Argent et pouvoir : une "pure capacité" (simmel)

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2217le 04-08-09 à 11:59  Lu :6166 fois
     
  
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L'analyse de l'argent par Simmel revient toujours à deux notions essentielles : la possession et la jouissance. Pour l'avare (comme le cupide celui-ci entretient un rapport pathologique à l'argent), "l'argent, en tant que moyen absolu, offre d'infinies possibilités de jouissance et, en même temps, en tant que moyen absolu, laisse le plaisir totalement intact dans sa possession inexploité." (146) La notion même du plaisir qu'apporte la jouissance est inconnu pour l'avare, car comme dit Simmel, "l'argent n'a (...) rien d'autre à apporter à l'avare que sa pure possession." (p.151). C'est ce plaisir intact de la possession qui permet à Simmel de rapprocher l'argent du pouvoir : "la signification de l'argent coïncide avec le pouvoir ; comme ce dernier, il est une pure capacité." (146) Dans ce sens, l'argent renferme en lui tous les possibles, mais en même temps, "si on se limite au moment de la possession, cela se réduit à quasiment rien." (147). L'argent est donc une "pure capacité", mais si cette capacité n'est pas actualisée, c'est-à-dire transformée en acte de jouissance, l'argent reste comme un déictique, vide de sens. L'argent, quand il ne remplit sa fonction de moyen, devient un objet quasiment nul : "Nous connaissons mieux l'argent que n'importe quel autre objet. Car il n'y a absolument rien en lui à connaître et ne peut donc rien nous dissimuler. Chose absolument sans qualité, il ne peut pas ce que peut le plus misérable des objets : abriter en son sein surprise et déception." C'est alors que Simmel énonce, à mon sens, une des phrases-clés de son livre : "Celui qui, réellement et définitivement, ne veut que de l'argent est absolument sûr de ne pas le rencontrer." C'est le cas de l'avare qui, en refusant de traiter l'argent comme moyen et s'obstine à voir en lui une finalité absolue, se révèle en définitive comme l'homme le plus pauvre qui soit, à l'instar d'Harpagon de Molière qui, malgré toutes ses richesses enfouies, ne s'empêche pas de mendier une robe à Anselme pour assister au mariage de ses propres enfants (121). L'avarice selon Simmel se caractérise justement par cette incapacité de l'avare de transformer la capacité pure de l'argent en capacité effective, c'est-à-dire d'utiliser l'argent comme moyen pour obtenir la jouissance (au sens large de ce terme) : "L'avarice est une forme de volonté de puissance, qui révèle l'argent quant à son caractère de moyen absolu : la puissance reste réellement de la puissance, et n'est pas transformée en usage ou en bienfait."

  




 Réponse N°1 6867

Question
  Par   butin annabelle  (CSle 18-10-10 à 16:22

Bonjour,

tout d'abord merci pour cette étude que vous faite de l'oeuvre de Simmel, je lis attentivement toutes vos rédactions, il y a cependant quelques notions encore floue pour moi, seriez vous disponible pour répondre à quelques de mes questions? notamment l'explication de cette phrase "La notion même du plaisir qu'apporte la jouissance est inconnu pour l'avare, car comme dit Simmel, "l'argent n'a (...) rien d'autre à apporter à l'avare que sa pure possession.""

Merci beaucoup

begreen@hotmail.fr

Annabelle




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