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Chroniques d'un jeune enseignant novice
Par   slassi hassan (Prof)  [msg envoyés : 40le 29-10-11 à 23:12   Lu :17030 fois
« L'oubli n'est autre chose qu'un palimpseste. Qu'un accident survienne, et tous les effacements revivent dans les interlignes de la mémoire étonnée. »

VICTOR HUGO.

Prélude

Horizons restreints est la réécriture de l'immense palimpseste de ma mémoire, une rétrospective des moments forts de mon enfance et ma première expérience avec la vie professionnelle au sein de l’enseignement public. Ce sont des passages que j’ai choisis avec soin, ceux trouvés nécessaires dans mon journal intime que je tenais à l’époque. Tous les événements relatés sont vrais… Le choix du titre qui, un peu étrange, reflète les moments forts que j’ai vécus dans ma première école, un lieu enfui dans une petite vallée clôturée, comme au fond d’un entonnoir, par de gigantesques montagnes du moyen Atlas qui culminant à plus de trois mille mètres d’altitude ; ce qui rendait le champ de vision restreint, empêche de voir tout ce qui se trouvait de l’autre côté et contraint, avec égoïsme, perpétuellement à ne voir que le même décor et les mêmes paysages jusqu’à mémoriser tout les détails à s’en lasser.

Les sommets avec leur majesté, obligeaient le soleil à faire la grâce matinée, à se lever plus tard et à se coucher plutôt que prévu.

Au fur et à mesure que je progressais dans ma tâche de professeur, tout en m’adaptant à ma nouvelle situation, j’ai fini par comprendre que j’avais la chance de connaître la vie des autres, leurs coutumes…pendant la période furtive que j’ai passée là-bas, qui était une intéressante expérience, j’ai fini par oublier mes calvaires et adopter celles des autres… j’étais témoin du mélange de tous les contrastes qu’on ne peut imaginer ; les souffrances, les frustrations, la pauvreté qui rime avec la générosité, l’aridité qui rime avec la fertilité, les hommes et la nature se confondent , s’adaptent et se compensent mutuellement.

Mes élèves avaient de maigres chances d’avoir un avenir meilleur, la plupart d’entre eux, les filles surtout, seront condamnés à interrompre leurs études prématurément faute de moyens.

Là bas, j’ai compris que l’itinéraire sur les sentiers accidentés menait quelque part et que le destin l'avait voulu ainsi pour me défier à moi même, connaître mes limites, endurer de la même manière que les autres, partager leurs joies et leur désenchantement.

C’est un retour vers le passé, mon passé d’écolier. Parfois devant mes élèves, je me cherchais avec nostalgie parmi eux. Un espace favorable pour libérer l’enfant qui se cachait en moi. Tous les ingrédients étaient disponibles pour réaliser, quoique tardivement, les rêves enfantins enfermés en moi ; des rêves basculant entre arrêter le temps, le remonter, d’effectuer un voyage vers le passé pour changer le cours de l’histoire, intervenir et mettre en garde les êtres les plus chères qui ont été surpris par les sévices de la vie.

Horizons restreints est un hommage à l’âme de feu "KRIMOU" mon défunt frère, parti très récemment sans prévenir, suite à un accident tragique… sa mort m’est inacceptable…sa disparition m’a causé beaucoup de supplices, un profond chagrin et des séquelles indélébiles… lui qui était plus qu’un frère et plus qu’un ami. ; Il était ma moitié…nous étions complices de tout, on se comprenaient par nos regards et nos moindres gestes… Même sur le côté physionomique, on se ressemblait à se confondre. On avait la même apparence, le même sang et le même rhésus ; de vrais jumeaux mais à quelques années de différence … lui, à qui je ne cachais rien, avait accès libre à tout mon patrimoine et par conséquent mes mémoires , mes écrits et mes réflexions dont il était fier, non seulement parce que c’était moi son petit frère, mais aussi disait-t-il que ses efforts ont porté fruit ; c’était lui mon premier initiateur à la langue française et que par son intermédiaire, j’ai écrit les premiers mots de la langue de Molière et lu les premiers romans dont un parmi beaucoup d’autres restera mon préféré : « LES AVENTURES DE TOM SAWYER » du grand et célèbre écrivain MARK TWAIN.

Le fait que mes mémoires aient vu le jour, est un choix personnel et obligatoire. La disparition de mon frère m’a beaucoup affecté, son image me hante à chaque instant. Parler de lui me donne la force de subsister, d’amadouer mes douleurs permanentes. Ses paroles retentiront à jamais en moi… Il voyait que cette aventure méritait d’être écrite et partagée avec les autres ; j’exauce sa volonté pour honorer son âme. C’est mon remède et ma thérapie contre ce coup dur et cette étrange expérience imprévisible, la mort de cet être très cher.

Il est évident que je l’ai perdu pour de bon, mais il est évident aussi que je ne l’oublierai jamais ; il sera toujours avec moi, ad vitam aeternam, tant que je ferai partie de ce monde souvent cruel, le monde des mortels…

Je dédicace mon histoire à tous les instituteurs, Ces soldats invisibles, défendant les bonnes causes, dans leur dur labeur , accomplissant leurs taches dans des conditions presque impossibles, avec abnégation, dans les entrailles des montagnes, sur les cimes, dans la brume ; délaissés au hasard, à leur sort, comme un commando parachuté suite à un crash d’avion, sans attirails, dans une zone inexplorée de haut risque , où ils devaient trouver leurs repères, se familiariser avec leur entourage et parfois se débattre pour sauver leur vie.

Expressément, j’ai embelli mes mémoires, de mots, de paroles et d’événements qui m’ont beaucoup marqué pendant mes trois années à l’université poly disciplinaire de (ma ville natale) au sein des études françaises que sûrement mes professeurs reconnaîtront en lisant ces chroniques. D’ailleurs, quelques fragments de mes mémoires seront consacrés aux moments les plus forts de cette période « spéciale ».




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Réponse N°1 14887

Mes félicitations monsieur Slassi
Par   benharoune nadia  (Profle 30-10-11 à 12:08



Très heureuse cher collègue de vous lire,tellement touchée par votre histoire .Je vous félicite de votre style .




Réponse N°2 14890

bonjour
Par   bentaleb rachid  (Profle 30-10-11 à 16:06



bonjour monieur hassan, un style raffiné , mais le plus important c est ces émotions qui ornent ton texte,bravo, au plaisir de vous lire bientot.mes respects




Réponse N°3 14891

POUR NADIA ET RACHID
Par   slassi hassan  (Profle 30-10-11 à 16:29

Merci Nadia merci Rachid

C'est très gentil vous m'encouragez à publier la suite prochainement

Chroniques d'un jeune enseignant novice 1,2,3,4,5……….




Réponse N°4 14892

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 1
Par   slassi hassan  (Profle 30-10-11 à 16:41

Le premier Contact avec le monde du travail.

Je m'estimais heureux d'avoir pu décrocher une affectation au sein de la délégation d'enseignement de ma ville. Durant toutes mes deux années de stage, je n'avais qu'une seule priorité et unique obsession : travailler et glaner un maximum de bonnes notes car les affectations et les choix des postes étaient soumises à une sélection stricte et rigoureuse ; les étudiants étaient classés par ordre de mérite et départagés par leurs moyennes de fin d'année.

Après les vacances d’été, vers la moitié de la deuxième semaine du mois d’octobre, je devais me rendre à mon secteur scolaire, dans une région montagneuse que je ne connaissais pas auparavant. La voiture qui nous y amenait avait traversé une route escarpée et étroite, avec une infinité de virages en spiral, souvent cachés par une forêt dense de chênes verts et de sapins. Le véhicule s'était arrêté plusieurs fois car le moteur chauffait à cause de la surcharge.

Profitant d’une de nos multiples escales obligées, je m’étais renseigné auprès d’un des neuf passagers sur l’endroit où je me rendais. Un large sourire s’était dessiné sur son visage en me confiant que tout ceux à bord du taxi, étaient des instituteurs, mes nouveaux collègues. Certains se connaissaient déjà car ils avaient travaillé ensemble. Les présentations furent instantanément faites. Il y’avait le directeur, cinq anciens instituteurs, une institutrice qui venait d’une ville du nord du pays, trahie par son accent ; accompagnée de son père, elle aussi novice comme moi. Le reste du voyage s’était achevé dans une ambiance autre que celle avec laquelle il s’était entamé, les discussions s’étaient déclenchées, les langues dénouées et la monotonie rompue. Personnellement j’étais heureux non seulement parce que nous étions arrivés à destination, mais parce que le voyage était si fatigant. Pendant deux heures, on ne pouvait bouger, assis presque de profile pour libérer quelques centimètres et gagner une place de plus. Normalement on ne devait être que six dans le véhicule, mais le chauffeur en position de force avait décidé autrement, sous prétexte que le retour se fera sans le moindre passager. Nous étions obligés de lui donner un acompte pour garantir qu’il revienne l’après-midi nous prendre.

L’école se situait à environ trois cents mètres au pied de la route, non loin d’un village où les maisons étaient bâties semblait-il en matériaux locaux : terre de couleur ocre, rouge brique et bois de chêne comme charpente qui supportait les toits, dont les bouts étaient inévitablement penchant à l’extérieur en un décalage irrégulier. Même les portes et les fenêtres laissaient conclure avec leur simplicité et leur grossièreté qu’ils étaient des produits faits maison les fenêtres minuscules intimement conçues peut être pour voir sans être vu. Les demeures étaient basses presque à même le sol, dans un décor presque identique mais original. La cerise sur le gâteau, était un petit ruisseau qui traversait paisiblement le village, d’une sinuosité cohérente, frayant son chemin, où une eau très claire et limpide, indiscrètement laisse entendre un clapotis argentin, comme une délicieuse mélodie. Tout le long des deux berges, poussait des peupliers reconnaissables par leur silhouette allongée et les quelques feuilles jaunes, presque mortes, sur les branches, s’accrochant vainement, incapable d’arrêter le passage de l’automne. Quelques unes d’entre elles, rendirent l’âme au moment où on traversait le petit bricolé pont de troncs d’arbres morts, grinçant sous nos masses ; leur chute était sensiblement lente et paisible, amortie par la douceur de l’air. Lorsqu’elles touchaient la surface de l’eau, sans le moindre bruit, elles furent instantanément charriées au cœur de la forêt, sans aucune résistance, vers l’inconnu comme un cortège funéraire. Les rayons solaires du matin, tombaient inclinés sur la surface de cette eau, la nimbant et lui donnant l’aspect d’un métal précieux : l’argent fondu avec quelques pétales d’or flottantes. Un vrai tableau paradisiaque que nul peintre ne peut représenter, l’œuvre de la nature. Une catharsis et abréaction, un vrai comble ; j’étais en extase. Ma fatigue s’était miraculeusement dissipée. Même en salle de réunion, je ne m’empêchais pas de contempler par le hublot ce paysage magnifique, j’avais l’impression, une fois sur place que je faisais partie d’une carte postale réelle, même l’école se confondait avec cette nature, elle était peinte de la même couleur que le sol comme si elle avait poussé spontanément de la croûte terrestre, les feuilles mortes dissimulaient la cour et les toitures métalliques de l’établissement, seules les fenêtres révélaient sa présence.





