Du roman...au cinéma (suite)

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 07-07-12 à 18:16  Lu :1134 fois
     
  
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II- Du roman à l’écran
L’adaptation d’un roman sur grand écran est un exercice courant dans le septième art. Cette adaptation est perçue comme un avantage, compte tenu de la popularité du cinéma, et a parmi d’autres avantages, celui de faire connaître ou reconnaître le romancier.
Cependant, la tentative de coller fidèlement à la matière littéraire originelle, est une mission difficile. Il y a des romans qu’il est impossible de voir adaptés sur grand écran, de par leur complexité. Toutefois, les producteurs ne renoncent pas, et visant un public plus large, allant du lecteur avisé, au simple spectateur n’ayant lu une seule ligne. il n’y a que l’embarras du choix.
L’adaptation d’une œuvre littéraire n’est donc pas chose facile, mais prétendre la supériorité de l’écrivain sur le scénariste-réalisateur serait injustifiée, et la multitude des chefs d’œuvre du cinéma littéraire tirés d’œuvres passables dépassent de loin l’œuvre originelle nous en apporte une preuve irréfutable.
1- Le choix du roman
Le cinéma, en adaptant une œuvre littéraire tend à se valoriser et se permet de rivaliser la littérature.
Le cinéma dans son développement narratif rejoint la technique du récit romanesque. Le montage de plans ou séquences correspondrait à la cohésion chronologique du récit. D’où l’accessibilité d’une adaptation réussie, quand le récit est réduit à sa forme la plus simple.
Pour illustrer les propos avancés, le choix du roman « Le vieil homme et la mer « d’Ernest Hemingway, semble tout indiqué, du fait de sa simplicité- du moins apparente- : peu de personnages, deux en l’occurrence, et un troisième, le poisson. Un lieu ouvert, l’océan. Un temps limité, plus ou moins une semaine dont trois jours en pleine mer. Ces ingrédients ont valu au roman d’être qualifié de longue nouvelle.
Tout d’abord, une brève présentation de l’œuvre s’impose. « Le Vieil homme et la mer » est l’histoire d’un vieux pêcheur, Santiago, qui n’avait plus beaucoup de chance dans son métier. C’est le personnage principal. Il a un compagnon, Manolin. Ses parents voulaient faire de lui un futur pêcheur, et l’ont confié à Santiago. Mais la « Guigne » dure depuis 84 jours, et le garçon est obligé de changer de maître. Cependant , vouant un amour filial au vieux, il continue à lui rendre visite, à s’occuper même de lui, en lui apportant de quoi se nourrir, et en l’aidant à mettre sa barque à l’eau , tôt le matin.
Lors d’une sortie en mer, seul dans l’océan, le vieil homme arrive à ferrer un gros poisson, le plus gros jamais accroché. Une lutte s’engage alors, et durant tout un jour et une nuit, le vieux ne lâche pas, et finit par remonter des profondeurs l’énorme poisson enfin mort, et réussit à l’accrocher tout au long , sur le flanc de la barque, mais toujours flottant sur l’eau. Il rebrousse chemin, mais les requins font leur apparition, et commencent à déchiqueter le superbe espadon. Le vieil homme défend son poisson de toutes ses forces, jusqu’à la dernière bouchée. Quand le jour se lève, les gens du village trouvent le squelette du poisson géant accroché à la barque. Le vieux était dans sa barque, effondré, heureux d’avoir conjuré la malchance, mais regrettent d’avoir causé la déchéance de cet adversaire de taille, qu’il a appris à respecter durant la formidable épopée qui les a réunis.
L’histoire est une fresque admirablement peinte par la plume hachée et sobre de cet écrivain, qui a vécu une vie tumultueuse, participé à deux guerres, à la Croix-Rouge, puis comme correspondant de journal. C’est Ce qui a profondément marqué son style, le rendant sobre mais plus vigoureux. Ayant lui-même pratiqué le safari et la pêche sportive, l’histoire du roman, est en quelque sorte un roman autobiographique.
L’absence de femmes dans l’histoire est tout à fait caractéristique du genre : le héros solitaire, viril ; peu loquace, courageux , se mesurant aux forces de la nature.
