Commentaire composé : acte iii sc. 3 lorenzaccio

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 19-12-08 à 13:18  Lu :24356 fois
     
  
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Commentaire composé : Lorenzaccio, acte III, scène 3
Quelques éléments de réponse :
Blasé, et profondément déçu par les hommes « sans bras » de son époque, Lorenzaccio est convaincu de l'inutilité d'une quelconque action historique. Ayant perdu toutes les illusions de sa jeunesse, il ne se bat plus pour l'idéal révolutionnaire qui lui a été inspiré un jour au Colisée antique. La vanité de toute action dans le contexte historique défavorable de la Florence des Médicis, ne le dissuade pas cependant d'accomplir le tyrannicide qu'il a depuis longtemps projeté. Ce régicide, aussi vain soit-il, est pour lui l'ultime acte qui lui permettrait de coïncider avec celui qu'il était autrefois, et de retrouver la flamme qui l'animait dans sa jeunesse. La tirade en entier est une réaction à l'incompréhension de Philippe, chef de file des républicains. Celui-ci avait souligné le décalage existant chez son interlocuteur entre la conscience de la vanité du tyrannicide et sa persévérance à l'accomplir. La tirade prend dès lors les allures d'un plaidoyer où Lorenzaccio tente d'élucider le mystère de son attitude, de dévoiler les motifs cachés de son acharnement, et de faire le procès de ses contemporains.
I- Ultime tentative pour échapper au non-sens et à l'absurde.
A- Le héros, un personnage consumé et vidé de sa substance.
→ Lorenzaccio est certes conscient de la vanité de son action, mais l'assassinat d'Alexandre représente pour lui une bouée de sauvetage qui, à défaut de lui rendre son innocence irréversiblement perdue, empêche, du moins, son sacrifice d'être complètement inutile et insensé.
→ Ce sacrifice apparaît dans le passage à travers la représentation que Lorenzaccio se fait de soi-même : Un être perverti, évidée, privé de sa substance : l'importance des images est à souligner : Lorenzaccio est à la fois le spectre, l'ombre de soi-même, et le squelette. C'est, pour reprendre une métaphore de Genet, une allumette consumée.
→ Ayant épuisé toute son énergie pour parvenir au tyran, et pour mener à terme son tyrannicide, il ne peut se détourner de son objectif, à la dernière minute sans se condamner soi-même à l'absurde
B - Le tyrannicide, l'action d'un désespéré ?
→ Les motivations de Lorenzo sont personnelles comme le montre l'utilisation du pronom Je et des adjectifs possessifs de la première personne. Toute sa motivation repose sur des sentiments : la honte, l'orgueil, la vertu, l'honneur et son désir de réhabilitation ou de notoriété.
Donc, ce n'est plus un crime politique, même s'il s'agit d'éliminer un tyran, c'est un projet égoïste, la recherche d'une rédemption
→ Lorenzaccio a-t-il le choix de commettre ou de ne pas commettre le régicide ? Le meurtre d'Alexandre apparaît plutôt comme le dernier recours d'un condamné. Là aussi, les images utilisées par le héros sont significatives (le rocher taillé à pic, le gouffre) : Lorenzaccio tient à accomplir le régicide car c'est la seule attache qui l'empêche de sombrer complètement dans l'abîme du non-sens « le meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ». C'est là que se révèle tout le tragique de ce personnage : d'un côté, le tyrannicide n'est pas pour lui un acte politique pur, mais une affaire de vie ou de mort ; d'un autre côté, il est parfaitement conscient que ce meurtre ne lui apportera pas le salut, et ne compensera pas l'échec cuisant de son action politique, et de son projet révolutionnaire.
→ Comme la plupart des héros romantiques, Lorenzaccio a fait l'expérience du désenchantement. Il a perdu toutes les illusions. Mais à travers son tyrannicide imminent, il tente de limiter les dégâts, en préservant une certaine unité de soi-même, ce fil qui le rattache à celui qu'il était autrefois : « Il ne se bat pas pour des idées, mais pour la beauté et la grandeur d'un acte qui pourrait lui permettre de coïncider de nouveau avec lui-même » (CatherineTreilhou-Balaudé).