Réponse N°5 14897

On veut réellement lire la suite.
Par   benharoune nadia  (Profle 30-10-11 à 18:47



Vous avez une manière fascinante pour décrire le paysage qui ressemble vraiment à un tableau d'art. Votre style subtil témoigne d'un vrai goût d'écrivain du plus haut talent.Mes encouragements.




Réponse N°6 14898

Un tableau digne de Balzac
Par   Massmoudi Azeddine  (Profle 30-10-11 à 19:25



Monsieur,

Merci pour le partage et pour votre générosité, déterrer ses souvenirs est un acte salvateur.




Réponse N°7 14899

POUR MONSIEUR AZEDDINE MASSMOUDI
Par   slassi hassan  (Profle 30-10-11 à 20:09

Monsieur,

Je suis ravi de lire ton commentaire qui me donne le courage de partager la suite (plus que 100 PAGES) et de contourner mon autocensure … merci encore .




Réponse N°8 14902

Très intéressant à tous les plans
Par   Samira Yassine  (Profle 31-10-11 à 11:53



On attend avec impatience la suite M slassi. Je suis heureuse de vous voir promettre de nombreux chapitres. C'est très intéressant comme expérience, c'est très intéressant aussi comme production littéraire. Vous un beau style riche en description.

Merci




Réponse N°9 14903

re
Par   Massmoudi Azeddine  (Profle 31-10-11 à 12:27



Monsieur, on attend la suite surtout pas de censure




Réponse N°10 14908

Impressions d'une lectrice de vous mémoires
Par   chahbi latifa  (Profle 31-10-11 à 20:43



Monsieur Slassi Hassan,

Je suis émerveillée par votre style d'écriture!! les mots me trahissent pour traduire mes émotions après avoir lu vos chroniques!! Vous avez l'art de sentir le mot avant de l'écrire!! vous avez aussi le don de faire voyager votre lecteur à travers le verbe!! Je suis très ravie de vous lire!! Toutes mes félicitations!!




Réponse N°11 14910

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 2
Par   slassi hassan  (Profle 31-10-11 à 21:21

Une fois que le corps professoral réuni, nous avions droit comme veut la tradition, à faire connaissance, ainsi le directeur était comme nous, novice à son tour, c’était sa première année dans l’administration. On comptait au total dix-sept enseignants en plus de nous les quatre bizuts.

Les anciens avaient la priorité et le privilège de combler les postes vacants les plus proches grâce à leur ancienneté passée au sein du secteur scolaire. Les nouveaux(…) par date d’affectation. J’avais quelques jours d’ancienneté par rapport au trois autres, qui n’avaient servi à rien, sauf que j’avais droit à choisir d’enseigner soit l’arabe soit le français que j’avais choisi sans même réfléchir, mais dans une école satellite loin d’environ cent kilomètres de notre administration, avec deux jeunes instituteurs dont je venais de faire connaissance, je m’étais dit avec amertume et désolation : « bonjour les ennuis »

La réunion terminée, le directeur nous avait priés de rejoindre nos écoles dès le lendemain, pour commencer à donner les cours car les parents d'élevés commençaient à se plaindre. Notre seul équipement était un registre d’absence, une liste de noms d’élèves et deux boites de craie ; une blanche et une autre de différentes coleurs.

J’étais désigné responsable de l’école où j’allais travailler et de sa cantine. Mes responsabilités se limitaient à recevoir les parents d’élèves, inscrire les nouveaux venus et envoyer chaque fin de mois la progression et pourcentage d’absence et de présence et la liste des nouveaux venus et de ceux qui pour une raison ou pour une autre avaient rompu les études.

Par l’intermédiaire de nos prédécesseurs instituteurs, on avait eu un maximum d’informations sur ce lieu mystérieux où le destin nous avait jetés. Ainsi nous avions un croquis de toutes les routes qui menaient là-bas, avec des indices et les noms de coins qu’on devait traverser, les noms des gens influents sur place qu’on devait contacter en cas de soucis. Mais surtout les détails sur le seul véhicule qui devait nous y amener, il était de couleur bleue ciel et faisait le voyage en plus de trois heures, le départ le vendredi après-midi, le retour le samedi jour de marché. Un retour sans horaire précis car cela dépendait du chauffeur, de ses projets, de ses états d’âmes mais surtout du climat et de ses humeurs.

Les deux collègues avec qui je devais assurer ma tâche étaient jeunes comme moi, à peine sortis de l’adolescence, l’un accompagné par son père qui s’est mis à pleurer lorsqu’il avait su où son fils allait s’exiler, ses supplications n’avaient pas eu de succès auprès du directeur pour le laisser travailler dans l’école centrale. Il avait pris son fils par la main en se dirigeant vers leur voiture, murmurant des injures qu’il allait voir le délégué d’enseignement et qu’il avait des relations. La seule institutrice et son frère étaient du même avis, ils voyaient injuste qu’une femme devait travailler avec des enseignants hommes célibataires.

Les débats avaient continué jusqu’à ce qu’un coup de klaxon étouffé nous rendit à la réalité, c’était l’heure de rentrer. Le tumulte avait continué durant tout le trajet du retour, je ne faisais aucune attention à ce qui se passait, autour de moi, j’étais émergé par mille idées et mille réflexions, presque assommé. Le coup de frein annonçant notre arrivée était violent au point qu’il nous avait ébranlé et par conséquent nous avait rendu à la réalité.

Chez moi, j’étais obligé de faire partager mes soucis avec le reste de la famille Intriguée par mon silence et ma mélancolie que j’avais essayée inutilement de dissimuler.

Ils étaient partagés entre encourageants et plaintifs, ma mère passait ses câlines mains, d’un geste affectueux, sur mes cheveux. Ses yeux brillaient, elle esquivait mon regard, ses larmes l’avaient trahi, mon père connaissant fort bien la région voulait mettre un brin d’ambiance sur la situation, avait été abandonné par sa sincérité, sa voix n’était plus la sienne. Il avait préféré aller faire sa sieste, j’étais sûr qu’il n’avait pas fermé l’œil ce n’était qu’un prétexte mal improvisé.




Réponse N°12 14912

Lisez et dites simplement merci chers amis
Par   slassi hassan  (Profle 31-10-11 à 21:47

si vous trouvez que ça valait la peine ,Un simple merci me suffirait

Vos commentaires me ravissent énormément




Réponse N°13 14925

re
Par   hatim ABDERRAHMAN  (Profle 02-11-11 à 01:01



Merci et bonne continuation.




Réponse N°14 15198

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 3
Par   slassi hassan  (Profle 19-11-11 à 21:40

Ecole satellite

Le jour de la rentrée, un ami de la famille qui connaissait la région, lieu de mon affectation, m’avait accompagné ; sa sœur mariée avait habité là-bas quelques temps auparavant. Nous avions pris de l’eau, du pain et quelques boîtes de conserve. Le véhicule qui nous avait amené ne pouvait continuer plus de douze kilomètres. La grande partie de la route n’était qu’une piste délabrée, nous étions alors obligés de continuer à pied.

Il était six heures du matin lorsqu’on avait entamé notre périple, la chaleur commençait à se faire sentir. Sur la route, on devait tout le temps nous renseigner auprès des habitants, des bergers et des quelques nomades que le hasard avait mis sur notre route vers l'inconnu. Heureusement que mon accompagnateur maîtrisait la langue régionale ; nous avions abandonné la route carrossable pour prendre beaucoup de raccourcis afin de gagner du temps, nous avions parcouru une langue plaine d’environ trois heures de marche où il n’y avait ni animaux, ni point d’eau, ni âme qui vive ; rien que des steppes et des plantes épineuses qui nous empêchaient de progresser normalement. Une montagne très haute nous faisait face d’une couleur ocre, un vrai calvaire. La chaîne portait le nom de « montagne rouge », au-delà et sensiblement plus haut une silhouette noire avec un tache blanche au sommet, surgit petit à petit, c’était ; le mont (…). Mon guide m’avait signalé que notre destination se situait entre ces deux chaînes. Deux heures plus tard, nous étions assis au pied de la première crête en train de nous reposer, de s’offrir un peu de nourriture et de nous rafraîchir le gosier avec notre eau. Lorsque j’avais enlevé mes chaussures pour soulager mes pieds, ils étaient couverts d’ampoules et d’inflammations douloureuses. Une heure plus tard, nous avions déjà traversé cet énorme obstacle par l’intermédiaire d’un col creusé par l’érosion et par les bêtes de masse qui le traversaient depuis des millénaires la corrodant de la sorte, il n’y avait pas d’autres passages incontournablement le seul et l'unique . Le sommet était perché à deux cents mètres. L’autre montagne, noire cette fois-ci était devant nous, toute entière, majestueuse et tangible. Le paysage avait changé cette fois, il y’avait une forêt de cyprès connaissable par les formes de ses arbres et l’odeur qui embaumait l’atmosphère. Sur tout le versant sud de la chaîne qu’on descendait, des bloques de pierres énormes étaient bien rangés horizontalement où des arbres s’accrochaient comme s’ils fuyaient l’homme. La forêt paraissait agonisante, il n’en reste que quelques espèces qui n’avaient presque plus de feuilles. Des chèvres noires tels des fantômes, achevaient les derniers bourgeons sur les bouts des branches, des caprins redoutables, acrobates, défiants la loi de l’apesanteur.

Au loin, tout en bas, un grand fleuve serpentait la vallée ; sur ses deux rives, une végétation abondante et verdoyante attirait délibérément notre attention. Des maisons minuscules comme des boîtes d’allumettes, aux toits jaunes se situaient au loin, de manière intermittente, sur les deux berges. Il était impossible de distinguer l’école parmi ces bâtisses en position plongée ; des kilomètres nous séparaient encore de notre but. La pente commençait à s’aplatir, ce qui nous encourageait à changer de rythme et d’accélérer notre cadence. J’étais curieux et impatient de connaître mon premier lieu de travail.

