Erreur et apprentissage

 Par tarik ouabbad  (Prof)  [msg envoyés : 1le 12-10-15 à 17:17  Lu :287 fois
     
  
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Erreur et apprentissage
1. quelques constats
1.1 Qu’est ce que l’erreur ?
Quel qu'en soit le nom, méprise, maladresse oubli, étourderie, défaillance … L’erreur marque de son sceau les produits de nos errances .Elle serait le fait, si l’on en croit la majorité des dictionnaires usuels de langue française, de tenir pour vrai ce qui est faux ou inversement faux ce qui est vrai.
Selon le petit Robert, l’erreur est un « acte d’esprit qui tient pour vrai ce qui est faux et inversement. 1» Elle est également définie par le même Dictionnaire comme « une chose fausse par rapport à une norme 2».
Le Dictionnaire Larousse définit l’erreur comme suit : Erreur : nom féminin vient du mot latin erroné,-oris ; Acte de se tromper, d’adopter ou d’exposer une opinion non-conforme à la vérité, de tenir pour vrai ce qui est faux : commettre une erreur, chose erronée par rapport à la vérité, à une norme, à une règle .une erreur d’addition.
Dans le domaine juridique l’erreur est considérée comme une appréciation inexacte soit des qualités ou de l’existence d’un fait (erreur de fait), soit l’interprétation ou de l’existence d’une règle de droit (erreur de droit), c’est un vice du consentement d’un acte juridique. Il peut entraîner la nullité de l’acte.
L’erreur en philosophie, selon Descartes, est « l’usage de la liberté humaine (ou libre arbitre) en dehors des limites de la raison », usage qui n’est pas possible que parce que l’homme est un être imparfait.
Dans les textes littéraires, le mot « erreur » est employé dans le sens d’errer ça et là, ainsi dans Ver-Vert De Gresset « Sur son voyage et ses longues erreurs, on aurait pu faire une autre odyssée ».
Pour le domaine scolaire, nous parlons d’erreur chaque fois que nous sommes en face d’une production d’élève contenant une ou des réponse(s) non-conforme(s) à ce qui est attendu de celui-ci.
1 - J.Rey., A. Rey., Le petit robert, 1996, Paris. p.808
2-J.Rey., A. Rey., Op.cit. p.808
Elle est donc un indicateur qui permet de constater objectivement que tel but n’a pas été atteint ou telle compétence n’a pas encore été construite par l’élève. Elle révèle également qu’il existe quelque part un dysfonctionnement dans l’action pédagogique/didactique entreprise.
L’apprentissage d’une langue étrangère, ressemble alors à un voyage, à un départ pour l’aventure, nous cherchons la bonne voie, parfois, nous nous obligeons de ralentir et même de reculer pour choisir la direction la plus convenable. C’est un voyage plein d’embûches qui peuvent décourager mais qu’il faut comprendre comme étant des étapes qui forgent le caractère et permettant l’accès au savoir. Il est donc tout à fait normal d’errer, tâtonner, échouer, trébucher, et se tromper quand nous partons à l’aventure sans boussole. N’a-t-on souvent dit que « c’est en trompant qu’on apprend ».
1.2-Pédagogie de l’’erreur : définition
La pédagogie de l’erreur pourrait être définie comme une pédagogie qui stipule que tout apprentissage /formation suppose des difficultés, parfois insurmontables pour les apprenants candidats à cet apprentissage .Elle admet également que ces difficultés conduisent, dans la plupart des cas, les tenants de cette pédagogie à admettre que les erreurs permettent de mener des réflexions scientifiques sur les stratégies d’enseignement et d’apprentissage.
En outre, les spécialistes didacticiens/pédagogues proposent, quant à l’approche des erreurs des apprenants, toute une démarche scientifique dont le but est de diagnostiquer ces erreurs, de déterminer leurs origines, leurs causes, de les interpréter et d’y remédier. Cette approche distingue entre différentes sortes d’erreurs et propose des stratégies à l’enseignant et à l’apprenant pour qu’ils les décèlent et les surmontent, quitte à remettre parfois en cause leur façon de faire, de procéder et de penser.
1.3 – Distinction entre erreur et faute :
Historiquement, l’éducation avait un arrière plan religieux et moral. Ainsi l’étudiant a des « devoirs », il doit respecter « les règles » de la grammaire .De même il y’a le « bon » et le « mauvais » élève.
Dans cette perspective, violer la langue étrangère, c'est commettre une faute. Certes l'élève est faillible mais à partir du moment où par ses efforts, son travail, sa volonté, sa patience donc par ses qualités morales, il est capable de progresser, il peut être "éduqué», «élevé», et s'il peut éviter la faute c'est qu'il possède en lui les éléments pour triompher de la faiblesse humaine.
Le remplacement de la faute par l'erreur a pour raison de dédramatiser les déviances, les imperfections, les incorrections, les prestations incorrectes, et de déculpabiliser les élèves. En plus, de cet aspect psychologique, cette notion a l'avantage d’amener, plus que celle de faute, à réfléchir sur les causes, les formes et les fonctions de ces écarts par rapport à la norme étrangère.
