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Fille de joie( texte intégral corrigé et affiné)
Par   elomari mustapha (Prof)  [msg envoyés : 347le 24-09-10 à 15:40   Lu :1108 fois
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Fille de joie (texte intégral corrigé et affiné)

Issue d'une famille pauvre et nombreuse, je n'allai plus à l'école. Papa décida de m'offrir à une famille dans le grand besoin d'une bonne. Une famille composée d'un papa juriste, d'une maman administratrice, d'une fille de huit ans et de deux garçons de treize et seize ans. J'avais onze ans et je devais m'occuper de toutes les besognes ménagères. Je me levais à six heures. Je mettais le lait sur le feu, je remplissais la baignoire, je frappais doucement à la porte de monsieur et madame Lalla qui se réveillaient paresseusement, monsieur allait le premier se jeter dans l'eau chaude et Lalla s'introduisait dans la cuisine à préparer le déjeuner que je mettais à table. Je réveillais les enfants qui faisaient leur toilette un à un, je faisais leurs chambres, je mettais tout en ordre. A sept heures et demie tout le monde était déjà dehors quant à moi, je me mettais à exécuter les directives de Lalla: Ranger les chambres, laver le linge sale, faire la vaisselle, préparer le pain, et ...

Quatre années s'étaient écoulées ainsi sans que ma situation connût le moindre changement, toujours la même corvée. Un matin que tout le monde était parti, le jeune garçon âgé de vingt ans fut de retour, tourna la clé à double reprises, entra et me lança un bonjour doux auquel personne dans cette maison ne m'habitua. Il se mit debout à mes côtés à la cuisine, je lavais les derniers verres, il me toucha, s'approcha, se colla à moi et me dit des choses douces que personne ne m'avait dites auparavant: Papa ne m'avait jamais dit que j'étais un trésor. J'avais quinze et lui vingt ans, il m'embrassa, une odeur séduisante se dégagea de ses vêtements, il me caressa à des endroits qui me donnèrent des sensations que je ne sais décrire, j'avoue que cela me donna du plaisir, beaucoup de plaisir que je ne me rendis même pas compte de ce qui allait se passer. Il me fit jurer de ne rien raconter à personne et je n'avais jamais rien raconté. Deux mois plus tard j'eus des nausées, je vomissais beaucoup chaque fois que je sentis l'odeur des repas, Lalla se douta de quelque chose.

-Qui vient à la maison en notre absence? Dis a bente lahrram.(bâtarde)

-Personne Lalla. Wallah laadim. C'est...

-C'est quoi? Réponds.

-C'est sidi Sghir qui fut de retour un matin après votre départ.

-Que t'a-t-il fait Boubnate? ( coureur de jupes)

-Il...Il...Il... !!!

-Je comprends.

Lalla m'emmena chez le médecin, il me mit une souris pareille à celle de l'ordinateur sur le ventre et regarda sur l'écran.

-Aala slamtek me dit-il.

-Ta fille est enceinte mbark massoud, dit-il à Lalla qui émit un de ces sourires à faire trembler les morts.

A la maison elle me menaça.

-Si tu dis que c'est à cause de mon fils, son papa t'enverra en prison tu sais qu'il est avocat. Tu le sais ou non?

-Oui Lalla.

-Demain je t'emmènerai chez un ami de la famille il te débarrassera de cette kerch Abente lahram.

On m'allongea sur un lit à roulettes, j'eus peur, on me piqua, je m'endormis profondément. Quand je revins à moi-même, je me vis allongée sur un lit à la maison, je me levai, j'allai à la cuisine j'eus une soif atroce. Deux jours après, je redevins la fille que j'étais : Plus de nausée, plus de fatigue, je me remis à mes activités comme si de rien n’était. Vers la fin du troisième mois Papa vint chercher l'argent. Il venait chaque trois mois prendre mon squelettique salaire comme il était convenu.

-Nous ne voulons plus de ta fille, dit Lalla à mon Papa chéri.

J'accompagnai Papa chez nous au Douar. Maman me posa des questions, et des questions, des comment, des pourquoi, des où, des quand… Un torrent de questions me tomba sur la tête, je répondis innocemment, maman s'enragea.

-Viens ! Approche ! Fais voir ! Me dit-elle.

Je m'ouvris, elle introduisit son doigt et cria comme une folle:

-Plus rien, plus rien Alhmara ! alkelba !(Salope, chienne). Si ton père sait, il te tuera.