Il était quatorze heures passées de quelques minutes lorsque nous étions arrivés ; j’étais déçu de me trouver devant une vielle école de trois classes en mauvais état. Les portes étaient cadenassées avec de vielles chaînes rouillées. A quelques mètres plus loin, une vielle maison, sa toiture était en tuiles ; probablement, la demeure réservée aux instituteurs. Dans la cour, un seul arbre mort debout, écorcé rendait le spectacle lugubre. J’étais complètement déçu.

Les maisons alentour qu’une crevasse séparait, me réconciliaient par leurs formes identiques, j’avais trouvé réponse à la couleur jaune de leur toit, des épis de maïs y séchaient. Tout était perché à la manière d’une corniche laissant contempler en bas des parcelles presque régulières de cultures maraîchères où poussait de manière abusive du turquet (= maïs) au dépend de quelques légumes potagères, il y’avait aussi tout le long du fleuve d’en amont en aval, avec complicité ,reproduisant sinusoïdalement chaque ondulation du fleuve, infiniment des oliveraies, quelques arbres fruitiers surtout des grenadiers aux feuilles basculant entre le jaune et le rouge écarlate et des cognassiers qui portaient encore leurs fruits couleur jaune citron enjolivant ainsi les vergers. Il n’y avait aucun élève à l’école ni aux environs !




Réponse N°15 15219

salam
Par   bentaleb rachid  (Profle 20-11-11 à 21:39



Ravi de te lire,cher ami et frère..

c est tout simplement beau.Bonne continuation




Réponse N°16 15222

beau récit
Par   Samira Yassine  (Profle 21-11-11 à 09:24



En lisant votre beau récit , je n'ai pu m'empêcher de m'intéresser plus à ce parcours si long si fatigant que vous avez fait. Cela nous amène à réfléchir à la vie que mène certains de nos collègues affectées dans des zones si lointaines et si difficiles à atteindre. Certes tout le monde a droit à l'instruction, mais que les responsables préparent juste un chemin menant à ces contrées lointaines.

Chapeau M Slassi Hassan.

On attend impatiemment la suite.




Réponse N°17 15374

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 4
Par   slassi hassan  (Profle 27-11-11 à 20:20

Par la suite, nous avons effectué une visite guidée par le gardien et cantinier de l’école qui nous a rejoint dés qu’il nous a vu roder auteur de l’établissement … les portes étaient fermées avec des cadenas rangés par la rouille. Nous avions eu beaucoup de difficultés à les ouvrir. A l’intérieur, il y’avait beaucoup de poussières et de toiles d’araignées ; de vieux cahiers jonchaient ça et là, ce qui révélait que personne n’y avait mis les pieds depuis la fin de l’année scolaire précédente … au tableau une date le confirmait : …Juin 199…

L’une des trois salles était construite en dur contrairement aux deux autres préfabriquées. Elle était grande, d’une soixantaine de mètres carrés, ou régnait une anarchie absolue : les tables mal rongées, un vieux bureau renversé sur le coté dépourvu d’un des quatre pieds. Partout sur le plancher et sur les tables, de la fiente d’oiseaux abondait les moineaux avaient niché sur la charpente, il y’avait même quelques uns qui se réfugiaient de la chaleur en toute quiétude sans prêter attention à notre présence. A l’arrière du plafond, un grand trou auquel il m’était difficile de donner une véritable forme géométrique, probablement l’impacte d’un coup d’éclair qui l’avait foudroyé à bout portant, d’où on peut contempler une partie du ciel bleu. Au dessus du tableau, la mue suspendue d’un serpent .

Déçu, je me suis rendu à la petite maison, la porte extérieure était ouverte ce qui nous a épargné de déployer davantages d’efforts pour ouvrir la serrure qui avait subi parait-il tous les sévices des phénomènes atmosphériques . Une fois à l’intérieur, nous étions dans un minuscule « patio» qui s’ouvre sur une petite salle de bain, un amas de bois mort occupait la moitié de l’espace et deux portes cette fois fermées avec des serrures. On a dû attendre plusieurs minutes tandis que le cantinier essayait ses clés de différentes formes et tailles suspendues dans un vieil anneau de cuivre. Finalement, on pouvait contempler l’intérieur : une vraie déception, les murs dégradés, une cheminée délabrée, on pouvait lire sur les murs tagués de toutes sortes de dictons, de proverbes et même quelques dessins obscènes et des insultes sûrement écrites par quelqu’un à l’aide de la suie de la cheminée.

Notre ami nous fit la révélation que la demeure est inhabitée depuis plusieurs années, les instituteurs préféraient partager une salle de classe moyennement en bon état pour dormir et manger. La maison servait pour le débarras. Le bon état de la toiture, des fenêtres et des portes m’avait poussé à penser la rénover et l’entretenir pour y habiter.

La journée touchait à sa fin lorsque nous avions quitté notre guide que nous avions convaincu difficilement de partir pour nous rendre chez la famille de mon ami qui nous attendait. Nous étions arrivés la nuit tombée, après avoir longé le fleuve pendant deux heures. L’accueil était chaleureux et convivial. Après le dîner, j’avais dormi les points fermés, meurtris par la fatigue et l’épuisement. Le lendemain matin après un bon petit déjeuner, deux mulets nous ont transportés quelques Kilomètres en aval pour prendre un camion qui nous a ramenés à son tour jusqu'un petit hameau sur la route principale. Le trajet était long et pénible car la route était impraticable.




Réponse N°18 15407

Beau style, description fascinante, fier de t’avoir connu
Par   khalid marwani  (Profle 29-11-11 à 09:54

Cher Hassen, je suis ravi de te retrouver à travers tes chroniques je ne suis nullement étonné de ton talon d’écriture … l’année qu’on a passée ensemble à ENS de Meknès m’a permi de mieux te connaitre de plus près … je me souviens du jour où un prof formateur avait parlé de ton style lorsqu’il a lu une partie de tes mémoires … tes élèves du primaire ont certainement eu beaucoup de chance à l'epoque … ceux du secondaire doivent se régaler en production écrite surtout...

Souvent tu évoquais le drame de la disparition de tes deux frères … je sais que tu as une forte personnalité car tu es un grand sportif … la vie continue et certainement la tienne sera prospère … à la prochaine je suis ému... bisou pour Alae-Eddine et la petite princesse Mayssem que Dieu vous bénisse…




Réponse N°19 15423

merci bcp khaled
Par   slassi hassan  (Profle 30-11-11 à 14:18

Je te remercie pour ta gentillesse je t'envoie tous mes coordonnées sur ton email dans l'espoir de se retrouver si tu as le temps bien évidement ... j'attends que tu te manifestes…


Réponse N°20 15561

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 5
Par   slassi hassan  (Profle 11-12-11 à 20:16

Le jour du départ, le véhicule ne pouvait pas tout prendre, j’avais beaucoup d’affaires. Un voisin s’est chargé de me transporter jusqu’à ma destination, avec son pick-up neuf. Il régnait une atmosphère lugubre sur la maison, les adieux avaient été plus lents que prévu, j’étais le le chouchou de la famille. Ma mère m’avait serré contre elle, frémissante ; elle m’avait embrassé la tête et le front à plusieurs reprises ; j’avais senti ses larmes chaudes mouiller mes cheveux tout en murmurant des mots de bénédiction à mes oreilles.

Ma vieille grand-mère âgée d’une centaine d’années avait pris son courage à quatre mains, aidée par sa canne, était venue elle aussi me faire ses adieux avec une voix vibrante, je me souviens jusqu’à aujourd’hui de ses mots : « Adieu mon fils, Dieu te bénisse, peut être que nous nous reverrions plus jamais ». Il est vrai qu’elle était vielle et malade mais elle avait vécu douze années de plus, battant le record familial de longévité et laissant une progéniture d’une centaine de petits fils. A son chevet, je me souviens, j’avais partagé les derniers instants de sa longue vie. Je lui ai fait les derniers adieux en embrassant son front glacé, refroidi. Malgré qu’on lui ait enlevé ses deux prothèses dentaires, un sourire discret se dessinait sur son visage, comme si elle était satisfaite de la mission qu’elle venait d’accomplir. C’étaient des moments pleins d’émotions. Mon grand père, lui, était mort vingt quatre ans plus tôt, chez lui, à la campagne ; Il n'y avait pas de place dans la voiture qui devait transporter ma famille assister à ses obsèques. Alors, j’avais fait les dix-huit bornes à pieds, rien que pour le voir une dernière fois, mais j’étais arrivé trop tard il était déjà enseveli, inerte allongé au milieu des oliviers à côté du puits duquel il avait l’habitude de puiser l’eau pour arroser son potager.

Le voisin s’impatientait, mon père, à la dernière minute, avait sauté dans la voiture. Il avait préféré m’accompagner , ce qui m’a réconforté . Derrière nous, des mains s’éloignaient, s’agitant à droite et à gauche en guise d’adieu.

Deux heures et demi plus tard, nous étions à destination, nous n’étions pas les seuls, mes deux collègues étaient déjà sur place, arrivés la veille, par leurs propres moyens. Les tables étaient dehors, un grand ménage était en cours. C’était le premier contact avec mes élèves, un samedi, jour du marché local.

Mes deux collègues avaient préféré habiter dans le fond de l’une des deux classes, encore en bon état, séparées par un grand rideau opaque de tissu du reste de la salle de cours.

Les élèves étaient timides en demandant gentiment la liste des fournitures scolaires que j’avais conçue au paravant. Leurs parents les attendaient à quelques dizaines de mètres à proximité du Souk où on distinguait quelques dizaines d’individus, des hommes surtout, à l’exception de deux vieilles femmes assises devant un tas d’œufs. Il y’avait quelques corbeilles de fruits et légumes, quelques tentes qui vantaient des habits et des chaussures de plastique. Le vendeur n’était que le propriétaire de la camionnette bleue. Non loin, un jeune homme vendait des fournitures scolaires, venu spécialement pour ce jour de la rentrée.

Une demi-heure plus tard, toutes mes affaires étaient devant la porte de "ma" maison, le voisin qui nous avait ramenés devait rentrer. Mon père n’osait pas me regarder de face il n’avait pas dit un seul mot, il est parti le cœur lourd. À l’intérieur de la voiture, par la vitre, esquivant mon regard, , dissimulant sa faiblesse et s’essuyant ses larmes d’un geste brusque. J’étais le dernier partant du foyer familial et quoique j’aie grandi, il me considérait encore petit.

L’après-midi, après un prompt repas , nous avions entamé l’entretien de la demeure, les élèves nous avaient aidés en cherchant l’eau à la petite source voisine, mon ami s’est chargé d’appliquer une couche de peinture à la chambre où on devait loger, le temps pressait.

