Bifurcations

 Par OURAB MOHAMMED  (Prof)  [msg envoyés : 25le 02-04-15 à 09:44  Lu :720 fois
     
  
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Le train entra majestueusement en gare et le grincement de ses entrailles s'assoupissait à mesure qu'il s'immobilisait lentement sur le quai devenu soudain le lieu d'une agitation désordonnée.
Elle quitta doucement le banc oû elle était assise depuis une bonne demi-heure et attendit la fin des ruades qu'avait désormais l'habitude de voir se dérouler sur les marches des portières donnant accès aux wagons.Elle n'arrivait pas à s'expliquer,une fois à l'intérieur,pourquoi les gens étaient moins préoccupés par l'idée de trouver une place de libre que par le souci de dénicher un compartiment inhabité.Ah!Le beau privilège:posséder son propre espace,y fonder une intimité et le protéger en affichant un regard gêné,voire hostile!Heureusement, l'avènement des TNR et des wagons à couloir contibuent quelque peu à injecter une petite dose de la chose publique dans les veines!
Elle réussit enfin à se trouver une petite place dans un compartiment occupé par un quadragénaire plongé dans la lecture d'un quotidien national.Elle s'assit discrètement en face de lui.Il ne semblait nullement intéressé par sa présence.Elle jeta un regard par la fenêtre et dut remarquer qu'ils étaient dejà loin de la ville.Les paysages s'offraient admirablement à elle et une sensation de bonheur l'anima.Mais, à mesure qu'elle consommait délectablement cette jouissance,un sentiment de malaise s'emparait d'elle:c'était comme si on l'épiait.Elle tourna légèrement la tête et ,du coin de l'oeil,se rendit compte que l'homme d'en face la fixait du regard.Malgré l'air rassuré qu'elle affichait,elle n'en demeurait pas moins profondément troublée par la persistance de ce regard devenu inquiétant.
Elle sentait venir l'instant oû il allait sans doute user des artifices du langage por l'aborder moyennant ces propos creux qu'elle avait désormais l'habitude d'entendre de la bouche de ceux qui ont l'intention de pecher(vous mettez l'accent qui vous convient).
 Le comapartiment fut subitement plongé dans une obscurité totale et le train qui s'était engagé dans un tunnel lança un cri déchirant dont l'écho se fit sentir dans le coeur palpitant de la jeune fille.Craignant un danger imminent,elle se tenait prête à lutter jusqu'au bout pour repousser toute agression et son corps menacé prit instinctivement la posture d'une bête traquée.Elle aurait souhaité sortir d'elle-même pour se voir,voir l'air qu'elle avait,tellement sa condition de femme la dégoûtait.Elle en avait assez de se sentir l'objet des regards méprisant et lascifs des mâles! Deux longues minutes s'écoulèrent,un sifflement annonça la délivrance et la lumière revenait déjà,rassurante.Elle ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement et laissa échapper une étrange onomatopée.Mais elle fut soudainement frappée de stupeur lorsqu'elle constata que le siège qu' occupait le quadragénaire-au-regard-inquiétant était vide.Elle parcourut tout le compartiment du regard et accopmlit même le geste stupide de le chercher à des endroits normalement inaccessibles à un être humain.A moins qu'il ne se fût métamorphosé en quelque bestiole,l'homme avait bel et bien disparu! A SUIVRE...

  



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 Réponse N°1 35362

Du suspens !!!
  Par   Elmzouri mostafa  (Autrele 02-04-15 à 17:30



Vous m'avez mis l’eau à la bouche ! J’attends patiemment votre" bifurcations III" !