Selon Jean-Pierre Astolfi,1, didacticien et professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Rouen, l’erreur peut être perçue de trois manières différentes. Elle peut être assimilée à une faute, un bogue ou à un obstacle. Dans le premier cas à savoir celui de la faute, l’enseignant transmet une quantité de savoir, dans un domaine de connaissance donné, l’apprenant retient et l’enseignant évalue et attribue une note.la faute est imputée à l’apprenant puisque l’enseignant a fait son devoir : la transmission des informations.
Dans le deuxième cas « le bogue », l’apprenant commet l’erreur, l’enseignant devra donc revoir sa méthode et il est convaincu qu’il doit modifier sa planification pour chercher là ou se trouve le bogue, comme il doit s’interroger pour savoir où se dissimule le bogue dans la planification. Enfin, dans le troisième cas, il est admis que l’apprenant puisse faire des erreurs. A partir de ces erreurs, l’enseignant et l’apprenant essaieront de travailler ensemble afin de trouver le pourquoi de l’erreur et comment y remédier, dans ce cas, l’erreur permet de franchir les obstacles qui peuvent entraver l’opération de l’enseignement/apprentissage.
1.4- Pourquoi le dégoût des erreurs ?2
La question qui se pose maintenant c’est pourquoi le dégoût des erreurs ?ou bien pourquoi les enseignants ont-ils des difficultés à percevoir positivement les erreurs de leurs élèves ?cela peut être expliqué par plusieurs raisons :
a /L’enseignant est un ancien bon élève : dans la plupart du temps, ce sont les anciens bons élèves qui deviennent des enseignants. Ces élèves n’ont pas été « victimes » des difficultés liées à l’erreur. Ils voient alors l’erreur comme une faute qu’il faut sanctionner et ils ont du mal à accepter que les apprenants en situation d’apprentissage puissent commettre des erreurs.
b/Absence de formation sur l’erreur : la majorité des enseignants n’ont pas eu, dans leur formation, une formation sur l’erreur. Comment réagir face à l’erreur ? Comment positiver l’erreur et la rendre constructive ? Pourquoi les apprenants font des erreurs, est-ce bien, est-ce mauvais ?
1-Astofi J.P, Quel statut pour l’erreur ?
2-Leplat, J (1985).Erreur humaine, fiabilité humaine dans le travail. Paris : A.Collin,
c/L’urgence de réagir face à l’erreur : Les enseignants se sentent bien obligés de sanctionner les erreurs des apprenants .N’est ce pas leur métier que de corriger les erreurs des apprenants ?les parents, les collègues et bien les apprenants eux mêmes contribuent à encourager cette conception.
d/Erreur=mauvais enseignant : la plupart des enseignants voient les erreurs que commettent leurs apprenants comme un indice de faiblesse de leur enseignement. Cela est peut être dû à ce que l’enseignant n’est pas capable de transmettre efficacement sa matière, alors que ce n’est pas toujours le cas.
e/Les enseignants ne comprennent pas que les apprenants ne comprennent pas ! :
Beaucoup d’enseignants ne comprennent pas que les apprenants ne comprennent pas ! Cependant, pour assimiler cette même notion, les apprenants doivent fournir un grand effet mental. Ce qui est acquis pour les enseignants ne l’est pas nécessairement pour les élèves et ils doivent en tenir compte.
1.5-L’importance de l’’erreur :
La prise en conscience de la valeur positive de l’erreur est très importante. Ainsi Piaget1 a montré que si l’enfant est capable de donner une réponse ou une solution erronée à un problème quelconque, c’est parce que sa démarche cognitive répond à une certaine logique de l’intelligence, à un certain niveau de développement.
C’est pourquoi il est intéressant d’analyser et d’examiner les erreurs des élèves afin de comprendre leurs façons de raisonner, car dès qu’ils prennent conscience de leurs erreurs, ils pourront s’en servir dans une activité ultérieure, come le remarque Marcel Giry 2: « l’erreur n’est pas ici condamnable. Elle est profitable, elle est un moyen d’accès à la réussite. Elle amène à examiner ce qui s’est passé, à comprendre ce qui n’a pas marché et, à partir de là, à remettre les choses en bon ordre. L’erreur est occasion et moyen de diagnostic de la difficulté à raisonner ou à maîtriser une opération mentale, une fonction cognitive. C’est pourquoi on parle souvent de ces méthodes de pédagogies de la réussite »
Si nous nous situons du coté de l’apprenant, nous pouvons facilement comprendre pourquoi le rapport que l’élève entretient avec l’erreur est très déterminant pour son avenir.
1-Jean Piajet, Psychologie et pédagogie, Denoël, 1969, p, 74,75
2-Marcel Giry, Apprendre à raisonner, apprendre à penser, Hachette, 1994, p 17.
Il est alors primordial de faire percevoir à l’élève que l’erreur n’est pas l’équivalent d’une faute qu’il faut sanctionner, et ce n’est pas une chose dramatique.
Il s’agit de faire en sorte que l’apprenant comprenne que l’erreur n’est pas condamnable. S’il y a un lieu entre la psychologie et l’apprentissage, c’est bien dans la peur de se tromper qu’il se manifeste. Cette peur peut conduire l’apprenant à l’échec à cause de l’image qu’il peut se forger de lui-même. Pour écarter cette peur, il faut que l’apprenant comprenne que l’erreur est normale, c’est -à -dire qu’elle fait partie intégrante de la logique naturelle de l’apprentissage. L’apprenant quand il est encouragé par un regard bienveillant, reprend facilement confiance en lui, et aura certainement une image moins angoissée de l’erreur

  



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