En haine de la bille

 Par Adi Lachgar  (?)  [msg envoyés : 341le 30-04-12 à 20:20  Lu :1113 fois
     
  
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Bille qui roule n’accroche pas. En effet, il n’y pas de risque, puisqu’elle roule. Cette formidable invention bourgeoise n’a pas fait que des heureux. Elle roule sur les lignes et fait des lignes plates qui parlent platement car bien que montant, descendant, s’allongeant et se recroquevillant, les lignes de la bille se ressemblent toutes. La bille est docile. Tant qu’il y a de la semence dans le tube, elle ne demande qu’à être poussée, vite, pour dire les mots. Mots d’amour, mots de haine, mots d’adieux et d’au revoir, mots de vie, mot de mort, mots violents et mots doux, elle lâche tout d’une ligne monocorde, sans que jamais un ton s’élève, ni qu’un autre se baisse. La bille est plate et son univers est un plat pays.
La plume, elle, aristocratique et rebelle, a besoin de douceur. La plume, si la main qui la monte n’a pas le doigté, accrochera bientôt l’une de ses pattes dans le souvenir sylvestre de la feuille et la tache ira grandissant, racontant que là, il y a eu quelque distraction. La plume, il faut la pousser doucement. Lâcher la bride en montant, appuyer légèrement en descendant, faire des pleins, des déliés. Et surtout, jamais ligne ne casser : tout en courbe, tout en finesse. Quoi que puissent raconter les mots que la plume a pondu, les lignes en disent la beauté, la gravité, la sensualité, l’érotisme, éternelle promesse d’un amour, éternelle éducation sentimentale. La plume artisanale a besoin d’être aimée et qu’on lui le lui prouve. Il faut régulièrement l’emmener boire de cette liqueur ou violette ou noire. Ne pas oublier, en sortant de l’Encrier, de la secouer doucement. Son ivresse n’est jamais que simulée. Elle aime danser sur les pages blanches en donnant l’ivresse à celui qui lui donne la main. La plume est une tête de lance: elle est blessante et peut être mortelle.

  



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 Réponse N°1 20653

écrire:souffrir
  Par   Adi Lachgar  (CSle 30-04-12 à 21:24



C'est ainsi que la plume vient s'inscrire tout naturellement dans la logique d'une éducation "aristocratique" à la dure. Le buvard est un luxe. Souvent c'est un morceau de craie (qui ressemble violemment à un suppositoire gargantuesque )qu'on vient passer sur la tache après l'avoir aspergé d'eau de javel.





 Réponse N°2 20660

osier
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 30-04-12 à 22:30



Cette plume traitresse, qui se casse au moment où on s'y attend le moins. Et cette autre plume, naturelle , fille d'osier,éphémère,qui ne dure que le temps d'un papillon,que "talib"tel un artisan,confectionne chaque matin pour écrire les mots divins sur la tablette avec cette encre noire à l'odeur fade qui vous prend par la gorge.





 Réponse N°3 20664

Quel beau texte M Adi Lagare.
  Par   Samira Yassine  (CSle 30-04-12 à 22:40



Je n'ai pas pu le lire des yeux ce beau passage ! J'en ai fait une "lecture diction" je l'ai lu de la manière la plus expressive, je me suis arrêtée un moment pour cliquer sur "merci" avant de finir la lecture de ce beau texte où tantôt la plume est femme, tantôt lance, et dans les deux cas , elle est femme , dans toute sa douceur aussi bien que dans toute sa violence.

Merci cher ami pour ce beau texte.

Le site rayonne grace à vos écrits, vous, M Elomari, M Jaafari , et bien d'autres ami(e)s pour ne parler que de ces gens qui évoquent le passé avec une grande nostalgie qui nous emmène aux années lointaines partageant presque les mêmes souvenirs.





 Réponse N°4 20678

Histoire de plume
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 30-04-12 à 23:33



Je n'oublierai jamais cette histoire de plume et je n'oublierai jamais cet instituteur.