 Réponse N°2 35364

Réalisme
  Par   AMMARI Najlae  (Profle 02-04-15 à 18:34

J'attends "impatiemment" la suite de l'histoire :)

la thématique du voyage qui singularise vos écrits vous permet de tracer un nouvel itiniraire quand il le faut. Merci d'avoir interrompu ce personnage dont le regard a "péché" avant la langue :D




 Réponse N°3 35367

Bifurcation II(suite)
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 02-04-15 à 23:49

Le compartiment fut subitement plongé dans une obscurité totale et le train qui s'était engagé dans un tunnel lança un cri déchirant dont l'écho se fit sentir dans le coeur palpitant de la jeune fille.Craignant un danger imminent,elle se tenait prête à lutter jusqu'au bout pour repousser toute agression et son corps menacé prit instinctivement la posture d'une bête traquée.Elle aurait souhaité sortir d'elle-même pour se voir,voir l'air qu'elle avait,tellement sa condition de femme la dégoûtait.Elle en avait assez de se sentir l'objet des regards méprisant et lascifs des mâles!

Deux longues minutes s'écoulèrent,un sifflement annonça la délivrance et la lumière revenait déjà,rassurante.Elle ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement et laissa échapper une étrange onomatopée.Mais elle fut soudainement frappée de stupeur lorsqu'elle constata que le siège qu' occupait le quadragénaire-au-regard-inquiétant était vide.Elle parcourut tout le compartiment du regard et accopmlit même le geste stupide de le chercher à des endroits normalement inaccessibles à un être humain.A moins qu'il ne se fût métamorphosé en quelque béstiole,l'homme avait bel et bien disparu!




 Réponse N°4 35378

Bifurcation IV
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 07-04-15 à 18:36

En dépit de sa profonde déception,elle éprouvait par moments un léger regret à cause de ce départ un peu précipité.

-Peut-être aurais-je dû l'écouter,pensait-elle,écouter ce qu'il avait à me dire sur cette autre dans sa vie.Mais pourquoi ne m'en avait-il jamais parlé? Peut-être même qu'elle n'avait jamais existé et que ce n'était,croyant que je l'ai trahi, qu'un prétexte pour m'éloigner de lui.

-Si au moins je lui avais laissé le temps de s'expliquer,j'en aurais le coeur net maintenant ! De toutes les façons ce n'était plus le même homme depuis mon retour de ce maudit déplacement à la capitale.Et pourtant, j'ai tout abandonné pour lui,à un moment où j'aurais pu,par nécessité,succomber à la tentation d'arriver à mes fins...!Je crois bien que je l'ai perdu à jamais.

Une grosse larme lui tomba sur la joue,ruissela jusqu'à un point de bifurcation où elle se divisa en deux gouttes prenant chacune une direction différente.Elle s'essuya le visage et replongea dans la monotonie des paysages qui défilaient par la fenêtre et la cadence du bruit des roues contre les rails.Il lui semblait que la vie est une longue course d'obstacles qu'on arrive tant bien que mal à sauter parce qu'on y a entraînés et puis ,subrepticement, surgissent des haies dont la nature et les dimensions nous échappent et nous nous y heurtons se retrouvant par terre.

Mais en même temps,elle était persuadée de par cette incommensurable force qui lui faisait aimer la vie ,qu'il fallait se relever, se remettre sur pieds,franchir l'obstacle,quitte à répéter plusieurs fois jusqu'à l'épuisement.
 Elle,qui avait dû combattre dans l'indigence afin de décrocher son titr universitaire,une licence en sciences économiques qu'elle obtint avec mention à l'âge de vingt-deux ans.Il lui fallait désormais affronter de nouveau le spectre du chômage.Elle rentrait chez elle,heureuse malgré tout de retrouver les siens et le lieu de son enfance de pouvoir enfin se rendre utile,auprès de cette famille dont elle était l'unique espoir, moyennant ses petites économies,fruit de la persévérance et de la privation .
 Dès son arrivée,une grande nouvelle l'attendait déjà;on lui annonça avec enthousiasme qu'elle était demandée en mariage par une honorable personne aisée qui la connaissait de vue-c'était une manière dérobée de dire:la ciblait ou la désirait- depuis son enfance et qui en avait parlé à son père.Comment celui-ci pouvait-il refuser l'alléchante proposition du riche propriétaire d'un immeuble du coin et qui avait même promis du travail aux deux frères de la jeune fille?

