(en rapport avec la question du mal) - nul n'est méchant volontairement

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2234le 21-03-11 à 19:56  Lu :2485 fois
     
  
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Il serait judicieux de remonter à l'origine de cette affirmation et de lire le chapitre V de L'éthique à Nicomaque d'Aristote :
CHAPITRE V : La vertu et le vice sont volontaires.
La fin étant l'objet de la volonté, les moyens en vue de cette fin étant l'objet de délibération et de choix, il s'ensuit que les actes relatifs à ces moyens seront exécutés d'accord avec le choix réfléchi et accomplis de plein gré. C'est là encore le domaine où se manifeste l'action génératrice des vertus. La vertu dépend donc de nous, ainsi que le vice. 2. Dans les circonstances où nous pouvons agir, nous pouvons aussi nous abstenir; là où nous disons : non, nous sommes maîtres aussi de dire : oui. Ainsi donc, si l'exécution d'une belle action dépend de nous, il dépendra aussi de nous de ne pas exécuter un acte honteux; et si nous pouvons nous abstenir d'une bonne action, l'accomplissement d'un acte honteux dépend encore de nous. 3. Si donc l'exécution des actes honorables et honteux est en notre pouvoir, nous pouvons aussi ne pas les commettre — or c'est en cela que consiste l'honnêteté et le vice —, à coup sûr il dépend de nous d'être gens de bien ou malhonnêtes. 4. Aussi prétendre que :
Nul n'est méchant volontairement
et que nul n'est heureux contre son gré
est, semble-t-il, une affirmation qui participe à la fois de l'erreur et de la vérité. Car nul n'est heureux involontairement, mais le vice ne va pas sans participation de notre volonté. 5. Ou alors il faut remettre en discussion ce que nous venons de dire et renoncer à déclarer que l'homme est le principe et le générateur de ses actes comme de ses enfants. 6. Par contre, si la proposition nous paraît évidente et si nous ne pouvons ramener nos actes à d'autres principes que ceux qui sont en nous, celles de nos actions qui ont leur principe en nous dépendent, elles aussi, de nous et sont volontaires. 7. Je n'en veux pour preuve que la conduite privée de chacun de nous et celle des législateurs eux-mêmes. Ceux-ci infligent des punitions et des châtiments à ceux qui agissent mal, à moins que les actes aient été imposés par la violence ou causés par une ignorance involontaire. En revanche, ils décernent des récompenses à ceux qui se conduisent bien, pour encourager les uns et retenir les autres. Il faut toutefois ajouter que nul ne nous engage à accomplir des actes qui ne dépendent pas de nous et de notre plein gré. Par exemple, on perdrait son temps à vouloir nous persuader de ne pas avoir chaud, froid, faim ou de ne pas éprouver quelqu'une de ces sensations, car nous n'aurions pas moins à en souffrir. 8. En effet, on punit l'acte commis par ignorance, lorsqu'il est évident que le coupable est responsable de son ignorance. C'est ainsi que les gens en état d'ivresse se voient infliger un double châtiment, la cause de la faute étant en eux, car il dépendait d'eux de ne pas s'enivrer, et d'autre part l'ivresse était la cause de leur état d'inconscience. De plus, on punit aussi ceux qui ignorent quelques dispositions de la loi que nul n'est censé ignorer, surtout quand c'est facile. 9. Il en va de même dans tous les autres cas où l’agent semble être dans l'ignorance du fait de sa négligence, attendu qu'il ne dépendait que de lui d'éviter cette ignorance et que rien ne l'empêchait d'y parer. 10. Mais peut-être un homme dans ce cas n'était-il pas en état d'y remédier ? Eh bien! nous affirmons que, pour ceux qui se trouvent être la cause de cette situation, leur responsabilité est établie parce qu'ils vivent dans le désordre, et ils sont injustes et intempérants, les uns par leur mauvaise conduite habituelle, les autres par leur vie passée dans les beuveries et autres débauches. Car l'activité déployée en différents domaines détermine notre caractère (77). 11. Cette influence est bien claire, à en juger par ceux qui s'entraînent pour quelque exercice de gymnastique ou pour quelque autre action : jamais leur effort n'est interrompu. 12. Méconnaître que les dispositions résultent de cet exercice continu de l'activité est le fait d'un esprit complètement stupide. 