Je pleurais à chaudes larmes: Lalla m'enverra en prison, papa me tuera. Est-ce de ma faute? Il vaut mieux que je m'en aille d'ici. Aussitôt pensé aussitôt appliqué.

Je profitai de l'absence de mes parents, ils furent chercher de l'herbe pour la seule chétive vache que nous possédions, je fis mon sac, pris de l'argent, et allai à pieds trois kilomètres pour atteindre la route asphaltée, je pris l'autocar à destination « Je ne sais où » .

Je pris place et je commençai à sangloter quand une femme âgée d'une cinquantaine d'années s'approcha de moi et m'interrogea:

- Qu'est-ce que tu as à pleurer ainsi ma fille, aurais-tu perdu un parent chéri?

J'essuyai mes larmes à l'aide de mes paumes et répondis:

-Ce n'est rien.

-Où vas-tu? C’est quoi ta destination?

-Je ne sais pas, n'importe où, mais loin d'ici.

-Tu fuis tes parents ou ton mari?

-Pour l'instant, je fuis tout le monde.

Les yeux de la quinquagénaire brillèrent, une allure de joie se dessina sur son visage, pareille à celle d'un enfant qui retrouve son jouet préféré perdu quelque part. Elle m'invita sur un ton maternel à passer la nuit chez elle.

-Viens passer la nuit chez moi et demain matin tu décideras à tête reposée où aller. Ne sachant ni où aller ni où passer ma première nuit d'aventurière, j'acceptai l'invitation de l'inconnue... Une fois chez elle, elle me demanda de prendre place et de faire comme si c'était mon domicile parental. Je jetai un coup d'œil dans les cinq chambres que contenait cette maison et je fus étonnée par un détail un peu particulier : Dans toutes les chambres sans exception aucune, il y avait un lit à deux places. Quel goût! Me dis-je en mon tréfonds. Quelques instants après deux jeunes filles accédèrent à l'intérieur.

-C'est une nouvelle? Dis Mi Malika!

-Oui c'est une nouvelle, vous devez lui apprendre le métier.

A ces mots je voulus prendre congé de l'inconnue Mi Malika, Quand elle me fit sur un ton menaçant le discours suivant:

-Ne pense plus jamais à l'extérieur, tu resteras ici pour toujours si tu fais exactement ce que je te dis, si les clients sont satisfaits tu seras la plus gâtée de toutes, sinon tu auras le plus austère des châtiments. Ne pense surtout pas à crier ou à demander le secours, ici personne ne t'entendra.

Je passai ma première nuit tranquillement, personne ne vint me déranger. Le matin ; on me réveilla. Mi Malika me demanda de prendre une douche et me donna des vêtements transparents à mettre, c'était le mois de septembre il faisait encore chaud. Je prenais mon petit déjeuner quand quelqu'un frappa à la porte, on ouvrit, un homme de presque quarante cinq ans entra.

-C'est elle la nouvelle?

Mi Malika répondit:

-Oui, régale toi, mais va doucement elle est encore sous le choc.

Accompagne Monsieur dans ta chambre et ne lui refuse surtout rien, il doit sortir satisfait sinon tu le regretteras, m'ordonna-t-elle.

La chose était dure, insupportable , écœurante mais malgré moi je la fis, c'était ma première humiliation, mon premier pas dans un labyrinthe infernal que je devais parcourir pour de longues années à donner la joie et à en récolter de l'amertume jusqu'à devenir insensible à tous ces hommes-animaux qui me caressaient avec leurs sales mains et m'embrassaient avec leurs bouches nauséabondes, tellement ils buvaient. Je fus leur jouet pendant deux décennies et demie à satisfaire leurs fantasmes les plus débiles...A répondre à leurs caprices les plus insensés. Maintenant que je suis vieille et malade on me jette comme un torchant usé par de l'eau javellisée. Je suis une douleur parlante, marchant à trois et tendant la main à qui d'un sou courrait à mon secours.

Mustapha EL OMARI.

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Demande!!!

Par elomari mustapha le 23-09-10 à 22:44

Je voudrais demander aux collègues ayant lu cette nouvelle en trois parties et les ayant commentées de redéposer leurs chers commentaires car les trois parties ont été suprimées pour donner place au texte intégral, leurs commentaires ont été supprimés , je voudrais les relire ne m'en privez pas s'il vous plait.

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"...une douleur parlante,..."