 







 Réponse N°5 35407

BIFURCATION V
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 12-04-15 à 17:28

Par désir de fuir son visage,il avait cru, désoeuvré et solitaire,l'avoir oubliée, complètement chassée de sa mémoire,s'être définitivement guéri de sa blessure.Mais voilà que ce visage,tel qu'il s'était manifesté à lui une nuit-celle de leur première rencontre-le réveillant en plein sommeil,ressurgit puis disparut,indocile et fuyant à l'instant même où il crut le saisir.Il désirait tant le fixer,percer le mur de sa face rebelle pour y déceler le mystère d'une telle persécution.Toujours imprévu et imperceptible,le visage agissait au gré de sa fantaisie.

Il se redressa brusquement comme au réveil d'un terrible cauchemar.Son corps était tout en sueur.Il avait soif et l'atmosphère répugnante qui régnait dans la chambre commençait à l'étouffer.Il lui semblait vivre le drame d'une liaison fatale dont il n'arrivait pas à se défaire,comme si un cataclysme avait foudroyé toute son existence.Il se leva,enfila ses habits et sortit.

Il s'arrêta au seuil de la porte qu'il venait de franchir la laissant entr'ouverte derrière lui.Ses yeux hagards semblaient chercher quelque chose.D'un mouvement brusque,il revint sur ses pas et regagna l'intérieur de sa demeure.C'était un petit studio qu'il avait loué dans un quartier populaire de la ville.Deux minutes plus tard,il refit irruption s'arrêtant au même endroit,à une distance qui lui permettait d'être en même temps dehors et suffisamment près au cas où,mû par on ne sait quelle étrange force,il se trouverait comme attiré vers l'intérieur.Il regarda à droite puis à gauche,baissa la tête puis la releva presque aussitôt,lançant vers le ciel un regard indescriptiblement désespéré.La terre l'avait oublié.

Il resta immobile pendant une durée indéterminée car en fin de compte,le temps n'avait plus tellement d'importance pour lui.Il n 'y avait plus que cette indéfinissable léthargie.plus que ce corps obligé,les lois de la pesanteur jouant,d'être là telle la pierre qu'aurait abandonnée Sisyphe.




 Réponse N°6 35414

BIFURCATION VI
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 13-04-15 à 19:49

Soudain,des cris mêlés de rires l'arrachèrent à ce moment de répit pendant lequel sa pensée s'était momentanément arrêtée.Il suivit du regard la bande d'enfants qui venaient de passer devant lui en courant traînant derrière eux le charmant brouhaha qui les devançait il y avait un moment.Un sourire amer se dessina sur ses lèvres.Qu'est-ce qu'il aurait donné pour retrouver les délices du paradis perdu de l'enfance!Mariage du bonheur à l'innocence,du rêve à l'insousiance,de l'amour à l'espérance.

Pendant un moment,il crut être heureux,s'être arraché des tentacules de ce présent étouffant dont il n'arrivait pas à saisir les limites:comme par enchantement,il était redevenu l'enfant qu'il était il y avait une trentaine d'années,ou plutôt ce dernier refaisait surface d'on ne sait quelle partie cachée de l'iceberg,une trentaine d'années après.Il devait alors avoir six ou sept ans.Il s'était vu entrain de jouer à sa partie préférée avec des enfants de son quartier dont il ne gardait désormais plus qu'un vague souvenir,tellement il avait été corrompu par les artifices de la vie.

Et pourtant,le grand désarroi qui le minait de l'intérieur ne fut en rien amoindri par l'éphémère sensation de bonheur que lui avait procurée ce contact magique avec les souvenirs.

