Fac-fes-sais- hernani-s4- rattrapage

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 04-07-15 à 22:36  Lu :901 fois
     
  
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Université Sidi Mohamed Ben Abdellah

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Sais – Fès

Département de Langue et de Littérature Françaises

Filière « études françaises »



Module : Théâtre romantique (XIXe ) Professeur : Mohamed Semlali

Semestre : 4 (Session de rattrapage) Durée : 2h Année universitaire : 2014-2015

(Don Carlos, seul, dans le tombeau de Charlemagne)


[...] — Oh! l'empire! l'empire!

Que m'importe! j'y touche, et le trouve à mon gré.

Quelque chose me dit : Tu l'auras! — Je l'aurai.

Si je l'avais!... — Ô ciel! être ce qui commence!

Seul, debout, au plus haut de la spirale immense!

D'une foule d'états l'un sur l'autre étagés

Être la clef de voûte, et voir sous soi rangés

Les rois, et sur leur tête essuyer ses sandales;

Voir au-dessous des rois les maisons féodales,

Margraves , cardinaux, doges, ducs à fleurons;

Puis évêques, abbés, chefs de clans, hauts barons;

Puis clercs et soldats; puis, loin du faîte où nous sommes,

Dans l'ombre, tout au fond de l'abîme, — les hommes.

Les hommes! c'est-à-dire une foule, une mer,

Un grand bruit, pleurs et cris, parfois un rire amer,

Plainte qui, réveillant la terre qui s'effare,

A travers tant d'échos nous arrive fanfare!

Les hommes! Des cités, des tours, un vaste essaim,

De hauts clochers d'église à sonner le tocsin! (Rêvant)

Base de nations portant sur leurs épaules

La pyramide énorme appuyée aux deux pôles,

Flots vivants, qui toujours l'étreignant de leurs plis,

La balancent, branlante à leur vaste roulis,

Font tout changer de place et, sur ses hautes zones,

Comme des escabeaux font chanceler les trônes,

Si bien que tous les rois, cessant leurs vains débats,

Lèvent les yeux au ciel... Rois! regardez en bas!

Ah! le peuple! — océan! — onde sans cesse émue,

Où l'on ne jette rien sans que tout ne remue!

Vague qui broie un trône et qui berce un tombeau !

Miroir où rarement un roi se voit en beau!

Ah! si l'on regardait parfois dans ce flot sombre,

On y verrait au fond des empires sans nombre,

Grands vaisseaux naufragés, que son flux et reflux

Roule, et qui le gênaient, et qu'il ne connaît plus!

Gouverner tout cela! — Monter, si l'on vous nomme,

A ce faîte! Y monter, sachant qu'on n'est qu'un homme!

Avoir l'abîme là !... — Pourvu qu'en ce moment

Il n'aille pas me prendre un éblouissement!

Oh! d'états et de rois mouvante pyramide,

Ton faîte est bien étroit! Malheur au pied timide!


Victor Hugo, Hernani, extrait de la scène 2, acte IV

Consignes :

1- À quoi don Carlos compare-t-il l'empire ? Pourquoi ? (1 point)

2- Pour quelle raison le peuple est-il assimilé à un océan ? (1 point)

3- Situez le texte dans son contexte historique et dans son cotexte. (3 points)

4- Relevez les mouvements du texte. Pour chaque mouvement, formulez l'idée principale. (3 points)

5- Quelle problématique pouvez-vous proposer pour commenter ce texte ? (2 points)

6- Rédigez un paragraphe où vous développerez l'idée de départ suivante, en vous appuyant sur le texte :

« Dans le drame romantique, le peuple devient un acteur politique et dramatique majeur…. » (5 points)

7- Rédigez un paragraphe où vous analyserez le portrait de don Carlos et son rapport avec le pouvoir en vous appuyant exclusivement sur le texte support. (5 points)


  




 Réponse N°1 35678

éléments de réponse
  Par   marocagreg  (Adminle 04-07-15 à 23:40

Éléments de réponse :



1- L'Empire est comparé à une pyramide. (la réponse « une spirale immense » est aussi acceptée)

Pourquoi ? Parce que la structure de l'État impérial a une forme pyramidale comme tous les États féodaux : très étroite au sommet, très large à la base. Le sommet de la pyramide est occupé par l'Empereur, incarnation du pouvoir temporel et par le Pape, incarnation du pouvoir spirituel. Juste en bas, il y a les rois, la haute noblesse, les hauts dignitaires de l'Église, ensuite, la basse noblesse, les militaires, et tout en bas, à la base de la pyramide, l'océan du peuple.



2- Le peuple est assimilé à l'Océan pour plusieurs raisons. 1° : Le peuple qui occupe la base de la pyramide est la classe sociale la plus nombreuse et la plus obscure (vaste essaim). Par son immensité, cette classe sociale ressemble à l'Océan. 2° : L'Océan est imprévisible : tantôt il est calme, tantôt il est agité. Personne ne peut prévoir ses sauts d'humeur, ses changements brusques, exactement comme le peuple qui peut à n'importe quel moment sortir de sa léthargie et de sa résignation et se révolter contre ceux qui le gouvernent. Il faut donc se méfier de cette classe sociale qui peut à n'importe quel moment renverser les gouvernements.



