Aperçu historique du système éducatif marocain

 Par meddiki said  (?)  [msg envoyés : 7le 30-07-11 à 13:38  Lu :15311 fois
     
  
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Aperçu historique du système éducatif marocain

Réalisé par :MEDDIKI Said et AIT BRIK Abdelali

Pour mieux comprendre la crise actuelle de l’enseignement au Maroc, il semble nécessaire de retracer les fondements historiques, politiques et sociologiques de l’institution scolaire au Maroc. Ce lien avec le passé du système éducatif nous permet d’analyser son évolution et les différentes étapes de ses transformations. Nous essaierons d’analyser la place de l’institution scolaire dans la société marocaine durant les trois périodes qui marquent l’histoire du Maroc, à savoir : avant le protectorat, durant le protectorat et après le protectorat.

  1. L’enseignement avant le protectorat :

Avant l’entrée des français au Maroc, il y avait un enseignement à base religieuse dans toutes les régions du royaume, on l’appelait l’enseignement musulman et non enseignement marocain, parce qu’il était uniquement religieux. Le contenu de l’enseignement religieux est le coran, les Hadits (les paroles du prophète), leurs nombreux commentaires et leurs interprétations.

L’enseignement musulman se divisait en trois classes correspondant approximativement à ce que nous appelons de nos jours : enseignement primaire, enseignement secondaire et enseignement supérieur.

  1. L’enseignement primaire :

C’était l’enseignement coranique qui consistait à apprendre le coran par cœur. Un tel enseignement était basé particulièrement sur :

« (…) l’apprentissage par cœur du texte saint au moyen de l’écriture et de la récitation. La mémorisation et la restitution se faisaient toutes les deux à haute voix devant le maître » 1 .

Le maître appelé FKIH ou TALEB :

« Supposé connaître le coran par cœur, le maître jouissait d’un pouvoir et d’un respect indiscutables, (il) était considéré comme la source de savoir. En cas de bêtise ou de maladresse de la part des jeunes apprenants, il se servait de la baguette pour punir l’impoli en lui donnant des coups sur les genoux, les pieds ou les mains » 2 .

La méthode était toujours la même, que se soit dans les villes où l’école était appelée MSID, ou dans les campagnes où elle était appelée JAMAH. Le MSID ou le JAMAH :

« était généralement des pièces situées près de la mosquée ou en faisant partie » 3 .

Chaque élève était porteur d’une planchette de bois dur, « EL LOUH », et il écrivait avec une plume de roseau, le « KALAM », en se servant d’une encre appelée SMAGH.

Tous les enfants n’arrivaient d’ailleurs pas à apprendre le coran en entier ; certains quittent l’école dès qu’ils estimaient en savoir assez. Ils étaient reconnus comme étant incapables de réunir dans leur mémoire le livre sacré. Ils apprenaient alors un métier quelconque.

  1. L’enseignement secondaire :

Sur le nombre assez important d’élèves qui suivaient les cours des écoles primaires, quelques-uns seulement continuaient leurs études dans l’enseignement secondaire :

« Les enfants quittaient le plus souvent à l’âge à peu près de 10 à 12 ans, sauf ceux qui avaient maîtrisé une grande partie du texte saint poursuivaient leurs études en allant dans des mosquées, des confréries ou dans des médersas » 4 .

Les études qu’aborde une petite minorité consistaient à :

« L’explication des versets coraniques, l’interprétation des paroles, ainsi que les actes du prophète Mohammed et sur la grammaire arabe » 5

Concernant le responsable de l’acte de l’enseignement dans ce stade, il était constitué d’ « un seul professeur (qui) enseignait toutes les disciplines. Il était libre quant au choix de ses cours, à condition de rester dans la lignée des principes de l’Islam »

Pour la pédagogie :

« Elle faisait appel surtout à la mémoire » 6 .

  1. L’enseignement supérieur – LA JAMI Â A - :

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, il s’était fixé à Fès, à la Karaouyine, seul centre universitaire à l’époque.

Les programmes d’enseignement étaient consacrés aux droits musulmans (Le Fikh), à la littérature, la linguistique, la grammaire et la rhétorique (EL Bayan) et aux sciences dites profanes : la philosophie, l’astronomie, les mathématiques …

Autrefois, l’enseignement supérieur relevait uniquement du Cadi, qui était en quelque sorte :

« Doté d’une autorité absolue indiscutable parce qu’il était perçu en vertu de sa science religieuse comme le garant de la sublime orthodoxie » 7

L’autorité absolue à laquelle jouit le Cadi, lui donnait le droit de nommer les professeurs qui vont enseigner dans cette université.

Le choix des matières à enseigner, le nombre et les heures des cours restaient soumis à l’entière liberté des professeurs.

  1. L’enseignement pendant le protectorat :

Pour le protectorat, l’enseignement commence à se diversifier. D’un enseignement original, on passe à un enseignement moderne. En effet, il était subdivisé en différents types d’écoles :

  • Les écoles de la mission culturelle française : étaient réservées aux fils des classes dirigeantes qui jouaient le rôle de trait d’union entre la résidence et le Makhzen.

  • Les écoles libres « Madaris Horra » : se proposaient de rénover l’enseignement arabe et de faire revivre la civilisation « arabo-musulmane ». Les écoles furent crées à travers toutes les villes du Maroc. La langue véhiculaire était l’arabe; l’enseignement comportait quelques heures de français.

