Evaluons alors nos examens régionaux

 Par Samira Yassine  (?)  [msg envoyés : 2089le 18-03-13 à 02:00  Lu :1587 fois
     
  
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« Evaluons nos évaluations » a réalisé de très bons résultats.
Nous avons été amenés à changer nos conceptions quant à la préparation d’une évaluation.
Un échange fructueux entre les chers collègues a relevé un certain nombre de points à revoir nous basant en cela sur le contenu du cadre référentiel.
Essayons maintenant de voir à chaque fois une épreuve déjà proposée à l’examen régional dans l’une des académies du royaume.
Commençons par Marrakech, en hommage à un homme qui travaille seul, mettant à notre disposition toutes les épreuves couronnant  un travail laborieux méritant les plus sincères remerciements.
Merci M Bouchriha.



Epreuve n° 1
Académie de Marrakech : l’examen régional 2012

Texte :
On lui a mis une petite robe qui lui va bien.
Je l'ai prise, je l'ai enlevée dans mes bras, je l'ai assise sur mes genoux, je l'ai baisée sur ses cheveux.
Pourquoi pas avec sa mère ? - Sa mère est malade, sa grand mère aussi. C'est bien.
Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais jetant de temps en temps un coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin. (…)
Hélas ! n'aimer ardemment qu'un seul être au monde, l'aimer avec tout son amour, et l'avoir devant soi, qui vous voit et vous regarde, vous parle et vous répond, et ne vous connaît pas ! Ne vouloir de consolation que de lui, et qu'il soit le seul qui ne sache pas qu'il vous en faut parce que vous allez mourir !
- Marie, ai-je repris, as-tu un papa ?
- Oui, monsieur, a dit l'enfant.
- Eh bien, où est-il ?
Elle a levé ses grands yeux étonnés.
- Ah ! vous ne savez donc pas ? il est mort.
Puis elle a crié ; j'avais failli la laisser tomber.
-Mort ! disais-je. Marie, sais-tu ce que c'est qu'être mort ?
- Oui, monsieur, a-t-elle répondu. Il est dans la terre et dans le ciel.
Elle a continué d'elle-même :
- Je prie le bon Dieu pour lui matin et soir sur les genoux de maman.
Je l'ai baisée au front.
- Marie, dis-moi ta prière.
- Je ne peux pas, monsieur. Une prière, cela ne se dit pas dans le jour Venez ce soir dans ma maison ; je la dirai.
C'était assez de cela. Je l'ai interrompue.
- Marie, c'est moi qui suis ton papa.
- Ah ! m'a-t-elle dit.
J'ai ajouté :
- Veux-tu que je sois ton papa ? L'enfant s'est détournée.
- Non, mon papa était bien plus beau.
Je l'ai couverte de baisers et de larmes. Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant :
- Vous me faites mal avec votre barbe.
Alors, je l'ai replacée sur mes genoux, en la couvant des yeux, et puis je l'ai questionnée.
- Marie, sais-tu lire ?
- Oui, a-t-elle répondu. Je sais bien lire. Maman me fait lire mes lettres.
-Voyons, lis un peu, lui ai-je dit en lui montrant un papier qu'elle tenait chiffonné dans une de ses petites mains.
Elle a hoché sa jolie tête.
- Ah bien ! je ne sais lire que des fables.
- Essaie toujours. Voyons, lis.
Elle a déployé le papier, et s'est mise à épeler avec son doigt :
- A, R, an R, E, T, rêt, ARRET...
Je lui ai arraché cela des mains. C'est ma sentence de mort qu'elle me lisait. Sa bonne avait eu le papier pour un sou. Il me coûtait plus cher, à moi.
Il n'y a pas de paroles pour ce que j'éprouvais. Ma violence l'avait effrayée ; elle pleurait presque. Tout à coup elle m'a dit :
- Rendez-moi donc mon papier, tiens ! c'est pour jouer Je l'ai remise à sa bonne.
- Emportez-la.
Et je suis retombé sur ma chaise, sombre, désert, désespéré. À présent ils devraient venir ; je ne tiens plus à rien ; la dernière fibre de mon cœur est brisée.
Je suis bon pour ce qu'ils vont faire.
I. COMPRÉHENSION : (10 points)
1. En vous référant à l’œuvre dont le texte est extrait, recopiez et complétez le tableau suivant : (1 pt)
Prénom et nom de l’auteur.
Genre de l’œuvre.
Siècle.
Une autre œuvre du même auteur.
2. Situez le passage par rapport à l’œuvre dont il est extrait. (1 pt)
3.Les informations suivantes sont-elles vraies ou fausses ? Justifiez chacune de vos réponses en citant une phrase du texte : (2 pt)
a. Marie est accompagnée par une autre personne.
b. Marie veut bien que le narrateur soit son père.
c. Marie lit au narrateur une lettre de sa mère.
d. Le narrateur est satisfait de cette rencontre.
4. Pourquoi Marie ne reconnait-elle plus son père ? (1 pt)
5. Relevez deux mots appartenant au champ lexical de l’affection. (1 pt)
6.« Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant :
- Vous me faites mal … »
Transposez cette phrase au discours indirect, sachant que le narrateur rapporte ses propres paroles. (1 pt)
7.« Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais jetant de temps en temps un coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin. » (0,5 pt)
La figure de style employée dans l’ensemble des éléments soulignés est une gradation. Est-elle ascendante ou descendante ?
8.Quel est le registre qui domine dans ce texte ? (0,5 pt)
9.Dans ce texte, le condamné est presque exécuté par sa propre fille avant même de l’être par le bourreau. Approuvez-vous l’analyse exprimée dans cette phrase ? Justifiez votre réponse. (1 pt)
10.Peut-on considérer ce passage comme un réquisitoire contre la peine de mort ? Justifiez votre réponse. (1 pt)
II.PRODUCTION ÉCRITE : (10 points)
Sujet :
En condamnant une personne à mort, la société condamne toute une famille au désespoir. Cela rend injuste la peine capitale, selon Victor Hugo.
Dans un texte d’une vingtaine de lignes, vous exposerez votre point de vue en l’appuyant au moyen d’arguments pertinents et d’exemples précis.


