Cpge-le temps vécu : résumé de mrs dalloway

 Par Marchadier Emmanuelle  (?)  [msg envoyés : 3le 14-11-13 à 11:03  Lu :18152 fois
     
  
 accueil


Résumés des oeuvres: Mrs Dalloway

envoyé par: Marchadier Emmanuelle

I- Mrs Dalloway, Virginia Woolf, 1925

Résumé réalisé à l'aide des ouvrages suivants:

  • l'ouvrages consacré au thème, paru chez Armand colin

  • l'ouvrages consacré au thème, paru chez Sedes

  • l'ouvrages consacré au thème, paru chez GF

  • Le PetitLittéraire.fr disponible sur http://fr.scribd.com/doc/96777418/Woolf-Virginia-Mrs-Dalloway-fiche-de-lecture

  • wikipédia

  • Pour un résumé extrêmement détaillé, qui suit tous les méandres du roman (que j'ai aussi utilisé pour faire ce résumé), vous pouvez consulter http://lecasnard.free.fr/martial/spip.php?article670

«Une belle journée de 1923 à Londres. Quelques individus se croisent sans se voir, se frôlent, se retrouvent après des années de séparations, se ratent. Un homme se suicide. Un autre tente, encore un fois, de s'inventer un avenir. Une femme sort acheter des fleurs en vue de l'importante réception qu'elle donne le jour même puis rentre repriser un accroc dans la robe qu'elle souhaite porter pour cette occasion, surveille les préparatifs, écrit quelques invitations en toute hâte. Sa fille, une jeune fille convenable, s'octroie quelques moments de liberté et se hasarde en bus, dans la City. Et toujours le mouvement incessant de la ville emporte humbles et puissants, se fond dans le flux non moins irrésistible des consciences.»

C. BERNARD. Mrs Dalloway, de Virginia Woolf, Folio, coll. Foliothèque, Gallimard, 2006

VW souhaite mettre l'accent sur la vie intérieure des êtres, plutôt que sur leurs actions visibles. Aussi l'intrigue du roman est-elle apparemment particulièrement réduite. Elle s'enrichit cependant en profondeur de quantité de petits drames intérieurs, projetés dans le passé (et notamment Bourton en 1890, alors que CD avait 18 ans, Bourton dont plusieurs personnages ont des souvenirs communs) dans le futur ou dans l'imaginaire, et de nombreux échos et liens sous-jacents entre les personnages, qu'il est impossible de résumer.

L'intrigue du roman se déroule sur une seule journée, un mercredi de la mi-juin 1923 (comme on l'apprend grâce à des notations éparses), à Londres. Nous pouvons suivre le déroulement chronologique de cette journée grâce au son des horloges qui rythment le roman, même si bien sûr là n'est pas l'essentiel, nous y reviendrons.

I- Mrs Dalloway dans Bond Street (le matin, jusqu'à 11h environ)- p.61-96

Vers le fleuriste

Le roman débute par le flux de conscience de CD, représentante de la haute société qui va donner une réception le soir même. Elle quitte, de bon matin, sa demeure de Westminster pour aller acheter des fleurs dans cette perspective.

Dès le troisième paragraphe est introduit le passé de l'héroïne éponyme: la fraîcheur de l'air, le bruit des portes rappellent Bourton, le domaine de l'enfance et de la jeunesse, qui à son tour fait ressurgir l'évocation de PW - dont elle n'a pas lu les lettres, jugées ennuyeuses, depuis longtemps et qui doit rentrer des Indes. Big Ben sonne. «Et voilà! Cela retentit! D'abord un avertissement, musical. Puis l'heure, irrévocable. (62) Les cercles de plomb se dissolvaient dans l'air».

La ville grouille de monde et Clarissa se sent unie à tous par l'amour de la vie: «dans tout cela se trouvait ce qu'elle aimait: la vie; Londres; ce moment de juin». (63) En ce matin de la mi-juin 1923, la guerre est loin sauf pour Mrs Foxcroft et Lady Bexborough dont les garçons sont morts (63).

Progressant vers Bond Street, elle rencontre «Hugh Whitbread: son vieil ami Hugh – l'admirable Hugh!», que Peter ne supportait pas. Cela fait à nouveau resurgir le souvenir de PW et les raisons pour lesquelles elle a refusé de l'épouser à 18 ans, lui préférant Richard Dalloway, moins fusionnel, moins possessif. Elle se «retrouv[e] à St James's Park à «poursuivre la dispute», et ressent encore des «bouffées de colère» «Elle se sentait très jeune, et en même temps incroyablement âgée» (68). Elle a ce «seul don» de «connaître les gens par une sorte d'instinct» (69). Elle se souvient de tout «Mais des souvenirs, tout le monde en a. Ce qu'elle aimait, c'était ce qu'elle avait sous les yeux, ici et maintenant». Cet amour des êtres, de la vie, de sa ville, la mène à une méditation sur

l'existence et sur la mort: «la mort était la fin des fins» mais pourtant «en un sens, dans les rues de Londres, dans le flux et le reflux, ici et là, elle survivrait.» (p.69). Cherchant un ouvrage à apporter à la femme malade de Hugh, Clarissa réfléchit alors à sa condition, à son physique, à ce qu'elle aurait pu être «si elle avait pu refaire sa vie!» (p.71) et à la façon dont les autres la perçoivent. Elle pense également à sa fille, Elizabeth, qui noue d'étranges relations avec Miss Kilman, sa professeure d'histoire, pour laquelle Clarissa éprouve une antipathie instinctive. Le cours des réflexions est guidé par les lieux, qui provoquent des réminiscences et les associations d'idées. Arrivée chez le fleuriste, elle est tirée de ses rêveries par la détonation d'une voiture arrêtée en pleine rue.

L'automobile et l'avion

Une onde collective rassemble les passants et commerçants: une voiture officielle transportant un personnage important sur l'identité duquel tous s'interrogent. On suit la voiture jusque devant les grilles de Buckingham Palace. Puis l'attention de la foule londonienne se reporte sur un aéroplane traçant d'étranges lettres dans le ciel.Tous essaient de lire les lettres que l'aéroplane forme dans le ciel avec sa fumée blanche alors que les cloches sonnent onze coups et que la voiture passe les grilles sans un regard de personne (85)

La voiture et l'aéroplane perçus par la foule sont l'occasion d'entrer, plus ou moins longuement, dans la conscience de plusieurs personnages qui assistent à la scène et de les relier indirectement entre eux, en particulier Clarissa et Septimus Warren Smith, que l'on rencontre pour la première fois (p.76-79 puis 87-92).

Septimus

Ce vétéran de la Grande Guerre, qui était promis à une belle carrière, souffre d'un grave trouble post-traumatique et se trouve en compagnie de son épouse d'origine milanaise, l'aimante Rézia (Lucrézia) qu'il a ramenée d'Italie. Cette dernière se sent seule et triste du fait des idées suicidaires de son mari. Elle tente de le détourner de ces idées, de le ramener au réel, de faire en sorte qu'il «s'intéresse à autre chose qu'à lui-même» (p.86) sur les conseils du Dr Holmes selon lequel Septimus n'a rien. Pourtant, il voit des morts (et notamment Evans, mort à la guerre), croit voir s'animer les arbres, entend les oiseaux chanter en grec.

Le couple est vu par Maisie Johnson (92), ce qui fait reprendre au roman son parcours de conscience en conscience, qui mène à revoir l'avion et à réentrer dans l'esprit de CD («Qu'est-ce qu'ils regardent tous?»)

