Étude d’une Œuvre intÉgrale

 Par Yousfi Mansour  (?)  [msg envoyés : 1le 06-01-11 à 22:23  Lu :2879 fois
     
  
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ÉTUDE D’UNE ŒUVRE INTÉGRALE :
Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo
Séance 1. Entrée dans le roman.
Dominante : lecture.
Objectif : comparer les sentiments du narrateur pour voir dans quelle mesure ils ont évolué.
Supports : chapitre premier – dernier chapitre.
I – Les sentiments du narrateur au début du roman -
1 - L’énonciation. Qui parle ? A qui ? Où ? Quand ? De quoi ? Dans quel(s) but(s) ?
2 - L’écriture au service du récit (construction des phrases, types de phrases, temps verbaux, figures de style…). Qu’apporte une telle écriture à l’histoire ?
Réponses attendues :
1 - L’énonciation :
Qui parle ? Le condamné.
A qui ? Lui-même.
Où ? Dans sa cellule de Bicêtre.
Quand ? A la veille de son exécution.
De quoi ? De ses états d’âme à propos de sa condamnation à mort.
Dans quel but ? Nous faire participer au cheminement de sa pensée ; nous rallier à sa cause.
2 - L’écriture :
Elle privilégie les phrases simples, le style direct, le présent… elle permet de rendre plus vivant le récit…
Elle permet aussi au lecteur une plus grande implication dans le récit
II – Les sentiments du narrateur à la fin du roman -
3 - Etude de la progression du désespoir du condamné. (Effectuer un relevé lexical)
4 – En quoi ce passage est-il théâtralisé ? Relevez des éléments au croisement des registres du tragique et du pathétique. (Rappel des définitions « tragique », « pathétique ».)
5 - Le rôle de la ponctuation. En quoi éclaire-t-elle le ton de l’extrait ?
6 - Interprétation de la dernière phrase du roman (Quel sens peut-on lui accorder ? A l’oral, confronter les opinions des élèves).
Réponses attendues :
3 – « ma grâce », « fatalement »« par pitié, 5 minutes encore », « si horrible », « mourir ainsi », « par pitié, une minute », « Ah ! les misérables ».
4 – Rappel de la définition du tragique : le tragique vise à susciter l’effroi du lecteur devant la condition humaine. Il accompagne le plus souvent les thèmes de la mort ou de l’impuissance de l’homme face à un destin qui le dépasse.
Oui, cette définition s’applique au texte. Le condamné ne peut changer le cours de son destin. Il est vraiment face à sa condamnation à mort.
Rappel de la définition du registre pathétique : il utilise les mêmes procédés d’écriture dans le but d’exprimer une émotion douloureuse. Mais les situations exposées sont en général plus humaines, moins soumises à la détermination d’une force supérieure. Les personnages sont plus proches du lecteur ce qui permet de faire partager plus aisément les émotions.
Cette définition s’applique aussi au texte car le condamné est soumis à une décision de la justice des hommes, mais il ne peut cependant pas y échapper pour autant. Le lecteur partage sa douleur et se sent proche de lui.
5 – Il y a un nombre important de points d’exclamation et de points d’interrogation. Cette ponctuation permet de mettre en valeur la stupeur et l’incompréhension et la colère du condamné face à ce qui lui arrive.
6 – « Quatre heures », cette phrase nominale, isolée dans le texte, écrite en majuscule et sans ponctuation peut être interprétée de plusieurs façons :
- elle agit comme le couperet de la guillotine qui tranche la tête du condamné,
- elle laisse aussi libre cours à l’imagination du lecteur,
- une ellipse où l’on pourrait y voir l’interprétation d’un cri.
III – Confrontation de ces deux extraits au moyen d’un tableau comparatif -
De quelle façon les sentiments évoluent-ils ? Notez dans le tableau les éléments du texte et dites quelle conclusion vous pouvez en tirer.
Chapitre 1 Dernier chapitre
L’évolution des sentiments
Le type d’énoncé dominant
Le ton
C’est à ce moment-là que les élèves sont en mesure d’énoncer la problématique.
Réponses attendues :
Chapitre 1 Dernier chapitre
L’évolution des sentiments
Désespéré
«je suis captif, mon corps est aux fers, dans un cachot, cellule, grilles du cachot …»… = l’enfermement, l’angoisse, la souffrance morale Effrayé par l’idée de la mort
Son désespoir s’accroît avec le temps
Lutte entre l’espoir et la peur
Le type d’énoncé dominant
Discours Discours
Le ton
Pathétique (qui cherche à toucher ; suscite l’émotion douloureuse) Pathétique
Le pathétique suscite la compassion du lecteur pour le condamné
Conclusion : il y a une gradation dans le désespoir.
Travail d’écriture à l’issue de la séance : dans un court paragraphe, expliquez les réactions qui vous animent après l’étude de ces deux chapitres.
Séance 2. Premières confidences du narrateur.
Dominante : expression écrite.
Objectifs : - comprendre pourquoi le narrateur reste énigmatique. Pourquoi Hugo a-t-il dressé un tel portrait ?
- distinguer les notions : journal intime, monologue intérieur, récit autobiographique.
- être capable de rédiger un paragraphe argumenté.
Supports : les chapitres 1 à 5.
I – Portrait du narrateur -
Ce travail gagne en qualité lorsqu’il est préparé au préalable par les élèves.
1 - Quelles informations nous apportent la lecture de ces cinq chapitres sur :
- l’âge du condamné ?
- sa personnalité ?
- son caractère ?
- sa vie d’homme libre ?
Vous répondrez à ces questions en relevant des indices du texte.
En classe : mise en commun du travail préparatoire des élèves.
Synthèse des informations dans un paragraphe rédigé individuellement à partir des réponses obtenues.
Réponses attendues :
1 – Son âge est indéfini mais on suppose qu’il s’agit d’un homme jeune (voir chap. 9, « je laisse une femme, une enfant de 3 ans… ».
Il est cultivé « raffiné par l’éducation », « quelques mots de latin », « apprend l’argot »…
Son caractère : assez fort, puisqu’il essaie autant que faire se peut de fonctionner plus avec sa raison qu’avec ses sentiments. C’est aussi un homme digne devant l’annonce de son verdict.
