Etude littéraire:chaka de senghor.

 Par Elmzouri mostafa  (Autre)  [msg envoyés : 148le 15-02-13 à 18:52  Lu :5245 fois
     
  
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EL MZOURI Mostafa
الى صاحب "الى ابنتي" الى مصطفى العمري
Etude littéraire
« Chaka »
« Chaka » figure au centre du recueil de Senghor « Ethiopiques ».C’est un poème dramatique comme le signale Senghor lui-même en sous titre. Il est inspiré au poète par l’ouvrage de T.Mofolo « Chaka : une épopée bantoue » qui réécrit l’histoire du héros zoulou Chaka .Si dans l’ouvrage de Mofolo, Chaka se présente comme une figure à double aspects :d’une part ,le bâtisseur de l’empire et d’autre part le génie du mal et le tyran sanguinaire ; le personnage est récupéré par Senghor pour poser la problématique morale qui celle de l’homme politique à savoir la part du devoir qui impose le sacrifice de l’être cher et peut être de soi. Cette discordance sera dépassée par Senghor pour être posée en termes de politique et de poétique : quelle voix doit prédominer ? Le choix de Senghor ne se fait pas attendre : le devoir prime, le sacrifice est de mise .La souffrance ramène le chef politique à adopter la voix de la poésie comme forme de rédemption et de réconciliation entre l’homme et son être.
Chaka est un poème dramatique à voix multiple, composés de deux chants dont le premier donne à lire le procès de Chaka intenté par la voix blanche et dont l’accompagnement musicale (tamtam funèbre) souligne l’atmosphère de mort ; le second chant est plus paisible dans la mesure où Chaka sort vainqueur (réhabilité) de son procès et entame une marche vers une mort digne ; cette mort n’est qu’une étape dans la vie du héros qui va à la rencontre de Nolivé dans monde futur.
Comment dans ce poème dramatique, le procès de Chaka se mue en un contre procès de la voix blanche ; et comment Chaka réussit-il la réconciliation avec son être par le biais de la poésie ?
On examinera donc :
1- Un point de vue esthétique : le poème dramatique.
2- Le double procès dans « Chaka ».
3- Le triomphe du poète.
1- Un point de vue esthétique : le poème dramatique.
« Chaka » est défini génériquement par Senghor (voir le sous-titre) comme un poème dramatique, ce qui traduit la référence de l’esthétique de Senghor à la tragédie grecque .Cette définition se trouve conforté par la structure du poème qui s’organise en deux chants faisant référence aux actes d’une pièce de théâtre, la présence du chœur et du coryphée confirme cette référence. Plus encore, le poème s’ouvre mise en scène qui dit la tension accentuée par la présence du sang et l’atmosphère de la mort que cela suggère :
« A la terre cloné par trois sagaies, promis au néant vagissant » (v : 2)
Cette position rappelle celle d’Œdipe en devoir de résoudre l’énigme du mal qui s’abat sur Thèbes. Ici, l’enquête n’a pas à éclaircir l’agent du mal, mais se transforme en un procès dressé contre Chaka à qui il revient de justifier ses actes. Ce renvoi au théâtre grec est un choix délibéré de Senghor qui vise à doter l’Afrique d’une littérature égale en noblesse et en dignité à la littérature occidentale. Ce qui fait de « Chaka », à juste titre une pièce centrale d’Ethiopiques, puisqu’elle se conforme au projet poétique de Senghor à savoir la célébration de l’Afrique et la confirmation de son histoire, que ce soit une histoire lointaine relative aux origines de la création du monde, ou encore une histoire récente relative à la civilisation africaine souvent méconnue voire exclue du cheminement historique universel.
