Commentaire composé boîte à merveilles

 Par marroun rachid  (?)  [msg envoyés : 4le 15-10-10 à 14:00  Lu :8030 fois
     
  
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Commentaire composé
Corpus: pp 8 et 10 de La Boite à Merveilles d'Ahmed Sefrioui .Ed Librairies des Ecoles
De " Je connaît cette rue…jusqu'à:et leurs fesse grises.."
Objectif: maîtrise de la rhétorique de l'exercice du commentaire composé
Le commentaire composé est un exercice codifié qui doit être mené selon les étapes suivantes: la situation,les mouvement, la problématique, l'annonce du plan, le développement, et la conclusion où on récapitule et on essaye d'ouvrir le débat vers d'autres horizons . L'essentiel dans cet exercice, outre le fait de développer la sensibilité des apprenants envers les différents types de textes , est de les amener à mener une réflexion dialectique qui examine les différentes facettes d'une problématique donnée, à mettre le doigt sur les différents composantes des discours et les procédés de construction du sens .C'est aussi un exercice sensé approfondir le sens critique chez les élèves et stimuler leur capacité de mener une réflexion organisée et orientée qui part d'une thèse, d'une question, pour aboutir à une réponse . car en l'absence d'une telle démarche logique qui émet une hypothèse et la vérifier à fin de la confirmer ou de l'infirmer, les remarques assemblées sur un texte se réduiraient à un ensemble hétéroclites teint de subjectivité qui peut induire en erreur sur le véritable sens de tel ou tel discours.
Le texte choisi dans cette séance est un des moments clés de La Boite à Merveilles dans la mesure où il soulève le débat sur les tableaux que dessine Sefrioui de la vie quotidienne des "autochtones" marocains. Débat qui a porté sur la vraie fonction de ces tableaux de la société traditionnelle de l'époque dans l'économie générale du premier roman marocain d'expression française. Tableaux considérés par certains critiques comme un ensemble de "cartes postales" exotiques visant à séduire l'œil du lecteur occidental sans toucher aux vrais problèmes de la société marocaine.
Situation
Après la description de Dar Chouafa où demeure le narrateur et celle de l'école coranique qu'il fréquente, l'auteur nous présente dans cet extrait du premier chapitre de La Boîte à Merveilles un tableau typique de la vie traditionnelle quotidienne dans sa ville natale Fès : le bain maure.
Mouvements:
Le premier mouvement qui correspond au premier paragraphe présente le bain maure de l'extérieur. Le second mouvement exprime et analyse, tout au long du deuxième paragraphe, le sentiment de répulsion envers cet espace. Tandis que le dernier segment du passage, qui s'étale sur les troisième et quatrième paragraphes, présente une description de l'intérieur de ce lieu fermé qui abrite un monde féminin grouillant et étrange.
Problématique
La scène du bain maure est un classique dans la littérature et surtout la peinture occidentale. Cette scène qui revêt un caractère exotique est mise en relief dans le roman de Sefroui parce qu’elle se situe immédiatement après l'évocation de la maison parentale et de l'école coranique. Elle occupe donc une place de choix parmi les premiers lieux que découvre généralement un enfant la ( maison et l'école) . Quelle est donc la fonction de cette description du bain maure dans l'économie générale de La Boite à Merveilles? S'agit il seulement d'un "morceau ethnographique" destiné au lecteur étranger ou d'un texte au service de la construction esthétique de ce roman autobiographique?
Annonce du plan
Pour répondre à cette question il conviendrait de s'interroger sur l'organisation de la description et sur rôle de son cachet exotique.
1 l'organisation de la description
Un schéma classique
La scène du bain maure suit un schéma classique. La description part de l'extérieur vers l'intérieur, de l'aspect général vers les détails. Elle commence par la situation du bain maure:"au fond d'un boyau noir et humide", avant de décrire l'estrade qui sert de vestiaire et , dans un dernier moment, la nudité des femmes et des enfants à l'intérieur du Hammam . La métaphore animalière "boyau" installe déjà un atmosphère de répulsion, évoque l'inconnu, le visqueux, le malpropre. Cette image est renforcée par l'aspect auditif :" brouhaha de femmes et de pleurs d'enfants" apparentés aux "voix de l'Enfer".Ensemble d'éléments qui confèrent à la scène les divers aspect du Locus terribilis(1) . Il y a également une sorte de gradation sensorielle dans la description de ce lieu. Après les informations retenues par l'ouie viennent ceux du regard. Les sons inquiétants qui émanent du Hammam et les souvenirs du récit du père sur" les voix de l'Enfer" préparent le terrain à l'œil voyeur qui pénètre petit à petit ce lieux intime interdit aux regard des hommes,et par conséquent à celui du lecteur, pour en arriver aux : " cuisses humides et mamelles pendantes".
La focalisation
La focalisation parait répondre au schéma général de la description. Après avoir convoqué les souvenirs d'enfance lié à la terreur du petit garçon face à la nudité et à la nonchalance des corps féminins, la voix du narrateur effectue un retour au présent de la narration dans le second mouvement du texte pour essayer d'expliquer sa répulsion passée et actuelle envers le Hammam:" je crois n'avoir jamais mis les pieds dans un bain maure depuis mon enfance". Dans les autres paragraphes du texte, on remarquera un retour au regard de l'enfant de six ans, encore admis dans cet espace féminin protégé .Espace qui exclut toute forme d'intimité et qui exacerbe le sentiment de solitude du petit garçon Sidi mohammed. Cet espace se révélera aussi étrange pour l'œil de l'enfant novice que pour celui du lecteur occidental sensé être peu averti sur les us et coutumes de la société traditionnelle marocaine . Mais quels sont donc les éléments qui permettent de donner à ce tableau son cachet authentique, voire même ethnographique pour le lecteur occidental?