II – Le narrateur et l’écriture de son vécu -
Après avoir dégagé un portrait du condamné, il est intéressant de réfléchir à la façon dont l'auteur a décidé du mode de narration.
Le professeur fait appel aux pré-requis des élèves concernant les trois notions suivantes :
- le monologue intérieur
- le récit autobiographique
- le journal intime
Nous proposons trois définitions, que chaque professeur peut adapter.
MONOLOGUE INTÉRIEUR :
Discours sans auditeur et non prononcé par lequel un personnage exprime sa pensée la plus intime, sans organisation logique c’est à dire tel que cela lui vient à l’esprit.
RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE selon Philippe LEJEUNE :
Récit introspectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle en particulier sur l’histoire de sa personnalité.
JOURNAL INTIME :
C’est un récit écrit au jour le jour, l’auteur y est présent personnellement. Il n’est pas destiné au public et conserve un caractère secret. Même s’il évoque des événements extérieurs, l’accent est mis sur le rédacteur du journal.
Le professeur n’attend pas une réponse en particulier mais que les élèves argumentent leurs choix.
Ce travail peut être scindé en deux parties :
1 – une réflexion orale collective, avec confrontation des points de vue des élèves reportés au tableau par le professeur.
2 – La rédaction individuelle d’un paragraphe argumentatif où l’élève est amené à évoquer les trois types d’écrits.
Suggestion : le professeur peut relever ces deux travaux d’écriture.
III – Conclusion : pourquoi un narrateur aussi énigmatique ?
Les élèves proposeront une réponse individuelle. On pourra s’aider de la préface.
Il faudrait cependant déduire que cette présentation permet une identification du lecteur au narrateur. Cela donne donc à Hugo l’occasion d’établir un plaidoyer contre la peine de mort.
Séance 3. Un narrateur en quête de justifications.
Dominante : lecture.
Objectifs : - revoir la construction et le fonctionnement d’un texte argumentatif. A cette occasion, le professeur pourra pour vérifier les pré-requis des élèves.
- mise en parallèle de ce texte avec le début de la préface « Il y a deux manières de se rendre compte….. le lecteur choisira celle qu’il voudra » pour mieux comprendre l’engagement de V Hugo dans sa lutte contre la peine capitale.
Support : chapitre 6.
I – L’organisation du discours –
A – Le rôle des questions.
1 - Relevé à l’oral les questions (à souligner dans le texte ou à inscrire au tableau)
De quel(s) type(s) de question(s) s’agit-il ?
Rappel des définitions : Question ouverte : elle amène une réponse développée.
Question fermée : elle suppose une réponse très brève par oui ou par non.
Fausse question : N’admet pas de réponse.
Réponse attendue :
1 - Le condamné pose des questions auxquelles il offre lui-même une réponse. Ce sont donc de fausses questions.
Conclusion : il y a une mise en scène du discours. Cette stratégie d’écriture implique directement le lecteur puisqu’elle lui donne l’impression de participer simultanément à la réflexion du condamné.
B – Thèse réfutée – Thèse soutenue.
2 - Quelles sont les thèses réfutée et soutenue présentes dans ce chapitre ? Reformulez-les.
Réponses attendues :
2 - Thèse réfutée : sa condition de condamné le prive de sa liberté de penser.
Thèse soutenue : Son écrit doit permettre une prise de conscience collective du caractère barbare de la peine de mort et aboutir à son abolition.
3 - Dégagez le fonctionnement de l’argumentation.
Relevez les connecteurs logiques. Classez-les selon qu’ils annoncent la cause, la conséquence la condition, l’addition ou l’opposition.
Réponses attendues :
3 - Conséquence : certes – ainsi.
Condition : puisque – si – à moins que.
Addition : et – et puis.
Opposition : mais – d’ailleurs.
A l’issue de ce relevé, reformulez les arguments contenus dans chacun des paragraphes.
Réponses attendues :
1er § : (« Puisque… la peine d’être écrit »), justification de l’acte d’écriture.
2è § : (« Pourquoi non … m’en distraira »,) L’écriture est une thérapie pour moins souffrir.
3è § : (« Et puis… rien après »), la souffrance du condamné doit servir d’exemple.
4è § : (« Ces feuilles… contribué… »), cet écrit doit entraîner une réflexion des hommes de loi sur la peine de mort.
5è § : (« A moins que… guichetier »), ce n’est ici pas réellement un argument mais plutôt un clin d’œil de l’auteur face à sa « prétendue » source d’inspiration (Il aurait retrouvé ces feuillets…).
II – Parallèle avec la préface -
La préface de 1832 : « Il y a deux manières… celle qu’il voudra ».
1 - Victor Hugo explique-t-il clairement ses intentions dans cette préface ? Apportez une interprétation à votre réponse.
2 - Quelles sont les deux interprétations données par Victor Hugo pour justifier l’existence du récit Le dernier jour d’un condamné ? Reformulez ces interprétations sans recopier le texte.
3 - Qui est « l’homme, le rêveur, le philosophe, le poète » dont parle Victor Hugo ?
4 - Quelle est selon vous la réponse la plus plausible ? Justifiez votre réponse.
5 – Comment Victor Hugo, dans le chapitre 6 (les deux derniers paragraphes), fait-il référence à ces « papiers » contenant les mémoires du condamné ?
Réponses attendues :
1 - Victor Hugo préfère rester évasif car il aime peut-être mieux attendre de voir comment le public recevra son œuvre et s’il la comprendra.
2 –
- Soit des feuilles du journal intime d’un condamné à mort ont été retrouvées et publiées.
- Soit un écrivain a puisé dans la réalité un fait divers et en a été tellement bouleversé qu’il a ensuite rédigé un roman.
3 - C’est Victor Hugo lui-même.
4 - La seconde réponse semble être la plus plausible car Le Dernier jour d’un condamné est un plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort. Victor Hugo a rédigé un texte réfléchi et construit dans un but bien précis : faire connaître le caractère barbare des condamnations à mort.
