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Commentaire composé : lettre 2 des liaisons dangereuses de laclos Par Véronique () [msg envoyés : 1] le 14-12-08 à 21:53 Lu :9779 fois Partagez ce message sur : |
Je dois faire le commentaire composé de la lettre 2 des Liaisons dangereuses de Laclos. J'ai besoin de quelques pistes.
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Réponse N°1 557 voici quelques pistes Par marocagreg (Admin) le 14-12-08 à 22:23
LETTRE II
LA MARQUISE DE MERTEUIL AU VICOMTE DE VALMONT
AU CHATEAU DE ...
Revenez, mon cher Vicomte, revenez: que faites-vous, que pouvez-vous faire chez une vieille tante dont tous les biens vous sont substitués? Partez sur-le- champ; j'ai besoin de vous. Il m'est venu une excellente idée, et je veux bien vous en confier l'exécution. Ce peu de mots devrait suffire; et, trop honoré de mon choix, vous devriez venir, avec empressement, prendre mes ordres à genoux: mais vous abusez de mes bontés, même depuis que vous n'en usez plus; et dans l'alternative d'une haine éternelle ou d'une excessive indulgence, votre bonheur veut que ma bonté l'emporte. Je veux donc bien vous instruire de mes projets: mais jurez-moi qu'en fidèle Chevalier vous ne courrez aucune aventure que vous n'ayez mis celle-ci à fin. Elle est digne d'un Héros: vous servirez l'Amour et la vengeance; ce sera enfin une rouerie (1) de plus à mettre dans vos Mémoires: oui, dans vos Mémoires, car je veux qu'ils soient imprimés un jour, et je me charge de les écrire. Mais laissons cela, et revenons à ce qui m'occupe.
Madame de Volanges marie sa fille: c'est encore un secret; mais elle m'en a fait part hier. Et qui croyez-vous qu'elle ait choisi pour gendre? Le Comte de Gercourt. Qui m'aurait dit que je deviendrais la cousine de Gercourt? J'en suis dans une fureur! Eh bien! vous ne devinez pas encore? oh! l'esprit lourd! Lui avez-vous donc pardonné l'aventure de l'Intendante? Et moi, n'ai-je pas encore plus à me plaindre de lui, monstre que vous êtes?(2) Mais je m'apaise, et l'espoir de me venger rassérène mon âme.
Vous avez été ennuyé cent fois, ainsi que moi, de l'importance que met Gercourt à la femme qu'il aura, et de la sotte présomption qui lui fait croire qu'il évitera le sort inévitable. Vous connaissez sa ridicule prévention pour les éducations cloîtrées, et son préjugé, plus ridicule encore, en faveur de la retenue des blondes. En effet, je gagerais que, malgré les soixante mille livres de rente de la petite Volanges, il n'aurait jamais fait ce mariage, si elle eût été brune, ou si elle n'eût pas été au Couvent. Prouvons-lui donc qu'il n'est qu'un sot: il le sera sans doute un jour; ce n'est pas là ce qui m'embarrasse: mais le plaisant serait qu'il débutât par là . Comme nous nous amuserions le lendemain en l'entendant se vanter! car il se vantera; et puis, si une fois vous formez cette petite fille, il y aura bien du malheur si le Gercourt ne devient pas, comme un autre, la fable de Paris.
Au reste, l'Héroïne de ce nouveau Roman mérite tous vos soins: elle est vraiment jolie; cela n'a que quinze ans, c'est le bouton de rose; gauche, à la vérité, comme on ne l'est point, et nullement maniérée: mais, vous autres hommes, vous ne craignez pas cela; de plus, un certain regard langoureux qui promet beaucoup en vérité: ajoutez-y que je vous la recommande; vous n'avez plus qu'à me remercier et m'obéir.
Vous recevrez cette Lettre demain matin. J'exige que demain à sept heures du soir, vous soyez chez moi. Je ne recevrai personne qu'à huit, pas même le régnant Chevalier; il n'a pas assez de tête pour une aussi grande affaire. Vous voyez que l'Amour ne m'aveugle pas. A huit heures je vous rendrai votre liberté, et vous reviendrez à dix souper avec le bel objet; car la mère et la fille souperont chez moi. Adieu, il est midi passé: bientôt je ne m'occuperai plus de vous.
Paris, ce 4 août 17
(1)- Ces mots roué et rouerie , dont heureusement la bonne compagnie commence à se défaire, étaient fort en usage à l'époque où ces Lettres ont été écrites.
(2)- Pour entendre ce passage, il faut savoir que le Comte de Gercourt avait quitté la Marquise de Merteuil pour l'Intendante de *, qui lui avait sacrifié le Vicomte de Valmont, et que c'est alors que la Marquise et le Vicomte s'attachèrent l'un à l'autre. Comme cette aventure est fort antérieure aux événements dont il est question dans ces Lettres, on a cru devoir en supprimer toute la Correspondance.