Pendant ce temps, je faisais connaissance avec mes élèves, j’avais une drôle de sensation, c’était un moment que j’attendais depuis longtemps ; tout s’était bien passé. ils venaient de trois douars différents à proximité du fleuve ; le plus loin était à deux kilomètres de l’école.

M’accoudant sur le vieux bureau, je ne m’empêchais de lire le patrimoine que les instituteurs avaient laissé écrit. C’était comme si plusieurs civilisations successives contradictoires déposant chacune ses strates sur le vieux bois. Une sorte de coupe verticale où des traces révèlent l'espace propre de chaque âge. Les fragments se chevauchent, s'interpénètrent, se détruisent mutuellement, des réflexions moitié lisibles, des phrases inachevés, des dates, des noms, des dessins, des proverbes et même des appels de détresse !!!…




Réponse N°21 15562

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 6
Par   slassi hassan  (Profle 11-12-11 à 20:39

Le temps s’était écoulé très vite, les élèves partis, nous étions réunis autour de deux tables de l’école entrain de boire un thé, nous avions placé toutes mes affaires à la chambre une fois la peinture finie. Ce soir là, nous avions tous mangé ensemble, puis chacun avait gagné son lit.

Après une bonne nuit de sommeil, la petite horloge nous réveilla à sept heures du matin, nous avions pris le petit déjeuner à la sauvette pour entamer une longue journée de réparations et d’entretiens. Mon ami s’était chargé de peindre le reste de l’intérieur de la maison et moi l’extérieur avec du lait de chaux. Les murs étaient très immaculés je devais donc leur appliquer une deuxième couche. Après le déjeuner, nous avions rincé à l'aide de l’eau et un balai, le plancher qui était très sale et crasseux mais en bon état. Nous avions ouvert les emballages de cartons et de sacs pour répartir chaque objet à sa place : une chambre servait de cuisine et de salle à manger ; l’autre, bibliothèque et chambre à coucher. Il n’y avait aucun meuble et j’avais emprunté une table à deux chaises de ma classe pour m’en servir de bureau ; mes livres et mes bouquins, je les ai laissés dans une grande caisse dans un coin pour plus tard.

Mes deux collègues avaient pris les deux salles de classe qui étaient en bon état sous prétexte que l’autre salle dégradée s’ouvrait sur la maison. Nous nous étions mis à deux pour peindre la grande salle que nous n’avions pas pu finir le même jour. Elle était à moitié peinte, lorsque nous décidions d’arrêter pour aller dans un coin bien caché du fleuve, loin des maisons, camouflés par la végétation où nous nous sommes débarrassés des tâches de peinture qui couvraient nos mains, nos visages et nos vêtements. L’eau était claire et limpide où on peut distinguer facilement au fond, des galets et des alevins.

Il faut dire que l’entretien de la maison et de l’école avait continué pendant tout le reste du mois. Mon ami était parti le samedi d’après mais durant toute la période que j’avais passée là-bas, il me rendait visite tous les fins de moi pour me ravitailler et me ramener tout ce dont j’avais besoin.

Par la suite, j’avais écrit le nom de mon école tout en haut d’une muraille, en grandes lettres. La classe était bien peinte de l’intérieur comme de l’extérieur. J’avais remplacé l’ancienne serrure par une deuxième toute neuve, le seul souci était la grande perforation du plafond, elle était irréparable, malheureusement.

A fur et à mesure que les jours se succédaient, je commençais à m’adapter avec ma nouvelle situation. Je souffrais d'une solitude ravageuse que j'essayais de combler avec mes élèves pendant les cours.

Chaque soir avant de m’endormir, je rédigeais dans mon journal intime, mon confident, tous les événements importants qui se passaient. Les quelques fois où je ne les avais pas rédigés, étaient les périodes de vacances. Lorsque je reprenais mes mémoires, mes phrases commençaient toujours par des mots d’excuses tel : « cher journal, je suis navré de t’avoir négligé pendant tout ce temps … j’étais en vacances… ».

Dans mon journal, je trouvais la liberté de révéler mes secrets et mes soucis les plus intimes, il a su les préserver jusqu’aux moindres détails. Il comporte plus de trois cents pages bilingues, pour la plupart en français. Grâce à mes archives, aujourd’hui, je peux évaluer mon niveau de français d’autrefois, il y’a une dizaine d’années, mais surtout, c’est ma précieuse référence pour résumer une partie et une période de ma vie sous forme de chroniques.

J’avais quatre niveaux : la troisième et la quatrième année combinée indépendamment de la cinquième et la sixième auxquels auxquels je devais assurer les cours de français et de mathématiques par alternance avec mon collègue qui assurait l’arabe. Contrairement à la méthodologie qu’on avait reçue pendant deux années de stages acharnés, on était censé enseigner des classes à niveau unique. Malheureusement, nous étions confrontés à des classes combinées, de niveaux multiples et différents. Le jour de la réunion au début de l’année, j’avais évoqué ce problème auprès du conseil des instituteurs. Tout le monde connaissait le problème et ses causes qui se résument dans les effectifs réduits ; mais personne ne m’a donné une réponse satisfaisante pour y remédier sauf quelques méthodes qui demandent beaucoup d’efforts et de matériel pédagogique auxiliaire ; pour la première fois, j’entendis l’expression de tronc commun (rien à voir avec le tronc commun du secondaire, mais ici les leçons qui ont des points communs) dans l’enseignement. Le tronc commun que je connaissais avait une relation avec la culture, l’action de cultiver la terre, visant à la rendre productive.

Chez nous à quelques kilomètres de ma ville, dans une belle campagne, nous avions un verger d’amandiers, d’oliviers, de vignes et de quelques figuiers. La plupart de ses arbres fruitiers sont plantés par mon père, aidé souvent pas mes frères. Mon père était connu par sa grande expérience de greffer des plantes. Je me souviens qu’on avait un amandier sauvageon, greffé d’un prunier et d’un abricotier, souvent mon père nous mettait en garde à ne pas monter sur cet arbre, il était vulnérable, mais très beau à voir. Un seul arbre, un seul tronc où on peut contempler sur ses branches trois fruits différents, un amandier qui adopte deux autres arbres de la même espèce, cet arbre n’a pas vécu longtemps. Sûrement il attaqué par la maladie ou il souffrait d’un problème de rejet.

Tous mes frères avaient la chance de vivre leur enfance là bas, quoique j’y sois né, nous étions obligés d’émigrer en ville trois ans après, pour que mes frères puissent continuer leurs études au collège puis au lycée. Nous attendions les grandes vacances impatiemment pour y retourner, aider dans les tâches agricoles. Moi j’aimais participer aux jeux des bergers, monter sur l’âne vicieux qui ne cherchait qu’à me faire tomber, aller pêcher les poissons ou chercher les nids d’oiseaux. J’étais très influencé par les dessins animés qui passaient à la télé de l’époque, j’aimais marcher les pieds nus à la manière de Tom Sawyer, ce qui agaçait ma mère. Souvent les après midi, elle nous obligeait à faire la sieste pour nous éviter de tomber malade par un coup de soleil estival ou d’être mordu par des serpents. Mais pour la plupart des fois, je réussissais à m’échapper en catimini pour aller rejoindre les autres à la petite rivière aux au verger des voisins profiter de quelques fruits. Leur petite de la région était loin, mes frères et mes cousins racontaient avec amertume et beaucoup de nostalgie qu’ils enduraient tous les hivers pour y arriver. Ils devaient souvent se débarrasser de leurs bottes en plastique qui les empêchaient d’avancer. Ils les cachaient dans les clôtures de ronces au bord de la route, puis ils continuaient les pieds nus, leurs habits trempés. Le gardien de l’école leur faisait boire du lait en poudre à la cantine, malgré eux. Il les menaçait de les dénoncer à leur sévère instituteur s’ils refusaient. Pourtant ils étaient très studieux. Aujourd’hui leur école existe toujours, elle n’a pas beaucoup changé, très célèbre dans la région. La plupart d’entre eux ont fait une bonne carrière : beaucoup de professeurs, d’inspecteurs d’enseignement, de médecins, de cadres d’état, des officiers de l’armée et un Caïd ...

A proximité de cette école, existait un tribunal inauguré par les français à l’époque du protectorat où un faux caïd cette fois, traître, servait d’outil aux mains des colons pour contraindre les gens à travailler gratuitement dans leurs fermes sous peine de représailles. Il leurs avait pris leurs terres fertiles. Tout le monde le détestait au point qu’il fut tué par un compatriote de la région, mort lui aussi de nos jours. Le tyran sombre pour dans la décharge de l’histoire ; le héros, martyre jusqu’au bout aux yeux de tous pour l’éternité.




Réponse N°22 15706

Re Hassen
Par   khalid marwani  (Profle 21-12-11 à 13:54



Cher collègue, votre écriture est impressionnante tu as un style saisissant voire captivant… chapeau !!!

J’aimerais bien lire l’une de tes nouvelles ou une partie surtout celle écrite en 2008 intitulée « l’arbre à palabre » et surtout pas de censure …




Réponse N°23 15713

Re khaled
Par   slassi hassan  (Profle 21-12-11 à 20:16



Ravi de ton commentaire cher ami… le temps de finir le contrôle continu et je la mettrai sur Maroc agrég

A très bientôt




Réponse N°24 16047

Chroniques d'un jeune enseignant novice les six premières parties confondues
Par   slassi hassan  (Profle 11-01-12 à 22:10

« L'oubli n'est autre chose qu'un palimpseste. Qu'un accident survienne, et tous les effacements revivent dans les interlignes de la mémoire étonnée. »

VICTOR HUGO.

Prélude

Horizons restreints est la réécriture de l'immense palimpseste de ma mémoire, une rétrospective des moments forts de mon enfance et ma première expérience avec la vie professionnelle au sein de l’enseignement public. Ce sont des passages que j’ai choisis avec soin, ceux trouvés nécessaires dans mon journal intime que je tenais à l’époque. Tous les événements relatés sont vrais… Le choix du titre qui, un peu étrange, reflète les moments forts que j’ai vécus dans ma première école, un lieu enfui dans une petite vallée clôturée, comme au fond d’un entonnoir, par de gigantesques montagnes du moyen Atlas qui culminant à plus de trois mille mètres d’altitude ; ce qui rendait le champ de vision restreint, empêche de voir tout ce qui se trouvait de l’autre côté et contraint, avec égoïsme, perpétuellement à ne voir que le même décor et les mêmes paysages jusqu’à mémoriser tout les détails à s’en lasser.