II- Chez les Dalloway (de 11h environ à 11h30) p.96 à 122

Clarissa, de retour chez elle, recoud sa robe et pense à Bourton (96 à 110)Mrs Dalloway rentre chez elle et apprend que son mari, le député conservateur Richard Dalloway, est parti déjeuner chez Lady Bruton, femme de pouvoir inflexible et incarnation de la rigidité victorienne. Elle se sent alors abandonnée, non par «jalousie vulgaire», « Mais elle craignait le TEMPS lui-même, et lisait dans le visage de Lady Bruton, comme un cadran solaire taillé dans la pierre indifférente, l'amenuisement de la vie; le fait qu'année après année, sa propre part s'amoindrissait; que la marge qui restait n'était plus capable, comme dans les années de jeunesse, de s'étirer, d'absorber les couleurs, les sels, le ton de l'existence, de sorte que lorsqu'elle entrait dans une pièce, elle la remplissait, [...]» (98). Elle prend conscience de son vieillissement, évoque sa maladie, songe à son manque de «chaleur». La contrariété la plonge dans le passé et l'amène à se souvenir de Sally Seton, son opposée, son amie exubérante dont la seule présence illuminait les murs de Bourton, et du baiser qu'elle lui a donné. Elle se demande si elle ne l'a pas aimée: cette jeune fille anti-conformiste incarne l'audace, la liberté et la sensualité de la jeunesse. Le souvenir toutefois ne lui permet pas de revivre l'intensité de l'émotion d'alors. Ces interrogations permettent aux «serres glacées» du temps (p.107) d'avoir prise sur elle. Commençant à repriser la robe verte qu'elle compte porter pour la soirée, sa robe préférée, elle retrouve «la paix» (111)

Visite inopinée de Peter Walsh (110 à 122)

Mais on sonne à la porte: elle reçoit la visite impromptue de PW, de retour d'Inde après 5 ans d'absence, PW avec son éternel canif, certain qu'il sera reçu. Il lui apprend qu'il est venu à Londres pour préparer son mariage avec une jeune femme dénommée Daisy, épouse du major de l'Armée des Indes, dont il se dit très amoureux. Il est pourtant plein de désillusions. La discussion de ces deux vieux amis évoque Bourton et le lecteur entend à la fois le dialogue des personnages et ce qu'ils se disent en eux-mêmes, leur conscience: c'est cette «sous-conversation», selon le mot de Nathalie Sarraute, qui constitue l'intérêt du passage. La nouvelle de ce mariage suscite une scène

d'émotion où Clarissa console son ami qui pleure devant elle: «si je l'avais épousé, j'aurais connu cette allégresse à chaque instant» (p.120-121), se dit l'héroïne un instant. Peter s'apprête à partir quand Elizabeth, la fille de Clarissa, fait irruption. Big Ben sonne 11h30: «Big Ben sonnant la demi-heure résonna entre eux avec une vigueur extraordinaire, comme si un jeune homme, solide, indifférent, sans-gêne, agitait des haltères en tous sens». Peter salue les deux femmes et s'en va. Clarissa lui demande de ne pas oublier sa soirée.

III- Peter Walsh à Regent's Park (de 11h30 à 11h45) (p.122-145)

Peter Walsh se retrouve dans la rue (122 à 128)

Le lecteur suit maintenant le flux de conscience de PW et peut lire ses pensées: jugement sur Clarissa, l'Inde dont elle ignore tout, contrariété et finalement «honte, soudain, à la pensée qu'il s'était ridiculisé; qu'il avait pleuré; qu'il avait laissé paraître ses sentiments; qu'il lui avait tout dit, comme d'habitude, comme d'habitude.» Cela mène à une réflexion sur le temps(du narrateur et de Peter) fortement influencée par ce qui vient de se produire : «Comme un nuage passe devant le soleil, le silence tombe sur Londres; et tombe sur l'esprit. Le calme règne. Le TEMPS claque contre le mât. Là nous nous arrêtons; là nous nous tenons debout. Rigide, le squelette des habitudes soutient seul la charpente humaine. Dans laquelle il n'y a rien, se dit Peter Walsh; se sentant comme creusé, vidé de l'intérieur. Clarissa m'a repoussé, se dit-il» (124) Les cloches de l'église Saint-Margaret se font alors entendre, l'église du Parlement personnifiée comme une «hôtesse» dont on entend la

«voix»: «il est onze heures et demi tapantes, dit-elle.» (124) La cloche devient «glas» annonçant la mort de Clarissa et Peter doit se reprendreavec vigueur: «Non! s'écria-t-il. Ellen'est pas morte! Je ne suis pas vieux, s'écria-t-il, en remontant Whitehall, comme si se déroulait là, venant jusqu'à lui plein de vigueur, sans fin, son avenir.» (125) Dans Whitehall, «un bruissement» qui d'abord se mêle à ses pensées finit par l'en tirer(126) : la procession de «gosses de seize ans», austères, «au pas, les bras raides», semblables à «un cadavre raide», venus déposer une gerbe «sur la tombe vide», donc en hommage aux soldats de 14-18. Puis, «il fut soudain submergé par l'étrangeté de se trouver seul, vivant, inconnu, à onze heures et demie à Trafalgar Square. Qu'est-ce? Où suis-je? Et pourquoi après tout fait-on ce qu'on fait? Se demanda-t-il [...]» (127).

Une mystérieuse jeune femme (128 à 131)

Se sentant «entièrement libre» et «jeune», comme si tous les possibles s'ouvraient à lui (il «se tenait à l'entrée d'avenues sans fin, sur lesquelles il pouvait déambuler si le coeur lui en disait.») il suit une jeune femme dans la rue, traversant Piccadilly, remontant Regent Street, puis Oxford Street et Great Portland Street, tout en s'imaginant son caractère et en inventant une histoire à son sujet. Il se compare à un «flibustier de légende», rejetant toutes conventions. Mais la jeune femme rentre chez elle,dans une maison sans caractère ni goût. «Bon, je me suis bien amusé; et c'est fini, se dit-il […] Et le voilà réduit en poudre, son moment d'amusement, car il l'avait plus ou moins fabriqué de toutes pièces, il le savait bien; il l'avait inventée, cette aventure avec la jeune femme; il l'avait fabriquée, comme on fabrique les trois quarts de sa vie, se dit-il, et comme on se fabrique soi-même; il avait fabriqué cette jeune femme; il avait créé ce moment charmant, avec quelque chose en plus. Mais, chose bizarre et vraie: on ne pouvait rien partager de tout cela – et cela se réduisait en poudre.» (131)

Ainsi le temps vécu est-il aussi nourri de réalité que de fantasme, les deux ayant le même degré de vérité pour la conscience.

Il repart vers Regent's Park (131 à 133)
Il fait alors demi-tour, se disant qu'il va chercher un endroit pour s'asseoir jusqu'à l'heure d'aller à Lincoln's Inn chez Messieurs Hooper Grateley. Il décide de remonter la rue vers Regent's Park. Il observe les gens dans la rue (mais son coup de coeur est passé) par cette belle mâtinée (131). «Tout de même, à sa manière, c'était une réussite étonnante, ce Londres; et cette saison; et la civilisation». Il chérit cette civilisation comme un bien personnel, lui qui vient d'une famille anglo-indienne qui depuis au moins trois générations administre un continent entier.

Le rêve d'un voyageur solitaire et souvenirs de sa rupture avec Clarissa (134 à 145)
Il arrive à Regent's Park où enfant il s'est promené. Il s'assoit auprès d'une nourrice avec un bébé dans son landau et s'endort. (133) Son rêve fait apparaître des éléments du réel et des visions, un «voyageur solitaire» et plusieurs femmes, dont une en quête de son fils perdu, il entre dans une maison où la patronne enlève une nappe et enferme de la marmelade dans un buffet (134-135). Il se réveille en sursaut avec au bord des lèvres la phrase: «La mort de l'âme» (136).

