Démarche méthodologique pour préparer et présenter un travail de rechercheLa fiabilité de tout projet de recherche nécessite le suivi d’une démarche rigoureuse à même de lui conférer la crédibilité requise.
Il est trivial de rappeler que toute dissertation comprend trois parties : Une introduction, un développement et une conclusion. Toutefois, le traitement de chaque partie expose l’auteur à plusieurs difficultés d’ordre méthodologique rendant le sujet soit trop large soit, au contraire, trop restreint soit carrément hors sujet. Le présent travail se propose de présenter les écueils à éviter et la démarche à respecter pour réaliser un travail cohérent.
I- L’introduction
Cette partie de la dissertation est très importante parce qu’elle donne la physionomie du travail de recherche. Le lecteur y trouve un avant goût de sujet présenté. L’introduction comprend :
- l’intérêt du sujet ;
- la problématique ou la mise en valeur du sujet ;
- les définitions des éléments du sujet ;
- l’annonce du plan.
1- l’intérêt de sujet
Il s’agit d’une accroche destinée à attirer l’attention du lecteur sur l’importance du sujet à traiter. Elle doit être appuyée par des arguments irréfutables tirés de l’actualité ou basés sur des vérités scientifiques, géographiques ou statistiques ou des citations relevées de la vie quotidienne ou émanant de personnalités notoirement connues.
Dans cette partie de l’introduction, montrez au lecteur que le thème est d’actualité en le situant dans le contexte économique, politique, social, culturel. En d’autres termes, montrez en quoi le problème choisi est digne d’intérêt.
L’intérêt du sujet doit être cohérent avec le thème à traiter et surtout avec la problématique.
2- la problématique
a- définition :
La problématique c’est l’art de poser les bonnes questions ; c’est-à -dire les questions pertinentes qui font débat et que soulève le sujet. Pratiquement, la problématique est un court texte qui présente au lecteur votre problème de recherche. Ce problème de recherche est une question pour laquelle il n’existe actuellement aucune réponse valable pleinement satisfaisante.
b- Pourquoi une problématique ?
La problématique permet de créer autour de votre sujet un cadre de discussion qui montrera que malgré vos convictions, vous avez conscience de la complexité de la réalité et de la diversité des approches possibles de la réalité.
c- Caractéristiques de la problématique
La problématique n’est pas une question simple nécessitant une réponse par oui ou par non. C’est le fil conducteur d’une pensée. Elle guide la réalisation d’une production. Elle est évolutive en ce sens qu’elle est réorientée et reformulée en fonction des résultats des recherches. Ces derniers permettent d’infléchir la problématique, de la reformuler, de l’affiner et de la construire en fonction du cheminement de la réflexion et de l’analyse du sujet.
Par conséquent, il faut prendre tout le temps nécessaire pour dégager la problématique ; faute de quoi vous serez hors sujet. Cette problématique se termine toujours par une question.
d- Comment formuler une problématique ?
Pour dégager une problématique, il faut avoir des connaissances sur le sujet. Pour ce faire, il faut faire des recherches exploratoires après avoir défini le sujet. Ce sujet doit être transformé en questions obtenues soit :
- en cherchant par exemple comme point de départ l’opinion couramment admise sur le sujet ;
- en faisant des observations, des constats ;
- en établissant à partir des constats la liste des questions qui semblent les plus pertinentes et qui cadrent avec le sujet.
Tout au long de la construction de la problématique, il faut être attentif aux mots importants de la citation.
ATTENTION !
Si certaines questions sont clairement contenues dans le sujet et donc plus faciles à définir car explicites, d’autres ne le sont pas. Elles sont seulement suggérées par le sujet. Ce sont des questions implicites qu’il faut chercher en procédant à une véritable explication de ces mots et de ces termes. Par conséquent, il faut garder toujours à l’esprit la question suivante « pourquoi me pose-t-on un tel sujet ? ». Les questions implicites apparaîtront mieux avec les recherches documentaires.
e- Principes à observer lors de la rédaction d’une problématique
- il faut être explicite en formulant clairement la problématique ;
- il faut s’en tenir aux faits et aux théories rapportés par les sources documentaires ;
- exclure toute considération d’ordre personnel. Autrement dit, faire preuve de neutralité en ne faisant mention ni de ses sentiments ni de ses opinions du genre « je trouve ça bon » ou « personnellement, je pense que c’est très difficile, etc.)
