(commentaire composé) dom juan, molière, sc.1 acte 3

 Par Imane  (?)  [msg envoyés : 1le 01-12-08 à 10:36  Lu :24989 fois
     
  
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quelques éléments pour commenter la première scène de l'acte III de Dom Juan ?

SGANARELLE - Je Veux savoir un peu vos pensées à
fond. Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au
Ciel?
DOM JUAN - Laissons Cela.
SGANARELLE - C'est-à-dire que non. Et à l'Enfer?
DOM JUAN - Eh!
SGANARELLE - Tout de même. Et au diable, s'il vous
plaît?
DOM JUAN - Oui, oui.
SGANARELLE - Aussi peu. Ne croyez-vous point l'autre
vie?
DOM JUAN - Ah! ah! ah!
SGANARELLE - Voilà un homme que j'aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu, le Moine bourru, qu'en croyez-vous, eh?
DOM JUAN - La peste soit du fat!
SGANARELLE - Et voilà ce que je ne puis souffrir, car il n'y a rien de plus vrai que le Moine bourru, et je me ferais pendre pour celui-là. Mais encore faut-il croire quelque chose dans le monde: qu'est-ce donc que vous croyez?
DOM JUAN - Ce que je crois?
SGANARELLE - Oui.
DOM JUAN - Je crois que deux et deux font quatre, sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
SGANARELLE - La belle croyance et les beaux articles de foi que voilà! Votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique? Il faut avouer qu'il se met d'étranges folies dans la tête des hommes, et que pour avoir bien étudié on en est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, Monsieur, je n'ai point étudié comme vous, Dieu merci, et personne ne saurait se vanter de m'avoir jamais rien appris; mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons n'est pas un champignon, qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s'est bâti de lui-même. Vous voilà vous, par exemple, vous êtes là: est-ce que vous vous êtes fait tout seul, et n'at- il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de l'homme est composée sans admirer de quelle façon cela est agencé l'un dans l'autre: ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces..., ce.poumon, ce coeur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là, et qui... Oh! dame, interrompez-moi donc si vous voulez: je ne saurais disputer si l'on ne m'interrompt; vous vous taisez exprès et me laissez parler par belle malice.
DOM JUAN - J'attends que ton raisonnement soit fini.
SGANARELLE - Mon raisonnement est qu'il y a quelque chose d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauraient expliquer. Cela n'est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j'aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu'elle veut? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner... Il se laisse tomber en tournant.
DOM JUAN - Bon! voilà ton raisonnement qui a le nez cassé.
SGANARELLE - Morbleu! je suis bien sot de m'amuser à raisonner avec vous. Croyez ce que vous voudrez: il m'importe bien que vous soyez damné!
DOM JUAN - Mais tout en raisonnant, je crois que nous sommes égarés. Appelle un peu cet homme que voilà là- bas, pour lui demander le chemin.
SGANARELLE - Holà, ho, l'homme! ho, mon compère! ho, l'ami! un petit mot s'il vous plaît.

  



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 Réponse N°1 500

Credo
  Par   sanguinette  (CSle 01-12-08 à 12:37

Je crois qu'il faut voir dans cette scène le choc de deux modes de pensées antinomiques à travers le rapport qu'entretiennent les deux personnages avec le religion et avec les fins dernières (dimension eschatologique : mort, la vie après la mort, l'enfer, le diable etc.)

D'un côté, Sganarelle représente la croyance populaire où se mêlent le bon sens (argumentation) à la superstition (légende du Moine bourru), de l'autre, Dom Juan, le libertin matérialiste qui tourne en dérision toute croyance métaphysique, et prône une religion arithmétique, scientifique, une vérité exacte qui se suffit à elle-même.

Cette scène tire donc sa force de la rencontre de deux extrémités :

- L'homme du peuple, naïf, qui n'a point étudié, mais qui, étant déguisé en médecin, a entrepris de convertir son maître et de lui prouver l'existence de Dieu. Mais la situation est en sa défaveur, car malgré sa bonne volonté et son désir sincère de sauver l'âme de Dom Juan, il n'a pas les moyens (intellectuelles, discurisfs, oratoires, etc) nécessaires pour gagner la joute verbale qu'il engage. Il est handicapé par son statut inférieur, mais aussi par ses maladresses corporelles : en trébuchant, il donne l'occasion à dom Juan d'invalider la totalité de son raisonnement qui devient burlesque.