5 –
Préface Chapitre 6
« une liasse de papiers jaunes et inégaux… dernières pensées d’un misérable ». « Ces feuilles les détromperont »
« le vent ne joue dans le préau avec ses morceaux de papier souillé de boue… ».
Conclusion : dans ce chapitre VI, Victor Hugo justifie son acte d’écriture, son engagement contre la peine de mort. Pour rendre son récit plus vraisemblable encore, il laisse planer l’idée que le condamné a réellement existé avec ses feuillets peut-être retrouvés…
Séance 4. Le condamné et le spectacle des galériens : un jeu de miroir.
Dominante : lecture.
Objectifs : - montrer comment ce chapitre fonctionne de manière autonome et comment il préfigure la fin du roman,
- montrer en quoi ce thème des condamnés aux galères est cher à Hugo.
Supports : chapitre 13 – Extrait : Les Misérables, Victor Hugo, livre I, Chapitre IV.
I – Un spectacle particulier -
A – Les acteurs.
1 - Qui sont-ils ? De quelle manière sont-ils présentés ? Que peut-on dire du vocabulaire ? Relevez des oppositions.
Pour répondre à ces questions, effectuez un relevé dans le texte.
Réponses attendues :
« Nuées d’hommes hideux, hurlants et déguenillés. C’étaient les forçats. »
« Un jeune homme de dix-sept ans, qui avait un visage de jeune fille »
« Un seul, un vieux, avait conservé quelque gaieté »
On s’aperçoit que le regard va du collectif au particulier.
2 - Comment sont-ils vêtus à leur arrivée dans la cours ? Á leur départ pour Toulon ?
Réponses attendues :
A l’arrivée dans la cour de la prison : « chapeau tressé avec la paille du cachot » ; « un vêtement de paille pour le plus jeune »
A leur départ pour Toulon : « distribution de chemise, veste et pantalon de grosse toile » ; « les colliers »
Conclusion : les prisonniers sont dotés de l’uniforme des forçats.
B – Les spectateurs.
3 - Distinguez trois types de spectateurs. Quelle est leur attitude face aux galériens ?
Réponses attendues : « quelques curieux venus de Paris » ; les prisonniers ; le condamné.
Leur attitude :
La foule : une curiosité entre peur (« effroi », « épouvanté ») et plaisir (« fête de famille »)
Les prisonniers : « silencieux et immobiles, éclatèrent en cris de joie, chanson,… éclats de rire » « acclamations railleuses »
Le condamné : « un amusement » ; « je regardai avec terreur tous ces profils dans leurs cadres de fer » ; « j’observai ce spectacle étrange avec une curiosité si avide, si palpitante, si attentive… » ; « Un profond sentiment de pitié me remuait jusqu’aux entrailles, et leur rire me faisait pleurer. »
Conclusion : l’auteur vise à dénoncer l’aspect voyeuriste des spectateurs (il s’agit d’un véritable spectacle sans acteurs volontaires).
C – Une scène de spectacle sinistre.
4 - Relevez les principaux éléments du théâtre où se joue la scène. Quels sentiments un tel décor éveille chez le lecteur ?
Réponses attendues :
« Une cour carrée, vaste »… « Une muraille… »
« Façade percée d’une multitude de fenêtres grillées »
« Le carré des prisons…une grille de fer »
« Des bancs de pierres » « une porte cochère »
Les sentiments qui se dégagent principalement sont ceux de l’enfermement, l’angoisse.
D – Un rituel démoniaque ?
5 - Comment comprenez-vous la danse des forçats ? Quel est le lien avec le sabbat ?
Pour ce faire, relevez le champ lexical du rite démoniaque.
Définitions du sabbat :
1 – Par une interprétation malveillante des chrétiens, assemblée nocturnes bruyantes de sorciers et de sorcières au Moyen Age.
2 – Danse, agitation frénétique.
Réponses attendues :
Mouvement convulsif – rires déchirés – haletants – mystérieuses paroles – acclamations furibondes – le sabbat.
Interprétations possibles :
La misère insoutenable peut conduire des hommes vers des rites liés à l’enfer.
Ces hommes semblent abandonnés par la charité chrétienne, ils se tournent alors vers le diable…
Les élèves doivent formuler leurs propres hypothèses.
Conclusion de cette première partie : cette peinture des forçats présentée comme un rite démoniaque fait accéder le lecteur aux conditions horribles des prisonniers condamnés aux galères. Il souhaite ainsi faire réagir le lecteur. N’est-ce pas aussi une dénonciation de l’hypocrisie humaine ? Face aux malheurs des autres certains peuvent éprouver une certaine jouissance.
II – Le jeu de miroir -
Support : la fin du chapitre 13, à partir de « tout à coup… »
6 - De quelle manière le condamné passe-t-il du statut de spectateur à ce lui d’acteur de la scène ?
Réponses attendues :
Les regards, les gestes, la voix des autres prisonniers qui se tournent vers le condamné.
7 - Quels sentiments éprouve-t-il alors ? Relevez les expressions qui le prouvent.
Réponses attendues :
Pétrifié – immobile – perdu – paralysé – je poussai un cri – je me jetai sur la porte – j’appelai avec rage – second cri d’angoisse – je tombai évanoui.
8 - En quoi ce passage est-il capital dans l’histoire du condamné ?
Réponses attendues :
C’est une sorte de répétition de ce qu’il va vivre dans quelques jours. « La Grève est fille de Toulon. »
Conclusion : si le journal du condamné s’achève quelques minutes avant son exécution, ce passage nous permet d’imaginer l’état d’esprit dans lequel il se trouvera face à la guillotine.
III – Un thème cher à Hugo -
Support : un extrait des Misérables, livre I, chapitre IV.
Extrait des Misérables
Jean Valjean fut déclaré coupable. Les termes du code étaient formels. Il y a dans notre civilisation de heures redoutables ; ce sont les moments où la pénalité prononce un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société s’éloigne et consomme l’irréparable abandon d’un être pensant ! Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galères.