 


Nous essaierons , dans un premier temps de voir dans quelle mesure le cadre référentiel a été pris en considérations dans cette épreuve , avant de discuter les éléments de réponse.


Mes remerciements les plus sincères à tous ceux qui aiment leur métier et contribuent à ce débat.


Mes respects.




  




 Réponse N°1 30339

Merci Samira
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 18-03-13 à 18:22



Ton idée est géniale. Comme tu l'as remarqué, elle a donné de bons résultats: l'analyse et les propositions de messieurs Kasbaoui, Iboudiya et Jaafari sont précieuses. Il ne fait pas de doute que cela va nous faire réfléchir sur la conception d'une épreuve.

Pour répondre à ta question, je dirais qu'en apparence, cette épreuve semble répondre au cadre référentiel dans la mesure où on peut repérer des questions de contextualisation, d'analyse (avec quelques réserves) et d'interprétation.

Avec quelques réserves car je me demande si on peut considérer les questions de relevé, de repérage ou de transposition comme de l'analyse. De même, là où l'élève est invité à réagir, la réponse est donné dans le libellé du sujet.





 Réponse N°2 30343

Merci chère collègue
  Par   zine hicham  (CSle 18-03-13 à 20:03



Merci Mme samira d'avoir ouvert ce débat qui nous aidera tous à repenser l'évaluation et à être plus pertinent dans sa conception.

Concernant l'épreuve proposée, j'ai deux remarques à faire sur les questions de langue :

8.Quel est le registre qui domine dans ce texte ? (0,5 pt) Cette question pourrait créer une confusion chez l'élève car le terme registre doit être déterminé par " littéraire" ou " de langue" parce qu'on ne cesse pas de rappeler à nos élèves la distinction entre registres littéraires et registres de langue.

J'ai une autre remarque concernant la question 6. pour transposer le discours, l'élève ne saura pas s'il doit effectuer la concordance des temps ou non car le verbe introducteur est à la forme participe.

Je réitère mes remerciements





 Réponse N°3 30345

C'est à moi de vous remercier .
  Par   Samira Yassine  (CSle 18-03-13 à 21:03



Oui chers collègues, je suis heureuse de vous voir réagir à mon écrit. Ce sujet nous intéresse tous, parce qu'on a tous ce souci de mener à bien notre tâche combien noble: l'enseignement.

J'ai remarqué grace aux remarques pertinentes de M kasbaoui, vu sa position dans le domaine, que la préparation d'une évaluation ne peut être réussie si on ne se réfère pas à un certains nombre de critères.

J'avoue que j'ai été vraiment déboussolée découvrant que je ne me suis jamais référée qu'à moi même et à ma façon de voir l'évaluation en fonction des acquis des élèves, bien sûr , et des objectifs fixés.

Mais j'ai fini par réussir une fusion entre les deux: garder ma conception tout en la soumettant à un certains nombres de consignes figurant dans le cadre référentiel. Cela a donné lieu à une épreuve réussie , à ce que je pense. Je crois que cette année, on choisira mon évaluation proposée à l'examen régional :)) Pourquoi pas? N'est-ce pas le professeur qui connait le mieux ses élèves ?

Je vous remercie d'avoir soulevé certains points à revoir dans l'examen régional de Marrakech 2012. Nous pouvons conclure que nous ne sommes pas les seuls à ne pas réussir toujours une évaluation conforme au cadre référentiel.

Je souhaite voir intervenir des collègues spécialistes du domaine de la supervision de ce genre de travail tels M Kasbaoui et M Elkahlaoui aussi, sans oublier les autres collègues.

Unis , nous irons de l'avant et nous contribuerons dans l'amélioration de l'enseignement dans notre pays.

Merci à vous tous.





 Réponse N°4 30356

Point d'épreuve parfaite
  Par   kasbaoui abdelaziz  (Autrele 19-03-13 à 15:12



Je ne pense pas qu'il y ait d’épreuves parfaites dans l'absolu. Un épreuve est jugée "parfaite" quand elle :

1. est valide, i.e. elle évalue ce qu’elle est censée évaluer.

