Cellule de veille!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 26-08-12 à 12:53  Lu :913 fois
     
  
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Voici un projet que j'ai soumis dans le conseil de gestion de l'établissement, pour gérer le budget au profit des élèves, mais, on a peint quelques murs, et on a empoché le reste!
Préambule
Dans le cadre d’une réunion qui s’est tenue, dans notre établissement, nous avons discuté de la note émanant du ministère, dans le cadre du Plan d’Urgence, laquelle informe l’ensemble des corps pédagogiques des écoles, d’une nouvelle perspective appelée « le bassin scolaire ». Cette démarche vise à créer une sorte de coopération entre les établissements scolaires, suivant un certain regroupement qui comprend aussi bien le primaire que le secondaire avec ses deux cycles.
Un budget a été alloué à chaque établissement, pour promouvoir les activités parascolaires et celles de soutien. Chaque établissement doit gérer une somme de 50 000 dirhams, et le cas échéant, s’il ne s’en sert pas, d’autres établissements, faisant partie de son « bassin » peuvent y prétendre –ou ce qu’il en reste-, dans le cadre  de cette coopération.
Aussi faut-il préparer un projet qui permette d’optimiser cette budgétisation, d’autant plus qu’une somme de la même valeur sera octroyée chaque année.
Faisant parie du conseil de gestion de notre établissement, j’ai été choisi pour présenter des propositions.
Il fallait planifier des activités parascolaires et de soutien, en fonction de la donation émanant du ministère. À cet effet, nous allons présenter des propositions concrètes pour gérer ce budget de 50 000 dhs à des fins utiles, répondant à des objectifs, planifiés, d’après une analyse de la situation.
 Analyse de la situation
La majorité de nos élèves sont issus des milieux défavorisés, et des bidonvilles. Ces élèves n’ont jamais touché un ordinateur, et ne savent pas à quoi sert au juste, internet, même si cela peut paraître inconcevable, dans une mégalopole du XXIème siècle, mais la réalité est là, et c’est le vécu quotidien de ces futurs citoyens, sur qui repose le développement d’un état qui aspire à la démocratie.
Notre établissement , dispose d’une toute petite bibliothèque mais il n’y a pas de salle d’audiovisuel. Par contre, nous avons une salle de libre, avec quatre ordinateurs qu’une société, contactée par le directeur, nous a légués.
I. Planification de l’intervention
Notre proposition qui s’inscrit dans l’esprit du développement humain, se compose de deux volets.
1- Le côté financement
D’abord, il faut commander des bibliothèques, sorte de casiers en fer, à 500 dirhams la pièce. Elles seront en nombre de dix, que nous allons installer , dans les dix salles, utilisées par les professeurs d’arabes et ceux de français. Nous parlons de ces professeurs, parce que ce sont eux qui utilisent quotidiennement les mêmes salles. Ces bibliothèques coûteront 5000 dirhams.
Nous allons demander à ces professeurs de nous faire une liste de romans, livres, pièces de théâtre, recueils de poésie, dictionnaires, et des CD : ces ouvrages doivent correspondre au niveau de nos élèves. Nous réserverons à cet effet la somme de 20 000 dirhams. Les livres, seront placés dans les petites bibliothèques.
En ce qui concerne la salle libre dont nous disposons, nous allons la transformer en salle d’étude. D’abord, il faut prévoir une porte en fer et des barreaux pour ses deux fenêtres ; cela coûtera 1000 dirhams. Nous y mettrons une autre bibliothèque en bois, à 500 dirhams, où nous disposerons les dictionnaires ainsi que les CD. Nous installerons ensuite, les quatre ordinateurs que nous avons. Et puisque la direction bénéficie de la connexion internet, installée par le ministère, nous procéderons à l’acquisition d’un modem Router, à 500 dirhams, pour faire partager la connexion avec les ordinateurs de la salle d’étude. L’installation et le câblage coûteront 1000 dirhams.
Pour les équipements audio-visuels, nous opterons pour un ensemble : téléviseur lecteur DVD et caméscope à 10 000 dirhams. IL faut aussi constituer une collection vidéothèque à 500 dirhams.
En dernier lieu nous investirons dans un appareil photocopieur à 600 dirhams, et une réserve de papier et de toners à 3000 dirhams. Un tableau blanc, et les feutres effaçables à 2000 dirhams, compléteront l’équipement de la salle.
Finalement, si nous faisons l’addition des coûts cités, après étude, nous atteindrons la somme de 49 500 dirhams, les cinq cents dirhams qui subsisteront des 50 000 dirhams, couvriront les frais de déplacement.
2- Le côté humain
Ce volet du projet est le plus important.