C- La structure du plaidoyer (la dimension argumentative de la tirade)
→ S'adressant à Philippe, Lorenzaccio plaide sa propre cause aux yeux d'une société qui le considère à priori comme un lâche dépravé. Toute la tirade est une réaction plus au moins agitée, une réaction suscitée par la question de Philippe qui témoigne de l'incompréhension sociale. C'est qu'aux yeux de Lorenzo, les motivations de son acte ne supportent aucune incertitude, aucune remise en question. C'est là justement qu'intervient le plaidoyer :(On doit relever ici les procédés rhétoriques et argumentatifs employés : [structure du plaidoyer : exorde/confirmation et réfutation/ péroraison] La modalité interrogative, la récurrence des questions rhétoriques et oratoires, des structures hypothétiques, la répétition, la reprise du même patron syntaxique, les parallélismes (veux-tu que, songes-tu que, crois-tu que, etc.)
II- Le procès des hommes et la revendication de l'identité héroïque.
A - Une scène de dévoilement. « Veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie » la problématique de l'être (personnage héroïque qui s'est sacrifié pour un idéal révolutionnaire, et qui mène une action en solo) et du paraître (le Lorenzaccio méprisé et conspué par les Florentins) est ici évidente.
→ Ce fragment, comme la scène 3 de l'acte III en entier, se présente comme une confidence, comme un dévoilement de l'être, du Lorenzo véritable qui se cache sous la robe de Déjanire, sous le masque étouffant du vice qui lui a collé au visage. Le héros, longtemps considéré comme le proxénète du tyran, comme une femmelette qui a peur de l'épée, entend désormais dévoiler aux hommes sa véritable nature, et les mettre ainsi devant leur responsabilité historique.
B - Une action éclatante contre le bavardage des républicains (dichotomie : action # parole)
(Dénonciation de la lâcheté des républicains, et de l'instinct grégaire des Florentins).
→ N'ayant plus rien à perdre, Lorenzaccio entend inverser la tendance et les rôles. En accomplissant son tyrannicide, il prend les hommes de court, en les amenant à reconnaître leur propre défaillance. Lorenzaccio refuse de continuer à jouer le rôle de bouc émissaire que les républicains chargent de tous les défauts pour ne pas reconnaître les leurs.
A ces républicains « sans bras », « sans nom », qui formulent des projets révolutionnaires sans jamais les mettre en application (le lexique péjoratif associé à ce discours républicain : le bavardage, brailler en plein vent), Lorenzo oppose une action concrète qui, bien qu'elle manque d'efficacité historique, a cependant le mérite de bien mettre chacun à sa véritable place.
→ Ne pouvant plus supporter le jeu de dupes qui a depuis longtemps régi ses rapports avec les hommes, Lorenzaccio laisse s'exprimer sa révolte, et sa colère « j'en ai assez ». Il entend ainsi se démarquer des Florentins considérés comme un troupeau mené par le « conducteur de boeuf » qu'est Alexandre.
C -Lorenzaccio et la revendication de la singularité et de l'héroïsme (les hommes devant le tribunal du héros. La dimension mégalomaniaque d'une telle représentation)
→ Seul contre tous, Lorenzaccio ne fait pas seulement le procès des républicains stériles, mais il énonce clairement le rapport conflictuel qu'il entretient avec les hommes, et avec le monde en entier : « Il faut que le monde sache un peu qui je suis, et qui il est ». Remarquez dans cette formule la séparation nette entre le Je (mégalomane et assoiffé de gloire) et le Monde. Le parallélisme met les deux entités sur le même pied d'égalité.
→ Le but ultime de Lorenzo (son ambition) : inscrire son nom dans le livre de l'histoire, forcer la reconnaissance des autres en accomplissant une action que ceux-ci sont incapables de mener à bien. But qui reste cependant, vu les circonstances historiques, fortement incertain et hasardeux.

  



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