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Voici quelques pistes:
- Cette lettre, se situant au début du roman, fait donc partie de l'incipit du texte, de son exposition : l'intrigue est d'emblée engagée. la machine de guerre libertine est mise en route par la Marquise de Merteuil qui envoie à son allié un appel de ralliement. Les deux libertins (la manipulatrice Merteuil et le don juan Valmont) trouvent là une occasion parfaite pour servir "l'amour et la vengeance", pour assouvir leur désir vindicatif en rendant le coup à Gercourt (qui a délaissé Merteuil et séduit la maîtresse de Valmont). La fonction première de cette lettre est donc informative: elle met le lecteur au courant de l'intrigue qui se trame et le place d'emblée au centre de l'action. La confidence de la Marquise de Merteuil qui écrit à Valmont "Je veux donc bien vous instruire de mes projets" est aussi - c'est l'un des atouts du genre épistoilaire - une confidence faite au lecteur.
On a donc le schéma suivant:
Les deux libertins (qui n'ont pas encore avalé l'échec qui leur a été infligé par Gercourt) s'allient et mettent leur énergies respectives au service d'une vengeance qui sera le mobile de l'action romanesque durant une bonne partie du roman. Les victimes désignées sont Gercourt et Cécile Volange et sa mère. D'un côté nous avons les prédateurs qui s'apprêtent à attaquer, de l'autre les proies qui ignorent encore ce qui se trame contre elles. Les prédateurs ont un avantage de taille : celui de l'information et du secret. En tant que confidente de Volange, Merteuil obtient des informations qui lui premettent de peaufiner son projet vindicatif. En quoi consiste ce projet ? les grandes lignes de ce projet sont soulignées par merteuil : 1) l'objectif = tourner au ridicule Gercourt et en faire la fable de Paris. 2) les moyens : cocufier Gercourt, le transformer en cornard en séduisant l'innocente Cécile Volanges, la future épouse de Gercourt qui vient juste de sortir du couvent. de cette façon, Gercourt saura qu'il est un sot et que ces préjugés en ce qui concerne l'avantage des éducations cloîtrées et la vertu des blondes sont sans fondement. Merteuil, la tentatrice libertine, se charge, avec le soutien de Valmont, de lui montrer que la femme vertueuse n'existe pas et que, comme tous les maris, il devra faire face au "sort inévitable" et accepter malgé lui le statut de cocu.
- Dans cette lettre, la marquise de Merteuil se présente comme la tête pensante (il m'est venu une excellente idée), le stratège qui collecte les informations nécessaires pour les mettre au service de son plan de bataille qu'elle ne tarde pas à mettre en oeuvre. [il faut envisager d'étudier dans votre commentaire le champ lexical de la guerre : le libertin est un guerrier qui est tout le temps prêt à lancer l'assaut].
C'est Merteuil qui dirige et Valmont apparaît comme un simple acolyte, presque un homme de main qu'il utilise pour arriver à ses fins. (dans ce sens, il faudrait analyser le caractère -portrait moral- de Merteuil tel qu'il apparaît dans cette lettre inaugurale : une femme dominante, autoritaire, vindicative, manipulatrice, stratège). Merteuil, la femme sans merci, adopte toutes les stratégies langagières pour instaurer une certaine hiérarchie entre elle et Valmont : elle insiste sur sa supériorité et invite le vicomte à venir avec empressement "prendre [ses] ordres à genoux". Remarquez à ce propos l'emploi intensif de l'impératif dans la lettre. Cette tonalité injonctive est à situer dans le contexte chevaleresque et courtois auquel se réfère la Marquise : la dame dicte ses bonnes volontés au chevalier qui serait "trop honoré de [son] choix" et prompte à la satisfaire en répondant favorablement à sa demande, en appliquant à la lettre ses recommandations.
- La stratégie de la Marquise de Merteuil repose aussi sur l'argumentation, d'où la nécessité d'étudier les techniques argumentatives mises en oeuvre par la Marquise pour convaincre le Vicomte ou le persuader d'adhérer à son projet vindicatif:
+ Merteuil n'hésite pas à menacer son correspondant et à représenter le service qu'elle lui demande comme un bienfait, comme un signe de sa magnanimité : "dans l'alternative d'une haine éternelle ou d'une excessive indulgence, votre bonheur veut que ma bonté l'emporte." Plus encore, elle lui représente la mission vindicative qu'elle lui propose comme une mission héroïque, une mission "digne d'un Héros", une aventure que Valmont, en parfait libertin, pourrait mettre ensuite dans ses Mémoires pour attester de son habileté et de ses pouvoirs de séducteur infaillible. Tout refus de Valmont serait perçu comme une impuissance de sa part, d'autant plus que la proie semble facile (jeune fille qui sort à peine du couvent) : le vrai libertin ne refuse pas le défi qu'on lui lance, et le nom de Cécile Volanges ornera bien la liste des conquêtes du vicomte. En représentant cette mission à la fois comme un projet vindicatif qui assouvirait la haine des deux acolytes, et comme une aventure qui leur apporterait un plaisir intellectuel : (victoire stratégique pour Merteuil et accès à une forme d'héroïsme libertin pour Valmont au cas où il parviendrait à "former (pervertir) la petite fille " qui sort jsute du couvent. La sratégie de Merteuil à l'égard de Valmont, on le voit repose sur l'alternative ddu bâton (menaces) et de la carotte (promesses d'une bonne aventure).
