif passé, bien que cet emploi avec la préposition soit aujourd’hui vieilli; dans l’usage moderne, on omet généralement la préposition.

Exemples :

- Je me rappelle lui avoir dit tout ce que je savais. (Je me rappelle de lui avoir dit… est un tour vieilli)

- Ils se rappelaient être passés par cette route il y a bien longtemps.

Il est à noter que le verbe se souvenir, qui s’emploie normalement avec de dans ce cas, s’emploie parfois, sous l’influence de se rappeler, sans préposition. Cet emploi n’est pas condamné, mais certains grammairiens trouvent préférable, dans la langue soignée, de recourir à la préposition.

Exemples :

- Je me souviens de lui avoir rendu les clés.

- Je me souviens lui avoir rendu les clés.

Enfin, lorsque le complément est un pronom personnel de la première ou de la deuxième personne, il est permis de transgresser la règle et d’employer la préposition de (je me rappelle de vous et non je me vous rappelle), même si certains grammairiens recommandent d’employer dans ce cas le verbe se souvenir.

Exemples :

- Je me rappelle très bien de lui. (ou : Je me souviens très bien de lui.)

- Quand je l’ai revue, elle ne se rappelait plus de moi. (ou : elle ne se souvenait plus de moi)

En conclusion, même si se rappeler de, sur le modèle de se souvenir de, est bien attesté depuis le XVIIIe siècle, autant chez les grands auteurs que dans la langue générale, les grammairiens, bien qu’ils soient unanimes à constater que cet emploi est très répandu, se montrent encore réticents à admettre cette construction, et force nous est de devoir encore nous plier à ces règles si nous voulons nous conformer à la norme grammaticale.





 Réponse N°12 32653

Rappelle-toi Barbara
  Par   Samira Yassine  (CSle 28-10-13 à 23:15



Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là

Et tu marchais souriante

Epanouie ravie ruisselante

Sous la pluie

Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest

Et je t'ai croisée rue de Siam

Tu souriais

Et moi je souriais de même

Rappelle-toi Barbara

Toi que je ne connaissais pas

Toi qui ne me connaissais pas

Rappelle-toi

Rappelle toi quand même ce jour-là

N'oublie pas

Un homme sous un porche s'abritait

Et il a crié ton nom

Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie

Ruisselante ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras

Rappelle-toi cela Barbara

Et ne m'en veux pas si je te tutoie

Je dis tu à tous ceux que j'aime

Même si je ne les ai vus qu'une seule fois

Je dis tu à tous ceux qui s'aiment

Même si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara

N'oublie pas

Cette pluie sage et heureuse

Sur ton visage heureux

Sur cette ville heureuse

Cette pluie sur la mer

Sur l'arsenal

Sur le bateau d'Ouessant

Oh Barbara

Quelle connerie la guerre

Qu'es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d'acier de sang

Et celui qui te serrait dans ses bras

Amoureusement

Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara

Il pleut sans cesse sur Brest

Comme il pleuvait avant

Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé

C'est une pluie de deuil terrible et désolée

Ce n'est même plus l'orage

De fer d'acier de sang

Tout simplement des nuages

Qui crèvent comme des chiens

Des chiens qui disparaissent

Au fil de l'eau sur Brest

Et vont pourrir au loin

Au loin très loin de Brest

Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, "Paroles", Gallimard, 1946





 Réponse N°13 32654

Une vie
  Par   Samira Yassine  (CSle 28-10-13 à 23:23



Elle demeura trois mois dans sa chambre, devenue si faible et si pâle qu'on la croyait et qu'on la disait perdue. Puis peu à peu elle se ranima. Petit père et tante Lison ne la quittaient pas, installés tous deux aux Peuples. Elle avait gardé de cette secousse une maladie nerveuse ; le moindre bruit la faisait défaillir et elle tombait en de longues syncopes provoquées par les causes les plus insignifiantes.

Jamais elle n'avait demandé de détails sur la mort de Julien.