L’histoire en apparence simple, soulève de grands thèmes , chers à son auteur et à ses lecteurs. L’homme, infiniment petit, dans cet univers infiniment grand, cherche à affirmer sa place, et livre une lutte sans merci, aux forces qui le dominent. Il se surpasse, mais n’est point atteint de vanité, puisqu’il respecte un adversaire qui manifeste les mêmes dispositions de noblesse. La femme quand à elle, est absente. Elle pourrait être la mer, symbolique de la maman, mais aussi la bien-aimée. Elle serait héroïne. Elle est vierge, puisqu’elle ne garde aucune trace de ce qui s’est passé. Et elle pourrait être aussi la maman qui enfante le poisson, mort-né ; le héros est le père, mais aussi celui qui tue son fils, son rival, une sorte d’Œdipe castré ?! Ou alors, serions-nous dans une symbolique de la Vierge marie et son enfant ?!
2- Le film :
Le roman a été adapté deux fois, sur grand écran. La première adaptation date de 1958, du vivant d’Hemingway, et la deuxième bien plus tard, en 1985, et dont le rôle principal a été incarné par le célèbre Antony Quin. Celle a laquelle nous nous intéressons ici, est la première, celle qui a tenté et réussi à rester fidèle à l’œuvre.
Dans la première adaptation, la plus célèbre, Santiago le pêcheur est incarné par la légende Spencer Tracy, plusieurs fois nominé.
Dès le commencement du film, on est face à l’immensité de la mer, et au bruit des vagues, qui bercent le spectateur tout au long de la projection. Le rôle de la bande sonore du film est très suggestif et sert entre autres à compléter le sens , en évoquant les grands thèmes , qui sont développés, ou qui sont décelés derrière les réflexions du personnage du roman !
Dans le roman il y a un narrateur, qui utilise le récit à la troisième personne. Il est omniscient et omniprésent. Il décrit les actions, les pensées et les sentiments du personnage. Dans le film, il y a aussi un narrateur et on a l’impression d’être face à un conte. D’ailleurs, l’histoire commence par « Il était une fois… », formule magique qui introduit dans le monde du rêve, et à laquelle les auditeurs aussi bien petits que grands, resteront toujours sensibles.
Seulement le problème qui se pose peu à peu, c’est comment introduire la dimension de la fiction narrée, sans tomber dans le piège du documentaire. Ici, le rôle du scénariste a été d’introduire d’abord des dialogues qui apportent des informations sur les personnages, et qui les mettent sur l’axe de la chronologie du récit. Puis, une fois le héros est seul en pleine mer, aussi bien l’auteur que le scénariste exploitent la dimension du monologue intérieur. Nous assistons alors à un jeu subtile du va et vient entre le narrateur et le monologue interieur, à tel point qu’on en arrive facilement à les confondre, et c’est d’autant mieux. D’ailleurs, dans le film, la même voix, joue les deux rôle : le narrateur et le monologue du personnage. Et ce que le narrateur énonce sur la réflexion du personnage, ses sensations et ses préoccupations, ce dernier le confirme avec des courtes répliques lancées comme ça dans le vent, soulignées par ses expressions du visage, sa mimique et sa gestuelle.
Les parole du personnage se représentent sur trois dimensions : des réflexions énoncées par le narrateur, puis un monologue intérieur complétant les réflexions, et enfin un soliloque adressé à un interlocuteur muet , caché, à savoir l’adversaire et l’ami, le poisson accroché au bout du fil, mais enfoui profondément dans lamer, donnant de temps en temps la réponse , ou engageant le dialogue, en tirant sur le fil.
Le choix de l’acteur est judicieux ; la description du personnage correspond parfaitement à la physionomie de l’acteur : vieux, les cheveux blancs, le front ridés…tout montre la vieillesse, sauf les yeux bleus, extraordinairement jeunes, au regard limpide ? Imprégnés de l’immensité du grand large, reflétant la couleur du ciel, et la liberté sauvage et pur de l’océan. En regardant le vieux, on plonge dans son regard, espace azur qui raconte l’histoire et chante la gloire de la mer, image infinie, page éternellement vierge, où ce qui est dit et redit , est constamment effacé par le mouvement des vagues qui viennent mourir au bord des paupières, fenêtres ouvertes sur un ailleurs onirique.
3- L’identification