+ Pour persuader Valmont d'accepter sa mission, Merteuil n'hésite pas à tourner le couteau dans la plaie en lui rappelant la traîtrise de Gercourt, et surtout en l'impliquant dans l'affaire, en le convainquant qu'en agissant, il agirait aussi en sa propre faveur : "Lui avez-vous donc pardonné l'aventure de l'Intendante ? et moi, n'ai-je pas encore plus à me plaindre de lui, monstre que vous êtes ?". Remarquez comme Merteuil anticipe les oppositions que peut formuler Valmont, et dissipe les hésitations qu'il peut avoir. Le correspondant, bien qu'il soit ailleurs, est formtement présent à travers la forte dimension dialogique de la lettre, l'emploi intensif de la fonction phatique pour interpeller Valmont et le mettre de son côté. Remarquez aussi comment ont passe des impératifs autoritaires du début du texte à l'impératif inclusif à la fin "Prouvons -lui donc qu'il n'est qu'un sot." : le projet concocté par merteuil, devient imperceptiblement un projet commun pour parvenir au plaisir liberin, un plaisir on ne peut plus sadique "comme nous nous amuserions le lendemain en l'entendant se vanter !"
Le dialogisme est une autre dimension importante de cette lettre : Merteuil écrit la lettre en donnant l'impression que son correspondant est assis juste en face. La Marquise estompe la dimension écrite de la lettre en y insufflant une bonne dose de spontanéité et d'oralité: on dirait qu'il s'agit d'une conversation. Merteuil simule les réactions de Valmont et anticpe ses surprises, ses hésitations, ses protestations. Citons par exemple ces passages:
-"... à mettre dans vos Mémoires: oui, dans vos Mémoires".
-"Et qui croyez-vous qu'elle ait choisi pour gendre?" [Merteuil crée le suspense, choisit le moment pour livrer l'information ou pour la retenir pour aiguiser l'intérêt de Valmont et du lecteur]
-"J'en suis dans une fureur! Eh bien! vous ne devinez pas encore? oh! l'esprit lourd!" (même stratégie : Merteuil se permet en plus de Taquiner son correspondant)
J'espère que ces quelques remarques vous aideront à faire votre commentaire. Si vous avez d'autres remarques n'hésitez pas à les communiquer dans ce post.
Vous pouvez consulter le commentaire composé de la lettre IV ici
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Réponse N°2 639 les liaisons dangereuses Par Rafaelle (Admin) le 11-01-09 à 14:56
bonjour à tous je suis embétée car pour demain on me pose cette question sur le roman de laclos, les liaisons dangreuses et je ne sais pas quoi répondre !
Voiçi la question : Pourquoi peut-on dire qu'il s'agit d'une lettre de destruction ? ( lettre 2 )
Si quelq'un pouvait m'aider
Merçi_
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Réponse N°3 640 re- Par marocagreg (Admin) le 11-01-09 à 17:33
La destruction au sens de vengeance je crois, car ici les deux acolytes (Merteuil et Valmont) vont se mettre ensemble pour exécuter le plan vindicatif de Merteuil :séduire et dépraver la petite Cécile et ainsi se venger de Gercourt qui s'apprête à l'épouser. Le plan vindicatif vise à détruire la vertu de Cécile et l'honneur de Gercourt, mais aussi le projet conjugal de ces deux personnages.
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Réponse N°4 1409 comp Par adil elouarz (Admin) le 12-06-09 à 18:26
bonjour à tous comment peut on expliquer la dimension importante du dialogisme dans cette lettre?(j'ai besoin de quelques arguments pertinents extraits du texte pour élucider cette problématique)
merci à l'avance.
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Réponse N°5 2668 Certainement!!! Par hsini ablah (Admin) le 12-02-10 à 20:47
La lettre se veut une Destuction en ce sens qu`elle fait montre cette obssession aveugle de l'etat de Maitrise au sens propre que lui donne S.Dobrovski chez les deux libertins: "Lui avez-vous donc pardonné l'aventure de l'Intendante ? et moi, n'ai-je pas encore plus à me plaindre de lui, monstre que vous êtes ?". Lit-on. Outre, la lettre temogine de cette volonte de vengeance qui se revele comme une leitmotive selon laquelle, par un tel exploi, les deux libertins demotreront que l`education des couvents n`a rien a envie aux Vertus.
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