2 les fonctions de l'exotisme
Les lieux communs
Le texte regorge de lieux communs et de clichés littéraires tels que la description de l'intérieur du harem et la descente aux enfers. Il s'agit de thèmes connus et déjà abordés par plusieurs écrivains qui ont travaillé sur l'image de l'Orient comme espace de l'exotique et de l'étrange, comme incarnation vivante des mythes occidentaux. Le texte rappelle en fait un lieu commun qui est la description des harems orientaux, des espaces clos où on enferme les femmes. L'accès à cet espace d'effectue par la descente dans" le boyau" sous terrain obscur et torride qui rappelle l'image plus odysséenne que musulmane de l'Enfer situé au dessous de la terre. L'exotique se renforce par les champs lexicaux des corps nus " ventres ballonné , fesses grises,mamelles pendantes" , ainsi que par les appellations des habits traditionnels marocains:" caftans, mansourisa, haîks". Le topos du nu introduit une tonalité grotesque qui s'installe par l'usage d'adjectifs tels que:" ballonnés, fesses grises". Le nu oriental est présenté ici sous les auspices d'une vision populaire .C'est un nu prosaïque, dégradé, qui circule dans le bain maure , cet espace " d'impudeur…de grouillement de corps humides dans ce demi-jour inquiétant".Et qui aboutit à "une odeur de péché". Idée qui coïncide avec l'image du harem, lieu au moins aussi inquiétant que le Hammam parce qu'il est sensé être fermé sur des jardins de plaisirs charnels secrets , étranges et interdits. L'exotisme est renforcé par la narration qui épouse le point de vue du petit garçon dont les sens, c'est-à-dire les moyens de perception, sont incapables de fonctionner normalement à cause de son bas âge et de l'atmosphère générale où il évolue. En plus du "demi jour inquiétant", le narrateur ne peut pas comprendre les échanges verbaux des femmes qui "parlaient fort, gesticulaient avec passion, poussaient des hurlements inexplicables". Ce qui l'exclut du monde décrit et en fait un témoin médusé, amusé par ces mœurs étranges de la société marocaine.
Les fonctions des clichés
Mais si le texte décrit le bain maure en recourant à un certains nombre de lieux communs et de clichés littéraires, sa fonction ne parait nullement réduite à un exotisme gratuit. En fait, la description de cet espace qui surgit peut être un peu trop rapidement juste après la présentation de la maison natale et de l'école coranique, concourt à dessiner les premiers jalons de la solitude initiale et fondatrice qui va marquer l'enfant Sidi Mohammed et le pousser vers la quête de l'imaginaire et de la créativité. Ce qui permet de mener le roman sur le chemin du psychologisme et de introspection. Les deux principaux pôles du roman sont donc annoncés dans ce texte par le narrateur: la description de la vie sociale d'une part, et celle de l'attitude de l'individu confiné dans ses rêveries d'autre part. La célébration de cette solitude face à la société devient donc la source de la création, et elle sera un des fondements de l'aspect autobiographique de l'œuvre de Sefrioui. Nous remarquons par ailleurs que tout le roman oscille, en permanence, entre l'analyse du moi écrasé par sa solitude dans une société aux mœurs collectivistes, et la recherche d'attiser la curiosité du lecteur (occidental?) par la description des us et coutumes locales de manière fort détaillée . Toutefois ne pouvons nous pas considérer que les générations futures des lecteurs marocains auront les mêmes sentiments de curiosité face à l'exotisme des mœurs décrites par Sefrioui au début du 20e siècle? Ce qui peut remettre en cause la notion d'exotisme elle-même.
Conclusion:
Ce passage de La Boite à Merveilles, se caractérise par sa structure narrative classique et son exotisme basé sur un certain nombre de clichés et de lieux communs. Il concourt à installer l'univers romanesque où évoluera le narrateur- personnage principal en mettant en relief l'aspect collectiviste de la vie quotidienne au Maroc du début du 20e siècle qui contrebalance la solitude du narrateur. Que ce soit dans la maison parentale, à l'école coranique ou dans le bain maure, la vie du groupe exclue toute existence de l'espace intime de l'individu. Ce qui approfondit la solitude du moi face aux autres, et permet de mener le roman sur le chemin du psychologisme. Les deux principaux pôles du roman sont donc annoncés dès le début par le narrateur. Toutefois, plus de cinquante ans après ce premier roman marocain, ne remarquons nous donc pas que la littérature marocaine d'expression française continue d'osciller entre l'écriture du moi et les scène exotiques apparentées par certains critiques à des cartes postales dédiées à la curiosité de l'œil occidental? N'est ce pas le cas pour des écrivains comme Tahar Ben Jelloun et Abdellah Taï?
Activités de prolongement:
1 On peut analyser un texte parent de Abdelfettah Kilito sur le bain maure paru dans La Langue d'Adam pour parler de la notion d'intertextualité.
2 On peut visionner en classe le film tunisien "Halfaouin ou l'oiseau de la terrasse" de Farid Boughdir.

  



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