Application de l'approche de lecture:

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 26-04-14 à 22:42  Lu :2492 fois
     
  
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Le soir, quand tous dorment, les riches dans leurs chaudes couvertures, les pauvres sur les marches des boutiques ou sous les porches des palais, moi je ne dors pas. Je songe à ma solitude et j’en sens tout le poids. Ma solitude ne date pas d’hier.
Je vois, au fond d’une impasse que le soleil ne visite jamais, un petit garçon de six ans, dresser un piège pour attraper un moineau mais le moineau ne vient jamais. Il désire tant ce petit moineau ! Il ne le mangera pas, il ne le martyrisera pas. Il veut en faire son compagnon. Les pieds nus, sur la terre humide, il court jusqu’au bout de la ruelle pour voir passer les ânes et revient s’asseoir sur le pas de la maison et attendre l’arrivée du moineau qui ne vient pas. Le soir, il rentre le cœur gros et les yeux rougis, balançant au bout de son petit bras, un piège en fil de cuivre.
Nous habitions Dar Chouafa, la maison de la voyante. Effectivement, au rez-de-chaussée, habitait une voyante de grande réputation. Des quartiers les plus éloignés, des femmes de toutes les conditions venaient la consulter. Elle était voyante et quelque peu sorcière. Adepte de la confrérie des Gnaouas (gens de Guinée) elle s’offrait, une fois par mois, une séance de musique et de danses nègres. Des nuages de benjoin emplissaient la maison et les crotales et les guimbris nous empêchaient de dormir, toute la nuit.
Je ne comprenais rien au rituel compliqué qui se déroulait au rez-de-chaussée. De notre fenêtre du deuxième étage, je distinguais à travers la fumée des aromates les silhouettes gesticuler. Elles faisaient tinter leurs instruments bizarres. J’entendais des you-you. Les robes étaient tantôt bleu-ciel, tantôt rouge sang, parfois d’un jaune flamboyant. Les lendemains de ces fêtes étaient des jours mornes, plus tristes et plus gris que les jours ordinaires. Je me levais de bonne heure pour aller au Msid, école Coranique située à deux pas de la maison. Les bruits de la nuit roulaient encore dans ma tête, l’odeur du benjoin et de l’encens m’enivrait. Autour de moi, rôdaient les jnouns, les démons noirs évoqués par la sorcière et ses amis avec une frénésie qui touchait au délire. Je sentais les jnouns me frôler de leurs doigts brûlants ; j’entendais leurs rires comme par les nuits d’orage. Mes index dans les oreilles, je criais les versets tracés sur ma planchette avec un accent de désespoir.
Grille de lecture :
1ère lecture :
1- Qui ?
• Le narrateur.
• Le petit garçon.
2- Où ?
• Dar Chouafa ;
• Msid.
3- Quand ?
• Le présent ;
• Le passé.
2ème lecture :
Pourquoi /Comment ?
• Le narrateur ne dort pas parce qu’il souffre de la solitude
• L’enfant se sent seul parce qu’il n’a pas de compagnon.
• La chouafa se livre un rituel compliqué où il y a odeurs, couleurs et musique
• L’enfant a peur des démons évoqués par la voyante
• Il tente de les éloigner par la lecture de sa planche au Msid ;3ème lecture :
1- Le champ lexical dominant : le rituel de la chouafa
• Voyante, gnaouas, crotales, guimbris, musiques, danses , you-you, nuages de benjoin, les jnouns, les démons noirs, fumée des aromates , instruments bizarres …et…
2- Les champs secondaires :
a- La tristesse
• mornes, gris, cœur gros, yeux rougis, désespoir…
b- La peur :
• je sentais les jnouns, me frôler, doigts brûlants, j’entendais leur rires, …orage, je criais
c- La solitude : solitude, compagnon, attendre l’arrivée
4ème lecture :
a- Les procédés narratifs :
- La chronologie : l’auteur commence par le présent avant de plonger dans le passé .
• Le présent du premier paragraphe : c’est l’auteur qui souffre de la solitude « aujourd’hui »,
• Le présent du deuxième paragraphe : c’est le souvenir toujours présent dans la mémoire de l’auteur
• L’imparfait à partir du troisième paragraphe : c’est le passé , nous plongeons dans l’histoire, c’est le commencement du récit.
• C’est le jeu de l’énonciation : la présence de l’auteur dans son texte. Il commente les événements.
(NB : l’auteur utilise cette technique pour montrer que sa solitude a une origine, elle vient du passé.
Le deuxième paragraphe joue le rôle d’un pacte autobiographique : puisque le souvenir est tellement présent dans la mémoire de l’auteur, les faits qu’il racontera sont censés être exacts.
b- La focalisation :
1- l’auteur (le narrateur) voit un enfant. c’est une focalisation interne
2- L’auteur décrit les sentiments de l’enfant et sait ce qu’il pense , c’est une focalisation zéro.
NB : c’est tout à fat normal de trouver la focalisation interne et zéro dans l’autobiographie, puisque l’auteur parle de lui-même , c’est à travers ses yeux (son propre personnage) qu’il voit les choses, et il sait ce qu’il pense et sent lui-même.
C- les figures de style :
- La litote : ma solitude ne date pas d’hier. ( cela ajoute l’intensité à ce sentiment)
- Le cœur gros ; métaphore : plein de tristesse
- Plus triste, plus gris : comparaison
- Morne et triste ; personnification des jours
- Nuages de benjoin : métaphore….
- j’entendais leurs rires comme par les nuits d’orage (comparaison)
(NB: j'essaie de respecter le niveau de la majorité des élèves!)

  



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