Mais le choix d’une forme dramatique à plusieurs voix qui convoque, nous l’avons dit, la tragédie grecque ne va pas sans mettre sur scène un héros en crise. Un héros somme toute tragique puisque tiraillé entre son amour et son devoir. La référence à l’antiquité par le choix formelle du poème, se double d’une référence chrétienne : les mots comme passion, souffrance, bonne Nouvelle, calvaire sont autant de vocables qui confirment cette thèse. Plus que le vocabulaire le thème du sacrifice, majeur dans le poème, apporte la certitude de la transformation qu’opère Senghor dans l’histoire religieuse. Même si Chaka est loin d’être chrétien dans la réalité, il prend, dans le poème de Senghor la figure du christ trahit par les « deux larrons, les deux imbéciles » (v : 4/5).C’est dire l’investissement que fait Senghor de ses convictions religieuses dans la production poétique.
Les images puisées dans la tradition et le contexte africain soulignent, au delà de l’histoire de Chaka , la référence africaine du royaume de l’enfance de Senghor. L’Afrique ne suggère pas seulement le mythe de Chaka, mais elle suggère également la parole qui le dit ; considérons ce verset du chant II :
« Comme l’ouvrier à midi salue la terre froide » (v : 10)
Ces multiples références de Senghor, qu’elles soient formelles, thématique ou langagières rendent compte du syncrétisme que prône Senghor ; un syncrétisme qui aboutit, en fin de compte, à une civilisation de l’universel et à un humanisme généralisant.
2- Le double procès dans « Chaka ».
A prime abord, Chaka est le personnage qui est sur la sellette dans ce poème dramatique .Il est accusé par la voix blanche d’être :
- un grand pourvoyeur des vautours et des hyènes
- le poète du vallon de la mort
- de voler la douceur des narines
Chaka ,du point de vue de cette voix blanche, est un sanguinaire, un monstre puisqu’il ne tue pas seulement sa fiancée Nolivé ,mais aussi son armée. L’accusation de la voix blanche prend un ton hyperbolique :
« Tu avoues donc Chaka ! Avoueras-tu les millions
D’homme par toi exterminés »
Soulignant ainsi le massacre dont Chaka a été l’agent.
La logique de la voix blanche est une logique qui va l’encontre des valeurs que défend Chaka. Il ne s’agit pas de « conscience » ; il s’agit plutôt chez Chaka d’une science. Un savoir mystique et énigmatique que la voix blanche n’arrive pas à comprendre :
- Chaka a tué par amour « je l’aurais pas tuée si moins aimée » (v : 56)
- Chaka a également tué pour échapper à la tentation de l’amour aux dépens de l’intérêt de son peuple :
« Mais si, je l’ai tuée, tandis qu’elle contait des pays bleus
Je l’ai tuée oui !d’une main sans tremblement.
Un éclair d’acier fin dans le buisson odorant de l’aisselle. » (v : 19, 20,21)
L’horreur de l’image qu’emploie Chaka dit combien la souffrance qui a accompagné l’acte est grande. Chaka entend regagner sa fiancée dans un monde qui va au delà de la mort.
« O ma fiancée, j’ai longtemps attendu cette heure » dit-il. (v : 8 Chant II)
« C’est l’heure de l’amour dans la minute qui précède » reprend le coryphée. (v :11 Chant II)
La mort de Chaka le délivre du devoir du chef, de la contrainte du politique pour qu’il puisse se consacrer à l’amour et la poésie.
En répondant aux accusations de la voix blanche, Chaka à son tour, intente un procès à ce que symbolise cette voix à savoir la civilisation occidentale ; sous forme de rêve ou plutôt de vision, Chaka annonce ce qui adviendra de l’Afrique à cause de l’arrivée de l’homme blanc :
- Perte de la valeur du travail : « le travail est saint mais le travail n’est plus le geste ». (v : 80)
- Exploitation des richesses de l’Afrique : « Nous avons tout donné…des ivoires de miel et des peaux d’arc-en-ciel »
- Ségrégation raciale : « peuples du sud dans les chantiers…
- Et le soir ségrégués dans les kraals de la misère ». (v : 82)
Chaka dénonce la paix armée et la fraternité sans égalité. Il relève les accusations tendancieuses de voix blanche :
« Ah ! te voilà Voix Blanche, voix partiale, voix endormeuse.»(v : 98)
Et explicite la contradiction qui repose sur la générosité des peuples d’Afrique et l’ingratitude des colonisateurs. Aux plaisants et aux boissons exquises qui symbolisent cette générosité s’opposent « les présents rouillés »et « les poudreuses verroteries » de l’homme blanc.