Les sommets avec leur majesté, obligeaient le soleil à faire la grâce matinée, à se lever plus tard et à se coucher plutôt que prévu.

Au fur et à mesure que je progressais dans ma tâche de professeur, tout en m’adaptant à ma nouvelle situation, j’ai fini par comprendre que j’avais la chance de connaître la vie des autres, leurs coutumes…pendant la période furtive que j’ai passée là-bas, qui était une intéressante expérience, j’ai fini par oublier mes calvaires et adopter celles des autres… j’étais témoin du mélange de tous les contrastes qu’on ne peut imaginer ; les souffrances, les frustrations, la pauvreté qui rime avec la générosité, l’aridité qui rime avec la fertilité, les hommes et la nature se confondent , s’adaptent et se compensent mutuellement.

Mes élèves avaient de maigres chances d’avoir un avenir meilleur, la plupart d’entre eux, les filles surtout, seront condamnés à interrompre leurs études prématurément faute de moyens.

Là bas, j’ai compris que l’itinéraire sur les sentiers accidentés menait quelque part et que le destin l'avait voulu ainsi pour me défier à moi même, connaître mes limites, endurer de la même manière que les autres, partager leurs joies et leur désenchantement.

C’est un retour vers le passé, mon passé d’écolier. Parfois devant mes élèves, je me cherchais avec nostalgie parmi eux. Un espace favorable pour libérer l’enfant qui se cachait en moi. Tous les ingrédients étaient disponibles pour réaliser, quoique tardivement, les rêves enfantins enfermés en moi ; des rêves basculant entre arrêter le temps, le remonter, d’effectuer un voyage vers le passé pour changer le cours de l’histoire, intervenir et mettre en garde les êtres les plus chères qui ont été surpris par les sévices de la vie.

Horizons restreints est un hommage à l’âme de feu "KRIMOU" mon défunt frère, parti très récemment sans prévenir, suite à un accident tragique… sa mort m’est inacceptable…sa disparition m’a causé beaucoup de supplices, un profond chagrin et des séquelles indélébiles… lui qui était plus qu’un frère et plus qu’un ami. ; Il était ma moitié…nous étions complices de tout, on se comprenait par nos regards et nos moindres gestes… Même sur le côté physionomique, on se ressemblait à se confondre. On avait la même apparence, le même sang et le même rhésus ; de vrais jumeaux mais à quelques années de différence … lui, à qui je ne cachais rien, avait accès libre à tout mon patrimoine et par conséquent mes mémoires , mes écrits et mes réflexions dont il était fier, non seulement parce que c’était moi son petit frère, mais aussi disait-t-il que ses efforts ont porté fruit ; c’était lui mon premier initiateur à la langue française et que par son intermédiaire, j’ai écrit les premiers mots de la langue de Molière et lu les premiers romans dont un parmi beaucoup d’autres restera mon préféré : « LES AVENTURES DE TOM SAWYER » du grand et célèbre écrivain MARK TWAIN.

Le fait que mes mémoires aient vu le jour, est un choix personnel et obligatoire. La disparition de mon frère m’a beaucoup affecté, son image me hante à chaque instant. Parler de lui me donne la force de subsister, d’amadouer mes douleurs permanentes. Ses paroles retentiront à jamais en moi… Il voyait que cette aventure méritait d’être écrite et partagée avec les autres ; j’exauce sa volonté pour honorer son âme. C’est mon remède et ma thérapie contre ce coup dur et cette étrange expérience imprévisible, la mort de cet être si cher.

Il est évident que je l’ai perdu pour de bon, mais il est évident aussi que je ne l’oublierai jamais ; il sera toujours avec moi, ad vitam aeternam, tant que je ferai partie de ce monde souvent cruel, le monde des mortels…

Je dédicace mon histoire à tous les instituteurs, Ces soldats invisibles, défendant les bonnes causes, dans leur dur labeur , accomplissant leurs taches dans des conditions presque impossibles, avec abnégation, dans les entrailles des montagnes, sur les cimes, dans la brume ; délaissés au hasard, à leur sort, comme un commando parachuté suite à un crash d’avion, sans attirails, dans une zone inexplorée de haut risque , où ils devaient trouver leurs repères, se familiariser avec leur entourage et parfois se débattre pour sauver leur vie.

Expressément, j’ai embelli mes mémoires, de mots, de paroles et d’événements qui m’ont beaucoup marqué pendant mes trois années à l’université poly disciplinaire de (ma ville natale) au sein des études françaises que sûrement mes professeurs reconnaîtront en lisant ces chroniques. D’ailleurs, quelques fragments de mes mémoires seront consacrés aux moments les plus forts de cette période « spéciale ».

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 1

Le premier Contact avec le monde du travail.

Je m'estimais heureux d'avoir pu décrocher une affectation au sein de la délégation d'enseignement de ma ville. Durant toutes mes deux années de stage, je n'avais qu'une seule priorité et unique obsession : travailler et glaner un maximum de bonnes notes car les affectations et les choix des postes étaient soumises à une sélection stricte et rigoureuse ; les étudiants étaient classés par ordre de mérite et départagés par leurs moyennes de fin d'année.

Après les vacances d’été, vers la moitié de la deuxième semaine du mois d’octobre, je devais me rendre à mon secteur scolaire, dans une région montagneuse que je ne connaissais pas auparavant. La voiture qui nous y amenait avait traversé une route escarpée et étroite, avec une infinité de virages en spiral, souvent cachés par une forêt dense de chênes verts et de sapins. Le véhicule s'était arrêté plusieurs fois car le moteur chauffait à cause de la surcharge.

Profitant d’une de nos multiples escales obligées, je m’étais renseigné auprès d’un des neuf passagers sur l’endroit où je me rendais. Un large sourire s’était dessiné sur son visage en me confiant que tout ceux à bord du taxi, étaient des instituteurs, mes nouveaux collègues. Certains se connaissaient déjà car ils avaient travaillé ensemble. Les présentations furent instantanément faites. Il y’avait le directeur, cinq anciens instituteurs, une institutrice qui venait d’une ville du nord du pays, trahie par son accent ; accompagnée de son père, elle aussi novice comme moi. Le reste du voyage s’était achevé dans une ambiance autre que celle avec laquelle il s’était entamé, les discussions s’étaient déclenchées, les langues dénouées et la monotonie rompue. Personnellement j’étais heureux non seulement parce que nous étions arrivés à destination, mais parce que le voyage était si fatigant. Pendant deux heures, on ne pouvait bouger, assis presque de profile pour libérer quelques centimètres et gagner une place de plus. Normalement on ne devait être que six dans le véhicule, mais le chauffeur en position de force avait décidé autrement, sous prétexte que le retour se fera sans le moindre passager. Nous étions obligés de lui donner un acompte pour garantir qu’il revienne l’après-midi nous prendre.

L’école se situait à environ trois cents mètres au pied de la route, non loin d’un village où les maisons étaient bâties semblait-il en matériaux locaux : terre de couleur ocre, rouge brique et bois de chêne comme charpente qui supportait les toits, dont les bouts étaient inévitablement penchant à l’extérieur en un décalage irrégulier. Même les portes et les fenêtres laissaient conclure avec leur simplicité et leur grossièreté qu’elles étaient des produits faits maison les fenêtres minuscules intimement conçues peut être pour voir sans être vu. Les demeures étaient basses presque à même le sol, dans un décor presque identique mais original. La cerise sur le gâteau, était un petit ruisseau qui traversait paisiblement le village, d’une sinuosité cohérente, frayant son chemin, où une eau très claire et limpide, indiscrètement laisse entendre un clapotis argentin, comme une délicieuse mélodie. Tout le long des deux berges, poussait des peupliers reconnaissables par leur silhouette allongée et les quelques feuilles jaunes, presque mortes, sur les branches, s’accrochant vainement, incapable d’arrêter le passage de l’automne. Quelques unes d’entre elles, rendirent l’âme au moment où on traversait le petit bricolé pont de troncs d’arbres morts, grinçant sous nos masses ; leur chute était sensiblement lente et paisible, amortie par la douceur de l’air. Lorsqu’elles touchaient la surface de l’eau, sans le moindre bruit, elles furent instantanément charriées au cœur de la forêt, sans aucune résistance, vers l’inconnu comme un cortège funéraire. Les rayons solaires du matin, tombaient inclinés sur la surface de cette eau, la nimbant et lui donnant l’aspect d’un métal précieux : l’argent fondu avec quelques pétales d’or flottantes. Un vrai tableau paradisiaque que nul peintre ne peut représenter, l’œuvre de la nature. Une catharsis et abréaction, un vrai comble ; j’étais en extase. Ma fatigue s’était miraculeusement dissipée. Même en salle de réunion, je ne m’empêchais pas de contempler par le hublot ce paysage magnifique, j’avais l’impression, une fois sur place que je faisais partie d’une carte postale réelle, même l’école se confondait avec cette nature, elle était peinte de la même couleur que le sol comme si elle avait poussé spontanément de la croûte terrestre, les feuilles mortes dissimulaient la cour et les toitures métalliques de l’établissement, seules les fenêtres révélaient sa présence.

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 2

Une fois que le corps professoral réuni, nous avions droit comme veut la tradition, à faire connaissance, ainsi le directeur était comme nous, novice à son tour, c’était sa première année dans l’administration. On comptait au total dix-sept enseignants en plus de nous les quatre bizuts.

Les anciens avaient la priorité et le privilège de combler les postes vacants les plus proches grâce à leur ancienneté passée au sein du secteur scolaire. Les nouveaux(…) par date d’affectation. J’avais quelques jours d’ancienneté par rapport au trois autres, qui n’avaient servi à rien, sauf que j’avais droit à choisir d’enseigner soit l’arabe soit le français que j’avais choisi sans même réfléchir, mais dans une école satellite loin d’environ cent kilomètres de notre administration, avec deux jeunes instituteurs dont je venais de faire connaissance, je m’étais dit avec amertume et désolation : « bonjour les ennuis »

La réunion terminée, le directeur nous avait priés de rejoindre nos écoles dès le lendemain, pour commencer à donner les cours car les parents d'élevés commençaient à se plaindre. Notre seul équipement était un registre d’absence, une liste de noms d’élèves et deux boites de craie ; une blanche et une autre de différentes couleurs.

J’étais désigné responsable de l’école où j’allais travailler et de sa cantine. Mes responsabilités se limitaient à recevoir les parents d’élèves, inscrire les nouveaux venus et envoyer chaque fin de mois la progression et pourcentage d’absence et de présence et la liste des nouveaux venus et de ceux qui pour une raison ou pour une autre avaient rompu les études.