En effet, nous avons constaté, et ceci depuis longtemps, que les élèves filles sont plus studieuses que les élèves garçons. Elles font toujours leurs exercices ; elles recopient leurs leçons ; elles tiennent bien leurs cahiers. Par contre, les garçons ne font presque rien en dehors de la classe. Les rares garçons qui font quelque chose chez eux, ils le font brièvement et mal. La plupart recopient sur leurs camarades avant d’entrer en classe. Leurs cahiers sont mal tenus, et leurs leçons incomplètes.
Sachant que les filles participent au travail domestique, nous nous sommes demandé comment elles arrivaient à concilier entre l’école et le travail à la maison, d’autant que leurs exercices, quoiqu’ils soient faits et proprement ne sont toujours pas bien assimilés.
C’est pour cela que nous avons opté pour une cellule de veille au sein de notre projet d’établissement, pour essayer de remédier à cet état de chose.
L’essentiel de notre intervention consiste dans le fait de gérer cette cellule en pour que les actions envisagées soient plus efficaces et touchent la population vulnérable à savoir les filles.
Notre analyse veillera à suivre une méthode rigoureuse pour pouvoir cerner les disparités fille /garçons dans le domaine éducatif, afin de prendre des décisions adéquates pour les réduire. Et pour ce faire, nous allons recourir à différentes approches combinées et contextualisées, dont celle élaborée dans les projets de développement dans le Cadre de Harvard.
II. L’intervention:
Notre projet qui se veut une intervention réfléchie et méthodique, se déroule en cinq étape : 1- L’identification, 2-la Conception et la formulation, 3-la mise en œuvre, 4-le suivi, et 5-L’évaluation.
1. Identification
Tout projet commence tout d’abord par identifier les acteurs, les intérêts, les problèmes, les opportunités et les obstacles afin de fixer des objectifs et réunir les informations sur la géographie, la démographique, les caractéristiques de la population cible et déterminer la priorité des problèmes sélectionnés.
Il faut analyser les causes des phénomènes observés, identifier les acteurs impliqués (leurs besoins / intérêts), impliquer les hommes et les femmes (parents) et les acteurs concernés dans l’analyse des problèmes et des solutions (corps pédagogique), et les élèves garçons et filles pour ainsi favoriser leur participation au projet.
Questionnaire
Nous allons d’abord élaborer un petit questionnaire que nous allons distribuer à tous les élèves, pour collecter des informations qui permettent de délimiter le profil socio-économique et culturel des apprenants que nous aurons au préalable, choisis sur la base des moyennes obtenues dans test de niveau passés à la rentrée scolaire.
• Une première grille sert à évaluer la scolarité des parents, ainsi que leurs moyens de subsistance :
Consigne : Coche la case correspondant à ta réponse :
                           Père                           Mère
Niveau scolaire: 1 2 3 4 5                1 2 3 4 5
Travail  :            A B C                          A B C
Horaire  :              D E F G            D E F G
Congé  :             H I J                              H I J
.1 : sans .A : sans .F : diurne
.2 : Primaire .B : métier .G : nocturne
.3 : collège .C: fonction .H : sans
.4 : lycée .D :mi-temps .I : périodes réparties
.5 : Universitaire .E : Plein temps .J : une seule période
- Objectifs de la grille
L’analyse des résultats de cette grille nous fournira des données sur le niveau d’instruction des parents, leur niveau intellectuel, leur niveau économique, et leurs disponibilités à la maison. Ces facteurs influent d’une façon directe sur leur mode de vie et leurs interactions au sein de la famille.
Cette analyse du milieu où vivent les élèves doit permettre de faire un état des lieux des différences entre hommes et femmes sur le plan des activités, des besoins, des contraintes. Et par là de déterminer Leurs possibilités d’entraides ou de participation collective aux tâches ménagères, ce qui, d’un côté, laisserait le temps aux filles de faire autre chose, et de l’autre, si les parents ont un certain niveau d’instruction d’aider les enfants à faire leurs devoirs.
Une deuxième grille
Pour éviter toute interaction qui modifierait les perceptions des garçons et des filles, lors du remplissage des questionnaires, nous les séparerons, et nous leur donnerons des grilles différentes, dans la mesure où l’intitulé d’une colonne spécifie « la sœur » pour le garçon et « le frère » pour la fille. Ce qui nous facilitera, aussi, la tâche de dépouiller les données sans y avoir introduit une question sur le sexe (es-tu garçon ou fille). Il faut signaler que des explications seront fournies aux élèves, voire des traductions en arabe, vu leur faiblesse.
Consigne : Coche la case correspondant à ta réponse :
Qui fait quoi ?                          Moi;  frère/soeur  père     mère
Qui fait les courses?
Qui cuisine ?
