Cpge - les passions (résumé + corrigé)

 Par saqr mohamed  (Prof)  [msg envoyés : 3le 01-03-16 à 19:44  Lu :1011 fois
     
  
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Le monde des passions Résumé de texte

Texte à résumer en 150 mots (± 10 %)

Les passions apparaissent à notre conscience comme des ruptures d'équilibre. L'homme normal porte son attention sur les divers objets qui s'offrent à ses sens, son esprit agite diverses pensées. Mais l'avare ne songe qu'à son or, le joueur qu'à son gain, l'amoureux qu'à celle qu'il aime. Tout ce qui n'est pas l'objet de sa passion paraît indifférent au passionné, tout ce qui touche ou lui rappelle cet objet fait naître en lui les émotions les plus vives : de là dépendent sa joie et son désespoir. De même, son intelligence ne s'emploie plus qu'à justifier la passion, ou à construire des plans qui la favorisent. Sa volonté n'a d'autre but que la servir.

Or cette rupture d'équilibre est sentie par le moi comme subie. La passion ne nous semble pas exprimer notre personnalité profonde et libre, elle ne nous apparaît pas comme une volonté. Elle est souvent pénétrée de regret, de remords. La passion est le signe de notre dépendance. On peut donc se demander quelle dualité intérieure elle nous signifie. Comment un de nos états peut-il nous apparaître comme étranger et subi ? Car enfin, comme le remarque Descartes, « tout ce qui se fait ou qui arrive de nouveau est généralement appelé une passion au regard du sujet auquel il arrive, et une action au regard de celui qui fait qu'il arrive ». Action et passion ne diffèrent que par les sujets auxquels on les peut rapporter, et toute passion subie par nous doit être l'action de quelque autre chose. Si le choix passionnel ne nous apparaît pas comme étant notre choix, il doit émaner d'une réalité agissant en nous et sur nous, réalité intérieure à nous, et pourtant susceptible de nous contraindre.

Penserons-nous que cette réalité soit notre corps ? Ici, le pur mental subirait l'organique, l'âme connaîtrait les passions du fait de son union avec le corps. Ainsi, selon Descartes, l'erreur que l'on commet en faisant jouer à l'âme « divers personnages qui sont ordinairement contraires les uns aux autres ne vient que de ce qu'on n'a pas bien distingué ses fonctions d'avec celles du corps, auquel seul on doit attribuer tout ce qui peut être remarqué en nous qui répugne à notre raison ». Descartes, on le voit, ne distingue pas les passions des autres états affectifs : plaisirs, douleurs, émotions. Mais il est dès lors difficile de comprendre que la passion comporte des choix délicats, se développe en fonction de situations subtiles, dépende, en un mot, de la compréhension de circonstances complexes, dont seul l'esprit peut découvrir le sens. L'avarice s'explique-t-elle sans la peur des lendemains, la jouissance de posséder, l'idée que l'on domine les hommes par la richesse ? Comment ne voir en tout ceci que les effets du corps, où l'on ne saurait trouver que des déplacements de matière ? La passion, supposant compréhension et synthèses, n'est intelligible que si l'on invoque l'esprit. C'est donc au sein de notre psychisme que paraît se situer la dualité passionnelle.

Verra-t-on alors dans la passion, comme le font certains sociologues, l'effet du conflit entre conscience sociale et conscience individuelle ? On sait que Blondel tenait la volonté pour le fruit de l'influence exercée sur notre conduite par des impératifs sociaux. Mais on comprend mal ici pourquoi le moi s'identifie précisément avec le social, pourquoi l'ordre du groupe lui apparaît comme étant liberté, alors que l'individuel lui semble subi. Au reste, ne pouvons-nous avoir l'impression d'être nous-mêmes en agissant contre la règle, ne pouvons-nous, contre le social, nous insurger par volonté ?

Il est donc difficile de définir la passion si l'on demeure sur le plan de la science, c'est-à-dire si l'on refuse de l'opposer à une volonté pure, puissance métaphysique de liberté gd, extérieure aux tendances, constituerait un moi par rapport auquel tout désir serait étranger. Aussi la psychologie ne parvient-elle jamais à distinguer clairement passion et volonté. D'autre part, elle considère la passion comme étant de l'ordre de l'activité, et y voit une tendance prédominante. Beaucoup de passions lui apparaissent même comme résultant de l'organisation de tendances multiples. D'autre part, elle ne peut tenir la volonté pour un pouvoir distinct des tendances, mais seulement pour la faculté d'agir en fonction du plus grand nombre, ou des plus fortes d'entre elles. La passion ne peut donc plus lui apparaître que comme un cas particulier de la volonté. La décision volontaire consacre la victoire de notre plus forte tendance, ou d'un ensemble de désirs dominants : mais notre tendance la plus forte, le système de nos désirs dominants ne sont-ils pas précisément nos passions ? Il semble même que, l'action normale laissant place à des considérations morales et sociales qui, le plus souvent, contrecarrent nos aspirations personnelles, la passion, qui néglige la morale et la société, apparaisse comme émanant de notre moi le plus profond, constitue la revanche de notre personnalité réelle. S'il en était ainsi, la passion serait essentiellement notre action.

Pourtant il n'en est rien. La passion est subie, et notre conscience nous en avertit sans cesse. On déteste parfois son amour, et la Phèdre de Racine a pris « la vie en haine » et sa « flamme en horreur ». Pourra-t-on comprendre de tels états si l'on s'obstine à considérer la passion comme notre tendance la plus profonde ? Nous croyons au contraire que la prépondérance de la tendance passionnelle est illusoire, et que nos passions ne sont que nos erreurs. Le passionné s'abuse, ne tient compte que d'une partie de lui-même, oublie la plupart de ses désirs. Il sent même confusément cette partialité qui l'aveugle, et que pourtant il se refuse à tirer au clair. Les discours qu'il se tient à lui-même ne vont jamais sans quelque dissimulation. La passion est moindre conscience. L'ivrogne préfère la vie à l'alcool qui le tue, et pourtant il boit. Et c'est le bonheur qu'au plus profond de lui-même recherche l'amoureux : cependant son amour l'attache à ses souffrances. Il est donc vrai de dire que dans la passion, nous agissons contre notre raison : même si l'on refuse de reconnaître à la raison le pouvoir de poser des valeurs, si on la considère comme une pure faculté de connaissance, si l'on estime que toute valeur est relative à des tendances, la passion s'oppose à la raison : elle nous aveugle sur notre nature réelle, elle est ignorance de nous-mêmes.


Ferdinand Alquié, Le désir d'Éternité, 1943, PUF, 1987, p. 17-20.



Résumé proposé


Le passionné est un être déséquilibré ; l'objet de sa passion l'obsède et contrôle ses affects et sa raison. Ce dérèglement passionnel semble étranger à sa volonté. D'où vient alors cette aliénation qui dirige nos propres actions ?

Descartes affirme que la passivité des passions provient du corps. Or, la part cognitive complexe de la passion infirme cette thèse. De même, le conflit entre le social et l'individuel ne saurait annuler le principe de liberté du moi. Par ailleurs, la psychologie prétend lier nos actions à des tendances diverses dont la plus dominante dicte notre conduite, s'identifiant ainsi avec notre volonté.

En réalité, toutes ces théories sont erronées car le passionné n'a aucun pouvoir sur ses passions. Celles-ci le fourvoient et s'opposent à sa raison. 130 mots.



  



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