PISTES Par abdeslam slimani le 12-07-09 Ã 00:37
Pistes possibles
INTRO
Un poème contemporain qui adopte sous une forme libre le cours de la pensée du locuteur s’exerçant à représenter la mort. Une profonde rigueur intellectuelle et une densité remarquable masquées par l’allure naturelle, l’accent neutre d’une voix affectant la fluidité de la prose et travaillant les images de la vie ordinaire.
L’allégorie de la vie comme voyage préside à une réflexion ardue sur la possibilité de « penser l’impossible » et la nécessité de lier sort individuel et destin collectif.
I L’Allégorie du Voyage
1.Trajet sans retour :
•Titre (simple = un seul billet)
•Futurs thétiques, catégoriques
•Rôle d’adjectifs et d’adverbes dans la vision absolue et définitive : brutal (v1/10) v 15 rien, v16 ultimes, 17 et 18 pas la moindre, 19 tout.
(Le définitif : entièrement défini , c’est-à -dire arrêté - arrêt aux v 1,7,10)
2.Comparaisons avec le voyage : Relevé et commentaire des figures et motifs : train (1, 6, 10), wagon 3, voyageur 15, filet troué des voyages 16, bagage 18.
3.La mort comme accident de parcours : interruption du trajet. Pas de destination finale explicite ni de gare d’arrivée mentionnée, court-circuit (brutal, au beau milieu).
Interruption de la partie de cartes v 5 et du quotidien (journal abandonné). Vie tranchée net (actions verbales crieront 3, éveilleront en hâte 4).
II Les obstacles à la représentation de la mort
Le poème pose la question de la possibilité d’imaginer sa propre mort, comme d’évoquer celle des autres (évoquer : rappeler, faire surgir le passé, l’achevé).
1.D’où la nécessité du comparatif COMME : impossible de représenter ou se représenter toute fin.
2.Impossible de « poser la voix », d’énoncer à la 1ère personne (10/17). Recours paradoxal à l’article notoire « la chambre qui n’est pas située » v11 et 14 seule trace du locuteur dans la périphrase « le parage de ces mains…ma présence » mais avec irruption d’une modalisation « et peut-être aussi » ; apparition du moi dans le sillage des « mains » intimes de l’Autre ; emploi insolite du présent (ne sont pas déshabituées ». Refus du pathos et du lyrisme.
3. Problème de la mémoire, c’est-à -dire du deuil de l’événement- à venir ! On est en plein paradoxe ! : v 6,7,8 le train repartira, le souvenir s’effacera, mémoire de chacun… ou 15 à 18 rien ne subsistera, pas d’allusion, vent de la déroute/ emporté. (une déroute au sens littéral aussi : quitter la route, dérouter un convoi, changer sa voie, sa destination…)
III Destin collectif et destinée individuelle
(une partie plus subjective sans doute)
Discerner sa propre mort au travers d’une évocation historique : les convois de la mort en direction des camps d’extermination du Grand Reich.
•Déflagration de la mort pour d’anonymes jeunes filles, femmes et enfants à la fin d’un acheminement vers des lieux inconnus d’eux (cf « pas encore située ») et élimination pure et simple de l’événement (7 et 8)
•Allusion à la crémation « colonne de fumée » v 12 et peut-être aussi chambre ?
•Disparition de tout vestige individuel (v 18, corps et bagages)
•Déroute (de la guerre)
Cette évocation d’une tragédie collective historique (mais projetée dans le futur) rend possible la vision de sa propre fin : voir le seul connecteur MAIS et la distinction entre le singulier déictique « ce soir-là » et l’indéfini générique d’ « un jour d’été ».
Même si la « petite chambre » et les « mains » amies, aimantes, donnent un caractère privé à cette mort de soi, le poète a tôt fait de reprendre l’énonciation impersonnelle (v 15 du voyageur, des voyages) qui fond l’aventure individuelle au sort collectif et universel de toute créature pourvue d’histoire et inscrite dans l’Histoire.
CONCLUSION
Une tentative honnête, sans artifice rhétorique, mais au contraire d’une redoutable « simplicité », pour évoquer la condition précaire de l’homme : soumis aux terribles conditions de l’Histoire universelle ou simplement aux conditions de son histoire naturelle Cadou montre la « voie » du voyageur en taisant avec pudeur sa propre « voix » intérieure, confondue ou tue par les clameurs des innocents.
Catherine Alvarez, weblettres.
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