Cpge - espace : dissertation (l'omniprésence médiatique)

 Par Ahmed BISSIOUAK  (?)  [msg envoyés : 1le 15-01-14 à 15:38  Lu :2280 fois
     
  
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Dissertation

Sujet: l'omniprésence médiatique

Introduction:

Aujourd'hui que la technologie réalise des progrès considérables, les médiats sont devenus omniprésents. Cet attribut habituellement réservé à Dieu - au même titre que les deux autres qualificatifs absolus de l'omniscience et de l'omnipotence – traduit l'idée de la capacité à être présent partout et en toute heure. L'adjectif «médiatique» est dérivé de «média» qui renvoie, au sens propre, à tout élément reliant deux parties déterminées. Dans le contexte, il désigne les moyens d'information permettant de transmettre et / ou d'échanger des messages écrits, sonores ou audiovisuels. Ce qui suppose que l'homme peut accéder indirectement à tout espace: les médias sont donc censés lui assurer l'ubiquité. En revanche, en tant que mortel, l'homme a, à tout prendre, un accès limité à l'espace; il ne peut tout simplement pas être partout à tout moment, c'est une évidence. Comment doit-on donc considérer l'omniprésence médiatique? Si les médias ont conquis tout l'espace, l'homme ne peut pas être physiquement partout. On se demande alors dans quelle mesure l'omniprésence médiatique est possible. Pour répondre à cette question, on verra que même si les médias garantissent une forme d'omniprésence, ils privent de l'expérience du réel. On montrera par conséquent que l'homme doit renoncer à la prétention de l'omniprésence.

Il est indéniable que les médias garantissent une forme d'omniprésence.

En effet, les médias sont de nos jours partout; aucun espace n'est plus à présent épargné. Que cet espace soit public ou privé, il est investi de ces appareils susceptibles de s'adapter, car prodigieusement souples et extrêmement malléables. Devenant de plus en plus petits, ils s'immiscent progressivement dans nos espaces de vie; le processus de miniaturisation s'accélère et avec lui s'accentue l'hégémonie des médias. Le progrès technique se mesure, entre autres, par la facilité d'usages et par la portabilité des moyens d'information et de communication: les téléphones portables se perfectionnent ainsi par exemple et tendent à la fois à remplacer d'autres machines plus encombrantes et à être toujours plus pratiques et surtout indispensables.

De la sorte, les médias permettent d'«être» partout; l'omniprésence des moyens d'information devient par extension celle de l'homme. Cela s'explique par leur aptitude de rendre compte de tout ce qui se passe sur la planète: que l'événement soit politique, économique, social, sportif, ludique ou autre, les médias le transmettent et le font vivre presque tel qu'il est. Toutes les facettes du réel sont constamment rapportées de toutes les contrées du monde et diffusées dans toutes les régions de la planète. Les univers du passé lointain et même ceux du futur sont explorable via les médias. L'individu se sent par conséquent non seulement informé de tout, mais il développe une sorte de conscience d'ubiquité largement légitimée par la l'actuelle profusion des stations et des chaînes spécialisées qui multiplient les visions et diversifient les points de vue. Jamais les hommes n'ont été aussi proches de l'omniprésence!

L'omniprésence médiatique est donc un fait; on peut grâce aux moyens d'information partout présents naviguer dans le monde à loisir. Il faut néanmoins admettre qu'ils nous privent de l'expérience du réel.

D'une part, l'individu qui se retrouve à la merci de la vérité médiatique est condamné à la passivité physique et morale. Aussi, physiquement, l'on se retrouve cantonné dans un seul espace sans envie ni motivation pour le déplacement; pourquoi se déplacer alors qu'on peut être partout sans mouvoir? Si dans le passé il était nécessaire de voyager pour découvrir le monde, cette nécessité n'est plus aujourd'hui. De même, moralement, on devient graduellement passif: la sensibilité s'émousse petit à petit lorsqu'on assiste indirectement à ce qui se passe autour de nous; les émotions que nous éprouvons dans la réalité disparaissent en l'absence de l'immédiateté du rapport avec l'espace. Les paysages agréables ou désagréables ne nous touchent plus que très superficiellement et de façon éphémère. Le pire c'est que même touchés plus rien ne fait réagir les humains pour une cause ou contre une injustice. C'est à rapprocher de l'état des prisonniers de la Caverne de Platon qui prennent les ombres de la paroi devant laquelle ils sont assis pour des objets réels. Dans l'Odyssée d'Homère, Ulysse ne change que parce qu'il fait l'expérience du voyage et que - malgré les souffrances – parce qu'il apprend en parcourant l'espace réel.

D'autre part, l'espèce humaine tout entière est menacée dans sa survie; ce ne sont pas seulement les sentiments qui sont mortifiés; c'est la vie des hommes elle-même qui est désormais en jeu. N'est-ce pas en effet mourir que de perdre tout contact direct et immédiat avec l'espace? À vrai dire, le déplacement est l'un des principaux indices de la vie; par contre, l'immobilité à laquelle les médias réduisent l'individu est à bien des égards l'équivalent de la mort: d'un côté, ils rétrécissent remarquablement l'étendue du mouvement humain; d'un autre côté, ils abrutissent la sensibilité. Par ailleurs, les moyens d'information tendent à remplacer la vie réelle - et la seule vraie – par la grande capacité qu'ils ont de créer l'illusion de la vie. Élisée Reclus recommande ainsi dans Du sentiment de la Nature dans les sociétés modernes de «contre-balancer à tout prix par la vue des grandes scènes de la terre la vulgarité de tant de choses laides et médiocres où les esprits étroits voient le témoignage de la civilisation moderne.». Pour mettre davantage l'accent sur l'urgence de ce retour au contact immédiat avec la nature, elle précise: «c'est en [...] ramenant [les jeunes générations] vers la nature et en les mettant aux prises avec elle que les sociétés modernes peuvent s'assurer contre toute décadence par la régénération de la race elle-même.».

