Commentaire composé (le chercheur d'or : le clézio)

 Par elbazzaoui amine  (?)  [msg envoyés : 5le 22-08-12 à 12:23  Lu :5406 fois
     
  
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Commentaire composé


Le Chercheur d'or de J.M.G. Le Clézio

«C'était un dimanche matin… à l'ombre des voiles». Pages 116 et 117


par: Amine EL BAZZAOUI


Le passage, objet de notre commentaire, est extrait du roman intitulé Le Chercheur d'or de J.M.G. Le Clézio. Ce roman s'inspire d'une double quête physique et concrète: d'abord, Le Clézio se rend à l'île Maurice pour rechercher ses origines familiales. Ensuite, il part à la recherche du trésor promis. Ce roman s'inscrit dans la seconde période d'écriture leclézienne. Il se présente comme un roman autobiographique à narrateur unique. «Forest Side» est le titre de la deuxième partie dans laquelle s'inscrit ce passage. Alexis (le narrateur) raconte ses souvenirs d'enfance à travers un regard naïf. L'enfant décrit un bateau dans le Port Louis aux îles Comores. Cette vision enfantine d'Alexis nous amène à poser la question suivante: comment, à l'aide d'un regard naïf la description de l'objet bateau devient-elle à l'origine de l'éveil de l'imagination du narrateur? Pour apporter des réponses à cette question, nous allons voir, d'une part, comment l'écrivain décrit le bateau modeste par son regard naïf et comment un objet banal stimule l'imagination d'un être curieux d'autre part.

Dans ce passage, le thème du voyage est fort présent. Le Clézio est, peut être, influencé par la lecture des récits de voyage pendant son enfance. Sa famille dispose, en effet, d'une grande bibliothèque composée principalement de livres du XIXe siècle qui traitent surtout le thème de voyage. La lecture de ces livres fait naître chez lui des rêves de voyage et de découverte du monde exotique. La nature du travail de son père et les situations politiques marquées par le traumatisme de la seconde Guerre mondiale poussent la famille de Le Clézio à être toujours en déplacement. Son enfance est marquée par un voyage en Afrique qui a duré plusieurs semaines en bateau. Sa fascination pour les bateaux est, peut être, née depuis ce voyage outre la nécessité de traverser l'océan Indien pour réaliser le voeu de son père, celui de trouver le Corsaire caché sur l'île Rodrigues. Cet objet décrit recèle un ensemble de signes qui le présentent comme une sorte de monstre. Ce dernier suscite des souvenirs et éveille l'imagination du narrateur. La visite du Port Louis, le lieu où travail son père, est présentée comme un loisir pour le narrateur. Alexis a pris «l'habitude» de traîner sur les quais d'où il regarde les bateaux quittent Forst Side, la capitale de l'île Maurice. Alexis nous décrit ce port à partir d'un cadre général: « les bateaux étaient…» caractérisé par sa dynamique exprimée par les verbes d'action: «revenaient, remplis, venait,pris». Ce tableau décrit et saisi à travers un faisceau d'éléments sensoriels: « entendre », «sentir l'odeur », «vu». Cet endroit est si riche en découvertes intérieures, visibles, audibles et olfactives qui donnent naissance à une découverte sensuelle. Cette sensibilité corporelle et physique ramène Alexis à un état purement émotionnel, presque instinctif, qui le fait voyager dans un émerveillement constant devant la nature. Ce lieu constitue pour l'enfant un refuge, un terrain de jeu, un champ d'investigation solitaire et une découverte du monde marin. La perception des divers éléments qui composent ce paysage (le port), met en relief l'image du bateau qui attire l'attention du narrateur. Alexis se trouve alors ému face à ce tableau appelé ZETA. En effet, ce nom «étrange» écrit en «lettres blanches» sur ce tableau lui suggère l'appel du large, la traverse de l'océan Indien à la conquête du trésor.

L'imagination de l'enfant est stimulée par la description faite par le narrateur et surprend le lecteur par le fait qu'elle soit axée sur un objet anodin comme le modeste bateau embarqué dans le «Port Louis». Cette description est menée à la base de l'évocation d'un ensemble de signes qui préfigurent peut être le sort tragique du bateau, notamment avec la domination de la couleur «noire». Le narrateur incarne dans ce texte la figure de l'écrivain créateur. En fait, il possède un regard différent des autres dans la mesure où il peut faire de l'objet, bien qu'il soit futile une oeuvre d'art, à l'instar de Baudelaire qui croit que l'écrivain, en tant qu'inventeur, peut déceler la beauté même dans la laideur (Une Charogne dans «Les Fleurs du mal»). Le narrateur trouve dans le modeste navire un objet qui symbolise le sacrifice et le danger inhérent au travail des marins.