2. est fiable, i.e. elle est perçue (au niveau de la réception et de la correction ) de la même façon.

3. est représentative, i.e. elle évalue un éventail large des apprentissages.

4. respecte le cadre référentiel, qui est censé garantir une certaine homogénéité de l'évaluation et, partant, tenter de garantir l'égalité des chances.

Pour l’épreuve proposée, j'aimerais proposer le remarques suivantes:

1. consigne 2. (Situez le passage par rapport à l’œuvre dont il est extrait)

Je pense avoir donné mon point de vue sur ce type de consignes. j'ajouterai que la situation du passage, POSÉE de cette façon, exige une maitrise LINÉAIRE de l’œuvre, Or, un élève du lycée (enseignement général) n'est pas obligé d'avoir cette maitrise quasi spécialiste, hautement technique. Législativement, aucun texte ne le lui impose; pédagogiquement, il serait intéressant d'évaluer la compréhension d'une lecture GLOBALE, le but ayant été toujours de les inciter à lire et à comprendre et non à lire et faire des études littéraires. Le commun des élèves aura besoin d'outils linguistiques et communicatifs à ce stade d'apprentissage, pour les autres , ils auront l'occasion d'approfondir leurs connaissances des œuvres plus tard.

2. Questions 9 et 10. Ce sont certes des questions appartenant à la rubrique "réagir", mais leur formulation comporte des risques majeurs. Elles s'apparentent étrangement à des sujets de réflexion qui nécessitent la rédaction d'un texte. Les évalués pourraient rencontrer des difficultés dans les réponses (cout en temps, erreurs sanctionnées, etc.) tandis que le correcteur pourrait hésiter sur la note à octroyer à plusieurs réponses inégales et de dimensions différentes. Il fallait peut-être ajouter une petite consigne telle ; Justifiez votre réponse en une phrase, en deux phrases, par un argument, ...

Merci





 Réponse N°5 30359

Voici le corrigé de cette épreuve.
  Par   Samira Yassine  (CSle 19-03-13 à 17:46



J'aimerais juste signaler que les réponses accompagnant le barème proposé par l'académie prètent , parfois, à confusion, alors personnellement, je corrige selon mes propores convictions, quitte à compter juste une réponse qui ne correspond pas à la réponse suggérée par le barème.

COMPRÉHENSION : (10 points)

1. En vous référant à l’œuvre dont le texte est extrait, recopiez et complétez le tableau suivant : (1 pt)

Prénom et nom de l’auteur  .Victor Hugo

Genre de l’œuvre   .Roman à thèse

Siècle           XIXème siècle

.Une autre œuvre du même auteur  .Les misérables

2. Situez le passage par rapport à l’œuvre dont il est extrait. (1 pt)

Le condamné est dans une cellule à la Conciergerie car c’est son dernier jour. On lui amène sa fille Marie car il sera exécuté dans peu de temps.

3. Les informations suivantes sont-elles vraies ou fausses ? Justifiez chacune de vos réponses en citant une phrase du texte : (2 pt)

a. Marie est accompagnée par une autre personne. Vraie : « … sa bonne, qui pleurait dans le coin. » « Je l'ai remise à sa bonne. »

b. Marie veut bien que le narrateur soit son père. Fausse : « - Non, mon papa était bien plus beau. »

c. Marie lit au narrateur une lettre de sa mère. Fausse : « C'est ma sentence de mort qu'elle me lisait. »

d. Le narrateur est satisfait de cette rencontre. Fausse : « - Emportez-la. » « Et je suis retombé sur ma chaise, sombre, désert, désespéré. »

4. Pourquoi Marie ne reconnaît-elle plus son père ? (1 pt)

La fille ne reconnaît pas son père car son physique a énormément changé. (Elle ne l’a pas vu presque une année).

5. Relevez deux mots appartenant au champ lexical de l’affection. (1 pt)

Baisée, baisers, aimer, caressée, embrassée, amour, consolation.

6. « Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant : - Vous me faites mal … »

Transposez cette phrase au discours indirect, sachant que le narrateur rapporte ses propres paroles. (1 pt)

Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant que je lui faisais mal.

7. « Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais jetant de temps en temps un coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin. » (0,5 pt)

La figure de style employée dans l’ensemble des éléments soulignés est une gradation. Est-elle ascendante ou descendante ?

Une gradation ascendante

8. Quel est le registre qui domine dans ce texte ? (0,5 pt)

Le registre pathétique

9. Dans ce texte, le condamné est presque exécuté par sa propre fille avant même de l’être par le bourreau. Approuvez-vous l’analyse exprimée dans cette phrase ? Justifiez votre réponse. (1 pt)

Exemple : Oui, le fait de ne pas être reconnu par sa propre fille a brisé la dernière fibre qui le retenait à la vie.

10. Peut-on considérer ce passage comme un réquisitoire contre la peine de mort ? Justifiez votre réponse. (1 pt)

Exemple : Oui, ce passage est un réquisitoire contre la peine de mort car la famille du condamné qui est pourtant innocente; se trouve elle aussi victime de ce châtiment.







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