Qui fait la vaisselle ?
Qui s’occupe du linge ?
Qui allume la télé?
Qui ouvre la porte ?
Qui se couche le premier?
Qui se réveille le premier?
Qui prépare le petit-déjeuner ?
Qui aide à faire les exercices scolaires ?
- Objectifs de la deuxième grille
Cette deuxième grille permet de déterminer « qui fait quoi » au sein de la famille, et d’après les données obtenues, nous pouvons délimiter les tâches imparties à la fille, et par conséquent, avoir une idée précise sur le temps dont elle peut disposer librement, et qu’elle peut réserver à ses activités scolaires.
2. La conception et la formulation
Après le dépouillement des résultats des questionnaires, les élèves-filles en difficulté qui sont les plus touchées par la corvée domestique, seront choisies, auxquelles nous ajouterons volontairement des garçons-faibles, et ceci pour deux raisons. Premièrement, pour qu’il n’y ait pas une sorte de discrimination, notre objectif étant avant tout de venir en aide aux apprenants en difficulté, sans distinction de sexe. Deuxièmement, la présence des garçons, à 1/3, puisque nous pratiquerons quand-même, des mesures positives, favorisera une prise de conscience des garçons concernant les difficultés que vivent leurs camarades filles, et leurs sœurs, à la maison.
Cette prise de conscience est capitale, car le volet pédagogique d’une intervention sensible au genre, vise avant tout la déconstruction des rôles sociaux, basés sur la différence des sexes. Nous comptons aussi sur l’impact de cette sensibilisation aux problèmes des filles, sur les parents. En effet, une réunion avec les parents et tuteurs d’élèves en présence du responsable de leur association est obligatoire. Ces parents doivent être mis au courant, de la situation que vivent leurs enfants, et des mesures que la cellule de veille va prendre pour y remédier. Leur consentement prendra la forme d’un engagement à respecter le processus de l’intervention. On parle d’engagement, parce que les parents contrôlent l’emploi du temps de leurs filles, qui une fois sorties de l’école, doivent renter immédiatement à la maison. En effet, chaque fois, qu’un professeur veut faire un rattrapage, ou faire une séance supplémentaire, il y a toujours des parents qui viennent à l’établissement pour vérifier si leurs filles n’ont pas menti.
Un calendrier sera défini, en fonction des disponibilités des élèves. Ils seront répartis en groupe d’une dizaine d’élèves, parce qu’il faut éviter le sureffectif, dont souffrent justement les établissements publics. Chaque groupe sera pris par un enseignant volontaire, suivant sa disponibilité. À ce sujet, nous avons des enseignants en surnombre, et à qui la direction a donné un demi-service, le reste de leurs horaires, est normalement, consigné dans leurs tableaux de service, comme heures de soutien aux élèves de l’établissement. Mais puisqu’il s’avère impossible d’isoler tous les élèves faibles et de les mettre dans des groupes, et leur trouver des salles libres, d’autant plus qu’ils ont d’autres matières pendant les heures où ces professeurs sont libres, l’idéal est d’engager ces professeurs à s’investir dans cette cellule de veille et à y participer selon leurs disponibilités le temps qu’ils seront présents dans l’établissement. Donc, un calendrier rigoureux doit être établi pour rendre faisable leur participation. D’ailleurs, une note, comportant le compte rendu de la création de la cellule de veille, visée et approuvée par le chef d’établissement, en présence du conseil de gestion, qui joue aussi le rôle du conseil pédagogique doit être adressée à la délégation, et ceci pour que la cellule œuvre dans la légalité et le respect de l’institution.
3. La mise en œuvre
Cette cellule de veille, sera dirigée par deux responsables, chacun fera partie d’un des deux groupes d’enseignants qui travaillent chacun une demi-journée, sans jamais se rencontrer.
L’intervention se déroulera dans la salle d’étude, aménagée pour le soutien scolaire. Il faut préciser que chaque groupe prendra deux heures, deux fois par semaine. Une séance sera réservée pour la langue française et l’autre pour les mathématiques ( quand on est bon en maths et en français ,on l’est (on le devient) dans toutes les matières) . Ces deux matières représentent les principales causes de l’échec scolaires. Nous comptons sur un réel engagement des enseignants pour optimiser ces deux heures, surtout que l’effectif est réduit. Cela évitera aussi aux élèves de faire des heures supplémentaires, payantes, le soir ou le dimanche matin.
L’enseignant veillera à faire faire aux élèves leurs exercices, et leur expliquera et facilitera les consignes, et fera de petites révisions pour combler les lacunes.