Par Idoubiya Rachid le 23-09-10 à 23:31

Salut M. mustapha,

L'argumentation par le témoignage! Voilà ce que vous faites M.mustapha! Je trouve que si le ministère introduit cette nouvelle dans notre programme d'enseignement, il aura remporté le pari de la vraie nouvelle réaliste!

Notre GUY de Maupassant est né!

Vous savez M. mustapha, vous donnez à plus d'un l'envi d'écrire! de vouloir faire comme vous faites. Mais cela ne sera que chimère car vous disposez de qualités impossibles à partager avec personne!

Vos lecteurs dont je fais partie - depuis les premiers articles que vous avez édités dans marocagreg - seront désormais s'incarner à la misère des autres! Cette misère, que tous les articles du monde ne pourront rendre vivante autant que vous!

Merci donc M. mustapha pour votre investissement et votre dévouement pour une tâche délicate: celle de dénoncer les malheurs de gens simples, comme vous et moi, et tant d'autres!

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Beau récit!

Par kerzazi fatiha le 24-09-10 à 00:12

Si on a dit que l'inspiration et l'admiration sont les mamelles éternelles de la plume, il ne faut pas oublier le génie est fait d'un pour cent d'inspiration et de quatre-vingt-dix-neuf pour cent de transpiration. Vous M Elomari, vous vivez ces situations, vous les partagez avec ces malheureuses victimes de la société d’où cette vérité dans les sentiments. Vous n’avez plus besoin de répéter « Je »n’est pas « moi ». Mais « je » partage toutes les souffrances des victimes de la société d’où cette précision dans la description des événements auxquelles certaines ellipses narratives en disaient long sur la souffrance de cette pauvre jeune fille .

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j'ai aimé!

Par bougrine nabil le 24-09-10 à 01:35

bonsoir,

Mr elomari,vous êtes un excellent écrivain.je vous envie pour ça.

on a l'impression de lire un nouvelliste du 19ème siècle.

cette drôle de capacité de choisir vos expressions vous rend unique.

j'ai lu à plusieurs reprises l'histoire de la fille,qui chassée par la société,devient une prostitué mais en vous lisant,vous,je trouve que c'est encore plus tragique.

on est nombreux à vous lire alors ne nous privez pas de vos chefs-d'œuvre.




Réponse N°1 6466
Excuses!!!!
Par   elomari mustapha  (Profle 25-09-10 à 18:11


Excusez s'il vous plait mes petites réformes...


Réponse N°2 6468
....à très grande échelle.
Par   Idoubiya Rachid  (Profle 25-09-10 à 18:21


Salut M.elomari mustapha,

Penses M. mustapha à un recueil de nouvelles qui seront éditées et publiées à très grande échelle. Vous avez du talent dans ce sens...

Mes amitiés.



Réponse N°3 6474
Doute!!!!!
Par   elomari mustapha  (Profle 26-09-10 à 09:31


Je te remercie Rachid pour tes encouragements sincères! Mais je doute que mon réalisme nuise au lecteur.Il est des lecteurs qui me diront :"mais ceci est courant, on en voit des scènes quotidiennes, rien de nouveau." Peut-être!!!


Réponse N°4 6475
Pas du tout!
Par   Idoubiya Rachid  (Profle 26-09-10 à 10:33




Salut mustapha,

Je ne pense pas de la même façon! En effet, ce que tu racontes certes est monnaie courante dans la société: on le voit tous les jours! Mais la façon de le faire fait toute la différence! C'est le côté écriture littéraire qui fait toute la singularité d'un fait, d'une situation désolante!

Puisqu'il s'agit de rendre le malheur humain de la façon dont vous la faites plus attrayante et plus émouvante, j'ai une bonne impression qu'il sera vu d'une autre façon et apprécier à sa juste valeur: dénoncer le MAL...

En 1936, Pablo Picasso a peint un tableau qu'il nommait Guernica! C'est une ville espagnole attaquée par les nazi. Cela a provoqué la mort de quelques centaines d'individus. Cette page sanglante de l'Histoire d'Espagne reste indélébile dans la mémoire collective grâce au tableau peint par ce peintre...

C'est aussi la force de la littérature qui prime dans la dénonciation des torts de tout un chacun!

Donc vois loin mustapha!