Les mots se rattachent à une certaine scène, à un certain lieu, à un certain passé, «ce fameux été des années quatre vingt-dix» (137) à Bourton quand Clarissa, prisonnière des interdits sociaux, avait condamné une voisine qui avait eu un enfant hors mariage. «Il ne lui en avait pas voulu de sa réaction, étant donné qu'à cette époque une jeune fille élevée dans ce milieu était ignorante de tout, mais ce qui l'avait agacé c'était son ton; timide; dur; un peu arrogant; prude. «La mort de l'âme.» Il avait dit cela d'instinct, épinglant le moment comme à son habitude - la mort de son âme à elle». (137-138) Maussade, Peter s'était éloigné pour ne rejoindre ses comparses qu'au soir venu. Il avait alors vu Richard Dalloway,

«un jeune homme blond, assez emprunté», pour la première fois et compris d'instinct, en une brusque «illumination» comme il en avait souvent à l'époque, que Clarissa, «la parfaite hôtesse» comme il la nomme pour la blesser, l'épouserait. (140) Lui «demandait l'impossible», «Ses exigences vis-à-vis de Clarissa (il s'en rendait bien compte à présent) étaient ridicules» (143) alors qu'avec Richard existait «une véritable entente». La rupture n'avait pas tardé: «la scène finale, la scène terrible qui, croyait-il, avait plus compté que quoi que soit d'autre dans sa vie entière (c'était peut-être une exagération mais il n'avait pas changé de sentiment à ce sujet)» (143). Il avait donné rendez-vous à Clarissa près de la fontaine et exigé la vérité sur ses sentiments. «Et quand, après qu'il eut parlé des heures, ce qui lui parut des heures, avec ses joues qui ruisselaient de larmes, elle finit par lui dire: «Ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien. C'est fini.», ce fut comme si elle lui avait lancé une gifle. Elle lui tourna le dos, elle le quitta, elle s'en alla. […] C'était fini. Il repartit le soir-même. Il ne la revit plus jamais.» (144). On voit là comment VW travaille sur le temps vécu: une même scène est donnée à voir à travers des consciences différentes.

Retour à Regent's Park (saut de ligne).

«C'était affreux, criait-il, affreux, affreux!

Et pourtant, le soleil répandait sa chaleur. Et pourtant, on finissait par se remettre. Et pourtant, la vie savait ajouter à un jour un autre jour. Et pourtant, pensait-il en bâillant, Regent's Park avait très peu changé depuis qu'il était petit garçon [...]»

Tout à coup, une petite fille lâche les cailloux qu'elle vient de ramasser sur les genoux de sa nurse et file se jeter dans les jambes d'une dame, Lucrezia Warren Smith, ce qui fait rire Peter.

IV. LES WARREN SMITH DE REGENT'S PARK A HARLEY STREET (de 11h45 à 12h) (p. 145 à 169)

Septimus et Rezia attendent l'heure du rendez-vous chez Sir William Bradshaw (145 à 153)

Cela permet la transition vers Rezia, le retour à Septimus: au moment où la petite fille se jette sur elle et tombe à terre, Lucrezia pensait à sa souffrance. Consoler la petite fille est une distraction, de même que regarder le «monsieur à l'air gentil» - PW- lui donner sa montre à ouvrir pour la consoler. Il faut qu'elle aille retrouver Septimus, car c'est presque l'heure de son rendez-vous avec Sir William Bradshaw, alors qu'il parle à Evans qui s'est fait tuer à la guerre (146). Elle évoque l'alternance de moments heureux

avec son mari et des tendances suicidaires. Ils étaient allés à Hampton Court sur l'impériale d'un omnibus [NB: encore un lien souterrain: CD et PW, Elizabeth font aussi un tour à l'impériale d'un omnibus] et puis tout d'un coup, alors qu'ils se trouvaient au bord de la Tamise, il avait dit: «Maintenant, nous allons nous tuer». (147) Depuis, Septimus était régulièrement pris par des hallucinations. Le docteur Holmes, qu'ils avient consulté, avait pourtant estimé qu'il n'avait rien. Rezia le voyant parler seul ne peut que répéter «C'était affreux, affreux!» comme PW quelques pages plus tôt.

Les pensées de Septimus tournent autour du secret de la vie qu'il doit révéler au Premier Ministre: la vérité universelle de l'amour. Il entend le message du monde: «la beauté, c'était maintenant la vérité. La beauté était partout.» (152) La voix de Rezia l'interrompt:

«Il est TEMPS» dit Rezia.

Le mot «TEMPS» brisa sa coque; répandit sur lui ses richesses; et ses lèvres tombèrent comme des coquillages; comme les copeaux d'un rabot, sans qu'il ait à les former, des mots durs, blancs, impérissables, qui s'envolèrent pour aller s'attacher, chacun à sa place, au sein d'une ode au TEMPS, une ode immortelle adressée au TEMPS.» Il chante. Evans lui répond derrière l'arbre. Les morts sont en Thessalie, chante Evans, ils attendent que la guerre soit finie. Les branches s'écartent. Evans s'approche d'eux, sans aucune blessure (152). Rezia essaie de le faire se rasseoir et de le ramener au réel.

«Il est temps, Septimus, répéta Rézia. Quelle heure est-il?»

Il parlait, il sursautait, cet homme avait dû le remarquer. Il les regardait.

«Je vais te dire l'heure», dit Septimus, très lentement, l'air endormi, souriant mystérieusement. Et tandis qu'il était là, à sourire au mort en costume gris, le quart sonna – midi moins le quart.» (153)

Peter Walsh à Regent's Park attend l'heure de son rendez-vous chez ses avocats. Il pense au passé (153 à 169)

En passant devant eux, Peter Walsh se méprend: il croit voir une querelle de jeunes amoureux. Il médite sur les changements qu'ont connus les moeurs anglaises pendant son absence ainsi que sur sa jeunesse à Bourton. «Ce qui était amusant, quand on rentrait en Angleterre au bout de cinq ans, c'était la façon dont, au moins les premiers jours, on se mettait à voir les choses comme si on ne les avait jamais vues.Des amoureux qui se disputent sous un arbre; la vie de famille dans les jardins publics. Il n'avait jamais vu Londres avoir un tel charme […] après l'Inde, la civilisation, se dit-il en traversant la pelouse» (153-154). Il se définit: «Cette sensibilité aux impressions, c'est ce qui l'avait perdu, sans aucun doute. A son âge il avait encore, comme un adolescent ou même une adolescente, de ces changements d'humeur; les bons jours, les mauvais jours,

sans la moindre raison; [...]» (154) Il évoque le temps écoulé: «Ces cinq années - de 1918 à 1923- il avait le sentiment qu'elles avaient beaucoup compté. Les gens étaient différents. Les journaux étaient différents» (154). La société anglaise change: les journaux parlent ouvertement de water-closets, les jeunes couples flirtent ouvertement, les femmes se maquillent, y compris en public. L'exemple de Betty l'amène à penser à Sally Selton (155) - «la sauvage, l'audacieuse, la romantique Sally!»- qui a épousé un riche industriel et qui est allée vivre dans une maison près de Manchester où elle cultive des hortensias, alors qu'on n'aurait jamais pu imaginer cela d'elle. PW avait de l'affection pour elle. Elle seule avait vu clair dans le jeu de «l'admirable Hugh» - alors que Clarissa et tous les autres étaient à ses pieds (155)- ce «pur produit des public schools»: fils de commerçants, plein de valeurs bourgeoises (comme la famille), professant «le respect […] le plus sublime pour l'aristocratie anglaise» (156) mais totalement ignorant des problèmes sociaux. Un dimanche matin, à Bourton, Sally s'était disputée avec lui sur le droit des femmes en déclarant qu'il était» ce qu'il y avait de plus odieux dans la bourgeoisie anglaise». Pour elle, il n'avait aucune personnalité, il n'avait «jamais rien lu, rien pensé, rien ressenti» (156). Elle semblait lui en vouloir, en effet, il avait essayé de l'embrasser dans le fumoir. Un homme snob, obséquieux, suffisant, et qui avait fini par épouser son «Honorable Evelyn» et obtenir un petit poste à la Cour (157), il avait une maison et faisait admirer à chacun ses possessions. PW oscille entre le présent – il doit quémander un poste auprès de Whitbread ou Dalloway – et le passé. Dalloway: un chic type, un peu obtus et limité qui fait tout de façon méticuleuse mais sans imagination (158), ignorant tout de Shakespeare et de la poésie mais doté d'un solide sens pratique, terrien. Ainsi il avait été formidable avec le chien de Clarissa quand il s'était pris dans un piège. PW avait supplié Sally de détourner Clarissa de Richardqui étoufferait son âme alors qu'elle écrivait à l'époque de la poésie, qui ferait d'elle une banale maîtresse de maison» et encouragerait son penchant pour les mondanités (160) Mais Clarissa n'aurait jamais épousé Hugh. «Elle savait très exactement ce qu'elle voulait. Ses émotions étaient purement de surface. Sous cette écorce, elle était très avertie – elle était bien meilleur juge des caractères que Sally, par exemple» (160) [voir comment PW discrédite son jugement sur HW] Clarissa est définie comme «la féminité même» et celle qui habite le moment: quand elle entrait dans une pièce pleine de monde, «Eh bien, c'était Clarissa qu'on gardait en mémoire. Elle n'avait pourtant rien d'extraordinaire; elle n'était pas belle, elle n'avait rien d'original, elle ne disait jamais de choses particulièrement spirituelles. Mais elle avait de la présence. Juste, elle était là.» (160) Refusant l'idée d'être encore amoureux d'elle, quoique «incapable de détourner ses pensées d'elle», Peter recommence «au bout de trente ans, à essayer de la définir: par sa mondanité, ses préjugés de classe et son mariage («Il y avait beaucoup de Dalloway, dans tout ça, naturellement; le sens de l'intérêt général, de l'Empire britannique, de la réforme des tarifs douaniers, la mentalité des classes dirigeantes, tout cela avait déteint sur elle, comme c'est bien souvent le cas.» 161), par ses talents d'hôtesse qui soigne la carrière de son mari, doublés «de prévenances et d'attentions» (162), par ses croyances, forgées à partir de lectures, inattendues (voir p.162-163: «race condamnée», l'humanité pourrait déjouer les dieux en se conduisant «avec classe»), par son histoire familiale (elle a perdu sa jeune soeur adorée dans un accident, la chute d'un arbre à cause de la négligence de leur père). [NB: Clarissa double de VW] Puis, elle en était venue à la conclusion que les dieux n'existaient pas et elle avait adopté la religion des athées, consistant à faire le bien pour l'amour du bien. Mais PW se rend compte que «même après toutes ces années, son portrait de Clarissa n'était qu'à l'état d'ébauche» et revient à cette constante de Clarissa: «elle adorait la vie» et «prenait pratiquement plaisir à tout». Lui aussi, à 53 ans, est capable de saisir la valeur de l'instant. L'avantage de vieillir, se dit-il en sortant de Regent's Park est de mettre ses expériences en lumière:

«L'avantage de vieillir, se disait-il, en sortant de Regent's Park, son chapeau à la main, c'est tout simplement que les passions demeurent aussi vives qu'auparavant, mais qu'on a acquis-finalement- la facultés qui donne à l'existence sa saveur suprême, la faculté de prendre ses expériences et de les faire tourner, lentement, à la lumière.

«C'était terrible à dire (il remit son chapeau), mais à son âge, cinquante-trois ans, on n'avait presque plus besoin des gens. La vie à elle seule, chaque seconde, chaque goutte de vie, l'instant présent là, maintenant, au soleil, à Regent's Park, cela suffisait. C'était même trop. Une vie entière, c'était trop court pour en faire ressortir, maintenant qu'on en avait la faculté, la pleine saveur.Extraire la moindre once de plaisir, la moindre nuance de sens, devenus, plaisir aussi bien que sens, beaucoup plus tangibles que jadis, beaucoup moins personnels.» (165) Peter se demande s'il aime vraiment Daisy, alors qu'il ne souffre pas comme Clarissa l'a fait souffrir et en vient à reconnaître que c'est plus agréable car en réalité c'est Daisy qui est amoureuse de lui – mais qu'au demeurant il n'a pas envie de «partenaire».

«Mais alors, ces incroyables poussées d'émotion – le fait de fondre en larmes ce matin, à quoi cela rimait-il?[…] Au fond de cela, il y avait la jalousie, la jalousie qui survit à toutes les autres passions humaines» (166) – et Daisy l'avait rendu jaloux. Paradoxalement, PW en revient alors à Clarissa pour lui reprocher de ne pas lui avoir épargné cela (en ne l'épousant pas, sous-entendu) et d'en conclure: «Mais les femmes […] ne savent pas ce que c'est que la passion. Elles ne savent pas ce que cela représente pour les hommes. Clarissa était un vrai glaçon.» (166-167) Ainsi le flux de conscience épouse-t-il présent et passé, pensées contradictoires, mauvaise foi, lucidité et aveuglement, …

Tout d'un coup, la chanson d'une «voix sans âge ni sexe» l'interrompt. C'est une femme allongée en face de la station de métro de Regent's Park qui chante. «Venue du fond des âges, de l'époque où les pavés étaient de l'herbe […] , c'était une femme, car elle portait une jupe (167) [… ] depuis toujours se tenait là à chanter l'amour qui dure depuis des millions d'années, elle chantait l'amour vainqueur et son amant mort depuis des siècles». La vieille chanson effervescente, venue de temps immémoriaux s'écoule sur le trottoir, «s'infiltrant entre les vieilles racines noueuses des temps immémoriaux», «fertilisant le sol». La vieille femme, «cette loque humaine [qui] serait encore là dans dix millions d'années» (169) se rappelle comme elle s'était promenée en quelque immémorial mois de mai avec son amant (168) «Mais le passage du TEMPS avait brouillé la clarté de ce joli mai-là»; elle n'arrive plus à retrouver son visage. Peter Walsh lui donne une pièce au moment de monter dans un taxi. Cette chanson permet la transition entre le flux de conscience de PW et celui de Rézia.

V. HISTOIRE DE SEPTIMUS ET LUCREZIA (169 à 184)

La vie de Septimus et sa rencontre avec Lucrezia (169 à175)
«Pauvre vieille» dit au même moment Rezia Warren Smith, en attendant de traverser (170). La chanson lui redonne espoirque Sir William Bradshawsaura soigner son mari. Une longue séquence décrit alors Septimus et raconte sa vie, de la page 170 à la page 176: Septimus fait partie de ces jeunes gens engloutis par Londres; adorateur de Shakespeare, amoureux de son professeur Miss Isabel Pole, il se voyait devenir poète (172) mais avait fini par devenir employé. MrBrewer, chef de bureau prophétisait que d'ici dix ou quinze ans, Septimus lui succèderait dans le fauteuil de cuir du bureau du fond (173) lorsque la guerre éclata. Septimus fut un des premiers à s'engager. «Il partit pour la France afin de sauver une Angleterre qui pour lui se composait essentiellement des pièces de Shakespeare et de Miss Isabel Pole en robe verte se promenant dans un square» (174 – notons l'ironie de VW).

Il fut promu et se lia d'amitié avec l'officier, Evans. Lorsque ce dernier fut tué, juste avant l'Armistice, en Italie (174), Septimus réagit avec modération, se félicitant d'être si raisonnable. Lorsque survint la paix, il était à Milan, cantonné dans la maison d'un aubergiste. Il se fiança avec Lucrezia, la plus jeune des filles mais aussi la plus frivole et la plus gaie, une modiste, «un soir où il avait été saisi d'épouvante – peut-être qu'il n'était plus capable de ressentir quoi que ce soit» (175).

Les premiers symptômes de la folie (175 à 179)
«Car maintenant que tout était terminé, l'armistice signé, les morts enterrés, il avait, surtout le soir, de fulgurants accès de panique».(175, suite directe de la précédente citation) Septimus «ne ressentait rien» (l'expression revient à plusieurs reprises). Il ne peut plus trouver sa place dans la société, il ne peut oublier la guerre. Au bureau, on est fier de lui comme du héros qui a «fait son devoir» et on lui promeut à de hautes responsabilités. Mais cette apparente réussite n'est que le masque d'un vide profond. Tout – littérature, amour, même nourriture, l'humanité dans son ensemble – le laisse indifférent voire le dégoûte. Il refuse d'avoir les enfants que désire son épouse: «on ne peut pas mettre des enfants au monde dans un monde tel que celui-ci. On ne peut pas perpétuer la souffrance, contribuer à la reproduction de ces animaux libidineux, qui n'ont pas d'émotions durables, rien que des caprices et des vanités qui les font dériver tantôt par ci, tantôt par là.», «les êtres humains n'ont ni bonté ni foi ni charité, à part ce qui peut servir à accroître leur plaisir du moment.» (178-179). Il ne voit plus que vice autour de lui. Ainsi le monde vu par Septimus dans sa folie n'est-il que violence et obscénité.