Nous étions en 5ème année primaire.Nous devions avoir 2 plumes, l'une grosse pour l'arabe , l'autre fine pour le français. Le pauvre Omar n'en avait aucune. Il prit le capuchon d'un stylo et le tailla mais l'instituteur(allah yarhamou), le surprit. Il lui mit deux sandales sur la tête en guise d'oreilles, une pancarte sur le dos avec le texte" ana himaron" et ordonna à un élève , le plus âgé, de lui faire faire le tour des classes de l'école. Jamais je n'oublierai l'expression du visage du pauvre enfant poussé fièrement par l'autre élève. Nous avons commencé à le huer( les enfant sont cruels).M. Jamaa , notre jeune instituteur venu de Tiznite, devint tout rouge( son visage se colorait dès qu'il se mettait en colère),Il enleva les sandales, les jeta par la fenêtre, nous intima de nous taire etchassa le grand.Il prit son stylo à encre,que nous convoitions,c'était une merveilleau début des années70, et l'offrit à Omar. Puis il l'accompagna jusqu'à sa classe. nous avons appris par la suite que sans l'intervention des autres instituteurs il se serait battu avec celui de l'arabe. Depuis j'ai une admiration indescriptible pour cet instituteur; et si j'ai choisi l'enseignement c'est gräce à lui. Lorsque j'étais débutant, chaque fois que j'avais un broblème, je me posais la question" qu'aurait fait M.Jamaa?"





 Réponse N°5 20683

L'heure à la poésie!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 01-05-12 à 00:01

Belle histoire qui en vaut la plume.

L'oiseau qui la céda

Serait ravi de vos émois

Et de ce don enfantin

Qui en talent se mua.

Bel hommage, dédié

au fier M. Jamaa

Qui des deux bambins

sauva l'un et inspira l'autre.

Son stylo à plume, bijou rare

Détrônera à jamais la bille;

Et à si abderahim chuintera,

Le beau texte que celui-ci

En réponse au sage si. ADi.





 Réponse N°6 20685

Merci
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 01-05-12 à 00:16

Et bonne nuit ssi Ahmed, à vous aussi cher(es)s collègues




 Réponse N°7 20688

"Détrônera à jamais la bille;"
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 01-05-12 à 08:37



Vous m'avez mis, M.LOUMATINE Abderrahim, de l'eau dans les yeux ou quelque chose comme cela... En effet, il y'a eu des moments d'injustice criant, et heureusement cela commence à diminuer! Il y'a des moments où je me pose la question: n'y-t-il pas d'autres façons d'éduquer, que d'utiliser la violence? Physique chez les uns, mais surtout symbolique?

A M.Jeafari Ahmed, vous savez cher ami que je vais finir par abandonner cette mauvaise habitude de ne pas terminer des "lectures"! Entre nous, je n'ai jamais pu terminer une lecture... et comme la nourriture, je n'ai et je ne peux avaler quoique ce soit s'il n'y a pas de l'énergie dedans! Cher ami, vous avez une plume d'or, gardez là précieusement...





 Réponse N°8 20689

De plume en plume!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 01-05-12 à 09:14



De plume en plume radieux

Votre coeur si affectueux

et de tant de soucis pieux,

De nos misères s'émeut

Chevalier valeureux

M.Idoubiya l'heureux!

Bonjour à vous et à ceux

la prunelle de vos yeux!





 Réponse N°9 20694

Violence
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 01-05-12 à 11:08

Salam,Cher(es)s collègues

M. Idoubiya, les injustices quelles qu'elles soient sont condamnables. Les punitions physiques, qui n'en a pas souffert? Mais on l'acceptait; dès qu'on n'a plus mal on l'oublie. Mais la violence psychique! Sa blessure reste au fond de l'âme.Elle reste cachée et personne ne peut la voir. Cet enfant a quitté l'école car tout le monde se moquait de lui.

Moi au contraire je dis qu'il n'ya d'autre éducation que celle où la violence est bannie.

Tous mes respects





 Réponse N°10 20714

Mon objet fétiche
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 01-05-12 à 16:09



Devant tant de créations sublimes, je ne peux que m'incliner.

Mais si vous le permettez madame et messieurs qu je rende hommage à un petit objet magique qui a accompagné mon enfance:

Monstre sacré

Que tu sois en laiton

En bois ou en bakélite

Dans ton antre

Abîme sombre

Tu mordilles

Les mines élimées

Les mines grisées

Qui noient leurs âmes chagrines

Dans un boudoir

Chez les amantes chiffonnées.