  • Les écoles professionnelles : servaient à la formation d’ouvriers agricoles dans les campagnes.

  • Les écoles religieuses traditionnelles.

  • Les écoles israélites.

  • Les collèges musulmans : les études s’échelonnaient sur deux cycles :

  • Un premier cycle d’études secondaires de quatre années

  • Un deuxième cycle comprenant deux années. À partir de ce cycle, les élèves pouvaient s’orienter soit vers les études littéraires, soit vers les études scientifiques. L’enseignement se faisait pour la plupart des matières en français, quelques heures étaient consacrées à l’étude de l’arabe.

  • Les lycées européens : où très peu de marocains avaient accès.

D’après cette brève description du système éducatif, on peut dire que la politique du protectorat en matière d’enseignement était proprement sélective.

  1. L’état actuel de l’enseignement au Maroc :

Le Maroc a hérité de la période du protectorat une diversité de types d’éducation et des disparités entre les types et niveaux d’enseignement.

Pour faire face à ces disparités, les responsables ont tracé un plan de quatre objectifs fondamentaux, et qui sont toujours à l’ordre du jour. Ces objectifs sont : l’éducation pour tous, la réalisation d’un système scolaire à structure et contenu unifiés, une remise en honneur de la langue nationale et le recours exclusif à des enseignants marocains.

  1. La généralisation ou démocratisation de l’enseignement :

S’inscrivant contre un enseignement sélectif, le gouvernement a décidé de lutter au maximum et le plus rapidement possible contre l’ignorance en ouvrant les portes de l’école au maximum d’enfants possible. On assiste en effet à une véritable « explosion scolaire » :

« 136129 nouveaux élèves sont inscrits dans les écoles publiques en octobre 1956 et 200000 en octobre 1957, au lieu d’une moyenne de 15000 élèves par an pendant les dernières années du protectorat » 8 .

  1. L’arabisation :

Au lendemain de l’indépendance, le parti nationaliste et la population ont insisté sur l’arabisation. Cette dernière est sans doute le problème le plus complexe du système éducatif marocain :

« La politique d’arabisation est une politique hésitante, de balançoire » 9 .

On peut dire que l’arabisation choisie vers la fin c’est une « arabisation-traduction ». Les cycles touchés par cette arabisation sont : le primaire, le secondaire, le supérieur (y compris les disciplines scientifiques et économiques).

En parcourant de long en large le texte de ladite : Charte nationale de l’éducation et de la formation :

« Il est remarquable qu’il n’y a aucun appel ni à l’arabisation, ni évidemment à la francisation ou autre » 10 .

En effet, il n’y a pas d’appel à l’arabisation.

Il s’avère donc, que ce problème (de l’arabisation) est profondément ancré dans les champs des luttes sociales, comme l’a affirmé MEKKI MERROUNI :

« Selon l’un ou l’autre mode d’arabisation, c’est un groupe social qui est favorisé ou défavorisé par rapport à un autre groupe ou à d’autres groupes sociaux » 11 .

  1. La marocanisation et la formation des cadres :

Les progrès réalisés en matière de scolarisation ont abouti à ce que ni l’effort de formation des maîtres, et ni le recrutement direct des nationaux ne suffisent aux besoins d’encadrement. Ce qui justifie le recours à la coopération étrangère, française en particulier. Les coopérants étrangers sont très nombreux dans l’enseignement au cours de la période 1956-1963 :

« 6851 sur un total de 13246 enseignants en 1956-1957,

7071 sur un total de 28937 enseignants en 1961-1962,

5620 sur un total de 13246 enseignants en 1962-1963 » 12 .

Des mesures ont été prises afin de marocaniser l’enseignement.

Pour ce but, des centres de formation des instituteurs (CFI) sont implantés à travers tout le Maroc, ce qui a permis la formation accélérée d’enseignants nationaux.

En plus, avec la création des centres pédagogiques régionaux (CPR), la marocanisation du premier cycle n’était qu’une question de temps. De même, l’implantation des écoles normales supérieures (ENS) dans certaines provinces a permis la formation des professeurs de second cycle et la marocanisation de ce cycle :

« Avec la réforme de 1984 (…), le rythme d’évolution des centres de formation s’accélère de manière spectaculaire. Les quatre années qui ont suivi celles-ci portent l’effectif des stagiaires à 318694, alors qu’il n’a été durant la dernière décennie que de 132307 stagiaires par année » 13 .

Ce qui veut dire que de 1972 à 1980, l’effectif total a été de 132307, soit 16536 par an, et de 1984 à 1988, il passe à 318694, ce qui correspond à 79673 stagiaires par année.

1 BOULAHCEN A., Sociologie de l’éducation , édition Afrique orient, Casablanca, 2002, p : 13.

2 Ibid. p : 12.

3 Ibid. p : 13.

4 Ibid. p : 14.

5 Ibid. p. 14.

6 Ibid. p. 14.

7 Ibid. p. 15.

8 MERROUNI M., Le problème de la réforme dans le système éducatif marocain , édition OKAD, Rabat 1993, p 84.

9 Ibid. p. 93.

10 Ibid. p. 78.

11 Ibid. p. 25.

12 Ibid. p. 33.

13 Ibid. p. 54.



  



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