Epreuve de résumé de texte cnaem 2013 (cpge ecs/ect)


abdeslam slimani  (Prof) [366 msg envoyés ]
Publié le :2013-05-30 21:51:18   Lu :4484 fois
Rubrique :CPGE  
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Résumé de texte
Durée : 2 heures
Résumer ce texte en 173 mots. On tolère 10% en plus ou en moins. Tout manquement à ces normes (par excès ou par défaut) sera gravement sanctionné. Donner un titre au résumé (les mots du titre n'entrent pas dans le décompte des mots). Indiquer le nombre de mots utilisés en portant les mentions suivantes très lisiblement et à l'encre .. repère formé d'un double trait // dans le texte écrit, après chaque tranche de 50 mots, décompte chiffré cumulatif (50,100, 150) en regard dans la marge, avec le total exact des mots en fin d'exercice.
Il sera tenu compte, dans l'évaluation, de la correction de la langue, de la pertinence de l'argumentation et de la qualité de la présentation de la copie (éviter les ratures et l'utilisation du blanco).
Le plaisir dit « esthétique » semble mal nommé ; si l'on s'en tient aux mots, seul le plaisir des sens, celui que l'on dit corporel, devrait être appelé esthétique, puisqu'il est le fait de l' aesthésis, du sens et de la sensation, et qu'il s'inscrit, quelle qu'en soit la cause, dans des lieux du corps, et jusque dans la parole physique, dans le soupir ou le cri, dans l'expression et le geste ; à ce titre il réclame toujours la présence ou son image (la représentation), présence de choses qui nous touchent par leurs qualités sensibles ou matérielles : le chaud ou le froid, le fade ou le piquant, l'harmonieux ou le difforme, le gracieux ou le disgracieux. Les objets dits 'esthétiques' ne sont ainsi que l'ensemble de leurs qualités sensibles, celles qui activent la sensibilité ; d'où vient alors que langues et traditions n'ont retenu comme esthétique que ce plaisir où le sens semble en suspens, celui qui ne connaît ni lassitude ni ennui, celui qui tient de la grâce plutôt que de la pesante matérialité ? Pourquoi le nommer esthétique si le sens n'est que le médium et que la délectation est ailleurs ?
Ce mot, d'usage récent dans son application aux oeuvres de l'art et aux plaisirs de l'art, a connu son « âge d'or » au siècle des Lumières ; Baumgarten, qui en invente l'usage que nous connaissons, lui donne deux sens distincts mais liés : science de la sensibilité, puis science « de la création et de la structure des oeuvres » ; la première concernant le goût, la seconde s'attachant à l'art ; c'est dans sa première valeur que le mot est généralement pris par les philosophes et les hommes des lumières. Diderot dans l'Encyclopédie, Montesquieu dans l'Essai sur le goût, Hume dans La Norme du Goût, Kant dans la Critique de la faculté de juger n'entendront d'abord le plaisir esthétique qu'en rapport avec la science de la sensibilité qui s'infléchira dans le sens d'une esthétique du goût, et d'une critique du goût ; le mot, dans son deuxième sens, renvoie aux sens, mais par la finalité de l'art, l'oeuvre et la création visant le bonheur des sens. Ce point de vue subjectif sera contesté par les siècles suivants. Hegel, en particulier, y voit une conception 'mesquine' de l'art, dont il estime qu'il doit avoir une tout autre destination que le plaisir, quel qu'il soit. Quand donc l'Esthétique prend le sens de `philosophie des Beaux-arts', le plaisir esthétique lui-même s'infléchit dans le sens de plaisir d'esprit et non des sens, la nature et le naturel subiront le même mouvement qui exilera finalement le plaisir esthétique dans les musées et les lieux à destination culturelle. Le plaisir esthétique n'est plus causé que par des oeuvres, choses matérielles mais inincorporables, inconsommables. L'agrément esthétique n'est référé aux lieux du corps que pour en être immédiatement nié. Mais, puisque ce n'est pas ni la langue, ni l'oreille qui se délecte, pourquoi continuons-nous à nommer esthétique ce plaisir, et à donner ce nom au vaste domaine des créations et oeuvres de l'art ?