Combien de nuits blanches

Combien d'âmes damnées

Ephémères créatures

Tu enfermes

Toi l'éternel broyeur.





 Réponse N°11 20719

Mine de rien! Vous êtes une mine!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 01-05-12 à 16:59



Mine de rien ,mine de souvenirs,

bonne mine, mauvaise mine,

tailleur de mines, un abime

ou deux, celui pour les gros

crayons mi-bleus, mi-rouges.

Mme Aziz te redore et te sublime

Heureux fétiche, de l'illustre souris,

Tu as à la longue taillé tant d'années,

Mais de son âge point ôté!

Tu as aiguisé le cœur, et l'âme,

Et rendu sa jeunesse éternelle.

Cette retraite anticipée qui sonne

à regret, tel un départ précoce!

Est l'occasion des rêves, pour vivre

Savourer tant de richessse accumulées

Par la souris, qui n' a point chaumé.

Au paradis? mais déjà, nous y sommes,

Et par votre présence, pauvre homme

Dont les récits en papier ne verront le jour,

Que dans votre vaste coeur, je vous dédie

ce poème, et vous souhaite longue vie!





 Réponse N°12 20724

Punition à l'époque des plumes
  Par   ELHOUSSAINI Lahoussine  (Profle 01-05-12 à 18:49

Ah! que de punitions corporelles et morales nous avaient fait subir les instituteurs pour les fautes-pêchés que nous avions et que nous n'avions pas commises.

Je me rappelle notre histoire avec l'adjectif qualificatif comme si cela date encore d'hiver. Un instituteur géant, un colosse pour notre petit esprit, ordonnait en menaçant avec un tuyau au dessus nos petites cervelles:" Répète! L'adjectif qualificatif! Et vite!". Et comme le diable aux yeux rouges s'était incarné devant les pauvres petites créatures, effarés, les plus solides et les plus invulnérables répétaient en bégayant:" l'adjectif tif tif! l'adjectif fit fit!" . Le châtiment devient encore plus sévère pour les plus fautifs qui répondent: l'adjectif fic, fic.

Je rends hommage à tous mes instituteurs.





 Réponse N°13 20730

si cela date encore d'hiver:lapsus?
  Par   Adi Lachgar  (CSle 01-05-12 à 20:42

Me trompé-je en lisant dans cette petite erreur de frappe un lapsus révélateur? En effet, Si Lahoussine, la punition hivernale était la pire. Ces tortionnaires d'un autre âge nous demandaient, à nous pauvres créatures qui arrivions sans petit déjeuner, habillé trop légèrement pour la saison, de joindre les bouts de nos doigts avant de lever le bâton et de l'écraser de toute leur force-ces grands malades- sur...Aïe! Bien sûr, à cause du froid, nos doigts ne se joignaient pas. Et, eux, les salauds, nous montraient comment faire:"dir houk al'h'mar!"

Au nom de tous mes amis qui ont fui l'école, au nom de cette fille qui a fait pipi dans son froc parce qu'elle n'osait pas demander la permision au "bou3ou " qui nous servait de maître, au nom de tous les enfants qui ont reçu le crachat bleu de si Ad... dans la gorge, au nom de ce garçon dont on a flagellé les parties avec l'ortie parce qu'il se touchait innocemment, au nom de cette fille qui s'est enfuie de la classe les pieds nus, au nom de ce garçon qui a bu du gaz pour ne pas aller à l'école où il devait réciter la table des 7, des 8 et des 9, avec comme punition 10 coups à chaque erreur, au nom de ces garçons qu'on obligeait à tenir la falaqa, au nom de cette fille qui a été obligée d'avaler le caillou qu'elle gardait sous la langue pour ne pas sentir la douleur des coups, au nom de tous les enfants que M. avril a jetés par la fenêtre, au nom de tous ceux-là et d'autres, messieurs les instituteurs d'autrefois, ceux d'entre vous qui se sont sentis investis d'une mission divine, ceux d'entre vous qui ont reproduit les geôles impérialistes et de la Siba réunies, les tortionnaires, JE VOUS DIS MERDE ET JE NE VOUS SALUE PAS (et je suis poli)

PS

Je n'ai subi aucun sévice parce que mon père était instituteur...