Le Dr Holmes (180 à 184)
Rezia fit alors venir le Docteur Holmes. Pour lui, il n'avait besoin que de changer les idées. Il lui prescrit du bromure (180). «Ainsi donc, il n'avait aucune excuse. Il était en parfaite santé à part le péché pour lequel il était condamné à mort par la nature humaine: le fait de ne rien ressentir. Quand Evans s'était fait tuer, ça ne lui avait fait aucun effet – ça, c'était le pire. Mais tous ses autres crimes relevaient la tête [...]» (181). Le Dr Holmes revint, il balaya tous les symptômes, pensant qu'il suffisait qu'il se distraie, qu'il trouve un passe-temps et prenne de la solide nourriture anglaise (le porridge!) (181). Ainsi le docteur Holmes ne voit aucune maladie dans la dépression post-traumatique de Septimus. Ce médecin est l'incarnation, pour Septimus qui sombre dans la folie, de l'humanité qui le condamne et le pousse au suicide (183) Il finit toutefois – ironiquement – par leur conseiller d'aller à Harley Street quand le jeune homme commence à voir Evans (184).

VI. LE RENDEZ-VOUS CHEZ SIR WILLIAM BRADSHAW (12h à 13h30) (185 à 196)

La consultation (185 à 191)

«Il était exactement midi.»: Clarissa Dalloway dépose sa robe sur son lit et les Warren Smith descendent Harley Street. Midi, c'est l'heure de leur rendez-vous. Le médecin, anobli, a la réputation d'être doué de compassion: le passage dénoncera une imposture. Sir William Bradshaw diagnostique une dépression sévère et conseille du repos dans une de ses cliniques privées. Sir Bradshaw est l'homme du temps compté: jugeant en une «seconde» le cas de Septimus, formulant son diagnostic «au bout de deux ou trois minutes» (p.187), il interrompt la consultation au bout de trois quarts d'heure. (191)

Les sentiments de Rezia et les principes de Sir William (191à 196)
Rezia a l'impression qu'on les a laissés tomber.

«Mais qu'est-ce qu'elle voulait de plus?

A chacun de ses patients, Sir William consacrait trois quarts d'heure de son temps. Et si, dans cette science exigeante consacrée à quelque chose dont, après tout, nous ne savons rien- le système nerveux, le cerveau humain- un médecin perd le sens de la mesure, en tant que médecin, il manque à son devoir. Ce que nous voulons, c'est la santé. Or la santé, c'est le sens de la mesure.» (191).

Par ce sens de la mesure, sir William prospérait personnellement et faisait prospérer l'Angleterre, en mettant les fous à l'écart ce qui lui attirait le respect de ses collègues et la gratitude des amis et proches de ses patients pour «ses ordres»: «trente ans d'expérience professionnelle et son instinct infaillible: ici, folie; là, raison, bref, son sens de la mesure.» «Mais la mesure a une soeur, moins souriante, plus redoutable» qui cherche à imposer son «austère figure» partout, en Inde, comme en Afrique, comme à Londres (192-193): la Conversion qui se nourrit de la volonté des faibles. Il y a quinze ans, Lady Bradshaw avait sombré; pas de scène, pas d'éclat, rien que le lent affaissement de sa volonté (193). Sir William est le représentant d'un ordre social écrasant les individus, comme lui même a brisé la volonté de vivre de son épouse quinze ans plus tôt, Lady Bradshaw qui pourtant en apparence cumule les signes de réussite et de mesure et s'adonne à la photographie d'églises en ruine – symbole d'aspirations perdues.

Dans Harley Street, Rezia se dit qu'elle n'aime pas cet homme.

«Laminant et tranchant, divisant et subdivisant, les horloges de Harley Street, grignotaient peu à peu la journée de juin, recommandaient la soumission, soutenaient l'autorité, et montraient en choeur les avantages du sens de la mesure, jusqu'à ce que le monticule de TEMPS ait à ce point diminué qu'une horloge-enseigne suspendue au-dessus d'un magasin d'Oxford Street puisse annoncer, avec une gentillesse toute fraternelle, comme si c'était un plaisir pour Messieurs Rigby Lowndes de fournir ce renseignement gratuitement, qu'il était une heure et demie.» (196)

VII. RICHARD DALLOWAY CHEZ LADY BRUTON, PUIS CHEZ LUI (de 13h30 à 15h) (196 à 223)

Le déjeuner chez Lady Bruton (196 à 208)

Devant la vitrine de Rigby Lowndes, Hugh Whitbread rumine comme à son habitude, en regardant les chaussettes et chaussures de la vitrine. Personnage médiocre, sans ampleur, il a toutefois des velléités d'améliorations et surtout connaît tous les usages. Par exemple, il ne serait jamais allé chez Lady Bruton sans lui apporter un bouquet d'oeillets, ni sans demander à Miss Brush, la secrétaire de Lady Bruton, comment allait son frère en Afrique du Sud (197) (qui vivotait plutôt mal à Portsmouth – notons là encore l'ironie de VW). Lady Bruton préférait Richard Dalloway qui arrive tout de suite après. Celle-ci, arrière petite-fille de général et faite pour commander un régiment, l'a invité, ainsi que Richard, pour l'aider à rédiger une lettre ouverte sur un sujet - l'émigration des jeunes gens au Canada – qu'elle

n'indique qu'à la fin du repas.Lady Bruton [contraction de brute breton?] a la réputation de préférer la politique aux gens, d'avoir été mêlée à une intrigue dans les années 1880. Dans un coin de son salon, il y a une photographie et la plume du général Sir Talbot Moore qui avait rédigé un télégramme (200) ordonnant aux troupes britanniques de se poster en avant, Lady Bruton était là ce jour-là. Subitement, Lady Bruton les informe que Peter Walsh est en ville. La conversation du déjeuner évoque alors PW et chaque convive se souvient du passé connu de tous: PW amoureux, rejeté, parti aux Indes. Après avoir aidé à écrire la lettre, Richard invite lady Bruton à la soirée.



Lady Bruton seule, Richard avec Hugh (208 à 212)
Les invités partis, elle monte dans sa chambre et s'allonge sur le sofa. A moitié endormie, elle revoit les champs du Devonshire de son enfance (208) et, en pensant à ses amis qui viennent de la quitter, sombre peu à peu dans le sommeil.
Au même moment, Richard et Hugh regardent des bijoux dans une vitrine. Richard n'a pas envie d'entrer; il oublie Lady Bruton, l'émigration au Canada, la lettre au Times, saisi par l'inanité de la vie. Il prend congé de Whitbread, qui se conduit avec une «morgue» insupportable avec l'employé de la bijouterie, pour rejoindre Clarissa et lui direqu'il l'aime, «en un mot comme en cent» (l'expression revient à plusieurs reprises), en lui offrant des roses.

Richard pressé de rentrer chez lui; Clarissa est préoccupée (212 à 216)
Sur le chemin, il pense aussi à sa femme, à sa chance de l'avoir épousée, à son amour pour elle. Il s'insurge contre le système social et contre la société qui veut oublier la guerre, évoquant «ces milliers de pauvres types, avec en principe la vie devant eux, qu'on avait mis au trou et à qui on ne pensait déjà plus.» (213) Passant devant Buckingham Palace, il en moque l'architecture mais montre son attachement à la monarchie: «il aimait la continuité; et le sentiment de perpétuer les traditions du passé.Il avait vécu une grande époque.» (216) «Big Ben commençait à sonner: d'abord, l'avertissement, musical. Puis l'heure, irrévocable.».

Dans son salon, Clarissa entend elle aussi «le son musical» de la cloche. Elle est agacée par une lettre de Mrs Marsham qui veut qu'elle invite Ellie Henderson. «Pourquoi se sentirait-elle obligée d'inviter toutes les gourdes de Londres à ses soirées?» De quoi se mêle Mrs Marsham? Elle est aussi préoccupée par autre chose: Elizabeth est enfermée à dire des prières avec Doris Kilman (216). Il est déjà trois heures!