Que lui importait ? N'en savait-elle pas assez ? Tout le monde croyait à un accident, mais elle ne s'y trompait pas ; et elle gardait en sou coeur ce secret qui la torturait : la connaissance de l'adultère, et la vision de cette brusque et terrible visite du comte, le jour de la catastrophe.

voilà que maintenant son âme était pénétrée par des souvenirs attendris, doux et mélancoliques, des courtes joies d'amour que lui avait autrefois données son mari. Elle tressaillait à tout moment à des réveils inattendus de sa mémoire ; et elle le revoyait tel qu'il avait été en ces jours de fiançailles, et tel aussi qu'elle l'avait chéri en ses seules heures de passion écloses sous le grand soleil de la Corse. Tous les défauts diminuaient, toutes les duretés disparaissaient, les infidélités elles-mêmes s'atténuaient maintenant dans l'éloignement grandissant du tombeau fermé.

Et Jeanne, envahie par une sorte de vague gratitude posthume pour cet homme qui l'avait tenue en ses bras, pardonnait les souffrances passées pour ne songer qu'aux moments heureux.

Une vie de Maupassant





 Réponse N°14 32669

un paradis terrestre
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 30-10-13 à 11:05



Quand on voulait se faire couper les cheveux, on allait chez le menuisier. Le samedi soir, il changeait de métier, recevait dans cuisine. On s' asseyait autour de la table, en attendant notre tour. Le menuisier sortait sa tondeuse mécanique et il coupait tranquillement, en prenant tout son temps, la cigarette papier maïs aux lèvres, la cendre qui nous dégringolait dans le cou. Il coiffait les hommes, excusivement. Les vieux buvaient un coup, fumaient, discutaient, racontaient tous les potins du bourg, se rappelaient de vieilles histoires de famille, de fermes, de clôtures. Nous, les enfants, on écoutait, fascinés. Fallait surtout pas être pressés. On ressortait de la cuisine du menuisier à la nuit noire, la tête bien fraîche : son style, au menuisier, c'était la coupe au bol, bien dégagé très haut sur les oreilles et la nuque. Quand on rentrait à la maison, les autres se moquaient de nous. Pas grave : ils y passeraient à leur tour. (...)

Juste à côté de la maison, il y avaitun boucher, qui possédait son propre abattoir. On était tout le temps fourrés chez lui, dans sa cour, à le regarder tuer les bêtes. Bien sûr, ça impressionnait, mais, à force, on s' habituait. Lui, ce qu'il ne supportait pas, c'était de tuer les agneaux. Il pleurait, quand il tuait des agneaux. Le reste, les veaux, les cochons, c'était son boulot et on adorait se faire peur en le regardant faire son boulot.

Mais la cour du boucher, c'était aussi le rite de la lessiveuse. Ma mère faisait bouillir le linge dans une grande lessiveuse sous laquelle brûlait un feu d'enfer et c'était là, dans la cour du boucher, qu'elle pouvait le faire tranquillement. Ça prenait le temps qu'il fallait, surtout les draps. Après, il fallait aller laver le linge au doué, comme on appelait le lavoir. Un kilomètre à pied, à pousser la brouette pleine de linge. Un kilomètre pour revenir. Au doué, une mare en plein champ avec un petit abri en tôle, ma mère s'agenouillait dans une caisse en bois garnie de paille et savonnait, frappait le linge avec le battoir, savonnait, rinçait, frappait, rinçait, tordait...Ça fait très image d'Epinal le lavoir à l'ancienne, vieille tradition de nos belles campagnes. Mais ma mère, ça ne la faisait pastellement rêver. Qu'il pleuve, qu'il vente, il fallait aller au doué, pousser la brouette, s' agenouiller, savonner, frotter, frapper, revenir poussant la brouette. Pendant les vacances, on l'accompagnait, on passait l'après-midi avec elle. Pour nous, c'était une aventure de plus. Dans le champ près du doué, on jouait, on lisait, on discutait. (...)

Alain REMOND, Chaque jour est un adieu, 2000.





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