La portée symbolique du bateau chez le narrateur, comme la madeleine de Proust, à pour fonction de ressusciter ses souvenirs. Cette nostalgie est rythmée par des dates et des lieux précis qui contribuent à l'effet du réel ou de vraisemblance. Dès le début de cet extrait, nous constatons la récurrence de plusieurs indices spatio-temporels qui donnent une harmonie et un enchainement rigoureux aux évènements: «dimanche matin», «dès l'aube», «vieille maison», «Forest Side», « Port Louis», «la mer». Ces repères nous permettent de suivre de près l'itinéraire de cet enfant. Le caractère autobiographique de ce passage s'affirme à travers les indices de la première personne «je» et des adjectifs possessifs «ma», «mon»; accompagnée des verbes d'actions «sorti», «pris»etc. Nous pouvons déduire qu'il s'agit d'un roman à narrateur unique. Ajoutant qu'à travers l'oeil enfantin, la description du bateau intégré dans le paysage est de nature variée à savoir: la description mimésique (couleurs:«coque noire» et «voiles blanches»; les formes, détail du siège de «Capitaine Bras-de- Mer»…) et d'un lexique maritime (voile, chasse marée auriques, hunier, beaupré…), donne à cet objet une étrangeté en lui accordant une fonction symbolique du navire de son rêve. Comment peut-il alors concrétiser son rêve ? L'enfant fait recours à une panoplie d'interrogations qui respectent le principe de la gradation:«D'où venait-il? Allait-il partir?…», (Son origine, sa destination, et son propriétaire). Ces questions sont posés à travers le monologue intérieur, mais assez oralement, puisque le narrateur les adressent à un marin, un indigène «Noir comorien» supposé connaitre le secret du navire. Ses interrogations vont lui permettre de cerner toutes les particularités de ce navire afin de s'embarquer un jour au bord.

En guise de conclusion, on peut dire que «Le Chercheur d'or» est un roman de la quête du bonheur. A travers le personnage Alexis, Le Clézio se souvient d'un passé caractérisé par la naïveté et la hantise d'embarquement sur le bateau. Ce dernier constitue, pour lui, la clé de son bonheur. Ses soucis créent l'effet de la monstruosité du bateau et de l'inaccessibilité de l'embarcation vu son jeune âge. Donc Le Clézio a fait usage du passé pour réduire la distance entre l'enfance et l'aventure sur ZETA à l'âge adulte.



  



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 Réponse N°1 26688

Merci !
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 22-08-12 à 15:28



Pour la partage!

juste une question: " comment un monologue intérieur peut-il être sous forme de questions posées assez oralement?





 Réponse N°2 26689

PS:
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 22-08-12 à 15:29

 



Merci pour le partage!si Amine!



Et une autre question: Pourquoi opter pour un roman autobiographique?, alors que l'écriture se rapproche plus d'un journal intime "fictif"! l'écriture est bien celle d'un diariste( au jour le jour), à quelques rares exceptions près ( les moments où Alexis opère un retour vers un passé lointain)!





 Réponse N°3 26816

Bonjour
  Par   elbazzaoui amine  (CSle 25-08-12 à 23:51



Je vous remercie Monsieur Ahmed pour l'intérêt porté à ce commentaire et pour vos questions pertinentes.

Pour vous répondre, je vais commencer par la deuxième :

Je crois que le roman le Le Chercheur d'or de Le Clézio s'inscrit dans dans un genre problématique dans la mesure où il porte plusieurs indices référant à la fois à l'autobiographie et au journal intime, autofiction, roman d’apprentissage ou encore récit de voyage.

l'autobiographie se manifeste à travers les souvenirs racontés à la première personne par le biais du pseudonyme Alexis auquel l'écrivain cherche à donner une existence concrète tout au long du roman. Alors que le genre journal intime ne s'est manifesté qu'à la troisième partie intitulée " Vers Rodrigue 1910" et dans la partie consacrée à la guerre.

Pour la première question, les pensées de l'enfant se sont manifestés à travers le monologue intérieur, à l'origine, avant qu'ils sont transposées sous forme de questions posées oralement.





 Réponse N°4 26819

Merci, si Amine!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 26-08-12 à 00:03



Très bonne réponses!

Si vous les intégrez à votre commentaire,elles le compléteront à merveille!

Merci, pour le partage!





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