Richard et Clarissa (217 à 223)
Richard arrive avec un bouquet de fleurs à la main. Leur conversation roule sur ce qui s'est produit le jour-même: le déjeuner, la visite de Peter Walsh (Clarissa évoque l'émotion de la p.120). Richard n'arrive pas à se déclarer mais il tient la main de sa femme: «C'est ça, le bonheur, c'est ça, se dit-il.» (218). Suite de la conversation. Richard doit repartir à la Chambre pour une commission sur le sort des Arméniens ou des Albanais mais avant il veut dormir une heure: «C'était tout lui. Il continuerait à dire: «une heure de repos complet après le déjeuner» jusqu'à la fin des temps parce qu'un médecin avait un jour ordonné cela.»(219-220), c'était là son «adorable simplicité». Après le départ de son mari, clarissa justifie pour elle-même son amour des réceptions, que Richard comme Peter semblent lui reprocher: «ce qu'elle aimait, c'était tout simplement la vie» (221), «une offrande pour le simple plaisir d'offrir»(223), et c'était là son «don», son unique talent, que de penser aux autres, de les mettre en relation(222). Car par ailleurs elle reconnaît ses défauts et lacunes (223). «Malgré tout, qu'à un jour succède un autre jour; mercredi, jeudi, vendredi, samedi. Qu'on se réveille le matin; qu'on voie le ciel; qu'on se promène dans le parc; qu'on rencontre Hugh Whitbread; puis que soudain débarque Peter; puis ces roses; cela suffisait. Après cela, la mort était inconcevable... L'idée que cela doive finir; et que personne au monde ne saurait comment elle avait aimé cela; comment, à chaque instant...» (223) La porte s'ouvre, interrompant ses réflexions. Elizabeth entre sans faire de bruit. Avec son air oriental, elle ne ressemble en rien aux Dalloway. A dix-sept ans, elle a un esprit très sérieux (223).

VIII. ELIZABETH DALLOWAY ET DORIS KILMAN (de 15h à la fin de l'après-midi) (223 à 246).

Le cas Doris Kilman (223 à 230)
Sur le seuil attend Miss Kilman avec son éternel mackintosh (imperméable). A quarante ans, cette femme se sent humiliée par sa pauvreté et son physique ingrat. Selon elle, MrDalloway sait se montrer généreux mais sa femme est condescendante. Elle considère qu'elle n'a jamais été heureuse et puis, au moment où elle aurait pu avoir sa chance à l'école de Miss Dolby, il y avait eu la guerre (224). On l'avait renvoyée à cause de ses origines allemandes (Kiehlman). MrDalloway l'avait rencontrée alors qu'elle travaillait pour les Quakers. Il lui avait permis de donner des cours d'histoire à sa fille. Et puis, il y a deux ans et trois mois, elle avait entendu le sermon du Révérend Edward Whitaker et s'était convertie, était devenue une chrétienne fervente et zélée. Depuis elle n'enviait plus Mrs Dalloway, elle en avait pitié. (225) Ce point la rapproche de Sir Bradshaw: sous le nom de sens de la mesure pour l'un, de religion pour l'autre, chacun cherche à assurer sa supériorité sur autrui: Miss Killmann méprise Mrs Dalloway et aurait voulu soumettre son âme (226), Clarissa qui, de son côté, est scandalisée que cette femme lui ait pris sa fille. Miss Kilman et Elizabeth partent pour Army Navy Stores dans Victoria Street (227). A voir rapetisser le monstre, Clarissa se met à rire.
Clarissa se livre à quelques réflexions ironiques sur «l'amour et la religion». Elle ne cherche pas à convertir les gens; elle les prend comme ils sont. Par la fenêtre elle regarde la vieille dame d'en face qui rentre péniblement chez elle (228). L'amour est aussi destructeur comme en témoigne Peter Walsh. Big Ben sonne 15h30 alors que Clarissa continue d'observer la vieille dame dans son appartement (229). Ni Miss Kilman avec ses prières ni Peter avec sa passion n'ont résolu le mystère de la vie. Une autre horloge sonne deux minutes après Big Ben (230).

Doris Kilman et Elisabeth au magasin des Army Navy Stores (231 à 237)



Miss Kilman a de la rancune contre le monde entier, ce monde qui lui a infligé l'affront de ce corps ingrat qui l'a empêché de connaître l'amour, contre Mrs Dalloway qui l'a humiliée. Personne ne sait combien elle souffre «La connaissance vient par la souffrance, avait dit Whitaker». Au magasin, elle choisit un jupon avec hargne puis prend le thé avec Elizabeth, qu'elle abreuve de propos amers sur son existence. La jeune fille ne songe qu'à quitter sa préceptrice, qui se sent alors abandonnée.

Miss Kilman à l'abbaye de Westminster; Elizabeth s'offre une escapade (237 à 246) Miss Kilman ressent sa défaite. Quelqu'un la rattrape pour lui rendre son jupon (237). Elle va prier à Westminster Abbaye.



Elizabeth, elle, s'offre une escapade sur l'impériale d'un omnibus de Victoria Street (239). Le bus file vers Whitehall. Elle se sent libre. Elle évoque Miss Kilmann: le fait que cette dernière évoque sans cesse ses malheurs la rend difficile à supporter. Pour un penny de plus, elle décide d'aller jusqu'au Strand, au-delà des quartiers qu'elle fréquente habituellement. (241) Elle songe au métier qu'elle pourrait faire: médecin, fermière ou député. Elle réalise qu'elle doit rentrer. Elle fait quelques pas en direction de St Paul; elle n'ose pas s'aventurer dans les venelles. Les Dalloway ne viennent pas souvent dans le Strand (243). Avançant vers St Paul, elle entend des trompettes d'une manifestation de chômeurs, une musique militaire qui rythme leurs pas, une musique consolante. (244). Sa mère n'aimerait pas la voir toute seule dans les rues. Elle fait demi-tour et redescend le Strand. Un souffle de vent vient recouvrir le soleil d'un voile noir. Les perspectives changent (245). Calmement, elle monte dans l'omnibus de Westminster.


Le Strand

IX. LE SUICIDE DE SEPTIMUS WARREN SMITH (fin d'après-midi jusqu'à 18h) (246 à 261)

Un dernier moment de bonheur: le chapeau de Mrs Peters (246 à 258)
Comme précédemment Elizabeth, Septimus, allongé sur le sofa de son salon, est sensible aux variations de lumière qu'il interprète comme autant de signes. Son coeur lui dit: «Ne crains plus» (246), reprenant le vers de Cymbeline que Clarissa a lu p.70 puis qui a rythmé sa journée(p.97 et 111) par ces échos, Septimus et Clarissa, même s'ils ne se rencontrent pas, sont des jumeaux). Septimus est sûr que la Nature signale sa volonté de révéler sa signification.

Rezia fait un chapeau pour la fille de Mrs Filmer, qui attend un bébé (246). Elle évoque en pensée les délires de Septimus, les pages incompréhensibles qu'elle écrit sous sa dictée, ses visions de noyade, de musique, de chute au milieu des flammes (248), son hostilité envers le docteur Holmes. Brusquement, Septimus quitte ses pensées sombreset se met à plaisanter sur le chapeau. (250) Le couple se reforme, la normalité retrouvée fait qu'ils rient ensemble; mais les hallucinations reprennent dès qu'il se retrouve seul, sans que Rezia se rende immédiatement compte du changement. Leur conversation les ramène vers Sir William Bradshaw et Holmes. Il demande les pages qu'elle a écrites pour lui (256) et il lui demande de tout brûler. Rezia les attache avec un ruban de soie (257). Elle entend des voix en bas. Redouant le Dr Holmes, elle descend en courant pour l'empêcher de monter. (258)

L'arrivée fatale du Dr Holmes et le suicide de Septimus (258 à 261)
Mais Holmmes insiste et monte l'escalier. Pour lui échapper, échapper à la monstrueuse «nature humaine» que représente pour lui le docteur, Septimus songe à en finir: le couteau de Mrs Filmer? Le gaz? Il ne reste plus que la fenêtre. «Il ne voulait pas mourir. La vie était bonne; le soleil chaud.Seulement, les êtres humains: mais qu'est-ce qu'ils voulaient?» (259) Il se jette sur les grilles de la courette. «Le lâche!» crie le Dr Holmes. Mrs Filmer s'occupe de masquer la vue de Rezia et l'emmène dans sa chambre (259). Cavalcades dans l'escalier. Holmes annonce à Rezia que son mari est «horriblement mutilé». Pourquoi a-t-il fait cela? Rezia avale un breuvage sucré et alors que l'horloge sonne six heures, elle s'endort en croyant voir un drapeau (c'est le tablier de Mrs Filmer) comme à Venise et elle rêve à un rivage au bord de la mer (260). Le Dr Holmes demande qu'on la laisse dormir.

