1)
(notée
sur 8 points).Résumez le texte suivant en 150 mots (avec une marge
de plus ou moins 10%).Indiquez le nombre de
mots en fin d'analyse, en respectant un
décompte conforme à celui des typographes : « il n'est pas », «
c'est-à -dire », « le plus grand », comptent respectivement pour
4, 4 et 3 mots.
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Il semble
que les hommes se servent de deux méthodes fort distinctes dans le
jugement public qu'ils portent des actions de leurs semblables :
tantôt ils les jugent suivant les simples notions du juste et de
l'injuste, qui sont répandues sur toute la terre ; tantôt ils
les apprécient à l'aide de notions très particulières qui
n'appartiennent qu'à un pays et à une époque. Souvent il arrive
que ces deux règles diffèrent ; quelquefois, elles se
combattent, mais jamais elles ne se confondent entièrement, ni ne se
détruisent.
L'honneur,
dans le temps de son plus grand pouvoir, régit la volonté plus que
la croyance, et les hommes, alors même qu'ils se soumettent sans
hésitation et sans murmure à ses commandements, sentent encore, par
une sorte d'instinct obscur, mais puissant, qu'il existe une loi plus
générale, plus ancienne et plus sainte, à laquelle ils
désobéissent quelquefois sans cesser de la connaître. Il y a des
actions qui ont été jugées à la fois honnêtes et déshonorantes.
Le refus d'un duel a souvent été dans ce cas.[…]
Le genre
humain éprouve des besoins permanents et généraux, qui ont fait
naître des lois morales à l'inobservation desquelles tous les
hommes ont naturellement attaché, en tous lieux et en tous temps,
l'idée du blâme et de la honte. Ils ont appelé « faire mal »
s'y soustraire, « faire bien » s'y soumettre.
Il
s'établit de plus, dans le sein de la vaste association humaine, des
associations plus restreintes, qu'on nomme des peuples, et, au milieu
de ces derniers, d'autres plus petites encore, qu'on appelle des
classes ou des castes.
Chacune de
ces associations forme comme une espèce particulière dans le genre
humain ; et, bien qu'elle ne diffère point essentiellement de
la masse des hommes, elle s'en tient quelque peu à part et éprouve
des besoins qui lui sont propres. Ce sont ces besoins spéciaux qui
modifient en quelque façon et dans certains pays la manière
d'envisager les actions humaines et l'estime qu'il convient d'en
faire.
L'intérêt
général et permanent du genre humain est que les hommes ne se tuent
point les uns les autres ; mais il peut se faire que l'intérêt
particulier et momentané d'un peuple ou d'une classe soit, dans
certains cas, d'excuser et même d'honorer l'homicide.
L'honneur
n'est autre chose que cette règle particulière fondée sur un état
particulier, Ã l'aide de laquelle un peuple ou une classe distribue
le blâme ou la louange.
Il n'y a
rien de plus improductif pour l'esprit humain qu'une idée abstraite.
Je me hâte donc de courir vers les faits. Un exemple va mettre en
lumière ma pensée.
Je
choisirai l'espèce d'honneur le plus extraordinaire qui ait jamais
paru dans le monde, et celui que nous connaissons le mieux :
l'honneur aristocratique né au sein de la société féodale. […]
Ce qui me
frappe d'abord, c'est que, dans le monde féodal, les actions
n'étaient point toujours louées ni blâmées en raison de leur
valeur intrinsèque, mais qu'il arrivait quelquefois de les priser
uniquement par rapport à celui qui en était l'auteur ou l'objet ;
ce qui répugne à la conscience générale du genre humain.
Certains
actes étaient donc indifférents de la part d'un roturier, qui
déshonoraient un noble ; d'autres changeaient de caractère
suivant que la personne qui en souffrait appartenait Ã
l'aristocratie ou vivait hors d'elle.[…]
Dans
certains cas, l'honneur féodal prescrivait la vengeance et
flétrissait le Pardon des injures ; dans d'autres, il
commandait impérieusement aux hommes de se vaincre, il ordonnait
l'oubli de soi-même. Il ne faisait point une
loi de
l'humanité ni de la douceur ; mais il vantait la générosité ;
il prisait la libéralité plus que la bienfaisance, il permettait
qu'on s'enrichît par le jeu, par la guerre, mais non par le
travail ; il préférait de grands crimes à de petits gains.