- éviter les citations textuelles sauf pour définir un concept. Dans ce dernier cas, il vaut mieux citer une phrase célèbre ou un passage important.
f- Processus de formulation d’une problématique
Etape 1
- poser le problème de votre recherche
- faire part au lecteur de votre intérêt pour le thème de recherche en le situant dans le contexte actuel de la recherche. Autrement dit, vous devez montrer en quoi le thème choisi est digne d’intérêt.
Etape 2 : ce que l’on sait du thème
Circonscrire le problème en commençant par :
- définir le phénomène à l’étude (définition des concepts)
- expliquer le phénomène en présentant ses causes (concepts, théories, modèles)
- appuyer ces théories sur des faits ou sur des résultats qui proviennent des recherches scientifiques ; si possible préciser la méthode utilisée pour recueillir ces résultats (observations, questionnaires, entretien, recherches en laboratoire, etc.)
- présenter une théorie avec les faits qui la confirme, puis une deuxième théorie avec les faits qui la confirment, puis une troisième théorie et ainsi de suite…
Etape 3 : ce que l’on veut savoir
- relever une faille dans les connaissances actuelles, c’est-à -dire un problème
ATTENTION ! il faut montrer au lecteur en quoi il est pertinent de résoudre ce problème
- il faut justifier la recherche d’une réponse en montrant l’intérêt ou l’utilité de résoudre ce problème. Autrement dit, à quoi servira citre recherche ? que va-t-elle permettre au lecteur de mieux comprendre ? pourquoi est-elle nécessaire ?
- transformer le problème en question de recherche ou ce que l’on veut savoir
Etape 4 : Formulation d’une hypothèse ou d’un objectif
- Formuler une solution provisoire au problème qui peut être soit une hypothèse soit un objectif.
- Cette hypothèse doit être logiquement déduite de la problématique.
3- définition des éléments du sujet.
Dans l’introduction, il faut définir les concepts à utiliser tout au long du développement.
4- L’annonce du plan
L’annonce du plan doit comprendre les réflexions et les raisonnements apportés comme réponse à la problématique posée.
II- le développement : le corps de la dissertation
Le développement permet d’apporter des réponses à la problématique. L’approche à adopter peut être basée sur trois axes de recherche :
- la recherche théorique ;
- la recherche empirique ;
- la recherche documentaire.
1- la recherche théorique
Elle permet de définir les concepts de base utilisés pour appuyer les arguments avancés. Elle permet également de conceptualiser les conclusions et les réflexions développées dans le travail de recherche.
2- la recherche empirique
Elle se compose d’une approche qualitative et d’une approche quantitative
- l’approche qualitative concerne le recueil d’information par le biais du guide d’entretien. Ce guide, élaboré sur la base de la problématique, reprend les grands thèmes du sujet de recherche. Parmi les guides d’entretiens usités, le guide d’entretien semi- directif présente l’avantage de recueillir les avis spontanés des personnes interviewées. Ces avis spontanés sont très importants car ce sont ceux-là qui les préoccupent le plus. Ils constituent de ce fait le corps du problème.
Le guide d’entretien semi- directif comporte deux types de questions :
- les questions principales semi- ouvertes tirées de la problématique du genre : « que pensez-vous de… » ou « à votre avis comment se présente telle…. ». Ces questions permettent à votre interlocuteur de répondre à la question posée tout en lui donnant une certaine liberté pour exprimer les problèmes qui le préoccupent le plus ;
- les questions de relance qui sont des questions précises sur un sujet lorsque vous estimez que l’interviewé n’a pas évoqué un point précis que attendiez de lui. Mais sachez que ce point le préoccupe moins étant donné qu’il ne l’a pas évoqué spontanément. Par conséquent, vous pouvez juger de la pertinence des questions de relance en fonction du nombre de personnes ayant donné leur avis sur ces questions. Parallèlement à l’entretien, il convient de recueillir des informations pour justifier et enrichir les arguments au moment de l’exploitation des entretiens (statistiques, études sectorielles, articles).
