Cpge-dissertation injustice et dérèglement des hommes

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2166le 15-02-12 à 17:35  Lu :1867 fois
   
  
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Sujet de dissertation:


«Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes (…) cette loi serait ridicule et injuste; mais parce qu'ils le sont et le seront toujours, elle devient raisonnable et juste.»

Pascal, Pensées, n°320, pp.152-153


Éléments d'analyse du sujet:


Les points de suspension remplacent un exemple concret qui peut s'avérer utile pour une bonne compréhension du sujet. Pascal y évoque l'absurdité du droit d'aînesse qui attribue systématiquement l'héritage et la succession à l'aîné indépendamment de son habilité, de ses aptitudes et de sa capacité de gouverner. Dans une comparaison didactique, il se demande si on fierait la responsabilité grave de gouverner un bateau à un homme qui appartient à une bonne famille ou plutôt à un habile commandant qui maîtrise la science de la navigation. Dans la société, la loi qui consiste à léguer le règne à l'aîné est acceptée, comme «raisonnable et juste» alors qu'elle repose sur l'arbitraire. Ce serait raisonnable et logique d'attribuer cette responsabilité au plus méritant, le mérite étant un principe raisonnable et un critère logique, contrairement au sang qui est un critère absurde.


La citation, telle qu'elle est proposée, se compose de deux parties séparées par les points de suspension:

I - la première section de l'affirmation se présente sous forme d'un constat général. Le ton est catégorique comme le montre l'utilisation des articles définis et des superlatifs.


Le constat est surprenant:

Le plus déraisonnable -----------devient----------- > Le plus raisonnable

Cause unique: le dérèglement des hommes


Cette inversion extrême qui met le monde à l'envers et transforme toutes les choses du monde, en leur contraire, cet extrême dérèglement de l'ordre naturel fait que

La Raison devient Non raison (folie)

L'injuste devient Le juste

ce qui est logique devient illogique

ce qui est (coutume) devient ce qui doit être (ordre naturel)


Selon Pascal, ce dérèglement extrême du monde trouve son origine dans le dérèglement extrême de l'homme lui-même. Conclusion: l'homme est le seul responsable du règne de l'injustice. Il n'a que le monde qu'il mérite. Les choses du monde sont déréglées à son image.


Il est nécessaire ici de s'attarder sur le verbe devenir qui introduit une dimension historique qui montre que le dérèglement du monde n'est pas immanent (ne fait pas partie de la nature de ce monde) mais contingent et accidentel. L'homme est l'agent responsable de cette transition. Le verbe devenir implique plusieurs présupposés:

1- les choses du monde n'étaient pas déréglées au départ

2- le dérèglement n'est pas inné mais acquis


cela veut dire que Dieu a crée les choses du monde, y compris l'homme, dans les meilleures dispositions, mais, à cause du dérèglement des hommes, ces choses ont perdu leur pureté et leur harmonie. L'homme est donc responsable de l'injustice, de la dégénérescence qui a perverti l'ordre naturel du monde.


Le terme-clé central dans cette citation est sans doute le mot dérèglement.

Tout d'abord, on peut comprendre ce mot en se référant à d'autres pensées de Pascal lui-même:

«Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature.» Pensées, VI, 383


  • Dans cette pensée, on voit bien que le mot dérèglement prend une signification morale: il est synonyme de désordre moral, mais aussi la condition de celui qui s'est éloigné de l'état de nature, de la pureté d'origine (le péché originel), et par conséquent, dans le système de pensée pascalien, désigne l'éloignement de Dieu, de l'Harmonie. Le dérèglement désigne la misère de l'homme sans Dieu.

  • Le mot dérèglement évoque aussi un mécanisme qui fonctionnait parfaitement selon les règles de son créateur, mais l'intervention d'un agent extérieur (l'homme) a entraîné un écart par rapport à ces réglages d'usine, et donc un mauvais fonctionnement.