A mesure que le brouhaha se dissipait,les cris et les rires se perdant dans les ruelles,le sourire quittait progressivement les lèvres de ce visage livide et sans traits.Les mots et les choses commençaient à reprendre leur place dans son esprit confus.Le revoilà encore une fois face à lui-même,rongé par les vagues implacables d'une quête sans objet dont son âme tourmentée subissait le déferlement continu.

La porte se referma violemment derrière lui.Son claquement le fit sursauter et il sentit une sueur froide envahir tout son corps meurtri.Il se rendit copmte qu'il n'avait pas les clés sur lui:il les avait laissées à l'intérieur.

-Peu importe ! se dit-il.




 Réponse N°7 35423

BIFURCATION VII
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 16-04-15 à 22:25

De nouveaux cris attirèrent son attention: deux femmes se lançaient impitoyablement des injures à propos d'une poubelle à ordures renversée probablement par quelque chat affamé ou peut-être par l'une de ces nombreuses créatures nocturnes en quête de toute chose récupérable dans le débarras de leurs semblables. L'une d'elle accusait l'autre d"avoir voulu salir ,exprès,la porte de sa maison. La riposte ne s'était pas fait trop attendre:elle était violente et pertinemment bien choisie.L'affrontement se fit dans la pure tradition et les expressions consacrées ainsi que certaines scènes quelque peu osées ne furent pas épargnées. Ce fut alors que le flot d'injures jaillit de partout quelques voisines qui jusque- là se contentaient d'assister au spectacle,s'étant créées le prétexte d'être concernées,prirent part à la scène.

Il fallut l'intervention indignée et moralisatrice de quelques vieillards pour rétablir l'ordre et calmer ,non sans peine, les esprits.Et le tout fut bien évidemment mis sur le compte des enfants,ces petits diables qu'il fallait juger et sévèrement punir s'ils ne se montraient pas sages et dociles ou s'il leur arrivait le malheur de se manifester en tant que tels:des enfants tout simplement!

Mais il savait que ce n'était que partie remise car Dieu seul sait quelle tournure pourraient bien prendre les évènements lorsque les hommes seraient de retour le soir.

-"A cette heure,pensa-t-il, les hommes doivent être au travail pour ceux qui en ont la chance ou sinon engloutis dans les cafés du coin en bons enfants de la mère des vices."

Les portes s'étaient fermées,les fenêtres aussi.Les gens retrouvèrent leurs secrets d'intérieur.Il se découvrit à nouveau seul,debout,toujours au même endroit.La rue était déserte.Un chien errant qui s'était aventuré dans la rue s'arrêta net à quelques mètres de ce corps immobile. Après un moment d'hésitation et pris de panique,il fit brusquement demi-tour et se sauva,non sans mal,traînant lamentablement sa patte brisée,comme s'il était traqué par un ennemi invisible.

-"Pourquoi m'a-t-il fui?Se demanda-t-il.Sans doute ignore-t-il que nous sommes presque pareils tous les deux,sauf que moi ,jai le privilège de garder l'usage de mes quatre membres.Ah!si au moins il avait pris la peine de patienter un peu,il aurait pu deviner ,son flair aidant,que je ne suis pas comme les autres, moi!Je l'aurais soigné et nous aurions pu devenir amis.Mais ,je le comprends le pauvre,il a dû tellement endurer qu'il a perdu confiance en le genre humain!

Certes,il s'était posé ,non sans un certain mystère,la question de savoir quel effet cela faisait d'être un animal, tout comme se l'était posée l'éminent savant à props des chauves-souris,mais s'agissant d'un chien,il était presque convaincu que ces bêtes-et d'autres-avaient quelque chose d'humain qui leur permettait de se montrer,par moments,philanthropes à leur manière! Mais comme il avait d'autres chats à fouetter,il décida d'abandonner cette idée de chien. 




 Réponse N°8 35425

BIFURCATION VIII
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 17-04-15 à 09:27

Le délai fixé par le propriétaire du studio expirait ce soir-là:il devait désormais payer son loyer ou vider les lieux. Il lui était impossible de se procurer l'argent nécéssaire malgré les vaines tentatives auprès de ceux qu'il prenait pour amis et devait désormais affronter sa nouvelle situation de sans-abri.