Le 22 avril 1796, on cria dans Paris la victoire de Montenotte remportée par le général en chef d e l’armée d’Italie, que le message du directoire aux Cinq –Cents, du 2 floréal an IV, appelle Buona Parte ; ce même jour une grande chaîne fut ferrée à Bicêtre. Jean Valjean fit partie de cette chaîne. Un ancien guichetier de la prison, qui à près de quatre-vingt-dix ans aujourd’hui, se souvient encore parfaitement de ce malheureux qui fut ferré à l’extrémité du quatrième cordon dans l’angle nord de la cour. Il était assis à terre comme tous les autres. Il paraissait ne rien comprendre à sa position, sinon qu’elle était horrible. Il est probable qu’il y démêlait aussi, à travers les vagues idées d’un pauvre homme ignorant de tout, quelque chose d’excessif. Pendant qu’on rivait à grands coups de marteau derrière sa tête le boulon de son carcan, il pleurait, les larmes l’étouffaient, elles l’empêchaient de parler, il parvenait seulement à dire de temps en temps : J’étais émondeur à Faverolles. Puis, tout en sanglotant il élevait sa main droite et l’abaissait graduellement sept fois comme s’il touchait successivement sept têtes inégales, et par ce geste on devinait que la chose quelconque qu’il avait faite, il l’avait faite pour vêtir et nourrir sept petits enfants.
Il partit pour Toulon. Il y arriva après un voyage de vingt-sept jours, sur une charrette, la chaîne au cou. A Toulon, il fut revêtu de la casaque rouge. Tout s’effaça de ce qui avait été sa vie, jusqu’à son nom ; il ne fut même plus Jean Valjean ; il fut le numéro 24601. Que devint la sœur ? Que devinrent les sept enfants ? Qui est-ce qui s’occupe de cela ? Que devient la poignée de feuilles u jeune arbre scié par le pied ?
C’est toujours la même histoire. Ces pauvres êtres vivants, ces créatures de Dieu, sans appui désormais, sans guide, sans asile, s’en allèrent au hasard, qui sait même ? Chacun de leur côté peut-être, et s’enfoncèrent peu à peu dans cette froide brume où s’engloutissent les destinées solitaires, mornes ténèbres où disparaissent successivement tant de têtes infortunées dans la sombre marche du genre humain.
Les Misérables, livre I, chapitre IV.
9 – Quels sont les points communs entre Jean Valjean et les galériens du chapitre 13 ?
Réponses attendues :
Jean Valjean (Les Misérables – 1882)
Les galériens (1829)
« Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galères. »
« une grande chaîne fut ferrée »
« à Bicêtre »
« Il était assis à terre »
« on rivait à grands coups de marteaux »
« il pleurait »
« il fut revêtu de la casaque rouge »
« C’est aujourd’hui qu’on ferre les forçats »
« Tout Bicêtre semblait rire et chanter »
« On fit asseoir les galériens dans la boue »
« les forgerons (…) rivèrent à grands coups de masse de fer »
« il y en eut qui pleurèrent »
« une chemise, une veste et un pantalon de grosse toile… »
10 – Expliquez la phrase « c’est toujours la même chose » (Les Misérables) en effectuant un parallèle avec Le Dernier jour d’un condamné.
Réponses attendues :
Victor Hugo, dans Les Misérables publié en 1882, reprend largement les détails du départ des galériens pour Toulon développé dans Le Dernier jour d’un condamné. Il montre par cette phrase que le rituel est identique et toujours aussi inhumain.
11 – Quel est l’intérêt du passage « Ces pauvres êtres…. genre humain » ?
Réponses attendues :
Victor Hugo fait part de la détresse des condamnés afin de montrer le caractère inhumain de la justice. Témoigner encore et toujours de cette injustice montre bien qu’il s’agit pour lui d’une lutte de toute une vie.
12 - Que signifie cette répétition des thèmes abordés chez Hugo ? Que pouvez-vous en conclure ?
Conclusion : on peut amener les élèves à travers cet exemple à développer l’idée qu’une œuvre littéraire comporte souvent des thèmes récurrents (= qui se répètent). Ils sont à la fois des obsessions (Hugo serait alors frappé profondément par l'horreur de la condition des galériens) et des moyens d'écriture pour dénoncer cette situation.
Séance 5. La torture morale du condamné.
Dominante : lecture.
Objectif : montrer en quoi la souffrance, peinte dans ce chapitre, doit rallier le lecteur à la cause du condamné.
Support : chapitre 43.
I – « Quoi ! déjà plus père ! » -
L’étude de cette première partie a pour but de mettre à jour les attitudes du père et de la fille et de voir en quoi elles sont décalées.
Compléter le tableau suivant sur les attitudes du père et les réactions de sa fille.
Puis déduisez-en les sentiments du condamné.
Gestes et paroles du père Réactions de sa fille
Réponses attendues :
Gestes et paroles du père Réactions de sa fille
Il constate la beauté de sa fille
« Je l’ai prise dans mes bras »
« est-ce que tu ne me connais point ? », il prend les mains de sa fille entre les siennes (supplication ?)
« as-tu un papa ? Où est-il ? »
Il l’interrompt et lui demande si elle veut qu’il soit son papa.
Il l’embrasse
« Sais-tu lire », « Voyons lis »
Il lui arrache la feuille des mains
« Je l’ai remise à la bonne »
Etonnement puis « vous me faites mal, monsieur »
« non » sa propre fille ne le reconnaît pas
« il est mort ». Elle lui explique qu’elle prie pour lui.
« Non, mon papa était beaucoup plus beau »
« Vous me faites mal avec votre barbe »
« A,R, ar, R,E,T,rêt, ARRET… »
« elle pleurait presque »
Les sentiments du condamné :
- joie de revoir sa fille
- fierté devant sa beauté
- déception car elle ne le reconnaît pas
- souffrance quand il apprend qu’il est déjà mort pour elle
- désespoir quand elle lui lit son arrêt de mort.
Conclusion : le condamné n’a désormais plus aucune raison d’espérer car pour sa propre fille, il est déjà mort. Cet épisode renforce la pitié que peut éprouver le lecteur à son égard.
II – Une souffrance accentuée par le temps qui passe -
Travail : à partir du chapitre 18, relevez les indications qui montrent que le temps s’écoule. Quel rôle l’horloge joue-t-elle dans les derniers instants de la vie du condamné ? Faites le lien avec le chapitre 36.