L'ubiquité assurée à l'homme par les médias n'est par conséquent à tout prendre qu'une illusion. Il semble ainsi plus humain de renoncer à la prétention de l'omniprésence.

Il faut admettre que l'être humain est naturellement incapable d'être omniprésent. Il va sans dire effectivement que cette ambition est irréalisable. Étant donné que c'est une qualité exclusivement divine, elle demeure impossible à acquérir pour l'homme. Il est vrai que les médias ''rapprochent les distances'' et qu'ils rendent pour ainsi dire tout présent, si bien que le monde est devenu ''un petit village'' etc., mais il ne faut pas s'illusionner et oublier que ce ne sont là que des usages imagés de la langue qui tentent de traduire et en même temps de célébrer- souvent exagérément- les bienfaits de la technologie. Croire, en revanche, à la possibilité de l'omniprésence, c'est volontairement sortir du cadre de la réalité consciente pour s'engager dans un univers fantasmagorique; les efforts des hommes peuvent, et doivent, être bien mieux employés. C'est pour cette raison qu'Edgar Morin reproche aux mortels leur démesure qui ignore la faiblesse et la fragilité naturelles de l'homme: « Maîtriser la nature? L'homme est encore incapable de contrôler sa propre nature, dont la folie le pousse à maîtriser la nature en perdant la maîtrise de lui-même. Maîtriser le monde? Mais il n'est qu'un microbe dans le gigantesque et énigmatique cosmos.».

Aussi, au lieu de rechercher l'omniprésence, il faut apprendre à être présent. Ce qui revient à dire qu'il faut rester au niveau de sa condition de mortel spatialement limité. Seule cette prise de conscience permettra de se rapprocher autant que faire se peut de la divinité. Puisque l'omniprésence nécessite l'expansion – voire la dispersion – horizontale, il faut y renoncer et s'appliquer à la présence approfondie et intense. Les médias doivent ainsi être autrement appréhendés: loin de hausser l'homme au niveau de l'omniprésence, ils le dérobent à lui-même, selon une formule de Montaigne; en multipliant et en élargissant les espaces «accessibles», ces intermédiaires déconcentrent l'être humain et affaiblissent son rapport avec l'espace. Lorsque, au contraire, on se rend compte de cette réalité, on reprend le contrôle de sa vie, on redonne aux médias leur juste valeur: de simples moyens pour prendre un contact relatif avec les espaces dans lesquels on ne pas être. Claire De Brabander critique par exemple le rôle aliénant de la télévision qui «met un écran, tant physique que mental, entre nous et la réalité.[...]
La réalité servie sur un écran nous distancie de notre propre potentiel d'action et de changement, elle nous trompe, et nous assigne de garder les fesses collées au fauteuil.»

On rappellera pour conclure que l'omniprésence médiatique n'est qu'un faux-semblant; ses avantages ne sauraient racheter ce qu'elle met en péril: qu'est-ce qui peut compenser l'absence de l'expérience réelle et de la saisie physique de l'espace? Loin de permettre à l'homme d'être partout en toute heure, les médias ne font, malgré les apparences, que l'enfermer davantage. Autrement dit, les moyens d'information et de communication sont plutôt un facteur d'isolement et d'aliénation. Cela devrait pousser les hommes à renoncer au rêve irréalisable de l'omniprésence; ils se doivent de conserver leur intégrité et ne faire à son sujet aucune concession. S'il est ainsi impossible d'accéder à l'ubiquité, il faut s'attacher à l'espace de manière immanente, vivre ici et maintenant (hic et nunc) pour accomplir en profondeur ce qui est impossible en étendue. Si l'homme ne peut pas être Dieu, il doit réapprendre à être homme et à vivre l'espace de tout son être.

Ahmed BISSIOUAK



  



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 Réponse N°1 33409

" il doit réapprendre à être homme et à vivre l'espace de tout son être."
  Par   azhar asmaa  (CSle 16-01-14 à 19:46



mais la question à poser devant ce foisonnement ''médiatique" : peut on nous isoler de ces moyens ... nous en éloigner...? je ne parle pas de toute la société mais un choix individuel, ce serait comme le personnage du film "the wild" qui a choisi de couper les ponts pas seulement avec sa famille mais avec tout aspect qui reflète la modernité en se débarrassant pour commencer de ce qui l'attache à la vie sociale: papiers, argents!! tout ce qui est une fabrication ou une création humaine, et puis bien sur de la loi.... mon objectif n'est pas de composer un synopsis mais le point est que l'être humain, social par sa nature, doit s’accommoder aux changements de son milieu, la modernité s'introduit en douceur, aujourd'hui même nos grand parents ne peuvent se priver du téléphone portable (peut être pas TACTILE, mais ce qui fait l'affaire!)

un document merveilleusement élaboré. merci





 Réponse N°2 33501

Enfin, vous êtes là!
  Par   berbara abderrezak  (Profle 30-01-14 à 21:11



Bonsoir Si Ahmed,

Enfin on finit par vous lire, on n'a pas pu vous entendre depuis belle lurette mais grâce à Maroagreg, on a finit par vous retrouver, Mes félicitations pour votre analyse, comme on avait l'habitude de vous connaitre! Si tu passes par Agadir, on est toujours là, ne l'oublie pas, rappelons nous le bon vieux temps à Meknès...

fraternellement.





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