De la flatterie

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 12-02-10 à 22:15  Lu :3359 fois
     
  
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La flatterie est un commerce honteux qui n'est utile qu'au flatteur. Si un flatteur se promène avec quelqu'un dans la place: "Remarquez-vous, lui dit-il, comme tout le monde a les yeux sur vous? cela n'arrive qu'à vous seul. Hier il fut bien parlé de vous, et l'on ne tarissait point sur vos louanges: nous nous trouvâmes plus de trente personnes dans un endroit du Portique; et comme par la suite du discours l'on vint à tomber sur celui que l'on devait estimer le plus homme de bien de la ville, tous d'une commune voix vous nommèrent, et il n'y en eut pas un seul qui vous refusât ses suffrages." Il lui dit mille choses de cette nature. Il affecte d'apercevoir le moindre duvet qui se sera attaché à votre habit, de le prendre et de le souffler à terre. Si par hasard le vent a fait voler quelques petites pailles sur votre barbe ou sur vos cheveux, il prend soin de vous les ôter; et vous souriant: "Il est merveilleux, dit-il, combien vous êtes blanchi depuis deux jours que je ne vous ai pas vu"; et il ajoute: "Voilà encore, pour un homme de votre âge, assez de cheveux noirs." Si celui qu'il veut flatter prend la parole, il impose silence à tous ceux qui se trouvent présents, et il les force d'approuver aveuglément tout ce qu'il avance, et dès qu'il a cessé de parler, il se récrie: "Cela est dit le mieux du monde, rien n'est plus heureusement rencontré." D'autres fois, s'il lui arrive de faire à quelqu'un une raillerie froide, il ne manque pas de lui applaudir, d'entrer dans cette mauvaise plaisanterie; et quoiqu'il n'ait nulle envie de rire, il porte à sa bouche l'un des bouts de son manteau, comme s'il ne pouvait se contenir et qu'il voulût s'empêcher d'éclater; et s'il l'accompagne lorsqu'il marche par la ville, il dit à ceux qu'il rencontre dans son chemin de s'arrêter jusqu'à ce qu'il soit passé. Il achète des fruits, et les porte chez ce citoyen; il les donne à ses enfants en sa présence; il les baise, il les caresse: "Voilà, dit-il, de jolis enfants et dignes d'un tel père." S'il sort de sa maison, il le suit; s'il entre dans une boutique pour essayer des souliers, il lui dit: "Votre pied est mieux fait que cela." Il l'accompagne ensuite chez ses amis, ou plutôt il entre le premier dans leur maison, et leur dit: "Un tel me suit et vient vous rendre visite"; et retournant sur ses pas: "Je vous ai annoncé, dit-il, et l'on se fait un grand honneur de vous recevoir." Le flatteur se met à tout sans hésiter, se mêle des choses les plus viles et qui ne conviennent qu'à des femmes. S'il est invité à souper, il est le premier des conviés à louer le vin; assis à table le plus proche de celui qui fait le repas, il lui répète souvent: "En vérité, vous faites une chère délicate"; et montrant aux autres l'un des mets qu'il soulève du plat: "Cela s'appelle, dit-il, un morceau friand." Il a soin de lui demander s'il a froid, s'il ne voudrait point une autre robe; et il s'empresse de le mieux couvrir. Il lui parle sans cesse à l'oreille; et si quelqu'un de la compagnie l'interroge, il lui répond négligemment et sans le regarder, n'ayant des yeux que pour un seul. Il ne faut pas croire qu'au théâtre il oublie d'arracher des carreaux des mains du valet qui les distribue, pour les porter à sa place, et l'y faire asseoir plus mollement. J'ai dû dire aussi qu'avant qu'il sorte de sa maison, il en loue l'architecture, se récrie sur toutes choses, dit que les jardins sont bien plantés; et s'il aperçoit quelque part le portrait du maître, où il soit extrêmement flatté, il est touché de voir combien il lui ressemble, et il l'admire comme un chef-d'oeuvre. En un mot, le flatteur ne dit rien et ne fait rien au hasard; mais il rapporte toutes ses paroles et toutes ses actions au dessein qu'il a de plaire à quelqu'un et d'acquérir ses bonnes grâces.
Les caractères, La Bruyère

  




 Réponse N°1 2675

en voilà une autre
  Par   marocagreg  (Adminle 12-02-10 à 22:30

Un auteur cherche vainement à se faire admirer par son ouvrage. Les sots admirent quelquefois, mais ce sont des sots. Les personnes d'esprit ont en eux les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments, rien ne leur est nouveau; ils admirent peu, ils approuvent.