La
cupidité le révoltait moins que l'avarice, la violence lui agréait
souvent, tandis que l'astuce et la trahison lui apparaissaient
toujours méprisables.
Ces
notions bizarres n'étaient pas nées du caprice seul de ceux qui les
avaient conçues.
Une classe
qui est parvenue à se mettre à la tête et au-dessus de toutes les
autres, et qui fait de constants efforts pour se maintenir à ce rang
suprême, doit particulièrement honorer les vertus qui ont de la
grandeur et de l'éclat, et qui peuvent se combiner aisément avec
l'orgueil et l'amour du pouvoir. Elle ne craint pas de déranger
l'ordre naturel de la conscience, pour placer ces vertus-là avant
toutes les autres. On conçoit même qu'elle élève volontiers
certains vices audacieux et brillants, au-dessus des vertus paisibles
et modestes. Elle y est en quelque sorte contrainte par sa condition.
[…]
On
rencontre encore éparses, parmi les opinions des Américains,
quelques notions détachées de l'ancien honneur aristocratique de
l'Europe. Ces opinions traditionnelles sont en très petit nombre ;
elles ont peu de racine et peu de pouvoir. C'est une religion dont on
laisse subsister quelques-uns des temples, mais à laquelle on ne
croit plus.
Au milieu
de ces notions à demi effacées d'un honneur exotique, apparaissent
quelques opinions nouvelles qui constituent ce qu'on pourrait appeler
de nos jours l'honneur américain.
J'ai
montré comment les Américains étaient poussés incessamment vers
le commerce et l'industrie. Leur origine, leur état social, les
institutions politiques, le lieu même qu'ils habitent les entraîne
irrésistiblement vers ce côté. Ils forment donc, quant à présent,
une association presque exclusivement industrielle et commerçante,
placée au sein d'un pays nouveau et immense qu'elle a pour principal
objet d'exploiter. Tel est le trait caractéristique qui, de nos
jours, distingue le plus particulièrement le peuple américain de
tous les autres.
Toutes les
vertus paisibles qui tendent à donner une allure régulière au
corps social et à favoriser le négoce, doivent donc être
spécialement honorées chez ce peuple, et l'on ne saurait les
négliger sans tomber dans le mépris public.[…]
Les
Américains ne font pas un classement moins arbitraire parmi les
vices.
Il y a
certains penchants condamnables aux yeux de la raison générale et
de la conscience universelle du genre humain, qui se trouvent être
d'accord avec les besoins particuliers et momentanés de
l'association américaine ; et elle ne les réprouve que
faiblement, quelquefois elle les loue ; je citerai
particulièrement l'amour des richesses et les penchants secondaires
qui s'y rattachent. Pour défricher, féconder, transformer ce vaste
continent inhabité qui est son domaine, il faut à l'Américain
l'appui journalier d'une passion énergique ; cette passion ne
saurait être que l'amour des richesses ; la passion des
richesses n'est donc point flétrie en Amérique, et, pourvu qu'elle
ne dépasse pas les limites que l'ordre public lui assigne, on
l'honore. L'Américain appelle noble et estimable ambition ce que nos
pères du Moyen Âge nommaient cupidité servile ; de même
qu'il donne le nom de fureur aveugle et barbare à l'ardeur
conquérante et à l'humeur guerrière qui les jetaient chaque jour
dans de nouveaux combats.
Tocqueville,
De la démocratie en Amérique, Gallimard
pléiade, II p. 745-48 et 750-52
- 2) Questions de
vocabulaire (notées sur 2 points).
-
Expliquez, en vous
appuyant sur le contexte, le sens des termes suivants :
-
-L'honneur
-
-une loi
-
- 3) Développement
(noté sur 10 points) :
-
- « L'intérêt
général et permanent du genre humain est que les hommes ne se
tuent point les uns les autres ; mais il peut se faire que
l'intérêt particulier et momentané d'un peuple ou d'une classe
soit, dans certains cas, d'excuser et même d'honorer l'homicide. »
-
- Vous commenterez cette
phrase de Tocqueville en appuyant votre réflexion sur les oeuvres
au programme.