Nous programmons deux heures pour deux raisons. La première est que le professeur lui-même n’a que deux heures de libres par demi-journée. La deuxième raison et qui est capitale, est que cette salle est faite pour tous les élèves du collège. Elle servira aux activités audio-visuelles. Elle peut être aussi utilisée par n’importe quel professeur qui veut faire une activité interactive avec ses élèves. En cas d’absence d’un professeur surtout, lorsque cela peut donner lieu à une heure creuse, ses élèves peuvent être encadrés dans cette espace, et sous la surveillance d’un responsable de la direction, pour faire des révisions, ou des lectures de romans au lieu de sortir dans la rue.
4. Le suivi
Un bilan périodique permettra de mesurer l’implication des apprenants dans cette opération. Le professeur lui-même doit tenir un cahier journal où il planifie des objectifs à atteindre et des méthodes à suivre. Tout ce qui sera fait sera consigné dans ce cahier journal. Ce sera un document administratif régulièrement consulté par les responsables de la cellule de veille et peut être présenté aux inspecteurs des deux matières.
La présence des élèves est aussi contrôlée et consignée. Des sanctions positives doivent être régulièrement, programmées pour encourager les apprenants et les motiver davantage. Il ne faut pas qu’ils ressentent ce soutien comme une corvée, ou une source de dépréciations face à leurs camarades qui n’en font pas. Au contraire, ils doivent ressentir cela comme un privilège. Un élève qui progresse peut d’ailleurs pratiquer le tutorat et s’occuper d’un sous-groupe. Il faut prévoir des cadeaux pour ceux qui s’investissent réellement, ex : un roman de la bibliothèque. D’autant plus que la réserve des livres est appelée à être renouvelée chaque année, puisque nous avons prévu de donner tous les livres aux élèves qui ont réussi. Et on renouvèlera le stock chaque année !
5. Évaluation
L’évaluation est l’étape cruciale du projet. Or, pour s’assurer du fait que la réalisation des objectifs à atteindre se fait de manière opérationnelle, il est primordial de fixer, au stade de la conception de l’intervention, des indicateurs précis qui permettront de vérifier ultérieurement si le résultat attendu s’est réellement produit. Cette précision a l’avantage d’inciter toutes les parties impliquées dans la conception et la planification de l’intervention à élaborer un planning clair qui ne laisse que peu de marge à des variables ou des imprévus. Toutefois, ces indicateurs doivent être sujets à révision et à ajustement, et cela autant de fois que nécessaire, lors de bilans internes périodiques ou à l’occasion des évaluations.
Nous allons, pour ce faire, programmer un bilan périodique, à savoir chaque mois, pour faire un test-bilan, qui permet de vérifier les acquis des élèves, et ceci à deux niveaux. Premièrement, l’enseignant qui s’occupe du soutien doit lui-même contrôler la progression des élèves qu’il prend en charge, et consigner les observations dans des états conçus à cet effet. Dans un deuxième temps, l’enseignant de la classe à laquelle appartiennent ces élèves doit être vigilant concernant les éventuelles améliorations chez ses apprenants ou aussi surveiller s’il n’ y a pas un effet pervers qui risquerait d’avoir des retombées négatives, ne serait-ce que le surmenage, ou un certain blocage face à des méthodologie différentes, à savoir celles des deux enseignants, avec parfois un risque de préférence pour l’enseignant qui s’occupe du soutien au détriment de l’enseignant principal ou l’inverse . Auquel cas, il faut prévoir d’autre stratégies de remédiation.
L’avis des élèves eux-mêmes, doit être pris en considération, car ils doivent être avant tous les principaux acteurs de leur progression. Les parents doivent aussi pouvoir donner leur avis, que ce soit à propos de la progression de leurs enfants, que ce soit dans les éventuels changements observés à la maison. Une réelle coopération entre l’école et la maison serait dans le fait de considérer les filles, comme les garçons, des élève qui ont besoin de s’épanouir chez elles, et de trouver du repos après l’école, de s’occuper aisément de leurs devoirs , et s’il n’y a aucun moyen de les aider par manque de temps, ou par manque d’instruction, au moins les laisser se prendre en charge, sans leur rendre la tâche difficile.
Conclusion
La cellule de veille de notre projet est un dispositif pédagogique mis en place sous la responsabilité du chef d'établissement avec la participation de tout le corps enseignant, en plus de l’association des parents. Elle vise la remédiation à l’échec scolaire. Elle ne peut fonctionner efficacement qu’avec une volonté affirmée de l’équipe pédagogique à s’engager dans cette mise en œuvre fondée sur une approche participative.
Cette cellule de veille doit pouvoir s’adapter et s’actualiser, en fonction des difficultés rencontrées et par le biais d’une évaluation permanente, aussi bien en cours du projet qu’à son aboutissement.

  



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