Les caractères, La Bruyère, 36 (IV)




 Réponse N°2 2677

le fin mot de l'histoire
  Par   marocagreg  (Adminle 12-02-10 à 22:42

cela dit, un petit merci ne fait de mal à personne, bien au contraire. N'hésitez donc pas à le dire plus souvent.




 Réponse N°3 2679

Dans marocagreg, on veut tous être amis.
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 12-02-10 à 23:00



Il en est ainsi du flatteur et de l'ami. Quoiqu'ils fassent souvent l'un et l'autre les mêmes actions, quoiqu'ils suivent les mêmes procédés, ils sont néanmoins différents l'un de l'autre, par le motif, le but, l'intention. L'ami met en commun avec son ami tout ce qui lui paraît un bien; et quelle qu'en soit la sensation, fâcheuse ou agréable, il la partage également avec lui. Le flatteur, au contraire, sans cesse occupé de satisfaire ses désirs, dirige sa conduite vers son propre avantage. L'ami est de moitié avec son ami : le flatteur, au contraire, est concentré dans l'égoïsme. L'ami désire d'inspirer à son ami la même passion qu'il a lui-même pour la vertu : le flatteur, au contraire, ne cherche auprès de lui qu'à multiplier ses jouissances. L'ami vit familièrement et de pair à compagnon avec son ami: le flatteur, au contraire, rampe pour faire sa cour. L'ami n'emploie, dans son commerce avec son ami, que de la candeur, de la vérité : le flatteur, au contraire, n'y met que de la fausseté et de l'hypocrisie. L'ami porte ses vues d'utilité dans l'avenir : le flatteur, au contraire, ne songe qu'à tirer parti du présent. L'ami mérite que l'on conserve le souvenir de ses actions : le flatteur, au contraire, a besoin que l'oubli ensevelisse ses turpitudes. L'ami soigne ce qui est à son ami, comme bien commun : le flatteur, au contraire, le prodigue comme bien d'autrui. L'ami ne prend qu'une part légère dans le bonheur de son ami, mais il partage rigoureusement son malheur : le flatteur, au contraire, est insatiable, dans la prospérité; et, dans l'adversité, c'est celui qui y prend le moins de part. L'amitié est une chose louable : la flatterie, au contraire, ne mérite que le blâme. L'amitié est d'un ensemble, d'un accord réciproque : la flatterie, au contraire, ne va que d'un pied. Car celui qui, dans le besoin d'une chose, fait la cour à celui de qui il peut l'obtenir, met à découvert son infériorité à l'égard de ce dernier, en ce qu'on ne lui rend pas les soins qu'il prodigue. L'ami est malheureux, s'il est méconnu: le flatteur est perdu, s'il est pénétrée. L'amitié, mise à l'épreuve, resserre ses nœuds : la flatterie qui est dévoilée rompt les siens. L'amitié se fortifie avec le temps : la flatterie se décèle avec les années. L'amitié est entièrement désintéressée : la flatterie ne va jamais sans intérêt. S'il existe quelque relation, quelque commerce entre les Dieux et les mortels, l'homme pieux est l'ami des Dieux: celui qui ne les honore que parce qu'il les craint, en est le flatteur. Le premier est un être heureux : le second est un être misérable.





 Réponse N°4 2681

sage
  Par   marocagreg  (Adminle 12-02-10 à 23:16

ça c'est parole de sages, alors ne soyez ni corbaud, ni renard, mais soyez fourmi ou abeille et donnez sans attendre qu'on vous caresse l'oreille.




 Réponse N°5 2682

Complimenter est tout un art.
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 12-02-10 à 23:36



Toujours agréables à recevoir, les compliments cachent parfois bien des secrets. Derrière les flatteries , la médisance ?

Complimenter est tout un art.

L' éloge ne corrige pas le visage où la beauté manque;

Les paroles sages tombent quelquefois dans l'oreille d'un sourd, mais un mot gentil n'est jamais perdu...

A méditer!




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