Enseignant, levez-vous !Enseignant, levez-vous ! Votre crime est très grave.
On croit que vous êtes la source des malheurs,
Au sein d’une société qui pue et qui bave
Et qui foule chaque jour ses nobles valeurs.
Commençons d’abord par les reproches citer :
Repos et paresse dans lesquels vous vivez.
Toujours en vacances, l’hiver comme l’été.
Ça vous laisse le temps des affaires privées
Longue est la liste de vos revendications :
Échelons, intégration, regroupement...
Comme pour obtenir toutes vos promotions,
Montrez dans le travail un peu d’acharnement.
Vous louez à dessein les cours supplémentaires.
Ainsi, au pied du mur, vous mettez les parents.
Qu’ils soient pauvres ouvriers ou hauts fonctionnaires,
De la vindicte ils protègent leurs enfants
Vous êtes accusé de trop nuire aux élèves
En voulant leur imposer la bonne conduite.
Il n’est pas du tout aisé d’extraire la sève
D’une jeune génération pleine de fuites.
Les œuvres, les cahiers, n’en faites pas un drame.
A leur place lisez, écrivez au tableau.
Parlez, expliquez jusqu’à l’érosion de l’âme :
Un berger fidèle meurt devant son troupeau.
Soyez souple quant à l’usage des portables
Pour éviter une nouvelle polémique.
Dites-vous qu’aujourd’hui, il est bien préférable
De combiner le technique à l’académique !
Si quelqu’un tente de vous ridiculiser,
De vous insulter ou de vous casser la tête ;
Au lieu de réagir plutôt analysez.
Vous êtes le pédagogue : domptez la bête !
Avez-vous la réponse à ces accusations
Fondées, qui vous accablent, preuves à l’appui ?
Nous condamnons cette piètre situation
Qui relègue les marocains derrière autrui.
Mesdames et Messieurs qui dressez la potence,
Les préjugés engendrent les faux diagnostics.
Si l’accusé sollicite son innocence,
Je la prouverai par des arguments logiques.
L’éducation incombe à quatre partenaires :
La famille, la rue, l’Etat et l’enseignant.
Vous voulez vous défendre et vos consciences taire
En accablant, au lieu d’écouter, le plaignant.
Les premiers principes sont au foyer acquis,
Dans la famille qui prodigue les conseils.
Mais comme l’anarchie a le Maroc conquis,
Les bonnes manières vous paraissent trop vieilles.
Sans préavis, les parents ont démissionné
Et abandonné leurs enfants à tous les maux :
Drogues, internet et sexe les ont sonnés,
Les ont rendus, hélas, des êtres anormaux.
C’est dans la rue que le réel apprentissage
Se fait, et dans les cafés, face au narguilé
Dont la trompe et l’arome et les denses nuages
Ont la raison volé et le cerveau brûlé.
Suis-je responsable de leur dévergondage ?
Suis-je responsable de leur effronterie ?
Sachez qu’il est vain de tenter le sauvetage,
D’un noyé qui danse, qui chante et qui sourit.
Est-ce de ma faute si je deviens cupide ?
Jetez un regard sur mon minable salaire !
Comparez, mauvaises langues et esprits vides :
Dix enseignants ne font pas un parlementaire !
J’espère maintenant que les choses sont claires.
N’est-ce pas Chaouki, le prince des poètes,
Qui a dit, pour résumer, dans un vers hors pair,
Que les enseignants étaient presque des prophètes ?
AZELARAB QORCHI