Économie : un espace de l’imaginaire

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 23-05-13 à 12:04  Lu :932 fois
     
  
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L’imaginaire opère un retour en force dans la pratique et le discours économique. Aucun spécialiste de marketing ne plus désormais l’impasse sur l’étude culturelle de la clientèle qu’il prend pour cible. Les nuances des couleurs utilisées dans le cadre des campagnes publicitaires sont étudiées au cas par cas : plus de vert pour les arabes, de bleu pour les européens et de rouge pour l’Afrique. Le commercial n’est pas le seul domaine à profiter de ce retour. En effet, avec l’émergence du modèle japonais comme système où l’industriel et le culturel sont inextricablement liés, les managers du monde entier se mettent à penser l’entreprise comme lieu dominé par le culturel. Désormais , les écoles de commerce se sont enrichies d’une nouvelle matière : l’étude de la morphologie culturelle de l’entreprise. Là, la prise de décision , le partage du pouvoir entre direction , cadres, agents de maîtrises et ouvriers sont relus à travers une grille culturelle , voire anthropologique.
Mais ce retour de l’imaginaire n’a profité qu’aux hommes de « terrains », c’est-à-dire aux gestionnaires, responsables du marketing, etc.…C’est donc au niveau de la pratique que les choses ont le plus bougé. La macro-économie est restée peu friande de ces turbulences qui gênent ses modèles mathématiques. Néanmoins , quelques théoriciens (comme Keynes qui a parlé de facteurs psychologiques, ou Schumpeter qui a fait état des mobiles intimes des entrepreneurs ) ont essayé d’intégrer des faits de ce genre dans leur réflexion.
Le discours économique : une parole performative
L’économie c’est la vie : banalité que le discours économique ignore pour une raison défensive. Comment peut-il sérieusement intégrer dans ses modèles des catégories comme le doute , l’euphorie ou la baraka ? Mais, avant de continuer plus avant , nous tenons à dire que nous ne voulons pas, à tout prix , jouer les frondeurs : nous pensons que le discours économique n’est pas totalement impertinent ; bine au contraire, mais à condition de l’ouvrir à des paramètres qui ne sont pas facilement quantifiables, à condition qu’il cherche à répondre aux questions qui lui font problème et qui déstabilisent l’assurance ordinaire de ses constructions explicatives . L’économiste , en présence de certains phénomène qu’il n’a pas prévus, perd de son arrogance. Ainsi, quand les bourses du monde entier s’effondrent du jour au lendemain, il redevient modeste et reprend le discours du bon sens qu’il dédaigne d’habitude. Il est vrai que le politique lui fait jouer un rôle ingrat : « jure-le que ce n’est pas grave » lui demande-t-il , et, faute de mieux , l’économiste obtempère et lève la main droite.
L’économiste n’est pas à l’aise que dans la récurrence, lorsque la distance lui permet d’aligner les faits en dehors de la complexité de leur environnement ; alors la démonstration est souvent de belle facture, nette et tranchante. Dans ce cas, nous y adhérons sans rechigner, avec le sentiment de lui être redevable de tant de clarté, et en la remerciant de nous permettre de maîtriser l’objet d’étude. Le discours économique est un discours ordonnateur , il évacue le désordre de la vie. C’est cela sa grandeur. Comme les mathématiques , son langage est divin. La parole de l’économiste n’est pas parole en l’air, elle agit et fat agir. Elle est performative. Le développement considérable de la sphère économique ( à l’époque moderne) est à mettre sur le compte de l’efficacité du discours, celui d’Adam Smith. Il est le premier à avoir construit un discours autonome ( causes et effets) qui décrit l’activité humaine comme activité économique : une trouvaille géniale qui a substitué aux figures anciennes ( telles la noblesse et la chevalerie) des figures de la modernité ( le travail et l’entreprise). Le bourgeois a cessé d’être le paria qui cherche à devenir gentilhomme , il laisse tomber ses bas de soie , son haut-de-chaussures étroit de velours rouge, sa camisole de velours vert , le petit déshabillé qui lui sert à faire ses exercices du matin ; et sa robe d’indienne , empruntés aux feignants d’en face , pour se contenter d’un habit plus pratique à sa vie active. Le dix-neuvième siècle , laborieux , a fait des économies de garde-robe. Et si , l’Espagne du siècle d’or et l’Italie des Médicis n’ont géré le capitalisme c’est qu’il leur manquait le discours du travail. Toute leur bourgeoisie est passé à la trappe d’une noblesse décadente.
Mais le discours économique , comme tout discours ordonnateur , travaille les survivances . Et quand il ne peut évoquer , il métamorphose les noyaux durs de l’époque précédente. Ainsi , les capitaines de l’armée sont remplacés par ceux de l’industrie. L’atavisme nobiliaire se réglera dans la gentry industrielle . Les lieux de l’utopie changent également : les pays de Cocagne de la Renaissance ( où les rivières sont de vin blanc et de miel, les collines de fromage râpé) cèdent la place à la société laborieuse de Rober Owen. Dans l’archéologie des savoirs, l’approche économique du monde est très récente. Son avènement a précisé les rôles et les fonctions. Sa pénétration de la société occidentale s’est faite de proche en proche. Le sous-développement économique doit être étudié dans ce sens, car le discours économique et son corollaire éthique ( la notion de contrat) n’ont pas encore suffisamment imprégné les actes dans les pays dits en voie de développement . Le discours économique n’a pas encore réussi , dans ces zones , à marginaliser les autres formes discursives qui régissent la vie quotidienne.
Et pourtant , des pays fortement ancrés dans une culture non-occidentale ont réussi à s’imposer comme puissance économique de premier plan. Pour expliquer ce qui peut sembler une contradiction , il faut rappeler que le développement économique est une forme de mobilisation totale (comme l’a surnommé E. Junger) de la société. Et ces nouvelles puissances industrielles ( Japon, Chine…)étaient bien avant le choix de l’industrialisation des collectivités ( au sens hégélien) en était d’alerte et de mobilisation. Elle n’ont fait , en définitive, que changer d’objectif : délaisser le militaire pour se focaliser sur l’économique, avec la même hargne et comme un seul homme. L’imaginaire collectif et l’histoire aident à expliquer une réussite qui reste un casse-tête pour le discours économique classique.
Par Azzouz TNIFASS.

  



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