Commentaire littéraire

 Par NAOUFI SAMIR  (?)  [msg envoyés : 33le 30-08-10 à 00:23  Lu :3212 fois
     
  
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Naoufi Samir
Collège Bir Anzarane / Ifrane Atlas Saghir bouizakarne.
Commentaire composé ( Le Père Goriot)
Les deux prêtres, l’enfant de choeur et le bedeau vinrent et donnèrent tout ce qu’on peut avoir pour
soixante-dix francs dans une époque où la religion n’est pas assez riche pour prier gratis. Les gens du
clergé chantèrent un psaume, le Libera, le De profundis. Le service dura vingt minutes. Il n’y avait
qu’une seule voiture de deuil pour un prêtre et un enfant de choeur qui consentirent à recevoir avec
eux Eugène et Christophe.
— Il n’y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite, afin de ne pas nous attarder, il est cinq
heures et demie.
Cependant, au moment où le corps fut placé dans le corbillard, deux voitures armoriées, mais vides,
celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen, se présentèrent et suivirent le convoi
jusqu’au Père-Lachaise. A six heures, le corps du père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de
laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte
prière due au bonhomme pour l’argent de l’étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques
pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l’un d’eux, s’adressant à Rastignac,
lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n’y trouva rien, il fut forcé d’emprunter
vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d’horrible
tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa
dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d’un coeur pur, une de
ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras,
contempla les nuages, et, le voyant ainsi, Christophe le quitta.
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le
long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque
avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde
dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par
avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses: "A nous deux maintenant!"
Et pour premier acte du défi qu’il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen.
Saché, septembre 1834
(Le Père Goriot, Honoré de Balzac)
La peinture des mœurs de l’époque a été toujours le support privilégié pour l’écriture romanesque réaliste du dix- neuvième siècle. Le romancier de l’époque part, en effet, de son propre vécu pour mettre sur scène une trame romanesque dont il est le témoin oculaire. Cette vision de la production romanesque a été l’apanage des tenants des courants réalistes. Ainsi, notre étude de l’extrait de la dernière page du roman le père Goriot de Balzac publié en 1834 sera une occasion d’explorer l’extrait dans sa totalité et d’en relever les enjeux.
Pour mieux situer l’extrait, il est primordial de signaler que le narrateur a déjà annoncé l’agonie du vieux Goriot, une agonie marquée du sceau de la solitude surtout quand on s’aperçoit que tout le monde l’a abandonné pendant ce moment crucial de sa vie à l’exclusion de l’étudiant Rastignac qui était pour lui son unique support psychologique. Après sa mort, ce qui constitue les topos de l’extrait en étude, seuls Rastignac et les serviteurs de ses filles ont assisté aux brèves cérémonies funéraires du mort.
Cet extrait, formant l’excipit de l’œuvre, nous permettra de mieux saisir la personnalité de Rastignac dans son état final et de mieux comprendre les moralités que véhiculait le roman.
La lecture analytique de l’extrait permet de constater que ce fragment de texte est le lieu de rencontre des thèmes importants : l’abandon, la contrainte d’argent et l’ambition. En effet, la cérémonie funèbre revêt un caractère brève sous prétexte qu’il n’existe pas assez d’argent pour organiser une cérémonie se hissant au rang de l’enterré.
« …donnèrent tout ce qu’on peut avoir pour dix francs dans une époque où la religion n’est pas assez riche pour prier gratis »
Même les gens d’église ne sont pas prêts à propager leurs prières gratuitement étant donné que la qualité de leur service est en fonction du prix payé. Cette remarque attristant le lecteur et causant un déchirement inguérissable au protagoniste sera probablement l’une des raisons qui pousseront Rastignac à changer de peau pour adopter une attitude qui ne va point de pair avec celle de celui qu’il considère jusqu’au jour de son enterrement son père spirituel. Ce point qui sera développé dans les paragraphes à venir.
L’appauvrissement matériel caractérisant la cérémonie est doublé d’un autre de nature morale voire sociale exhibé par le manque de Suite selon les propres termes du prêtre.
« Il n’y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite »
« deux voitures armoriées, mais vides, celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen »
L’abandon du vieux se manifeste aussi bien dans ses jours de vie que dans le moment de son enterrement. Même les filles pour lesquelles il a tout consacré n’ont prit la peine de l’accompagner dans son ultime jour sur la terre. Cette situation a frappé dur le cœur d’Eugène pour qui l’entraide et la morale sont monnaie courante pour le genre humain.