X. LE DÎNER DE PETER WALSH (de 18h au début de soirée) (261 à 281)

Les pensées de Peter Walsh qui rentre à son hôtel (261 à 272)
Peter Walsh entend le bruit d'une ambulance filant droit vers l'hôpital en transportant quelqu'un – le corps de Septimus (261). Il admire cette mobilisation de la société et le respect que tous manifestent à l'égard de ce véhicule, signes de la civilisation.

Cette sensibilité aura été sa perte dans la société anglo-indienne. Dans leur jeunesse, c'est ce qui l'unissait à Clarissa, comme lors d'escapade sur l'impériale des omnibus londoniens (lien avec Elizabeth et Septimus) où elle lui avait expliqué qu'elle se sentait présente partout et que pour se connaître, il fallait trouver les gens qui se complètent. Cela finissait par une théorie transcendantale selon laquelle la partie invisible de nous pourrait bien survivre pour aller s'attacher à une autre personne. Si l'on considérait leur amitié de trente ans, sa théorie tenait le coup (264). Elle avait eu plus d'influence sur lui que qui que ce soit d'autre. Il revoit toutes ces choses qui se sont passées à Bourton. Ils allaient toujours à pied en discutant de poésie, de politique pour déboucher à Bourton à la nuit tombante. Et puis le matin, elle allait et venait comme une bergeronnette. Il y a une lettre d'ellequi l'attend à son hôtel: «C'avait été divin de le voir. Il fallait qu'elle le lui dise» (266). Mais cette lettre le contrarie. Tandis qu'il se prépare pour le dîner, il réfléchit de nouveau à ce mariage avec Clarissa qui n'a pas eu lieu, à ce que les femmes aiment en lui, à Daisy, à ce qu'il fera quand il prendra sa retraite (lire et «écrire des livres) (271) Caractère et projets de Peter Walsh qui continue de se préparer. Il est temps d'aller dîner (272).

Le dîner et la discussion avec les Morris (273 à 275)
Son attitude au dînerlui vaut le respect des clients de l'hôtel(273). Il retrouve le vieux et le jeune Charles Morris, Mrs Morris et Miss Elaine au fumoir et ils engagent la conversation (sur les encombrements de Londres, l'exposition florale de Westminster, les études d'Elaine pour entrer dans l'entreprise familiale, la bourse du fils pour l'université de Leeds, les autres enfants à la maison, leurs deux automobiles…) (274). Ils se trouvent mutuellement fantastiques. Peter décide d'aller à la soirée de Clarissa pour interroger Richard sur les intentions des conservateurs en Inde et entendre les derniers potins (théâtre, musique, potins). (275).

Chaude soirée d'été (276 à 281)
La journée se mue en soirée; le jour se prolonge sous l'effet de l'heure d'été, récemment introduite en Angleterre (276) Peter se sent plus jeune que jamais, et sent chez les jeunes gens de subtils changements: «devinant, à quelques paroles d'une jeune fille, au rire d'une femme de chambre, des choses intangibles à quoi on ne saurait donner un nom, de subtils changements dans cette masse pyramidale qui, dans sa jeunesse, paraissait tellement immuable. Elle avait pesé sur eux, elle les avait écrasés, les femmes surtout [...]»(277). Il pense aux fleurs de tante Helena qu'il croit morte et qui avait perdu un oeil. Il achète le journal (277) et lit les résultats du match de cricket, comme l'avait fait Septimus lorsque la petite fille avait apporté le journal, avant son suicide; puis les commentaires sur la chaleur et une histoire de meurtre. «D'avoir les choses mille fois, cela les enrichissait, même si l'on pouvait dire que cela les mettait à nu. Le passé vous enrichissait, et l'expérience, et le fait d'avoir aimé une ou deux personnes, et d'avoir ainsi acquis un pouvoir qui manque aux jeunes gens, celui de savoir trancher, de faire ce qu'on a envie de faire, en se fichant pas mal de ce que les gens peuvent dire, de renoncer aux grandes espérances (il laissa son journal sur la table et partit), ce qui, toutefois (il reprit son chapeau et son manteau), n'était pas tout à fait vrai de lui, pas ce soir, car le voilà parti pour aller à une soirée, à son âge, avec la certitude qu'il allait connaître une expérience. Mais laquelle?» (278) Il se dirige vers Westminster pour la soirée, en observant la ville, la vie de la rue. Il faut maintenant que le corps se concentre au moment d'entrer dans la maison (280). Il ouvre la lame de son couteau.

XI. LA RECEPTION DE CLARISSA DALLOWAY, «HÔTESSE EXQUISE» (début de soirée jusqu'à 3h du matin) (281 à 321).

Les premiers invités (281 à 290)
Lucy fait une dernière inspection du salon pour voir si tout est prêt. Elle va se retirer maintenant que les gens ont fini de dîner et qu'ils vont monter. Le Premier Ministre doit venir, dit Agnes mais pour Mrs Walker au milieu de tous ses préparatifs ça ne change rien (281). Les dames sont en train de monter. Du salon, monte un éclat de rire, ce sont les messieurs qui se distraient maintenant que les dames ne sont plus là. Les premiers invités arrivent, accueillis par Mrs Parkinson, engagée en extra; Mrs Barnett, «qui était dans la famille depuis quarante ans», et qui se souvient des mères quand elles étaient jeunes filles, aide les dames dans le vestiaire. Mrs Barnet a une attention particulière pour Lady Lovejoy et Miss Alice. Elle se souvient d'elle quand elles venaient à Bourton (283). MrWilkins (lui aussi engagé en extra) annonce les autres invités: Sir John et Lady Needham, Miss Weld, MrWalsh. «Quelle joie de vous voir!» répète Clarissa à chacun, ce qui semble insincère à Peter. Elle a peur que sa soirée soit un fiasco et ressent le regard de Peter qui la juge (284). C'est fou que Peter la mette dans cet état! Elle envie la tendre complicité des Lexham, un vieux couple. Le regard admiratif d'Ellie Henderson, cousine éloignée et pauvre de Clarissa, décrit Elizabeth, les retrouvailles de PW et Richard (288): Ellie constate que les jeunes filles d'aujourd'hui ne s'habillent plus comme avant. Myope, elle n'a personne à qui parler mais elle préfère regarder. Richard vient la saluer (287). Mais déjà Peter Walsh entraîne Richard, Peter qu'Ellie ne reconnaît pas (alors que Richard vient de lui dire qu'il n'a «pas changé d'un poil». Clarissa est maintenant rassurée sur le succès de sa soirée. MrWilkins énumère les invités: Le Colonel et Mrs Garrod, MrHugh Whitbread, MrBowley, Mrs Hilbery, Lady Mary Maddox, MrQuin. Elle échange un mot avec chacun (288). A chaque fois qu'elle donne une soirée, elle a l'impression d'être autre chose qu'elle-même. Mrs Mount et Celia, Herbert Ainsty, Mrs Dakers et… Lady Bruton arrivent à leur tour. Et Lady Rosseter? Qui? A sa voix, Clarissa reconnaît Sally Seton, qui ne ressemble guère à l'amie dont la présence illuminait Bourton (289).Elles s'étreignent. De passage à Londres, elle a appris la nouvelle par Clara Haydon et a décidé de débarquer sans invitation. Sally lui dit qu'elle a cinq immenses gaillards. Ce narcissisme naïf enchante Clarissa. Mais hélas, Wilkins la réclame.