1- Le déroulement de l’entretien
Le recueil des réponses peut se faire soit :
- par une prise instantanée de notes. Mais, cette méthode ne permet pas de collecter le maximum d’informations car vous (l’interviewer) ne pouvez pas simultanément transcrire l’intégralité de sa réponse et préparer la question de relance ou la question principale suivante.
- -par l’enregistrement sur support magnétique (radio- cassette par exemple). Cette technique présente l’avantage d’enregistrer l’intégralité de l’entretien et, partant, de mettre en évidence les réponses spontanées. Cette méthode est efficace même si la transcription de l’entretien est fastidieuse.
-
2- L’exploitation des entretiens
La deuxième étape de la recherche empirique a pour objet l’exploitation et l’analyse des entretiens en traduisant les avis des personnes interviewées sous forme de forces/faiblesses et d’opportunités/contraintes. Ces dernières sont ensuite reformulées en propositions. Ces propositions doivent être validées et classées par ordre d’importance par un échantillon plus large que celui objet de l’entretien. Simultanément, il faut recueillir les commentaires des interlocuteurs sur les propositions qu’ils ont retenues comme étant les plus importantes. Ces commentaires fournissent des informations importantes à exploiter dans la dissertation.
IMPORTANT !
Durant toutes ces étapes, vous devez faire preuve d’une neutralité absolue pour ne pas influencer les résultats du diagnostic.
La troisième étape consiste à transformer les conclusions des propositions en orientations. Ces orientations sont ensuite évaluées par l’intermédiaire d’une grille pondérant ces dernières avec des critères de pondération. Ces critères, à l’instar des propositions ; sont tirés de l’enquête sous forme de forces/faiblesses et opportunités/ contraintes et validés et hiérarchisés par le même échantillon qui a validé les propositions.
L’évaluation de ces orientations donne lieu à des recommandations qui servent d’axes de développement du sujet.
-L’approche quantitative consiste en la préparation et l’administration d’un questionnaire pour recueillir les avis d’un échantillon type plus large.
Le questionnaire reprend les différents points de la thématique c’est-à -dire ceux ayant servi à l’élaboration du guide d’entretien. Les résultats du questionnaire servent pour corriger et appuyer les conclusions de l’analyse ou, le cas échéant, basculer vers une position en cas de situation de point d’équilibre du système.
3- la recherche documentaire :
Elle permet d’extrapoler les résultats de l’enquête empirique sur une échelle plus grande. Elle alimente aussi l’étude par des statistiques et permet d’expliquer les phénomènes constatés sur le terrain. La documentation se présente sous forme d’articles, de revues spécialisées, de travaux de recherche académique ou professionnelles, de texte législatifs, des études, etc.
Par ailleurs, pour éviter les remarques de forme, il faut veiller à :
- débuter chaque partie ou chaque chapitre par une introduction et le terminer par une conclusion. L’introduction donne une idée sur le contenue du chapitre et présente ses grandes lignes. La conclusion résume le chapitre et annonce la partie ou le chapitre suivant ;
- prévoir une transition entre chaque section, chaque paragraphe et chaque sous paragraphe. L’intérêt de ces transitions réside dans le renforcement de la cohésion du raisonnement. Pratiquement, la transition résume ce qui a été démontré précédemment et présente l’intérêt de la section, du paragraphe ou du sous paragraphe suivant.
- instaurer un équilibre entre les parties ou les chapitres
III- La conclusion
La conclusion se compose de deux parties :
- un rappel des points principaux qui ont été traités
- une ouverture qui permet un nouveau regard sur le sujet. Cette ouverture peut porter également sur un autre sujet qui constitue le prolongement du sujet traité ou qui aborde un domaine proche.
ELYAAGOUBI ABDELHAK
COLLEGE argane
taroudant