Par l’intermédiaire de nos prédécesseurs instituteurs, on avait eu un maximum d’informations sur ce lieu mystérieux où le destin nous avait jetés. Ainsi nous avions un croquis de toutes les routes qui menaient là-bas, avec des indices et les noms de coins qu’on devait traverser, les noms des gens influents sur place qu’on devait contacter en cas de soucis. Mais surtout les détails sur le seul véhicule qui devait nous y amener, il était de couleur bleue ciel et faisait le voyage en plus de trois heures, le départ le vendredi après-midi, le retour le samedi jour de marché. Un retour sans horaire précis car cela dépendait du chauffeur, de ses projets, de ses états d’âmes mais surtout du climat et de ses humeurs.

Les deux collègues avec qui je devais assurer ma tâche étaient jeunes comme moi, à peine sortis de l’adolescence, l’un accompagné par son père qui s’est mis à pleurer lorsqu’il avait su où son fils allait s’exiler, ses supplications n’avaient pas eu de succès auprès du directeur pour le laisser travailler dans l’école centrale. Il avait pris son fils par la main en se dirigeant vers leur voiture, murmurant des injures qu’il allait voir le délégué d’enseignement et qu’il avait des relations. La seule institutrice et son frère étaient du même avis, ils voyaient injuste qu’une femme devait travailler avec des enseignants hommes célibataires.

Les débats avaient continué jusqu’à ce qu’un coup de klaxon étouffé nous rendit à la réalité, c’était l’heure de rentrer. Le tumulte avait continué durant tout le trajet du retour, je ne faisais aucune attention à ce qui se passait, autour de moi, j’étais émergé par mille idées et mille réflexions, presque assommé. Le coup de frein annonçant notre arrivée était violent au point qu’il nous avait ébranlé et par conséquent nous avait rendu à la réalité.

Chez moi, j’étais obligé de faire partager mes soucis avec le reste de la famille Intriguée par mon silence et ma mélancolie que j’avais essayée inutilement de dissimuler.

Ils étaient partagés entre encourageants et plaintifs, ma mère passait ses câlines mains, d’un geste affectueux, sur mes cheveux. Ses yeux brillaient, elle esquivait mon regard, ses larmes l’avaient trahi, mon père connaissant fort bien la région voulait mettre un brin d’ambiance sur la situation, avait été abandonné par sa sincérité, sa voix n’était plus la sienne. Il avait préféré aller faire sa sieste, j’étais sûr qu’il n’avait pas fermé l’œil ce n’était qu’un prétexte mal improvisé.

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 3

Ecole satellite

Le jour de la rentrée, un ami de la famille qui connaissait la région, lieu de mon affectation, m’avait accompagné ; sa sœur mariée avait habité là-bas quelques temps auparavant. Nous avions pris de l’eau, du pain et quelques boîtes de conserve. Le véhicule qui nous avait amené ne pouvait continuer plus de douze kilomètres. La grande partie de la route n’était qu’une piste délabrée, nous étions alors obligés de continuer à pied.

Il était six heures du matin lorsqu’on avait entamé notre périple, la chaleur commençait à se faire sentir. Sur la route, on devait tout le temps nous renseigner auprès des habitants, des bergers et des quelques nomades que le hasard avait mis sur notre route vers l'inconnu. Heureusement que mon accompagnateur maîtrisait la langue régionale ; nous avions abandonné la route carrossable pour prendre beaucoup de raccourcis afin de gagner du temps, nous avions parcouru une langue plaine d’environ trois heures de marche où il n’y avait ni animaux, ni point d’eau, ni âme qui vive ; rien que des steppes et des plantes épineuses qui nous empêchaient de progresser normalement. Une montagne très haute nous faisait face d’une couleur ocre, un vrai calvaire. La chaîne portait le nom de « montagne rouge », au-delà et sensiblement plus haut une silhouette noire avec un tache blanche au sommet, surgit petit à petit, c’était ; le mont (…). Mon guide m’avait signalé que notre destination se situait entre ces deux chaînes. Deux heures plus tard, nous étions assis au pied de la première crête en train de nous reposer, de s’offrir un peu de nourriture et de nous rafraîchir le gosier avec notre eau. Lorsque j’avais enlevé mes chaussures pour soulager mes pieds, ils étaient couverts d’ampoules et d’inflammations douloureuses. Une heure plus tard, nous avions déjà traversé cet énorme obstacle par l’intermédiaire d’un col creusé par l’érosion et par les bêtes de masse qui le traversaient depuis des millénaires la corrodant de la sorte, il n’y avait pas d’autres passages incontournablement le seul et l’unique. Le sommet était perché à deux cents mètres. L’autre montagne, noire cette fois-ci était devant nous, toute entière, majestueuse et tangible. Le paysage avait changé cette fois, il y’avait une forêt de cyprès connaissable par les formes de ses arbres et l’odeur qui embaumait l’atmosphère. Sur tout le versant sud de la chaîne qu’on descendait, des bloques de pierres énormes étaient bien rangés horizontalement où des arbres s’accrochaient comme s’ils fuyaient l’homme. La forêt paraissait agonisante, il n’en reste que quelques espèces qui n’avaient presque plus de feuilles. Des chèvres noires tels des fantômes, achevaient les derniers bourgeons sur les bouts des branches, des caprins redoutables, acrobates, défiants la loi de l’apesanteur.

Au loin, tout en bas, un grand fleuve serpentait la vallée ; sur ses deux rives, une végétation abondante et verdoyante attirait délibérément notre attention. Des maisons minuscules comme des boîtes d’allumettes, aux toits jaunes se situaient au loin, de manière intermittente, sur les deux berges. Il était impossible de distinguer l’école parmi ces bâtisses en position plongée ; des kilomètres nous séparaient encore de notre but. La pente commençait à s’aplatir, ce qui nous encourageait à changer de rythme et d’accélérer notre cadence. J’étais curieux et impatient de connaître mon premier lieu de travail.

Il était quatorze heures passées de quelques minutes lorsque nous étions arrivés ; j’étais déçu de me trouver devant une vielle école de trois classes en mauvais état. Les portes étaient cadenassées avec de vielles chaînes rouillées. A quelques mètres plus loin, une vielle maison, sa toiture était en tuiles ; probablement, la demeure réservée aux instituteurs. Dans la cour, un seul arbre mort debout, écorcé rendait le spectacle lugubre. J’étais complètement déçu.

Les maisons alentour qu’une crevasse séparait, me réconciliaient par leurs formes identiques, j’avais trouvé réponse à la couleur jaune de leur toit, des épis de maïs y séchaient. Tout était perché à la manière d’une corniche laissant contempler en bas des parcelles presque régulières de cultures maraîchères où poussait de manière abusive du turquet (= maïs) au dépend de quelques légumes potagères, il y’avait aussi tout le long du fleuve d’en amont en aval, avec complicité ,reproduisant sinusoïdalement chaque ondulation du fleuve, infiniment des oliveraies, quelques arbres fruitiers surtout des grenadiers aux feuilles basculant entre le jaune et le rouge écarlate et des cognassiers qui portaient encore leurs fruits couleur jaune citron enjolivant ainsi les vergers. Il n’y avait aucun élève à l’école ni aux environs !

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 4

Par la suite, nous avons effectué une visite guidée par le gardien et cantinier de l’école qui nous a rejoint dés qu’il nous a vu roder auteur de l’établissement … les portes étaient fermées avec des cadenas rangés par la rouille. Nous avions eu beaucoup de difficultés à les ouvrir. A l’intérieur, il y’avait beaucoup de poussières et de toiles d’araignées ; de vieux cahiers jonchaient ça et là, ce qui révélait que personne n’y avait mis les pieds depuis la fin de l’année scolaire précédente … au tableau une date le confirmait : …Juin 199…

L’une des trois salles était construite en dur contrairement aux deux autres préfabriquées. Elle était grande, d’une soixantaine de mètres carrés, ou régnait une anarchie absolue : les tables mal rongées, un vieux bureau renversé sur le coté dépourvu d’un des quatre pieds. Partout sur le plancher et sur les tables, de la fiente d’oiseaux abondait les moineaux avaient niché sur la charpente, il y’avait même quelques uns qui se réfugiaient de la chaleur en toute quiétude sans prêter attention à notre présence. A l’arrière du plafond, un grand trou auquel il m’était difficile de donner une véritable forme géométrique, probablement l’impacte d’un coup d’éclair qui l’avait foudroyé à bout portant, d’où on peut contempler une partie du ciel bleu. Au dessus du tableau, la mue suspendue d’un serpent.

Déçu, je me suis rendu à la petite maison, la porte extérieure était ouverte ce qui nous a épargné de déployer davantage d’efforts pour ouvrir la serrure qui avait subi parait-il tous les sévices des phénomènes atmosphériques. Une fois à l’intérieur, nous étions dans un minuscule « patio» qui s’ouvre sur une petite salle de bain, un amas de bois mort occupait la moitié de l’espace et deux portes cette fois fermées avec des serrures. On a dû attendre plusieurs minutes tandis que le cantinier essayait ses clés de différentes formes et tailles suspendues dans un vieil anneau de cuivre. Finalement, on pouvait contempler l’intérieur : une vraie déception, les murs dégradés, une cheminée délabrée, on pouvait lire sur les murs tagués de toutes sortes de dictons, de proverbes et même quelques dessins obscènes et des insultes sûrement écrites par quelqu’un à l’aide de la suie de la cheminée.

Notre ami nous fit la révélation que la demeure est inhabitée depuis plusieurs années, les instituteurs préféraient partager une salle de classe moyennement en bon état pour dormir et manger. La maison servait pour le débarras. Le bon état de la toiture, des fenêtres et des portes m’avait poussé à penser la rénover et l’entretenir pour y habiter.

La journée touchait à sa fin lorsque nous avions quitté notre guide que nous avions convaincu difficilement de partir pour nous rendre chez la famille de mon ami qui nous attendait. Nous étions arrivés la nuit tombée, après avoir longé le fleuve pendant deux heures. L’accueil était chaleureux et convivial. Après le dîner, j’avais dormi les points fermés, meurtris par la fatigue et l’épuisement. Le lendemain matin après un bon petit déjeuner, deux mulets nous ont transportés quelques Kilomètres en aval pour prendre un camion qui nous a ramenés à son tour jusqu'un petit hameau sur la route principale. Le trajet était long et pénible car la route était impraticable.

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 5

Le jour du départ, le véhicule ne pouvait pas tout prendre, j’avais beaucoup d’affaires. Un voisin s’est chargé de me transporter jusqu’à ma destination, avec son pick-up neuf. Il régnait une atmosphère lugubre sur la maison, les adieux avaient été plus lents que prévu, j’étais le chouchou de la famille. Ma mère m’avait serré contre elle, frémissante ; elle m’avait embrassé la tête et le front à plusieurs reprises ; j’avais senti ses larmes chaudes mouiller mes cheveux tout en murmurant des mots de bénédiction à mes oreilles.