(Pour être efficace, ce travail doit être préparé avant la séance)
Réponses attendues :
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 26
Chapitre 28
Chapitre 34
Chapitre 38
Chapitre 48
Chapitre 49 La chapelle a sonné 6h00.
C’est pour aujourd’hui.
Au moment où 6 heures et demie sonnaient.
Sept heures et demie sonnaient.
Il est 10 heures.
11h viennent de sonner.
Une heure vient de sonner, je ne sais laquelle.
Il est une heure et quart.
3 heures sonnaient.
Quatre heures.
Bilan : chaque son de l’horloge mentionné évoque le battement de tambour du bourreau, qui précède les exécutions.
Ces multiples évocations du temps qui passe précipitent la fin du roman et font partager le sentiment d’angoisse et d’oppression du condamné. Ce compte à rebours accentue le tragique et souligne l’impuissance des êtres face au temps qui s’égraine inlassablement.
Conclusion de la séance : la mise en exergue de la souffrance du condamné participe comme toujours de la volonté de Hugo de rattacher le lecteur à sa lutte.
Séance 6. De Victor Hugo à Robert Badinter.
Dominante : lecture.
Objectifs : - maîtriser les procédés oratoires,
- montrer comment Hugo et Badinter ont aussi dénoncé la peine de mort devant leurs pairs
Supports : le discours de V. Hugo devant l’Assemblée Constituante le 15/09/1848 – le discours de R. Badinter devant l’Assemblée Nationale le 17/09/1981.
Précisions : L’étude de ces textes s’appuie sur une analyse stylistique des procédés rhétoriques. On pourrait poursuivre ce travail en étude de la langue, en faisant noter et trier les différents procédés d’écriture qui permettent à un auteur de persuader ou de donner de la force à son argumentation.
I – Etude du discours de V. Hugo
Discours de Victor Hugo devant l’Assemblée Constituante
15 septembre 1848.
Je regrette que cette question, la première de toutes peut-être, arrive au milieu de vos délibérations presque à l’improviste, et surprenne les orateurs non préparés.
Quant à moi, je dirai peu de mots, mais ils partiront du sentiment d’une conviction profonde et ancienne.
Vous venez de consacrer l’inviolabilité du domicile, nous vous demandons de consacrer une inviolabilité plus haute et plus sainte encore, l’inviolabilité de la vie humaine.
Messieurs, une constitution, et surtout une constitution faite par la France et pour la France, est nécessairement un pas dans la civilisation. Si elle n’est point un pas dans la civilisation, elle n’est rien. (Très bien ! très bien !)
Eh bien, songez-y, qu’est-ce que la peine de mort ? La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. (Mouvement.) Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne. (Sensation.)
Messieurs, ce sont là des faits incontestables. L’adoucissement de la pénalité est un grand et sérieux progrès. Le dix-huitième siècle, c’est là une partie de sa gloire, a aboli la torture ; le dix-neuvième siècle abolira la peine de mort. (Vive adhésion. Oui ! oui !)
Vous ne l’abolirez pas peut-être aujourd’hui ; mais, n’en doutez pas, demain vous l’abolirez, ou vos successeurs l’aboliront. (Nous l’abolirons ! Agitation.)
Vous écrivez en tête du préambule de votre constitution "En présence de Dieu", et vous commenceriez par lui dérober, à ce Dieu, ce droit qui n’appartient qu’à lui, le droit de vie et de mort. (Très bien ! très bien !)
Messieurs, il y a trois choses qui sont à Dieu et qui n’appartiennent pas à l’homme l’irrévocable, l’irréparable, l’indissoluble. Malheur à l’homme s’il les introduit dans ses lois ! (Mouvement.) Tôt ou tard elles font plier la société sous leur poids, elles dérangent l’équilibre nécessaire des lois et des mœurs, elles ôtent à la justice humaine ses proportions ; et alors il arrive ceci, réfléchissez-y, messieurs, que la loi épouvante la conscience. (Sensation.)
Je suis monté à cette tribune pour vous dire un seul mot, un mot décisif, selon moi ; ce mot, le voici. (Ecoutez ! écoutez !)
Après février, le peuple eut une grande pensée, le lendemain du jour où il avait brûlé le trône, il voulut brûler l’échafaud. (Très bien ! — D’autres voix : Très mal !)
Ceux qui agissaient sur son esprit alors ne furent pas, je le regrette profondément, à la hauteur de son grand cœur. (À gauche : Très bien !) On l’empêcha d’exécuter cette idée sublime.
Eh bien, dans le premier article de la constitution que vous votez, vous venez de consacrer la première pensée du peuple, vous avez renversé le trône. Maintenant consacrez l’autre, renversez l’échafaud. (Applaudissements à gauche. Protestations à droite.)
Je vote l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.
Ce discours fut prononcé dans la discussion de l’article 5 du projet de Constitution. Cet article était conçu ainsi : la peine de mort est abolie en matière politique. Certains représentants proposaient par amendement de rédiger ainsi cet article : la peine de mort est abolie.
Dans la séance du 18 septembre cet amendement fut repoussé par 498 voix contre 216.
1 – Etudier la situation de communication.
Réponses attendues :
Emetteur : Hugo, « je »
Récepteur : « vous », « Messieurs », c’est à dire les membres de l’assemblée constituante.
2 – Quelle est la thèse défendue par Hugo. Retrouvez l’organisation du texte. En déduire les arguments utilisés par Hugo.
Réponses attendues :
La thèse : « je vote l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.
L’organisation du texte :
Les quatre premiers paragraphes : le contexte
Paragraphes 5 à 7 : Qu’est-ce que la peine de mort ?
Paragraphes 8 et 9 : Le rôle de Dieu.
Paragraphes 10 à fin : Il faut agir.
Les arguments :
- l’inviolabilité du domicile va de pair avec l’inviolabilité de la vie humaine.
- Voter l’abolition de la peine de mort, c’est faire avancer la civilisation.
- L’homme ne peut se soustraire à Dieu.