Tout le monde reconnait que c'est un effet sensible de réalité naturelle ou artificielle, agissant sensiblement d'abord, mais aussi, et conjointement, un acte du sens, comme Aristote le disait de toute sensation. Le plaisir esthétique, comme effet, ne peut s'éprouver que dans la double présence du sens et du sensible en acte ; on ne peut le dire suprasensible sans le voir s'effondrer ! Si le sens reste en suspend, le plaisir n'est pas ; il est donc raisonnable de continuer à l'appeler esthétique même si l'on admet qu'il existe d'autres plaisirs ou plutôt d'autres joies que sensibles et d'autres émotions que celle du ventre, des plaisirs d'esprits comme les appellent Leibniz.
Mais on admettra généralement que les qualités esthétiques propres à provoquer l'effet de plaisir (esthétique) éveillent non pas tant l'organe du sens que « l'âme du sens », en entendant par là un pouvoir de discriminer, d'élire et de rejeter, en un mot un pouvoir de `goûter' ou de 'prendre plaisir à' qui semble inscrit dans les capacités du vivant. Quel qu'en soit le support organique, le plaisir esthétique est donc la manifestation d'un pouvoir incluant aussi la capacité d'être dégoûté. L'affinité qui est entre plaisir et douleur ne cesse pas d'être entre leurs formes sublimées. Ainsi, tout en étant sensibles, le goût et le dégoûts dits esthétiques sont généralement considérés comme des « états mentaux » bien qu'ils soient aussi des états corporels ; ce point de vue ne souffre pas d'exception, les disputes sur la nature de l'âme n'entament généralement pas son statut de principe de la sensibilité...
Si la mort n'est rien pour nous, comme le dit Epicure, c'est parce que le « nous » suppose une âme et un corps 'vivants', supportant ensemble le plaisir et la douleur ; c'est là un des principaux arguments de Lucrèce contre l'immortalité de l'âme. Le plaisir n'est quelque chose pour nous que si le « nous » n'est pas dissout, car « ce qui est dissout ne sent pas, et ce qui ne sent pas n'est rien pour nous ». Il y a donc illusion de la continuité de la souffrance ou du plaisir après la mort. Que l'âme survive ou non à la mort du corps, ou que le corps demeure (quelque temps encore) après la désunion mortelle, cela ne nous concerne plus ! Ni l'âme seule, ni le cadavre seul ne représentent cette identité qui souffre ou se réjouit. Tout plaisir et toute souffrance sont donc de ce « nous », et se dissolvent avec lui dans l'insensibilité de la mort. Tous les plaisirs sont donc « esthétiques » par leur condition et par leur manifestation : car le plaisir embellit la vie et la douleur peut nous en dégoûter. Les plaisirs de l'art ou du beau, ne font pas exception, ils confirment la règle.
Goûter, c'est apprécier par le plaisir lui-même, goûter est une sensation, directe ou réfléchie, qui engage l'homme tout entier. Hegel dit, avec raison, que l'art renseigne l'homme sur l'humain mais, pour agir ainsi, l'art doit d'abord nous rendre sensible à l'intuition de la vérité que l'homme abrite dans son esprit, il doit nous mettre en présence des vrais intérêts de l'esprit, il doit en somme nous mettre en mesure de les goûter.
Or, le goût n'est immédiat que la première fois, dès la seconde il trie, choisit, c'est un jugement qui s'approfondit dans la durée, et qui s'enrichit par l'expérience, la délectation y est relative à des souvenirs mais aussi aux anticipations qu'ils autorisent, donc à un futur, et par conséquent à la totalité de notre durée. Cet avantage explique les différences et les inégalités parmi les hommes en matière de plaisirs esthétiques. Alors, puisque tous nos plaisirs sont esthétiques, ils sont autant de moments privilégiés de l'existence où s'exercent notre affectivité et notre humanité.
Suzanne Simha, Armand Colin, 2004




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TAGS:
#epreuve#résumé#texte#cnaem


 Réponse N°1 31578

Remarque
  Par   abdeslam slimani  (Profle 2013-05-30 21:56:01



Si au CNC, il manquait le vrai nom de l'auteur; au CNAEM, il manque le titre de l'oeuvre dont a été extrait le texte!

(il s'agit d'une collection chez Armand Colin, ici le titre était tout simplement le plaisir, pourquoi ne pas l'avoir mentionné?!)





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