Ma vieille grand-mère âgée d’une centaine d’années avait pris son courage à quatre mains, aidée par sa canne, était venue elle aussi me faire ses adieux avec une voix vibrante, je me souviens jusqu’à aujourd’hui de ses mots : « Adieu mon fils, Dieu te bénisse, peut être que nous nous reverrions plus jamais ». Il est vrai qu’elle était vielle et malade mais elle avait vécu douze années de plus, battant le record familial de longévité et laissant une progéniture d’une centaine de petits fils. A son chevet, je me souviens, j’avais partagé les derniers instants de sa longue vie. Je lui ai fait les derniers adieux en embrassant son front glacé, refroidi. Malgré qu’on lui ait enlevé ses deux prothèses dentaires, un sourire discret se dessinait sur son visage, comme si elle était satisfaite de la mission qu’elle venait d’accomplir. C’étaient des moments pleins d’émotions. Mon grand père, lui, était mort vingt quatre ans plus tôt, chez lui, à la campagne ; Il n'y avait pas de place dans la voiture qui devait transporter ma famille assister à ses obsèques. Alors, j’avais fait les dix-huit bornes à pieds, rien que pour le voir une dernière fois, mais j’étais arrivé trop tard il était déjà enseveli, inerte allongé au milieu des oliviers à côté du puits duquel il avait l’habitude de puiser l’eau pour arroser son potager.

Le voisin s’impatientait, mon père, à la dernière minute, avait sauté dans la voiture. Il avait préféré m’accompagner, ce qui m’a réconforté. Derrière nous, des mains s’éloignaient, s’agitant à droite et à gauche en guise d’adieu.

Deux heures et demi plus tard, nous étions à destination, nous n’étions pas les seuls, mes deux collègues étaient déjà sur place, arrivés la veille, par leurs propres moyens. Les tables étaient dehors, un grand ménage était en cours. C’était le premier contact avec mes élèves, un samedi, jour du marché local.

Mes deux collègues avaient préféré habiter dans le fond de l’une des deux classes, encore en bon état, séparées par un grand rideau opaque de tissu du reste de la salle de cours.

Les élèves étaient timides en demandant gentiment la liste des fournitures scolaires que j’avais conçue auparavant. Leurs parents les attendaient à quelques dizaines de mètres à proximité du Souk où on distinguait quelques dizaines d’individus, des hommes surtout, à l’exception de deux vieilles femmes assises devant un tas d’œufs. Il y’avait quelques corbeilles de fruits et légumes, quelques tentes qui vantaient des habits et des chaussures de plastique. Le vendeur n’était que le propriétaire de la camionnette bleue. Non loin, un jeune homme vendait des fournitures scolaires, venu spécialement pour ce jour de la rentrée.

Une demi-heure plus tard, toutes mes affaires étaient devant la porte de "ma" maison, le voisin qui nous avait ramenés devait rentrer. Mon père n’osait pas me regarder de face il n’avait pas dit un seul mot, il est parti le cœur lourd. À l’intérieur de la voiture, par la vitre, esquivant mon regard, dissimulant sa faiblesse et s’essuyant ses larmes d’un geste brusque. J’étais le dernier partant du foyer familial et quoique j’aie grandi, il me considérait encore petit.

L’après-midi, après un prompt repas , nous avions entamé l’entretien de la demeure, les élèves nous avaient aidés en cherchant l’eau à la petite source voisine, mon ami s’est chargé d’appliquer une couche de peinture à la chambre où on devait loger, le temps pressait.

Pendant ce temps, je faisais connaissance avec mes élèves, j’avais une drôle de sensation, c’était un moment que j’attendais depuis longtemps ; tout s’était bien passé. Ils venaient de trois douars différents à proximité du fleuve ; le plus loin était à deux kilomètres de l’école.

M’accoudant sur le vieux bureau, je ne m’empêchais de lire le patrimoine que les instituteurs avaient laissé écrit. C’était comme si plusieurs civilisations successives contradictoires déposant chacune ses strates sur le vieux bois. Une sorte de coupe verticale où des traces révèlent l'espace propre de chaque âge. Les fragments se chevauchent, s'interpénètrent, se détruisent mutuellement, des réflexions moitié lisibles, des phrases inachevés, des dates, des noms, des dessins, des proverbes et même des appels de détresse !!!…

Chroniques d'un jeune enseignant novice suite : 6

Le temps s’était très vite écoulé, les élèves partis, nous étions réunis autour de deux tables de l’école entrain de boire un thé, nous avions placé toutes mes affaires à la chambre une fois la peinture finie. Ce soir là, nous avions tous mangé ensemble, puis chacun avait gagné son lit.

Après une bonne nuit de sommeil, la petite horloge nous réveilla à sept heures du matin, nous avions pris le petit déjeuner à la sauvette pour entamer une longue journée de réparations et d’entretiens. Mon ami s’était chargé de peindre le reste de l’intérieur de la maison et moi l’extérieur avec du lait de chaux. Les murs étaient très immaculés je devais donc leur appliquer une deuxième couche. Après le déjeuner, nous avions rincé à l'aide de l’eau et un balai, le plancher qui était très sale et crasseux mais en bon état. Nous avions ouvert les emballages de cartons et de sacs pour répartir chaque objet à sa place : une chambre servait de cuisine et de salle à manger ; l’autre, bibliothèque et chambre à coucher. Il n’y avait aucun meuble et j’avais emprunté une table à deux chaises de ma classe pour m’en servir de bureau ; mes livres et mes bouquins, je les ai laissés dans une grande caisse dans un coin pour plus tard.

Mes deux collègues avaient pris les deux salles de classe qui étaient en bon état sous prétexte que l’autre salle dégradée s’ouvrait sur la maison. Nous nous étions mis à deux pour peindre la grande salle que nous n’avions pas pu finir le même jour. Elle était à moitié peinte, lorsque nous décidions d’arrêter pour aller dans un coin bien caché du fleuve, loin des maisons, camouflés par la végétation où nous nous sommes débarrassés des tâches de peinture qui couvraient nos mains, nos visages et nos vêtements. L’eau était claire et limpide où on peut distinguer facilement au fond, des galets et des alevins.

Il faut dire que l’entretien de la maison et de l’école avait continué pendant tout le reste du mois. Mon ami était parti le samedi d’après mais durant toute la période que j’avais passée là-bas, il me rendait visite tous les fins de moi pour me ravitailler et me ramener tout ce dont j’avais besoin.

Par la suite, j’avais écrit le nom de mon école tout en haut d’une muraille, en grandes lettres. La classe était bien peinte de l’intérieur comme de l’extérieur. J’avais remplacé l’ancienne serrure par une deuxième toute neuve, le seul souci était la grande perforation du plafond, elle était irréparable, malheureusement.

A fur et à mesure que les jours se succédaient, je commençais à m’adapter avec ma nouvelle situation. Je souffrais d'une solitude ravageuse que j'essayais de combler avec mes élèves pendant les cours.

Chaque soir avant de m’endormir, je rédigeais dans mon journal intime, mon confident, tous les événements importants qui se passaient. Les quelques fois où je ne les avais pas rédigés, étaient les périodes de vacances. Lorsque je reprenais mes mémoires, mes phrases commençaient toujours par des mots d’excuses tel : « cher journal, je suis navré de t’avoir négligé pendant tout ce temps … j’étais en vacances… ».

Dans mon journal, je trouvais la liberté de révéler mes secrets et mes soucis les plus intimes, il a su les préserver jusqu’aux moindres détails. Il comporte plus de trois cents pages bilingues, pour la plupart en français. Grâce à mes archives, aujourd’hui, je peux évaluer mon niveau de français d’autrefois, il y’a une dizaine d’années, mais surtout, c’est ma précieuse référence pour résumer une partie et une période de ma vie sous forme de chroniques.

J’avais quatre niveaux : la troisième et la quatrième année combinée indépendamment de la cinquième et la sixième auxquels je devais assurer les cours de français et de mathématiques par alternance avec mon collègue qui assurait l’arabe. Contrairement à la méthodologie qu’on avait reçue pendant deux années de stages acharnés, on était censé enseigner des classes à niveau unique. Malheureusement, nous étions confrontés à des classes combinées, de niveaux multiples et différents. Le jour de la réunion au début de l’année, j’avais évoqué ce problème auprès du conseil des instituteurs. Tout le monde connaissait le problème et ses causes qui se résument dans les effectifs réduits ; mais personne ne m’a donné une réponse satisfaisante pour y remédier sauf quelques méthodes qui demandent beaucoup d’efforts et de matériel pédagogique auxiliaire ; pour la première fois, j’entendis l’expression de tronc commun (rien à voir avec le tronc commun du secondaire, mais ici les leçons qui ont des points communs) dans l’enseignement. Le tronc commun que je connaissais avait une relation avec la culture, l’action de cultiver la terre, visant à la rendre productive.

Chez nous à quelques kilomètres de ma ville, dans une belle campagne, nous avions un verger d’amandiers, d’oliviers, de vignes et de quelques figuiers. La plupart de ses arbres fruitiers sont plantés par mon père, aidé souvent pas mes frères. Mon père était connu par sa grande expérience de greffer des plantes. Je me souviens qu’on avait un amandier sauvageon, greffé d’un prunier et d’un abricotier, souvent mon père nous mettait en garde à ne pas monter sur cet arbre, il était vulnérable, mais très beau à voir. Un seul arbre, un seul tronc où on peut contempler sur ses branches trois fruits différents, un amandier qui adopte deux autres arbres de la même espèce, cet arbre n’a pas vécu longtemps. Sûrement il attaqué par la maladie ou il souffrait d’un problème de rejet.