3 – Quels sont les procédés oratoires ?
a – Relevez les types de phrases et justifiez leur emploi.
Réponses attendues :
Phrases déclaratives : elles permettent à Hugo d’énoncer ses convictions.
Phrases interrogatives : elles permettent d’insister sur son propos, obtenir une confirmation.
Phrases exclamatives : elles permettent d’exprimer son indignation.
b – Quels sont les mots qui reviennent le plus souvent ? Quel est le sens de ces répétitions ?
Réponses attendues :
Constitution (4 fois), inviolabilité (3 fois), peine de mort (5 fois), messieurs (4 fois), mots (4 fois), loi (3 fois). Les mots répétés sont les clés du discours. Ils permettent d’insister sur l’objet de l’intervention d’Hugo (abolition de la peine de mort).
c – Quels sont les temps verbaux employés et leur valeur ?
Réponses attendues :
Présent d’énonciation : il renvoie au moment où Victor Hugo parle.
Futur : il renvoie à un avenir indiscutable selon Hugo (l’avenir lui donnera raison et un jour la peine de mort sera abolie).
Impératif : il exprime l’ordre ou la prière de l’orateur.
d - Les modalisateurs marquent la prise de position de l’émetteur. Quels sont-ils ?
Réponses attendues :
Verbes de sentiments : « je regrette » (2 fois)
Emploi de guillemets : « en présence de Dieu »
Interjection : « eh bien » (2 fois)
Vocabulaire valorisant : « consacrer », « gloire », « la hauteur de son grand cœur », « idée sublime »
Vocabulaire dévalorisant : « barbarie », « peine de mort », « la torture », « sous leur poids », « épouvante ».
Conclusion : Victor Hugo met tous les procédés oratoires en œuvre pour la défense de ses convictions en matière de justice. Il cherche à convaincre l’Assemblée du bien fondé de ses idées.
II – Le XXème siècle a aboli la peine de mort -
Extrait du Journal Officiel
Débats à l'Assemblée nationale sur l'abolition de la peine de mort en France
M. Badinter, garde des sceaux, ministre de la justice
Assemblée nationale - 1ère séance du 17 septembre 1981 (Extraits).
Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, j'ai l'honneur au nom du Gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France.
En cet instant, dont chacun d'entre vous mesure la portée qu'il revêt pour notre justice et pour nous, je veux d'abord remercier (…) tous ceux, quelle que soit leur appartenance politique qui, au cours des années passées, notamment au sein des commissions des lois précédentes, ont également œuvré pour que l'abolition soit décidée, avant même que n'intervienne le changement politique majeur que nous connaissons.
Cette communion d'esprit, cette communauté de pensée à travers les clivages politiques montrent bien que le débat qui est ouvert aujourd'hui devant vous est d'abord un débat de conscience et le choix auquel chacun d'entre vous procédera l'engagera personnellement.
Raymond Forni a eu raison de souligner qu'une longue marche s'achève aujourd'hui. Près de deux siècles se sont écoulés depuis que dans la première assemblée parlementaire qu'ait connue la France, Le Pelletier de Saint-Fargeau demandait l'abolition de la peine capitale. C'était en 1791.
Je regarde la marche de la France.
La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par l'éclat des idées, des causes, de la générosité qui l'ont emporté aux moments privilégiés de son histoire.
La France est grande parce qu'elle a été la première en Europe à abolir la torture malgré les esprits précautionneux qui, dans le pays, s'exclamaient à l'époque que, sans la torture, la justice française serait désarmée, que, sans la torture, les bons sujets seraient livrés aux scélérats.
La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l'esclavage, ce crime qui déshonore encore l'humanité.
Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d'efforts courageux l'un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort.
Pourquoi ce retard ? Voilà la première question qui se pose à nous.
Ce n'est pas la faute du génie national. C'est de France, c'est de cette enceinte souvent, que se sont levées les plus grandes voix, celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine, celles qui ont soutenu, avec le plus d'éloquence la cause de l'abolition. Vous avez, fort justement, monsieur Forni, rappelé Hugo, j'y ajouterai, parmi les écrivains, Camus. Comment, dans cette enceinte, ne pas penser aussi à Gambetta, à Clemenceau et surtout au grand Jaurès ? Tous se sont levés. Tous ont soutenu la cause de l'abolition. Alors pourquoi le silence a-t-il persisté et pourquoi n'avons-nous pas aboli ?
Je ne pense pas non plus que ce soit à cause du tempérament national. Les Français ne sont certes pas plus répressifs, moins humains que les autres peuples. Je le sais par expérience. Juges et jurés français savent être aussi généreux que les autres. La réponse n'est donc pas là. Il faut la chercher ailleurs.
Pour ma part, j'y vois une explication qui est d'ordre politique. Pourquoi ?
L'abolition, je l'ai dit, regroupe, depuis deux siècles, des femmes et des hommes de toutes les classes politiques et, bien au delà, de toutes les couches de la nation.
Mais si l'on considère l'histoire de notre pays, on remarquera que l'abolition, en tant que telle, a toujours été une des grandes causes de la gauche française. Quand je dis gauche, comprenez moi, j'entends forces de changement, forces de progrès, parfois forces de révolution, celles qui, en tout cas, font avancer l'histoire. (Applaudissements sur les bancs des socialistes, sur de nombreux bancs des communistes et sur quelques bancs de l'union pour la démocratie française) […]
Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées.
A cet instant plus qu'à aucun autre, j'ai le sentiment d'assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c'est-à-dire au sens de "service". Demain, vous voterez l'abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon cœur, je vous en remercie.
Le vote a eu lieu le 18 septembre, il est sans ambiguïté. La seule inconnue résidait dans le nombre de voix. L’article 1 abolissant la peine de mort est adopté par 369 voix contre 113.
Le projet est adopté par 363 voix contre 117.
Quelques inquiétudes subsistent quant au vote du Sénat. Après discussion, le 30 septembre 1981, le Sénat adopte définitivement le projet de loi abolissant la peine de mort par 160 voix contre 126.
1 – Etudier la situation de communication.
Réponses attendues :
Emetteur : Robert Badinter, Ministre de la justice.