3- (Rem : là j'ai eu droit à de longs passages appris par cœur et récités sans faire attention à la consigne).

A - Le contexte historique : c'est vrai que la scène est située en 1519 à la veille de l'élection de Charles Quint à la tête de l'Empire romain germanique, mais le véritable contexte historique qu'il fallait mettre en avant pour comprendre les enjeux du texte est le contexte de la production de la pièce. Il fallait rappeler la Révolution française qui a révélé la puissance du peuple et sa capacité de prendre son destin en main, ensuite rappeler la Restauration du pouvoir monarchique absolu après l'épisode impérial. Le texte est donc un avertissement à la royauté qui est invitée à ne pas oublier les leçons du passé récent et à traiter le peuple comme une force politique majeure.

A- Le cotexte : Le monologue fameux de Don Carlos se passe dans le tombeau de Charlemagne. Le roi attend l'annonce du résultat des élections (ce n'est pas le peuple qui vote comme le pensent la plupart des étudiants!) C'est l'occasion pour don Carlos de méditer sur le pouvoir impérial auprès du tombeau de son guide et modèle historique. Le tombeau est le lieu où s'accomplit une mue, une métamorphose essentielle du personnage qui va se délester des misères du roi (le grotesque) pour endosser l'énorme responsabilité historique de l'Empereur.



4-Les mouvements du texte : (beaucoup d'étudiants ne savent pas de quoi il s'agit et parlent de romantisme et de réalisme, etc. D'autres se sont contentés de donner sèchement deux ou trois phrases sans prendre la peine de diviser le texte)

→ premier mouvement : du début du texte à « tout au fond de l'abîme – les hommes »

Don Carlos trahit son désir immense de décrocher le poste suprême de l'empereur qui le hisse au sommet de la pyramide du pouvoir.

→ Deuxième mouvement : de « les hommes ! » à « et qu'il ne connaît plus ! »

Don Carlos fait preuve d'une sagesse et d'une conscience politique aiguë. Il consacre une grande partie de sa réflexion au peuple comme acteur politique essentiel qu'il faut prendre en considération dans toute réflexion sur l'art de gouverner.

→ troisième mouvement : de « gouverner tout cela ! » à fin du texte

Gouverner un empire n'est pas une mince affaire. Les hommes les plus aguerris peuvent faillir devant l'ampleur de cette responsabilité. Don Carlos, conscient de la gravité de cette responsabilité, vient ici chercher le soutien moral de son guide spirituel Charlemagne.



5- La problématique (une seule question au lieu de trois ou quatre!) – plusieurs problématiques possibles :

En tant que méditation sérieuse sur le pouvoir impérial et ses exigences, comment ce passage se donne-t-il à voir comme un art de gouverner ?

6- Dans le drame romantique, le peuple devient un acteur politique et dramatique majeur. En effet, contrairement au théâtre classique où le peuple est réduit à des rôles secondaires de valets et de serviteurs, le théâtre romantique, fruit de la Révolution française, des déboires de la monarchie absolue et des conquêtes napoléoniennes, réhabilite le peuple et lui donne la place qui lui revient de droit. Même s'il continue à occuper la base de la pyramide, le peuple constitue une force politique à moitié endormie qui peut se réveiller à n'importe quel moment et renverser trône et gouvernements. Les politiciens sont désormais contraints de prendre en considération cette force qui couve et qui, tel un océan, peut à tout instant déchaîner sa force immense et engloutir les monarchies qui sont très fragilisées depuis la Révolution de 1789. La révolte d'Hernani et de sa bande de brigands contre le pouvoir monarchique de don Carlos est un exemple illustre de l'action politique des classes populaires qui prennent de plus en plus part à l'action politique. Sur le plan dramatique, le drame romantique est un drame de la totalité qui ne se contente plus de représenter d'enfermer l'action dans les vestibules du palais royal. Le peuple devient un acteur dramatique essentiel qui vient équilibrer la balance. On ne peut plus ignorer le peuple que ce soit sur la scène politique ou sur la scène du théâtre.



7- Don Carlos est sans doute le seul personnage du drame qui a connu une véritable évolution. Au roi frivole et libertin des premières scènes se substitue dans dans cette scène un personnage grave et mûr, un politicien qui possède une vision politique et stratégique très profondes. En ce sens, il devient le porte-parole de Hugo lui-même. Ambitieux, il brigue le pouvoir impérial qui mettrait le destin de l'Europe entre ses mains. Pour lui, il est question d'être ou ne pas, être la clef de voûte ou n'être rien. L'enjeu est énorme. On comprend alors la nervosité et l'agitation de don Carlos ; ce qui ne l'empêche pas de mener une réflexion poussée sur les rouages du pouvoir impérial, sur la structure de l'État, et sur les rapports de force qui régissent les différentes composantes de ce pouvoir. Don Carlos est conscient de l'énormité de la responsabilité qu'il doit assumer au cas où il serait élu Empereur, mais sa force de caractère et se prévoyance politique, inspirées par Charlemagne en personne, le préparent à cette tâche surhumaine. Dans ce monologue, on assiste, en fait, à la naissance d'un héros historique.





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