Il ne lui restait donc qu'à partir puisque plus rien,à part un vieux canapé chargé de souvenirs,une couverture et quelques objets insignifiants, ne le rattachait à cet endroit. Allait-il forcer la serrure pour entrer comme par effraction chez lui? Devrait-il récupérer ces biens dont il ne savait trop quoi faire?

-Maintenant que l'ironie du sort a achevé l'arrangement de mon départ,autant le faire tout de suite! Pensa-t-il en souriant.

Pourtant quelque chose de bien plus important que cela semblait le préoccuper.Il cherchait vainement depuis un bon bout de temps le cartable qui contenait ses documents personnels et qu'il avait dû oublier quelque part sans pouvoir se rappeler en quelles circonstances.Vu l'état dans lequel il se trouvait,la présence d'esprit devait certainement lui faire défaut.

Il décida alors de se rendre au restaurant populaire dans lequel il avait soupé la veille dans l'espoir d'y trouver son cartable.Son attente ne fut pas déçue car , dès qu'il fit son entrée,le caissier l'appela et le lui rendit . Il le remercia chaleureusement et ne put cacher sa sympathie pour ces berbères du Souss réputés pour leur profond sens de l'éthique commerciale.

Depuis qu'il avait été mis à la porte,il fréquentait les cafés et restaurants du coin dans l'espoir d'y faire un contact éventuel pour une quelconque activité.Il était prêt à faire la plonge,servir,nottoyer;son corps chétif n'étant pas en mesure d'effectuer des tâches plus ardues.Il était plutôt employé de bureau et n'avait aucune expérience des travaux manuels.

Un mois auparavant ,la société d'import-export qui était au bord de la faillite avait décidé de réduire son personnel.Il y travaillait comme aide-comptable et le directeur ,qui l'avait déjà dans le collimateur n'hésita pas une seconde à le mettre en tête de  série des virés.




 Réponse N°9 35433

BIFURCATION IX
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 18-04-15 à 11:26

Une semaine avant son licenciement,elle lui rendit visite à son domicile.A peine eut-elle franchi la porte qu'elle se jeta de tout son corps près de lui,sanglotant comme une petite fille malheureuse. Il était allongé sur son canapé habituel. D'un geste instinctif,il ouvrit les bras pour l'accueillir. Sa joue gauche se posa contre sa poitrine , il sentit une chaleur humide et tendre lui traverser la cage thoracique et la chemise qu'il portait à même le corps était déjà toute trempée tant le taux de lacrymométrie était élevé. L'abondante chevelure de la jeune fille s'éparpilla sur son visage pétrifié. Il resta silencieux non qu'il voulût,l'aimant toujours,se dérober à l'élan spontané de compassion avec cet être qu'il s'était pourtant juré de ne jamais quitter, mais plutôt parce que l'évènement en soi lui parut banal.

Mais cela ne recélait aucun mystère pour lui qui, des années auparavant, avait vécu la même sensation. C'était lors des retrouvailles avec la mère qui l'avait quitté à l'âge de trois ans pour disparaître sans laisser de traces . Son oncle paternel et sa femme,couple stérile,rongé par les affres de la privation, se chargèrent de son adoption. Il eut fallut quatorze ans de vie en simili au jeune étudiant pour découvrir la fausseté de sa situation familiale et onze autres d'investigations hallucinantes pour que fussent enfin réunies les pièces du puzzle de son histoire.

Le moment tant attendu était enfin arrivé:il était face à celle qui l'avait mis au monde.Il regardait souriant ce visage des yeux duquel coulaient,en silence,des larmes ininterrompues.