13. Il est absurde aussi de ne pas admettre que l'homme injuste veut pratiquer l'injustice et le débauché la débauche. Si donc, en toute connaissance de cause, on commet des actes qui rendent injuste, on peut passer avec raison pour être injuste de son plein gré. 14. C'est qu'en effet, malgré notre volonté, nous ne cesserons pas d'être injustes pour devenir justes. Le malade, lui non plus, ne recouvrera pas la santé, et il peut arriver qu'il soit malade par sa faute en menant une vie de désordres et en n'obéissant pas aux médecins. C'est autrefois qu'il lui était possible d'éviter la maladie; mais, une fois qu'il s'est laissé aller, il est trop tard. De même, qui lance une pierre ne peut plus la rattraper. Toutefois, il était en son pouvoir de la jeter ou de la laisser tomber, car cela dépendait de lui. Il en va de même pour les hommes qui pouvaient, dès le début, éviter de devenir injustes et débauchés; aussi le sont-ils volontairement; mais une fois qu'ils le sont devenus, ils ne peuvent plus ne pas l'être. 15. On contracte volontairement non seulement les difformités de l'âme, mais parfois aussi celles du corps; dans ce cas, ceux qu'elles atteignent n'échappent pas à nos critiques. Si nul ne songe à critiquer ceux qui sont difformes par nature, il n'en va pas de même pour ceux qui le sont par manque d'exercice et par négligence. Nous ne nous comportons pas autrement en présence de débiles ou d'estropiés. Nul ne songerait à faire des reproches à un homme aveugle de naissance ou devenu aveugle à la suite d'une maladie ou d'un traumatisme; on en aurait plutôt pitié. Mais que cette infirmité soit la conséquence de l'ivrognerie ou de quelque débauche, les critiques seront unanimes. 16. C'est qu'aussi bien les défauts du corps provoquent des critiques, quand ils proviennent de nous, alors qu'il n'en est rien quand ils n'engagent pas notre responsabilité. S'il en va ainsi, dans d'autres cas encore, les défauts qu'on nous reproche semblent bien dépendre de nous. 17. Peut-être nous objectera-t-on que chacun tend vers les apparences du bien, sans être maître de son imagination et qu'ainsi le but à atteindre apparaît à chacun selon sa propre nature. Si d'un côté est, dans quelque mesure, responsable de ses habitudes, il sera par conséquent responsable des images qui se présentent à son esprit; si d'autre part nul ne porte la responsabilité de ses mauvaises actions, mais agit ainsi parce qu'il méconnaît le but à atteindre, et pense de la sorte obtenir ce qui sera pour lui le meilleur, la poursuite de la fin ne résulte pas d'un choix volontaire; il faut donc supposer l'homme doué par nature d'une faculté qui le fera juger exactement et choisir le bien conforme à la vérité et celui-là a de bonnes dispositions qui est heureusement doué par la nature de cette qualité — qualité essentielle et très belle qu'on ne peut ni acquérir ni apprendre d'autrui et qui n'est telle que par une disposition naturelle; c'est le fait d'un heureux naturel, et vraiment parfait, que venir au monde avec cette aptitude au bien et à l'honnête; si toutes ces propositions (78) sont conformes à la vérité, en quoi la vertu sera-t-elle plus volontaire que le vice ? 18. C'est que pour tous deux également, l'homme de bien et le vicieux, le but est, semble-t-il et d'ailleurs avec raison, fixé par la nature ou de quelque autre manière; et, de quelque façon qu'ils agissent, c'est en rapportant tout le reste à ce but. 19. Soit donc que la nature ne fasse pas apercevoir exactement à chacun le but, dans sa diversité, et qu'elle ajoute encore quelque trait pour sa détermination, soit que le but soit donné par la nature; en tout cas, du fait que l'honnête homme accomplit volontairement tous les actes qui en découlent, la vertu a une origine volontaire. Et il en résulte que le vice serait tout autant une conséquence de notre volonté, car chez le méchant, tout comme chez l'homme de bien, l'action personnelle est manifeste dans les actes, même s'il n'a pas ce discernement en ce qui concerne la détermination de la fin (79). 20. Si donc, comme nous l'avons dit, les vertus émanent d'un acte de notre volonté — car nous sommes, dans quelque mesure, responsables de nos dispositions et c'est d'après notre manière d'être que nous nous proposons tel ou tel but —, les vices à leur tour risquent bien d'être volontaires. Car leur origine est la même. 21. Toutefois les actions et les dispositions ne sont pas volontaires d'une manière identique; nous sommes maîtres de nos actes depuis le principe jusqu'à l'achèvement, quand nous en connaissons les circonstances particulières. Quant aux habitudes, nous n'en disposons qu'à leur début; l'apport des circonstances n'est pas discernable, ainsi qu'il arrive chez les malades. Comme il dépend de nous d'utiliser d'une façon ou de l'autre ces habitudes, nous dirons qu'elles relèvent de notre volonté. 22. Ainsi donc, nous avons traité des vertus dans leur ensemble; nous avons dit en gros leur nature — elles consistent en une juste moyenne et sont des dispositions acquises —; leur origine — elles sont génératrices d'actes, et par leur propre exercice. Nous avons dit aussi qu'elles dépendaient de nous, qu'elles étaient volontaires et conformes aux prescriptions de la saine raison. 23. Maintenant nous allons reprendre une à une chacune de ces vertus en particulier et nous dirons leur nature, leur objet et leur fonctionne-ment. En même temps, on verra clairement leur nombre. Parlons d'abord du courage.


  




 Réponse N°1 9801

SALUT
  Par   ali hanae  (CSle 25-03-11 à 19:59



C'est trés interessant merci





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