  • Par extension, le dérèglement désigne les conséquences: le détraquement, la folie, l'excès, le déséquilibre, la démesure d'un monde qui a perdu l'harmonie et le bon sens. Nous retrouvons ainsi la connotation morale du terme: le dérèglement désigne alors le fait de s'écarter des règles de la morale, de l'équilibre et de la mesure. Il est alors synonyme de vice, de débauche et de perversion.

Récapitulons: Qu'est-ce qu'un homme déréglé alors?


a- C'est celui qui s'est éloigné des dispositions naturelles, qui a troqué le naturel contre des dispositions culturelles artificielles fondées sur l'intérêt et la coutume.

b- s'éloigner du naturel, c'est aussi s'éloigner du divin, des réglages d'origine, seuls capables d'assurer un fonctionnement optimal du monde. On a donc substitué à l'ordre initial le désordre de l'homme qui est gouverné par l'erreur (imagination, amour-propre, l'intérêt, les passions aveuglantes, etc.)

c- L'état de dérèglement est le résultat d'une subversion, du vice. Il est donc le contraire de la vertu. La vertu comme harmonie et juste mesure est elle-même contraire à la démesure, à l'excès et au déséquilibre.

d- Le dérèglement des hommes (la folie, le désordre et l'éloignement de l'état de nature) occasionne la perte de leur humanité, voire un ravalement au plus bas du classement des créatures, car l'homme a non seulement perdu la raison (altération du jugement) (ce qui le distingue des autres créatures) mais il a aussi perdu l'harmonie naturelle qui l'aurait rapproché de ces mêmes créatures. Le dérèglement donne naissance à une monstruosité.

e- Dans cette même perspective, l'injustice apparaît comme le résultat principal du dérèglement des hommes. Elle est même synonyme de ce dérèglement, car l'injustice entraîne l'injustice. L'injustice met le monde à l'envers et transforme ce qui est déraisonnable (qui s'écarte de la raison, du bon sens, mais aussi l'arbitraire qui n'a aucune raison d'être) en raisonnable, donnant naissance à un monde absurde et fou.


II- la deuxième section de la citation est un explicitation de la première. Elle apporte un exemple concret (notamment celui du droit d'aînesse) qui conforte le constat du départ.

Les hommes étant déréglés, ils acceptent sans aucune contestation une loi injuste et déraisonnable (le droit d'aînesse) et la considèrent comme loi juste et raisonnable. Ce qui est valable pour cette loi ridicule (absurde), l'est aussi pour toutes les lois produites par le même dérèglement. On peut souligner l'emploi du conditionnel (serait) à valeur de concession. La logique et la raison soutiendraient que cette loi est absurde, pourtant les hommes, aveuglés et déréglés la considéreraient comme loi juste et acceptable.

  • Toujours dans la deuxième section de la citation, on note l'idée très pessimiste que Pascal a des hommes dont le dérèglement est définitif, irréversible, comme le montre le ton catégorique: «ils le sont et le seront toujours». le péché originel, la faute ont définitivement subverti l'homme qui se trouve condamné à vivre dans un monde qui est à son image: un monde déréglé où la justice devient une vertu inaccessible et utopique. La condition humaine est irréversiblement marquée par l'erreur

  • Est-ce à dire que pour Pascal il n'existe aucune issue pour retrouver la justice, la pureté d'origine? (idée pour un dépassement !)

Problématique possible:

Dans quelle mesure la quête de l'harmonie originelle et le rétablissement de la raison permettraient de rétablir la justice, victime inévitable du dérèglement humain?


Planpossible :


1- il serait évident de vérifier dans la première partie, à travers les oeuvres programmées, le constat pessimiste de Pascal, celui d'un monde à l'envers, d'une société humaine régie par des lois absurdes.


2- Ensuite, on peut vérifier le postulat principal du propos de Pascal, à savoir qu'à l'origine de ce mauvais fonctionnement, du désordre social et moral se trouve le désordre et le dérèglement de l'homme lui-même.


3- comme dépassement, on peut avancer que si le dérèglement de l'homme est la cause principale de tous les travers (notamment le règne de l'injustice), la solution ne serait-elle pas une quête de l'harmonie perdue et le rétablissement de l'ordre d'origine?


  



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