-"Comme c'est étrange,se dit-il,je ne ressens absolument rien,aucune émotion! Je ne suis pourtant pas dénué de sensibilité! Que m'arrive-t-il à moi qui désirais cette rencontre plus que toute autre chose au monde?A moi qui ne lui en ai jamais voulu de m'avoir quitté? J'ai même essayé de lui chercher une raison,de justifier cette rupture contre-nature qui nous a cruellement désunis..."

Tout était banal , décevant , sans substance et frôlant le ridicule. Il dégagea délicatement son visage des cheveux qui le voilaient et , constatant que la jeune fille s'était calmée, il décida enfin de rompre le silence.




 Réponse N°10 35442

BIFURCATION X
  Par   OURAB MOHAMMED  (Profle 19-04-15 à 18:55

Il lui demanda fadement:

-"Qu'as-tu ?

- S'il te plaît,ne m'abandonne pas,j'ai besoin de toi,je n'ai plus que toi maintenant."

Elle parlait d'une voix qu'il ne lui reconnaissait plus et le souffle léger qui lui frôlait habituellement la peau avait en ce moment-là quelque chose de brûlant. Elle enchaîna:

-"C'est vrai que je t'ai fait du tort,je le reconnais;mais c'était malgré moi car j'ai pensé qu'il vallait peut-être mieux pour nous deux que nous cessions de nous voir pour un moment.C'était la seule possibilité de sauvegarder notre amour.Le patron t'aurait créé de graves ennuis si je n'avais décidé de lui parler.Je lui ai fait comprendre que je n'étais pas conforme à l'image qu'il se faisait à tort de moi et que toi seul comptais dans ma vie.Je te jure qu'il ne s'est rien passé entre nous.Tu dois me croire même si je n'ai aucune preuve si ce n'est cette vertu que j'ai sur les lèvres.Il ya des moments dans la vie où il faut tout simplement faire confiance,écouter son coeur aussi naîf que celà puisse paraître.Regarde-moi dans les yeux,tu y verras la force que tu m'as donnée pour ne voir que toi ,n'aimer que toi. L'aurais-je voulu,je n'oserais,je ne pourrais te mentir,te trahir!

-De quoi te plains-tu alors? Tu plaisais au patron ,non?

-Mais tu ne comprends donc pas qu'il ya des gens qui trouvent du plaisir à empêcher les autres d'être heureux! Sache que pour toi,j'ai renoncé à ce maudit travail à la minute même où j'ai appris que tu n'allais plus y être.Aurais-tu oublié qu'on s'était juré d'unir nos destins pour le meilleur et pour le pire?Et notre fusion?Cette image que nous avons admirée,tant commentée: le feu qui pénètre le fer et le fait porter au rouge dans une association qui n'est plus ni l'un ni l'autre mais plutôt l'agencement,le devenir-autre des deux,hein? Aurais-tu oublié tout cela? Mais,dis quelque chose,ce silence froid et déchirant me fait peur! Tu ne vas pas m'abandonner n'est-ce pas?Pas en ce moment? -Ecoute,tu peux penser ce que tu veux,tu en as même le droit;mais je veux que tu comprennes que je n'ai jamais doûté de toi.Si j'ai décidé de m'imposer l'atrocité de me séparer de toi,c'est plutôt parce que je voulais te voir heureuse.

-Mais ,c'est avec toi que je suis heureuse;tu ne peux pas imaginer l'enfer dans lequel tu m'as mise en me plaquant de la sorte.

-Je ne sais pas...je ne sais plus...tu es jeune,belle,intelligente,ambitieuse,tu ne mérites pas de gâcher ta vie avec un raté comme moi!

Elle lui mit délicatement l'index sur les lèvres:

-Chut!ne dis pas ça. Tu n'as rien raté ,mon ami.Si tu m'aimes vraiment,il va falloir nous battre maintenant.Oui,il nous faut jeter à la face des ennemis de la vie le grand défi de l'amour.

Ils se turent subitement.Elle tendit le bras et augmenta le volume de la radio-cassette: leur moreau préféré commençait.




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