Un invité de marque: le Premier Ministre (290 à 294)
Le Premier Ministre arrive, fait le tour des invités avec Clarissa. Chacun sent la grandeur passer, quoique le Ministre ait l'air ordinaire, comme les passants au début du roman au passage de la voiture officielle. Puis il se retire dans un petit salon avec Lady Bruton. La rumeur de sa présence se répand. Peter ironise sur le snobisme des anglais puis il voit Hugh: il a blanchi et grossi. Il donne toujours l'impression d'être en service commandé et de se prendre au sérieux (291); pour Peter, sa bonté est une imposture (292). Le Premier Ministre et Lady Bruton ressortent du salon (une femme du XVIIIe siècle). Clarissa escorte le Premier Ministre à travers le salon dans sa robe vert argenté, qui fascine Peter: «Qu'elle était en train de jouer avec les vagues et de natter ses tresses: voilà l'impression qu'elle produisait, car elle avait toujours ce don, d'être, d'exister, de résumer l'ensemble de l'existence au moment où elle passait.» (293), «l'âge l'avait frôlée de son aile» mais pour lui donner plus de tendresse, réchauffer sa froideur.


Stanley Baldwin, Premier Ministre conservateur en 1923

Le Premier Ministre s'en va, Clarissa faisant preuve d'une «ineffable dignité; d'une cordialité exquise».

Mais au milieu de ses amis, Clarissa ressent soudain «la griserie du moment», et «dans ces instants de triomphe […] un sentiment de vide» (294)

Suite de la soirée (294 à 304)
Clarissa joue toutefois son rôle d'hôtesse, désamorçant les conflits, prodiguant à chacun un mot agréable, s'assurant que tous aient un interlocuteur. Elle rejoint un jeune couple: «elle adorait la jeunesse» et déplore qu'il ne soit pas possible de danser «car les jeunes gens ne savaient pas parler. Comment en aurait-il été autrement? Crier, s'étreindre, danser, être encore debout à l'aube; […] Mais les immenses ressources de la langue anglaise, le pouvoir qu'elle confère, après tout, de communiquer les sentiments (à leur âge, Peter et elle auraient passé la soirée à discuter), cela leur échappait.» (299) Elle les quitte pour s'occuper de sa vieille tante Helena Parry. A plus de quatre-vingts ans, elle est toujours là. On l'a installée dans un fauteuil et elle parle avec des gens qui ont connu la Birmanie aux alentours de 1870, l'Inde ou Ceylan ou de sa passion pour les orchidées (299). Clarissa invite Peter à parler avec elle (300); la vieille tante finit par se souvenir de lui. Lady Bruton se rapproche du groupe et discute de la situation de l'Inde (301).

Lady Rosseter (alias Sally Seton) observe Lady Bruton, Peter Walsh et Miss Parry et se souvient de ses frasques à Bourton. Elle attrape Clarissa par le bras mais celle-ci n'a pas le temps. Elle laisse Sally avec Peter. Sally a changé depuis cette époque où elle se promenait nue dans les couloirs, où elle avait volé un poulet dans le garde-manger, où elle fumait des cigares dans sa chambre. Tout le monde l'adorait sauf le père de Clarissa (303). Elle avait accusé Hugh Whitbread, celui-ci qui est, en ce moment, en train de parler avec l'Ambassadeur du Portugal, de l'avoir embrassée dans le fumoir pour la punir de sa position sur le droit de vote des femmes. Et elle avait épousé ce propriétaire de filatures de coton à Manchester! Peter et Sally parlent du passé: le jardin, les arbres, le vieux Breitkopf, le papier peint du salon.

Les Bradshaw et l'histoire du jeune homme qui s'et tué (304 à 308)
Mais Clarissa doit aller saluer les Bradshaw qu'elle n'aime pas (304). Ils sont en retard. Sir William parle avec Richard d'un projet de loi ayant à voir avec «les effets différés de la psychose traumatique de la guerre des tranchées» (306). Clarissa se dit qu'elle n'aimerait pas avoir affaire à lui en tant que médecin. Richard ne l'appréciait pas beaucoup non plus. Tous deux parlent En baissant la voix, Lady Bradshaw confie à Clarissa l'histoire d'un jeune homme qui s'est tué. Clarissa poursuit son chemin jusqu'au salon qui a accueilli le Premier Ministre. Il n'y a plus personne (306). Elle repense aux propos de Lady Bradshaw, d'abord indignée que l'on parle de la mort au milieu de cette soirée. «Mais pourquoi avait-il fait ça?» (307) Clarissa n'a jeté qu'une seule fois un shilling dans la serpentine, mais lui a joué son va-tout. Elle ressent ce qu'a été la mort du jeune homme: la volonté de préserver le centre mystérieux de l'être. «Eux (toute la journée elle avait pensé à Bourton, à Peter, à Sally), ils vieilliraient. Il y avait une chose qui comptait; une chose qui, dans sa vie à elle, se trouvait camouflée par les vains bavardages, déformée, obscurcie, une chose qui se perdait tous les jours dans la corruption, les mensonges, les vains bavardages. Lui l'avait préservée. La mort était un défi. La mort était un effort pour communiquer» (307). Ainsi la théorie transcendantale évoquée par Peter (p.264) se trouve-t-elle ici illustrée: une part invisible de Septimus se communique après sa mort à une inconnue, Clarissa elle-même. Une fois, elle s'était dit qu'en finir serait le bonheur suprême. Elle s'imagine que peut-être le jeune homme a voulu résister à l'empire de Bradshaw. Elle pense à la terreur, à l'impuissance qui nous accable. Si elle n'avait pas Richard pour se blottir… mais le jeune homme, lui, s'est tué. C'est un peu son échec à elle (308) Cette méditation sur la mort, sur l'existence la conduit à la fenêtre et, pour la première fois, la vieille dame d'en face la regarde dans les yeux (p.309). L'horloge sonne trois heures et lui répète: «Ne crains pas»

Clarissa, Peter, Sally, Richard, Elizabeth (309 à 321)
Le jeune homme s'est tué et la vieille dame a maintenant éteint sa lumière. Elle se sent proche de ce jeune inconnu, contente qu'il ait accompli son geste. Il faut qu'elle aille rejoindre Sally et Peter. Pendant ce temps, ceux-ci se demandent où elle est passée. Souvenirs communs de Sally et Peter… au milieu des choux fleurs, cette affreuse nuit près de la fontaine où il devait prendre le train de minuit, la scène ridicule à propos de «Wickham» (311). Depuis, elle n'a revu Clarissa qu'une demi-douzaine de fois et Peter est parti en Inde d'où il n'a pas écrit. Ils évoquent passé et présent, échangent des nouvelles de leurs vies. Sally réfléchit sur les liens entre les êtres comme l'avait fait Peter dans la section précédente. Hugh Whitbread passe. Peter se moque de lui et évoque le baiser du fumoir, que Sally confirme. Elle lui demande s'il a des enfants. Non (314). Le dialogue des deux personnages récapitule le passé commun, passé que partage le lecteur. Sa lly «évoque le côté snob de Clarissa, puis son «coeur pur». Sally dit qu'elle est heureuse mais ne sait pas ce qu'il en est pour les autres (318). Elle préfère souvent ses plantes aux humains. Peter lui, préfère les gens. Peter a cinquante-deux ans, Sally cinquante-cinq mais elle se sent jeune (319). Elle n'a pas perdu le pouvoir de ressentir. Peter voudrait lui parler de Daisy. La soirée titre à sa fin. Mais qu'est-ce qui peut bien remplir Peter de ce sentiment d'exaltation?

«C'est Clarissa, dit-il.

Et justement, elle était là.»



  



Vous aimez cet article ?
Partagez-le sur


 Réponse N°1 33416

!!!
  Par   chaoui zakaria  (CSle 17-01-14 à 19:26



svp quelles sont les axes principales du temps vécu ?





InfoIdentification nécessaire
Identification bloquée par
adblock plus
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié


confidentialite Google +