Tous mes frères avaient la chance de vivre leur enfance là bas, quoique j’y suis né, nous étions obligés d’émigrer en ville trois ans après, pour que mes frères puissent continuer leurs études au collège puis au lycée. Nous attendions les grandes vacances impatiemment pour y retourner, aider dans les tâches agricoles. Moi j’aimais participer aux jeux des bergers, monter sur l’âne vicieux qui ne cherchait qu’à me faire tomber, aller pêcher les poissons ou chercher les nids d’oiseaux. J’étais très influencé par les dessins animés qui passaient à la télé de l’époque, j’aimais marcher les pieds nus à la manière de Tom Sawyer, ce qui agaçait ma mère. Souvent les après midi, elle nous obligeait à faire la sieste pour nous éviter de tomber malade par un coup de soleil estival ou d’être mordu par des serpents. Mais pour la plupart des fois, je réussissais à m’échapper en catimini pour aller rejoindre les autres à la petite rivière ou au verger des voisins sévir et profiter de quelques fruits. Leur petite école de la région était loine, mes frères et mes cousins racontaient avec amertume et beaucoup de nostalgie qu’ils enduraient tous les hivers pour y arriver. Ils devaient souvent se débarrasser de leurs bottes en plastique qui les empêchaient d’avancer. Ils les cachaient dans les clôtures de ronces au bord de la route, puis ils continuaient les pieds nus, leurs habits trempés. Le gardien de l’école leur faisait boire du lait en poudre à la cantine, malgré eux. Il les menaçait de les dénoncer à leur sévère instituteur s’ils refusaient. Pourtant ils étaient très studieux. Aujourd’hui leur école existe toujours, elle n’a pas beaucoup changé, très célèbre dans la région. La plupart d’entre eux ont fait une bonne carrière : beaucoup de professeurs, d’inspecteurs d’enseignement, de médecins, de cadres d’état, des officiers de l’armée et un Caïd ...

A proximité de cette école, existait un tribunal inauguré par les français à l’époque du protectorat où un faux caïd cette fois, traître, servait d’outil aux mains des colons pour contraindre les gens à travailler gratuitement dans leurs fermes sous peine de représailles. Il leurs avait pris toutes les terres fertiles. Tout le monde le détestait au point qu’il fut tué par un compatriote de la région, mort lui aussi vingt ans plus tard aprés son acte de bravour. Le tyran sombre dans la décharge de l’histoire ; le héros, martyre jusqu’au bout aux yeux de tous pour l’éternité.




Réponse N°25 18808

Chroniques d'un jeune enseignant novice 7
Par   slassi hassan  (Profle 21-03-12 à 20:47

Je me souviens très bien de mon parcours d’écolier, surtout au primaire ; j’étais une vraie petite canaille, surexcité. Je me bagarrais souvent avec mes camarades. Un jour, j’ai mordu mon meilleur ami à cause d’un morceau de craie qu’il m’avait volé, le cours était interrompu par les cris de douleur de ma victime.

J’étais puni sévèrement par la maîtresse, recevant trente coups sur mes petits pieds jusqu’à ce que je ne pus plus marcher ; en plus je devais écrire deux cents lignes en arabe : « je ne dois jamais mordre mes camarades comme un âne ». J’étais un héros aux yeux des petits camarades, je ne m’étais pas dégonflé, je n’avais pas pleuré et je n’avais pas alerté ma famille ; j’étais studieux mais je voulais faire régner ma loi comme le leader et le chef de ma classe.

Malgré tout, j’étais le chouchou de quelques institutrices, certaines me faisaient confiance d’aller chercher leurs verres d’eau, d’écrire la date au tableau noir et de distribuer les cahiers d’exercice etc. Je participais à toutes les activités organisées par mon école. J’avais surtout une bonne écriture, je fais tout de ma main gauche. Un vieil instituteur avait essayé par tous les moyens de me persuader d’écrire de la main droite ; ce qui a voué à l’échec, il voyait que j’étais l’incarnation du diable. Il me ridiculisait devant mes camarades, me menaçait de casser mon pouce gauche, mais sans succès. Un jour pendant une séance de vocalisation d'un texte (chakl) il m’avait donné un coup, sur la tête, avec une longue règle en bois, de forme carrée. Le sang avait giclé sur mon cou et mes habits. Au lieu de me rendre au premier robinet pour me laver, j’avais pris en courant le chemin du travail de mon père qui en me voyant, avait commencé à jurer qu’il allait tuer le coupable, cet instituteur psychopathe. Le directeur, un ami de la famille avait calmé ses ardeurs en me changeant de classe. Je m’étais enfin débarrassé d’un cauchemar qui avait duré des mois durant. Cette fois, je me foutais des moqueries de mes camarades. Mais l’incident qui m’avait le plus marqué jusqu’à nos jours, était l’absence de conscience chez une institutrice, une vielle fille de petite taille, qui dépassait à peine un mètre cinquante. Elle écrivait la date du jour au milieu du tableau. J’avais une fois corrigé une faute d’omission qu’elle a commise devant d’autres enseignants stagiaires présents parmi nous ce jour-là. J’avais l’audace de lui corriger avec la candeur d’un gamin, comme si je réalisais un exploit et sans se soucier des représailles dont j’allais être sujet. Durant tout le reste de cette année-là, j’avais subi sa loi, ses punitions, ses regards de travers, ses insinuations mais surtout une très mauvaise note à l’examen. Elle avait engagé un de nos camarades, le cancre de la classe, un chauve qu’on surnommait « bol à zéro », son mouchard, qui nous dénonçait pour nos petites bêtises ; même celles commises hors de l’école. Cet élève, avait une drôle de tête, dépourvue de cheveux, mais personne n’osait se moquer de lui ; au contraire nous étions obligés de le corrompre avec une petite orange, des biscuits ou des billes pour acheter son silence et épargner les châtiments de l’institutrice. Le jour des examens, il s’asseyait à côté de moi pour copier les réponses discrètement sur ma copie. L’occasion favorable pour satisfaire ma petite vengeance ; puisque expressément, j’écrivais de mauvaises réponses sur mon brouillon qu’il recopiait bêtement et enchanté.




Réponse N°26 18809

merci
Par   mortada majid  (Profle 21-03-12 à 21:38



très impressionnant , tu nous as gratifié d'un beau récit ...Bravo




Réponse N°27 18856

c un plaisir Mr Mortada Majid
Par   slassi hassan  (Profle 22-03-12 à 21:08



très bientôt la suite ... vivement les amis




Réponse N°28 18938

Chroniques d'un jeune enseignant novice 8
Par   slassi hassan  (Profle 25-03-12 à 13:35

Le périple

Chaque fois, le voyage commençait juste devant chez moi. Les coups de klaxons, du vieux pick-up, qui m’étaient très familiers, m’obligeaient à faire de prompts adieux . Une fois mes affaires chargées, le périple commençait et durerait entre trois et cinq bonnes heures car cela dépendait des circonstances.

Notre itinéraire n’était pas toujours le même, parfois on devait éviter les barrages des gendarmes faute de surcharge où se mêlaient hommes, animaux et marchandises.

Le chauffeur, des fois d’un geste enfantin, descendait de sa voiture, rampait à plat ventre pour s’assurer que la voie était libre derrière les petites collines. Les rivières, en crue, nous obligeaient à attendre l’apaisement de leur colère, et même de les contourner parfois.

J’entamais souvent le voyage par des prières, les prières pour ne pas avoir d’accidents mais aussi des louanges pour que notre véhicule n’ait pas de pannes sur la route ; cet étrange véhicule dont on ignorait la marque. Confusément il n’était ni camion, ni voiture ; à cheval entre les deux, sorti de l’imagination de son propriétaire. Son moteur souffrait énormément, souvent il fallait s’arrêter pour apaiser sa soif, il chauffait tout le temps. Les jours de pluie, les routes devenaient boueuses et impraticables où les roues s’enlisaient. Souvent il fallait descendre, recourir à nos forces musculaires pour le pousser et même sacrifier quelques jeunes arbres et de galets matières solides substituts du substrat pour le faire passer comme sur un radeau. Le chauffeur, en plus de ses diverses occupations, était braconnier ; il s’arrêtait et partait à la poursuite des perdrix qui se trouvaient au bord de notre route. Même son fusil était bricolé chez un soudeur comme sa voiture. J’avais des soupçons qu’il simulait parfois des pannes pour s’arrêter et en profiter pour exercer son sport sanguinaire.

Je n’étais jamais monté à l’intérieur, dans la cabine, car elle était réservée surtout aux femmes et à ses connaissances. Nous montions derrière à découvert, avec des animaux. Un jour, profitant de notre occupation à faire sortir la camionnette de la boue, une chèvre s’est échappée en douce, son propriétaire l’avait beau cherché sans succès. Tout le monde s’impatientait pour partir, nous étions obligés d’aller trouver la maudite bête, car une femme, la copropriétaire, s’était allongée devant les roues de la voiture pour nous empêcher de partir . Il nous a fallu deux heures pour retrouver la maudite fugueuse entrain de paître en toute quiétude dans la forêt.

Une autre fois, une brebis avait mis bas dans la voiture, en urgence, à l’aide des passagers, sans qu’on s’arrête. Mais l’histoire la plus comique que tragique, c’était lorsqu’un bouc a eu un malaise, une mousse blanche sortait de sa bouche, nous étions obligés de s’arrêter cette fois et d’essayer de le réanimer en vain. Finalement on s’est résignés à l’égorger puis le vider sur place. « Peut-être qu’il a le mal de transport !» : me disait ironiquement un ami instituteur. Je ne m’empêchais pas de rire. Soudain et sans prévenir ce dernier fut éclaboussé par des jets d’un liquide visqueux, la morve vengeresse d’une vielle brebis qui avait éternué droit sur son visage. Même moi j’avais eu ma part, dommage collatéral ; pourtant, je ne pouvais m’abstenir de rire une deuxième fois malgré la circonstance, un fou rire à s’étouffer. L’arroseur devient l’arrosé.

La voiture progressait lentement à cause du mauvais état de la piste, obligée de faire de grands détours à cause du terrain accidenté. Au bord de la piste, défilait de vieux chênes verts, parfois je descendais du véhicule pour ramasser des glands ou cueillir des raisins des bois. Les vignes et les chênes, avec une grande complicité, se chevauchent et s’adoptent mutuellement. Les pampres et les cépées, comme des mèches rebelles, suspendus anarchiquement, alourdis par des grappes à portée de main un petit paradis terrestre.

Je descendais même volontairement pour m’assurer du bon état des ponts de fortune sur lesquelles on devait passer ; lorsque j’avais des soupçons, je traversais à pied, sous les regards narquois de tout « l’équipage ».

Sur la route, au fond des ravins, jonchait les carcasses de quelques voitures en décomposition. Leur oxydation avancée les confondait avec la couleur de la montagne, cette montagne qu’on avait l’impression qu’elle faisait tout son possible pour effacer toute trace intruse de l’homme et nous empêcher de la pénétrer, de la conquérir ; elle ne voulait point révéler ses secrets.




Réponse N°29 19163

le chemin vers l'inconnu.....
Par   Samira Yassine  (Profle 30-03-12 à 22:31



Je remercie M hassan Slassi pour le partage et souhaite lire la suite de cette chronique très prochainement. Merci encore cher collègue.



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