Destinataire : les députés de l’Assemblée Nationale.
2 – Quelle est la thèse de Robert Badinter. Retrouvez l’organisation du texte. En déduire les arguments utilisés par Robert Badinter. En quoi le principal argument utilisé reprend-il les idées de Victor Hugo ?
Réponses attendues :
La thèse : « j’ai l’honneur de demander à l’Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort en France ».
L’organisation du texte :
Paragraphe 1 : Enoncé de la thèse.
Paragraphe 2 : Remerciements à ceux qui avant lui avaient milité pour l’abolition de la peine de mort.
Paragraphe 3 : Un débat de conscience plus qu’un débat politique.
Paragraphe 4 : Rappel historique sur la demande d’abolition de la peine de mort.
Paragraphes 5, 6, 7, 8,9 : La France : entre grandeur et retard.
Paragraphe 10 : Pourquoi ce défaut de décision ?
Paragraphes 11, 12, 13 : La cause politique.
Paragraphe 14 : L’argument qui soutient la thèse.
Paragraphe 15 : L’action en politique.
L’argument utilisé par Robert Badinter reprend celui énoncé par Victor Hugo sur l’évolution de la civilisation « la justice française ne sera plus une justice qui tue ».
3 – Quels sont les procédés oratoires ?
a – Relevez les types de phrases et justifiez leur emploi. Quelle remarque faites-vous par rapport aux types de phrases utilisés par Victor Hugo ?
Réponses attendues :
Phrases déclaratives : elles sont les plus nombreuses.
Phrases interrogatives : elles permettent d’interpeller l’auditoire. Robert Badinter souligne l’antagonisme entre la France, pays des droits de l’Homme et la peine de mort, toujours en vigueur.
Il semble qu’au XXème siècle les esprits ont évolué. L’abolition de la peine de mort semble acquise avant même que le vote n’ait eu lieu. De fait, Robert Badinter a moins besoin de convaincre l’auditoire que Victor Hugo.
b – Quels sont les mots qui reviennent le plus souvent ? Quel est le sens de ces répétitions ?
Réponses attendues :
Justice (3 fois)
Demain (4 fois)
Abolition de la peine de mort (10 fois)
France (8 fois)
Le sens de ces répétitions : elles permettent d’appuyer sa thèse :
Robert Badinter rend hommage à ceux qui ont lutté jadis pour l’abolition de la peine de mort et il remercie ceux qui vont, aujourd’hui, contribuer à faire de la justice de demain, une justice plus juste.
4 – « L’abolition, […] a toujours été une des grandes causes de la gauche française. » Comment Robert Badinter explique-t-il cet état de fait ? Peut-on retrouver cette idée dans le discours de Victor Hugo ?
Réponses attendues :
Robert Badinter souligne que pour lui, la gauche est synonyme de « force de changement, force de progrès, force de révolution […] qui font avancer l’histoire. »
Cette idée que l’abolition est une cause de la gauche se retrouve en filigrane dans le discours de Victor Hugo notamment par rapport aux réactions de l’auditoire, « Applaudissement à gauche. Protestations à droite ».
5 – De quel changement politique parle Robert Badinter ? En quoi ce changement va-t-il favoriser le vote de l’abolition ?
Réponses attendues :
En 1981, François Mitterrand est élu Président de la République. C’est la première fois dans l’histoire de France qu’un président socialiste est élu. Cette alternance politique va donc jouer en faveur de ce vote.
Conclusion de la séance : en 1848, Victor Hugo évoque l’idée de l’abolition de la peine de mort en France. Il faudra attendre un siècle et demi pour que cette idée devienne réalité, preuve que les esprits avaient besoin de temps pour la mûrir.
Suggestion d’un thème de débat en ECJS : la peine de mort a été abolie en France mais pas partout comme aux Etats-Unis où elle subsiste dans certains Etats. Peut-on justifier cette peine de mort ?
Séance 7. Évaluation.
Il ne s’agit ici nullement d’un devoir de type bac, même si la forme en est proche ; mais il s’agit de vérifier les acquis des élèves par rapport aux objectifs d’apprentissage.
PREMIÈRE PROFESSIONNELLE DEVOIR
Texte 1
Julien Sorel, secrétaire du Marquis de la Môle, séduit sa fille Mathilde et va l’épouser car elle attend un enfant, quand une lettre de Madame de Rênal donne au marquis des renseignements peu flatteurs sur Julien. Furieux, il retourne dans sa province d’origine, tire sur Madame de Rênal et la blesse. Arrêté, il sera condamné à mort et exécuté.
« Messieurs les jurés,
« L’horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n'ai point l'honneur d'appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s'est révolté contre la bassesse de sa fortune.
« Je ne vous demande aucune grâce, continua Julien en affermissant sa voix. Je ne me fais point illusion, la mort m'attend : elle sera juste. J'ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les respects, de tous les hommages. Mme de Rênal avait été pour moi comme une mère. Mon crime est atroce, et il fut prémédité. J’ai donc mérité la mort, messieurs les jurés. Mais quand je serais moins coupable, je vois des hommes qui, sans s'arrêter à ce que ma jeunesse peut mériter de pitié, voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation et l'audace de se mêler à ce que l'orgueil des gens riches appelle la société.
« Voilà mon crime, messieurs, et il sera puni avec d'autant plus de sévérité, que, dans le fait, je ne suis point jugé par mes pairs. Je ne vois point sur les bancs des jurés quelque paysan enrichi, mais uniquement des bourgeois indignés... »
Pendant vingt minutes, Julien parla sur ce ton ; il dit tout ce qu'il avait sur le cœur ; l'avocat général, qui aspirait aux faveurs de l'aristocratie, bondissait sur son siège ; mais malgré le tour un peu abstrait que Julien avait donné à la discussion toutes les femmes fondaient en larmes.
Stendhal, Le Rouge et le noir, 1830, Livre second, ch. XLII (extrait).
Texte 2
En face de moi, une fenêtre était toute grande ouverte. J'entendais rire sur le quai des marchandes de fleurs; et, au bord de la croisée, une jolie petite plante jaune, toute pénétrée d'un rayon de soleil, jouait avec le vent dans une fente de la pierre.