 Réponse N°14 20731

Merci à vous
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 01-05-12 à 20:55



C'est trop d'honneur pour une petite souris qui croyant qu'elle est une mine peut devenir explosive!

La retraite anticipée venait d'un coup de "blues"(un dysfonctionnement hormonal!!!!)

Morale: une parole de souris ne vaut pas une parole d'homme.

Merci à vous pour les beaux textes à travers lesquels vous nous faites revivre des souvenirs de notre enfance.

Mes respects





 Réponse N°15 20733

Autre temps?
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 01-05-12 à 21:33

Je rejoins M. Adi pour condamner de tels actes

Malheureusement ce sont des actes qu'on voit toujours. Ce ne sont pas des instituteurs d'un autre âge, ce sont des jeunes. Je suis allée dans une école privé un matin l'année dernière par hasard. En attendant que vienne mon tour , je vis une chose incroyable. On fit venir des petits de la grande maternelle chez la directrice(doctorat en économie, s'il vous plait!). Les petits n'avaient pas fait leurs devoirs.Elle pris une grosse règle en bois et se mit à frapper de toutes ses forces sur les petites mains.Les autres pleuraient déjà. Je n'ai pas pu résister. J'ai ouvert la porte du bureau, j'ai mis les enfants derrière moi en lui demandant de les excuser,ce qu'elle refusa. Je ne savais plus ce que je disais je m'étais mis dans une colère...Ce que je veux dire, c'est que ses pratiques ne sont pas d'une autre époque. A la rigueur si comme on dit"gad lkarsa gad lbousa"...

Au nom de tous ceux dont parle M.Adi et au nom des autres...

Et Merci à M.Jammaa qui nous punissait(rarement) certes mais qui nous protégeait.

De la plume à la punition...




 Réponse N°16 20735

Jacques ïchrouna TObba!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 01-05-12 à 21:44



Oui; cher Si Adi, vous soulevez un cri, qui dépasse de loin celui de Jacques Vingtras!

En effet, les sévices que vous avez cités était le lot des pauvres petits livrés à ces non moins pauvres instituteurs , qui déversaient sur les enfants, leur rage et leur mépris face à ceux qui ont remplacé le colonisateur, et qui étaient plus cruels que lui.Ils s’ingéniaient à inventer des tortures dignes du moyen âge!

Et puis, qui pouvait protester et contester la notoriété de l'instituteur !"kom lilmoalimi wa fihi...kad almoalimo an yakouna rassoula" ce kad " ce conditionnel passé, qui a conditionné notre passé!

Je préfère ne pas parler de cette période noire de notre histoire!

Que Dieu les pardonne!





 Réponse N°17 20738

Réconciliation et équité!!!
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 01-05-12 à 21:52



Oublions ces tortionnaires de l'ère primaire!

Que Dieu punisse M. Benchetrit pour ces gifles!





 Réponse N°18 20739

Les nouveaux tortionnaires de l'ère secondaire!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 01-05-12 à 22:02

La violence est à mettre du côté de l'ignorance... Ce que je crains, c'est cette maudite reproduction dont parle Bourdieu... Je ne comprends pas certains comportements de certains enseignants qui continuent à user de certaine violence! Violence verbale, violence symbolique, violence physique! On continue à faire usage de la violence comme seule solution! Mais certains élèves nous rendent monnaie par monnaie!

On doit apprendre résolument à être des éducateurs au vrai sens du terme!

Pour madame aziz hayat, il y'a des moments difficiles dans notre vie. Seul parfois le pardon nous soulage et nous encourage à continuer. Mes respects.




 Réponse N°19 20744

wa 3afak a si lmou3allim, wa z...t'7rak.!!!
  Par   ELHOUSSAINI Lahoussine  (Profle 02-05-12 à 00:10

Oui, effectivement M.Adi. Il s'agit peut-être d'un lapsus. En hiver nous réchauffions des galets dans du feu très tôt le matin devant l'école.Et en classe nous en faisions Tayammoum pour garder les mains chaudes.

Je le vois encore cet enfant qui avait lancé un jour cet appel de secours. Je vous en prie Monsieur le maître! Mon cul brûle! Notre bonhomme n'avait pas dépassé le CM2! Et maintenant c'est un muriste, un hitiste, au sens où l'entend l'humoriste Fellag.