- Le libertin aguerri qui maîtrise les subtilités du langage et des stratégies discursives et oratoires beaucoup plus fines. Don Juan refuse d'abord de se laisser entraîner dans la polémique (Laissons cela) mais, devant la ténacité de son valet, il laisse ce dernier s'épuiser dans son propre discours.

Il a y donc un déséquilibre patent entre les deux personnages (les deux positions): l'issue de la joute verbale et argumentative est en faveur de l'athée [pour cela on a même soupçonné Molière d'impiété] :

le défenseur de la religion a trop de handicaps :a- il est en position d'infériorité sociale (valet) b- il est naïf c- il n'a pas fait d'études (il manque d'arguements : "je ne saurais disputer si l'on ne m'interrompt") d- il est lui même un contre argument de ce qu'il dit : il incarne l'imposture, car en se déguisant en médecin il a trompé les gens en leur inscrivant des recettes qui peuvent accélérer leur passage à cet au-delà auquel en croit pas son maître; et surtout, par son imposture, il donne à don Juan un arguement de taille : les apparences sont trompeuses : la seule vérité serait donc celle qui ne tolère pas l'erreur : l'arithmétique. e- par ses maladresses verbales et corporelles, il finit par invalider son propre raisonnement qui, par métonymie, se casse le nez. La scène de la conversion ratée se transforme en une scène burlesque.

Résultat : l'échec de la conversion et l'aveu d'impuissance de Sganarelle qui, contrairement à ce qu'aurait fait un bon religieux, lâche prise et laisse son maître à son sort: " Croyez ce que vous voudrez: il m'importe bien que vous soyez damné!"

Sganarelle a quand même pu pousser Dom Juan à révéler un autre aspect de son matérialisme, son credo libertin et arithmétique. à triple reprises, don Juan utilise l'expression "je crois..." [credo] la première fois, dans une interrogation réthorique, pour reprendre la question de Sganarelle (cette reprise n'est pas fortuite : elle témoigne d'un certain mépris du libertin, ou du moins, en introduisant un moment d'attente, renforce le deuxième credo donjuanesque). la deuxième fois, don juan dit :

"Je crois que deux et deux font quatre, sganarelle, et que quatre et quatre sont huit." la vérité mathématique pour lui prime sur toute autre vérité parce qu'elle est immédiate, irrévocable. mais c'est le troisième credo du libertin qui est plus intéressant " tout en raisonnant, je crois que nous sommes égarés." : admirez le jeu de mots et la syllepse. le raisonnement de Sganarelle qui est sensé montre la bonne voie au libertin l'a égaré : bien sûr l'égarement ici a un sens littéral, (ne pas reconnaître le chemin) mais aussi un sens religieux : quitter la bonne voie, la voie de Dieu. Mais dom Juan ne reconnaît que la première, celle dont on peut se rendre compte avecles sens

L'étude de cette scène ne peut être complète si on étudie pas la scène suivante, la fameuse rencontre avec le pauvre, scène qui donnera à don juan l'occasion de riposter aux arguments de son valet en tentant l'action contraire : à la tentative de conversion de Sganarelle, il oppose une tentative (diabolique). En tentateur, il essaie de pousser le pauvre à parjurer en contrepartie d'un Louis d'or.

Voici donc un plan possible pour le commentaire composé de la scène 1 de l'acte III:

Problématique: une joute verbale déséquilibrée

Esquisse de plan:

1- Sganarelle, une argumentation minée de l'intérieur (étudier dans le cadre de cette partie l'argumentation dans le texte)

2- les credos du libertin: la contre attaque.

3- une scène burlesque

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D'autres liens :

  • Monographie de Don Juan de Molière Par Bouchta Es-sette

  • Monographie de Don Juan de Molière Par Denis Lopez

  • Don Juan de Molière [commentaire composé, ac1, sc2] Par Denis Lopez

  • Don Juan, la mesure de la démesure Par Aziz Bouachma




  • Forum >> Don Juan de Molière [commentaire composé, ac5, sc2]

  • Forum >> Don Juan de Molière [commentaire composé, ac3, sc5]

  • Forum >> Don Juan de Molière [commentaire composé, ac1, sc1 scène d'exposition]

  • l'affaire Corneille/Molière





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