Comment une idée sinistre aurait-elle pu poindre parmi tant de gracieuses sensations ? Inondé d’air et de soleil, il me fut impossible de penser à autre chose qu'à la liberté ; l'espérance vint rayonner en moi comme le jour autour de moi ; et, confiant, j'attendis ma sentence comme on attend la délivrance et la vie.
Cependant mon avocat arriva. On l'attendait. Il venait de déjeuner copieusement et de bon appétit. Parvenu à sa place, il se pencha vers moi avec un sourire.
- J’espère, me dit-il.
- N'est-ce pas ? Répondis-je, léger et souriant aussi.
- Oui, reprit-il ; je ne sais rien encore de leur déclaration, mais ils auront sans doute écarté la préméditation, et alors ce ne sera que les travaux forcés à perpétuité.
- Que dites-vous là, monsieur ? Répliquai-je, indigné; plutôt cent fois la mort !
Oui, la mort! - Et d'ailleurs, me répétait je ne sais quelle voix intérieure, qu'est-ce que je risque à dire cela ? A-t-on jamais prononcé sentence de mort autrement qu'à minuit, aux flambeaux, dans une salle sombre et noire, et par une froide nuit de pluie et d'hiver ? Mais au mois d'août, à huit heures du matin, un si beau jour, ces bons jurés, c'est impossible! Et mes yeux revenaient se fixer sur la jolie fleur jaune au soleil.
Tout à coup le président, qui n’attendait que l'avocat, m'invita à me lever. La troupe porta les armes ; comme par un mouvement électrique, toute l’assemblée fut debout au même instant. Une figure insignifiante et nulle, placée à une table au-dessous du tribunal, c'était, je pense, le greffier, prit la parole, et lut verdict que les jurés avaient prononcé en mon absence. Une sueur froide sortit de tous mes membres ; je m'appuyai au mur pour ne pas tomber.
- Avocat, avez-vous quelque chose à dire sur l’application de la peine ? demanda le président.
J’aurais eu, moi, tout à dire, mais rien ne me vint. Ma langue resta collée à mon palais. Le défenseur se leva.
Je compris qu'il cherchait à atténuer la déclaration du jury, et à mettre dessous, au lieu de la peine elle provoquait, l'autre peine, celle que j'avais été si blessé de lui voir espérer.
Il fallut que l'indignation fût bien forte, pour se faire jour à travers les mille émotions qui se disputaient ma pensée. Je voulus répéter à haute voix ce que je lui avais déjà dit : Plutôt cent fois la mort ! Mais l'haleine me manqua, et je ne pus que l'arrêter rudement par le bras, en criant avec une force convulsive : Non !
Le procureur général combattit l'avocat, et je l’écoutai avec une satisfaction stupide. Puis les juges sortirent, puis ils rentrèrent, et le président me lut mon arrêt.
- Condamné à mort ! dit la foule ; et, tandis qu'on m’emmenait, tout ce peuple se rua sur mes pas avec le fracas d'un édifice qui se démolit. Moi, je marchais, ivre et stupéfait. Une révolution venait de se faire en moi. Jusqu'à l'arrêt de mort, je m'étais senti respirer, palpiter, vivre dans le même milieu que les autres hommes ; maintenant je distinguais clairement comme une clôture entre le monde et moi. Rien ne m’apparaissait plus sous le même aspect qu'auparavant. Ces larges fenêtres lumineuses, ce beau soleil, ce ciel pur, cette jolie fleur, tout cela était blanc et pâle, de la couleur d’un linceul. (…)
Hugo, Le Dernier jour d’un condamné, ch. II (extrait).
QUESTIONS DE COMPRÉHENSION
Texte 1
1 –Pour quelles raisons Julien Sorel prend-il la parole ? Que souhaite t-il obtenir ? Expliquez. (1 point)
2 –Quels arguments avance-t-il pour ce faire ? Développez votre réponse. (2 points)
3 –Quels sentiments cette prise de parole va-t-elle provoquer :
- sur son auditoire ?
- sur le lecteur ? (2 points)
Texte 2
4 – Pourquoi le condamné est-il « surpris » à l’annonce du verdict ? (2 points)
5 –Pourquoi le condamné empêche-t-il son avocat d’intervenir après l’annonce de la sentence. (1 point)
6 – Quels sentiments ce geste suscite-t-il chez le lecteur ? Développez votre réponse. (2 points)
TRAVAIL D’ÉCRITURE
Vous êtes juré lors du procès de Julien Sorel. Lors des délibérations, vous prenez la parole pour expliquer aux autres jurés les raisons qui vous portent plus vers une condamnation aux travaux forcés ou vers une condamnation à la peine de mort.
Votre texte devra comporter une quarantaine de lignes. (10 points)
ÉLÉMENTS DE CORRIGÉ
Réponses attendues :
1 – Julien prend la parole pour expliquer qu’il ne veut pas qu’on ait pitié de lui, qu’il méprise les juges et les jurés qui appartiennent à une classe sociale différente de la sienne.
Il souhaite ne pas obtenir la clémence et il explique qu’il souhaite être jugé et puni « justement ».
2 – les arguments avancés :
« Je n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe ».
Il demande la mort, pas la grâce – son crime a été prémédité.
Punir l’audace d’un jeune homme qui s’est élevé grâce à l’éducation.
3 – Les sentiments de son auditoire :
La colère des juges et des jurés car cet homme prend la parole sans y être invité.
L’indignation de la salle d’audience.
Les pleurs des femmes.
Les sentiments des lecteurs :
Le lecteur éprouve à la fois du respect face au courage de Julien et de la pitié. (Ce crime méritait-il la mort ?)
4 – Le condamné est surpris car tout (la lumière, les fleurs, le soleil, le mois et l’heure…) le portait à penser qu’il serait acquitté ou qu’il écoperait d’une peine légère.
5 – Le condamné ne souhaite pas que son avocat intervienne car il est digne et il aurait ainsi donné l’impression de demander grâce et il ne le veut pas.
6 – Ce geste force le respect, l’admiration du lecteur. Qu’aurait-il fait en pareil cas ?

  



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