A étudier la totalité du roman, l’on peut déduire que l’auteur expose une certaine satire social qui va jusqu’à l’ironie. Goriot, dans ses moments d’opulence et de richesse ne cesse de se soucier du destin de ses filles ; il s’use santé et argent pour se retrouver en fin seul face à deux hommes d’église et un jeune étudiant en constante mutation morale. Ses filles ne veulent plus le voir même enfermé dans son cercueil entouré du seul linceul. Par cette scène, Balzac attire l’attention du lecteur sur l’importance de l’entraide et les corollaires de l’abandon car logiquement quiconque parmi nous est censé devant passer par cette phase de l’enterrement. En d’autres termes, c’est une manière pour Balzac de faire interroger le lecteur potentiel sur la perversité du monde et la souffrance pesante de la solitude.
Aucun n’est sensible au drame du décédé, même les deux fossoyeurs réclament leur pourboire ce qui pousse Rastignac à l’emprunter à Christophe.
A mieux étudier l’extrait l’on comprendrait que l’intérêt personnel prime sur le besoin des autres. Tout concourt à son repos et son bien être. Le prêtre précipite, les chauffeurs aussi. Les fossoyeurs saisissent l’occasion pour récolter quelques sous. Seul Rastignac pense au vieux mais jusqu’à quand.
Une horrible tristesse submergea ce dernier suite aux événements et surtout face à l’attitude de la foule face à un corps qui a rendu ses derniers souffles après avoir passé de longues années de sacrifice et d’’amour paternel. Ces événements ne sont-ils pas à même de transformer un certain Rastignac ?
« Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d’horrible tristesse »
Après le départ de tous, l’étudiant ne cesse de verser d’incessantes larmes sur la tombe de son favori, ce qui coïncide avec le début du départ de la lumière du soleil. Les éléments de la nature annoncent toujours chez les romanciers réalistes les états d’âme des personnages.
En effet, la mort de Goriot, et la tombée de la nuit annoncent également la mort d’un personnage, celle de Rastignac le crédule et le prude. Ces tristes événements ont pu certainement métamorphoser le protagoniste. Les préceptes de Goriot qu’il a tant appliqués à la lettre sont également dissipés avec l’enterrement de leur auteur. Et là l’on assiste à une autre nouvelle situation annoncée par ce mot qui sonne lourd sur l’oreille de l’auteur et qui est chargé de connotations.
« Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses: "A nous deux maintenant! »
Après avoir bien pleuré puis contemplé le cimetière Eugène de Rastignac a compris enfin les conseils d’un Vautrin. Il a mis fin à son engagement avec le vieux une fois décédé pour signer un autre contrat avec les préceptes de Vautrin. Une décision qui est bien la soupape de son propre expérience. Un contrat marqué à l’effigie de l’ambition et de l’arrivisme. Cette fois-ci il est bien résolu de conquérir Paris ou plutôt le monde de la haute société. Car il a compris l’utilité de l’argent dans une société capitaliste qui ne reconnait point la bonté et l’honnêteté, il lance le défi de s’approprier une fortune en moyennant les sentiments. Cette fois il est bien décidé de suivre les traces d’un être qu’il a tant critiqué à savoir Vautrin.
« Et pour premier acte du défi qu’il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen »
Cette phrase fait montre de Rastignac est un homme d’acte. Une fois métamorphosé il ne perde pas le temps en décidant de rencontrer Nucingen qu’il appelle bien par son nom d’époux pour faire allusion à son mari le banquier. Un rendez-vous qui n’est pas d’amour mais de conquête pour la fortune. Ce qui l’intéresse n’est plus la femme mais l’argent de son mari.
L’auteur de l’œuvre met en exergue à travers cet extrait, la fragilité des sentiments humains et la versatilité des valeurs des hommes. La propre expérience du mentor de Rastignac a poussé celui-ci à changer de peu quoique aux dépens des consignes de son maître. Le choc émotionnel engendré par une société aveugle est capable de transformer les cœurs les plus tendres et les plus strictes. Rastignc est victime de la misère du sort du vieux Goriot. Celui là qui ferait d’autres victimes dans un système d’engrenage infaillible.
L’attitude de Rastignac peut également se lire comme étant une volonté de se venger des personnes qui ont causé la misère et l’abandon de sont meilleur ami à commencer par ses filles.et cela peut nous pousser à se demander si cet acte ne constitue pas lui-même une injustice commise par le héros contre son maître. Certes paris parait comme objet de désir mais qui sera spolié au biais de la misère des filles que le Goriot aime follement. Rastignac en choisissant cette voie ferait d’une pierre plusieurs oiseaux mais au détriment de ses principes et de la joie d’un vieux que sa voix ne cesse de raisonner encore plus loin. Rastignac s’enrichira mais en trahissant ses principes, ceux de son maître mais aussi et surtout le plein souhait du vieux de voir ses filles sans soucis.
Ce commentaire qui ne prétend à l’exhaustivité nous a permis de constater que l’extrait étudié englobe en lui-même les thèmes majeurs de l’œuvre : les contraintes matérielles, l’abandon, et l’arrivisme.
Cette étude a été également l’occasion de découvrir que le passage annonce la naissance d’une autre âme par la mort de l’autre : la mort du vieux annonce la disparition des principes et la conquête de l’argent incarnées par l’état final de Rastignac lui-même victime d’un moment de faiblesse et d’une tristesse affligeante causée par l’état du vieux abandonné par ses filles. Mais l’ironie qui est également une composante importante de l’œuvre s’est manifestée par l’exploitation de la fille de l’enterré par Vautrin pour ces fins ambitieuses.
Naoufi Samir
Collège Bir Anzarane /Ifrane Atlas Saghir. Bouizakarne.

  



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