Nous étions en CE1 et notre héros n'avait pas pu réciter sa leçon de Coran ce jour-là. Et comme il était parmi les plus grands, parmi ceux qui offraient leur service pour la tahmila, huit sbires se sont présentés pour le suspendre en l'air,l'étendre ou le détendre à la demande du grand chef-le maître- comme pour bénéficier d'un avancement dans le grade ou pour se venger du sanguinaire qui avait toujours aidé à leur torture. Deux gabarits moyens de chaque côté tiraient et tiraillaient chacun des quatre membres pour préparer le fautif au tortionnaire. Après l'ajustement du pauvre, des coups de tuyau commencent à pleuvoir sur les fesses chétives de l'enfant. Et soudain, un nuage de fumée noirâtre fuse des fesses ou plutôt du pantalon de notre garçon sans que les sévices ne s'arrêtent. Ce n'est qu'après ces supplications sérieuses du bambin que les coups se sont arrêtés: je vous en prie, Monsieur le Maître! Mon cul brûle!

Dès que les sbires ont lâché prise, la victime a enfoncé sa main dans une poche arrière du pantalon et en a sorti une boîte d'allumettes toute neuve encore fumante.




 Réponse N°20 20751

M... j'ai ri
  Par   Adi Lachgar  (CSle 02-05-12 à 08:15

Faut-il en rire? Faut-il en pleurer?

La chute, Si Lahoussine est merveilleuse. J'ai ri après avoir eu les larmes aux yeux.

En voici une autre.

J'ai un ami qui avait comme maître un grand malade. Il se trouve que ce maître était aussi un client fidèle du père de mon ami, mercier de son état. Il avait donc une ardoise (kounnach de crédit)chez khali Ahmed. Et puisque khali Ahmed ne manquait jamais de rappeler à notre tortionnaire qu'il comptait sur lui pour "serrer" Brahim, mon ami, le maître faisait de l’excès de zèle chaque fois que c'était à Brahim de réciter sa leçon ou de faire de "l'i3raab." Un jour, Brahim, qui avait été malade toute la semaine, arriva sans avoir appris la "Moujadala". Le maître fouettard commence à le frapper de toutes ses forces. Brahim crie, supplie, demande pardon, promet d'apprendre pour le lendemain, pour le soir même, de ne pas quitter la classe avant d'avoir appris, d'apprendre tout le Coran dans la semaine, d'en faire l'analyse grammaticale, lexicale, mathématique, sociologique, de porter les cahiers à corriger chez le maître pour les dix années à venir, pour toute la vie s'il le fallait, d'apporter les petits déjeuners tous les jours,même les déjeuners et les dîners si le Maître le voulait... Rien n'y fait. Il pleuvait des coups de tuyau rouge rainuré sur la tête du pauvre enfant, sur tout son corps. Il mettait ses fesses en avant, mais le salaud bougeait pour l'atteindre là où ça faisait le plus mal. Et Brahim, à court d'arguments, eut une révélation:"n3amaste, si vous me lâchez, je déchire votre kounnach de crédit!" Alléluia!

Stop.

Silence de mort.

Arrêt sur image.

Le bras en l'air, avec au bout 70cm de tuyau d'arrosage.

Un semblant de ricanement, petit rire d'horreur, au fond de la classe.

La main qui descend doucement, comme dans un ralenti.

Brahim, toujours dans une position d'attente et de défense, les deux mains devant le visage.Espérant.Espérant.espérant.

Puis, tout s'emballe.

Le maître pose le tuyau sur le bureau, enlève sa djellaba "Hassan, khalid, nodo!"

C'était ses sbires attitrés: quadruplants et énormes.





 Réponse N°21 20757

Entre créancier et débiteur.
  Par   ELHOUSSAINI Lahoussine  (Profle 02-05-12 à 09:25

Salut Si Adi

J'ai vraiment éclaté de rire, non pas du sort qui a été réservé au pauvre enfant, - tu l'as trop torturé autant que le lecteur par la longue haleine de tes phrases- , mais j'ai ri de l'effet magique de l'argument d'autorité du pauvre créancier sur le débiteur diabolique . L'argent a vraiment une odeur qui monte au nez contrairement à ce que pense Jacques Brel! Quelle leçon de corruption! Nécessité oblige! Il y a tout dans votre texte!

Merci.




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