Réponse N°5 6488
Remarque
Par   Boulahnine Khalid  (Profle 26-09-10 à 21:03


Bonjour M. Elomari. Je viens juste de lire votre nouvelle. Votre réflexion est excellente: vous avez su nous émouvoir par le tableau que vous nous avez présenté en nous invitant à remettre en question et nos actes et nos jugements. la vision interne que vous avez adoptée plutôt que de paraître limitée semble encore plus profonde. la candeur du pge est confrontée à la cruauté sociale. le triomphe du mal, du reste, confère au texte sa dimension réaliste. Votre message atteindra assurément ses cibles

J'espère voir un jour votre premier recueil de nouvelles dans les librairies.

Bonne continuation et à plus...



Réponse N°6 6506
Remerciements
Par   elomari mustapha  (Profle 27-09-10 à 17:27


Je voudrais remercier comme il se doit tous les collègues qui encouragent ma plume, je tacherai de ne pas vous décevoir. Il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour sortir de la médiocrité du style et des sujets abordés avec l'espoir de caresser les muses. l'écriture est pour moi l'engagement le plus sacré auquel il faut accorder la plus minutieuse des attentions, d'où sa gravité. Mon espoir le plus intime est d'être l'artisan de quelques métamorphoses totales de certaines personnes qui agissent à leurs guises sous-estimants les créatures de DIEU, en personnes rongées par le regret et devenues par la suite fontaines de tendresse. Merci à vous tous mes chers collègues de marocagreg et à vous lecteurs où que vous êtes.


Réponse N°7 6510
Bravo
Par   Akram Adam  (Profle 27-09-10 à 21:53


salam

Si On avit dit de vous Un G" de Maupassant , vous l'êtes; je vous dis sincerement que nous attendons d'autres textes de vous et que cette nouvelle , je vais la faire étudier à mes élèves comme séquence sur la nouvelle réaliste , s'ouvrir sur la culture et la littérature locale voire d'un collègue n'est pas un péché.

bon courage



Réponse N°8 6511
réalité
Par   LEFRIYEKH FATIHA  (Profle 28-09-10 à 11:12


Cette histoire et poignante car c'est une réalité que vivent beaucoup de filles au Maroc. Oui, c'est une réalité que nous connaissons tous mais dont on en parle rarement. C'est votre façon d'en parler qui lui donne cette intensité et cette ampleur. En même temps cela donne à réfléchir, nous nous sentons impliqués et indignés que cela puisse arriver à nos filles.

En ce qui concerne le style, je vous ai déjà dit que vous lire est un plaisir, et j'ajouterai, et un régal.

Merci de nous faire partager avec toi ces moments.



Réponse N°9 6563
congratulations
Par   ouhti soumeya  (Profle 30-09-10 à 01:09


bravo M.elomari, cette histoire touche réellement la vie quotidienne des bonnes et leur drame

c'est l'image nue et amere de notre société

bonne continuation



Réponse N°10 16673
Quelle plume dénonciatrice !
Par   bachiri Fatiha  (Profle 27-01-12 à 16:35


Comment faites -vous pour représenter ces personnages : cette fille , ce garçon de "Maman m'a tué "??

On dirait que vous êtes un peu tous ces personnages que vous défendez si bien , vraiment j'aime beaucoup cela .

Ce souci des AUTRES

SUBLIMES voilà le mot, vos TEXTES SONT SUBLIMES .

NB/ Ce n'est qu'un avis d'une lectrice qui était passionnée par la lecture mais qui l'avait bondonnée depuis plus d'une décennie .



Réponse N°11 16686
Très beau texte
Par   bachiri Fatiha  (Profle 27-01-12 à 21:11




une vie minable comme" Une vie " le roman de Balzac




Réponse N°12 16688
re
Par   marocagreg  (Adminle 27-01-12 à 21:17




"une vie" ce n'est pas balzac.




Réponse N°13 16689
troubles de mémoires ah hhhhhhhhhhhhhhm TROUS DE MEMOIRES
Par   bachiri Fatiha  (Profle 27-01-12 à 21:26




Désolée hhhhhhhhhhhhhhum lisez mon NBcité la haut hhhhhhhhhhhhhhum , vous m'excuseriez n'est ce pas ???

NB/ Ce n'est qu'un avis d'une lectrice qui était passionnée par la lecture mais qui l'avait bondonnée depuis plus d'une décennie .




Réponse N°14 16692
MOT PASSANT
Par   bachiri Fatiha  (Profle 27-01-12 à 21:42




PARDON je voulais dire Maupassant


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