Le héros de l’histoire rêve souvent, pense à d’autres lieux visités dans sa jeunesse, ou simplement vus dans les vieux journaux qui tapissent son lit et qu’il lit de temps en temps. Toutefois, si on s’intéresse à la vie de l’auteur, la transposition n’est pas à exclure. La ressemblance entre le personnage et l’auteur, est l’acteur, est frappante.
Sur le plan de la vie personnel de l’auteur, Hemingway a déjà pêché au gros. Et d’ailleurs les séquences du film, ou l’espadon se bat hors de l’eau, elles sont montées à partir d’une pêche qu’il a fait lui-même. Dans le menu du DVD, il y a un documentaire sur la pêche avec Hemingway, qui ferre un gros espadon. Et quand on le remonte, il prend des photos, près du poisson suspendu haut de presque trois mètre, et sur lequel on a écrit « le vieil homme et la mer »en anglais bien sûr( the old man and the sea). En ce qui concerne les rêveries du personnage, qui voit des lions sur une côte d’Afrique, cela fait allusion au safari de l’auteur. L’auteur prête ainsi au personnage ses propres souvenirs des chasses, au Kenya.
Si la dimension autobiographique est évoqué ici, c’est que le héros, arrivé à un âge avancé, se sentant désemparé face à l’immensité de l’univers, et essayant de conjurer son sort, en se mesurant aux forces de la nature, il compense son manque de foi, sinon l’absence du recours à l’aide de la force qui gouverne l’univers : Dieu. Et d’ailleurs à un moment où il se sent fléchir devant son adversaire, il ne manque pas de faire appel d’une façon désordonnée et maladroite, à Dieu, en bégayant quelques prières qu’il n’a pas l’habitude de réciter.
Hemingway, lui-même, ayant vécu d’une façon dépensé : aventures, voyages, alcool…a longtemps cherché à échapper à son sort, en exploitant toutes les ressources de la vie, tentant de s’élever du rang de simple mortel à la dimension de l’éternel, mais succombant à sa destinée, il a fini par se suicider, tel son père, répondant ainsi, à l’appel du gouffre, que l’écriture n’a pas su combler.
4- Hommage
Rappelons quand-même que l’œuvre , vu sa dimension humaine, et la force avec laquelle elle peint la condition de l’Homme, tout en restant au niveau de tous les hommes, a mérité de recevoir le prix Politzer en 1953, et le prix Nobel en 1954.
Le film, lui-même, a été nominé aussi bien pour le jeu e l’action que pour la mise en scène, en 1958. Quant à l’acteur légende, Spencer Tracy, né en 1900, et mort en 1967, tout au long de sa vie d’acteur, à peine 37 ans, a tourné quelques 95 films, dont la plus part sont des chefs d’œuvre. Il a eu neuf oscars, et en 1988, on a crée le prix L’UCLA Spencer Tracy Award, pour récompenser les acteurs dont l’apport au cinéma a été considérable.
Il est important de signaler aussi, qu’en 1999, le célèbre peintre Russe , Alexandre PETROV, a su utiliser le support iconographique , et a pu réaliser au prix d’un travail laborieux, eu dessin animé, racontant l’histoire « le vieil homme et la mer », d’après le fim, en tableaux peints à l’huile, exploitant la technique impressionniste , et qui a nécessité 29000 tableaux, ainsi qu’un travail acharné de quatre ans, au bout desquelles le petite chef d’œuvre de 20 minutes, a gagné douze prix et deux oscars.
Preuve qu’on n’a pas fini de revisiter l’œuvre !
Conclusion
Si la littérature , dont le principal représentant est le roman, a permis tout au long de son histoire à procurer à l’homme la culture et le bonheur d’y accéder, l’avènement du cinéma, lui, a contribué considérablement à rendre cette littérature accessible au commun des mortels.
En effet, chaque individu, qui pour une raison ou une autre, n’a pas pu se procurer le plaisir du contact charnel avec le livre, peut toutefois, s’offrir le spectacle du « Prêt à voir », déjà préparé par la lecture du scénariste. Et si C’est vrai qu’il ne livre enfin de compte que ses propres représentations de l’univers créé par l’auteur, il n’en demeure pas moins que cette lecture est un effort à apprécier à sa juste valeur.
Et que d’œuvres ont été découvertes ou redécouvertes après le visionnement d’une adaptation !

  



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 Réponse N°1 24930

Merci
  Par   ELHOUSSAINI Lahoussine  (Profle 08-07-12 à 01:52



Grand merci





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