Ainsi, le sacrifice de Chaka aura été une souffrance de toute l’Afrique :
« Et le meule à broyer la farine si blanche des tendresse noires ». (v : 112)
Ce verset exprime à lui seul l’idée que le martyr historique de l’Afrique est une forme de passion destinée à racheter le monde auquel la Négritude souffrante devait fatalement finir par apporter le salut.
Mais le salut n’est pas seulement l’apanage de la souffrance : Chaka triomphant est Chaka poète et amoureux !
3 – Le triomphe de la poésie
Devant le premier dilemme de Chaka ; ce dernier accepte la souffrance non pour réparer ses crimes, mais pour l’amour de son peuple.
Devant le second dilemme de Chaka : poésie ou politique ; son choix et on peut plus tranché : c’est le poète qui prend la relève. Si dans le premier chant la voix blanche accuse Chaka d’être un poète ; dans le deuxième chant, Chaka récupère cette accusation à son avantage et se définit comme tel. Ainsi, on assiste à la mort homme politique et la naissance de l’homme poète :
«…C’est l’heure de la renaissance,
Le poème est mûr au jardin d’enfance, c’est l’heure de l’amour. » (v : 7 Chant II)
Cette naissance n’est pas seulement constatée par le coryphée, elle est confirmée voulue par le chœur qui symbolise le peuple :
« Bien mort le politique et vive le poète » (v : 46 Chant II)
Bref, la mort de l’homme politique libère Chaka le poète.
Aussi est en droit de se demander de quelle poésie il s’agit et de la fonction que Senghor (à travers la figure de Chaka) assigne à cette poésie.
Le poète se définit d’abord par la négation de ce qu’il n’est pas : le poète n’est pas le poème, ni le tamtam, ni le rythme ; le poète refuse s’identifier à poésie et aux mots, car ceux-ci sont un principe créateur, et se suffisent à eux-mêmes. Ce que Senghor suggère est une poétique de la nomination. C’est au nom lui-même qu’il revient de « faire image et le poète révèle par là le crédit qu’il fait aux mots » .
Le poète revendique une relation de paternité avec le poème « il le tient dans ses bras et le caresse et tendrement lui parle ».Le poète se définit comme celui qui accompagne, et qui dit accompagnement dit rythme. Un rythme fondé sur la monotonie :
« Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté monotone »(v :71)
Ce verset du Chant II de Chaka correspond à la conception senghorienne de la poésie exprimée dans la postface : « Mais la monotonie du ton, c’est ce qui distingue la poésie de la prose, c’est le sceau de la Négritude, l’incantation qui fait accéder à la vérité des choses essentielles : les forces du cosmos. ».D’où, la mission du poète et de la poésie qui, à partir de cette constatation, serait en possession d’un pouvoir magique ; pouvoir de la lyre d’Orphée.
Lors de ce Chant II de Chaka, le coryphée et le chœur chantent le poète à manière des griots africains célébrant leurs héros. Ce chant, cette poésie a un pouvoir de re-création : Chaka renait en poète et la poésie triomphe apportant la lumière :
« Là bas le soleil au zénith sur tous les peuples de la terre » (v :81,Chant II)
Ce verset est particulièrement représentatif du concept Senghorien de la civilisation de l’universel qui transcende une Négritude parfois plus identitaire et plus nationaliste.
Ce poème dramatique, placé au centre d’Ethiopiques , condense la poésie Senghorienne en posant la problématique de l’exercice du pouvoir , de la mission du poète et son identité. A l’instar de la reine de Saba, du Kaya- Magan ; Chaka sort de l’histoire pour afficher des dimensions mystiques, mais le propre de Senghor est d’en faire un mythe personnel qui actualise des interrogations toujours vivantes.

  



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