Andosido et andolala

 Par Adi Lachgar  (?)  [msg envoyés : 341le 28-05-10 à 18:32  Lu :1958 fois
     
  
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L’Andosido et l’Andolala
Voici une fable des temps anciens, rapportée par quelque voyageur de retour de quelque part, en Papouasie.
Il était une fois un jeune homme qui passait pour puissant dans toutes les tribus de Papouasie. Il n’était ni fort, ni riche, ni beau ni même courageux. Il n’avait ni la force du bras, ni la puissance du verbe. A peine savait-il tenir une lance ; à peine savait-il parler.
Cependant, ce jeune homme, qu’on appelait-l’ai-je dit ?- Andosido (ou Sidoando dans d’autres versions) était terriblement craint. Les pauvres Papoues avaient tellement peur de lui que jamais ils ne prononçaient son nom entier. C’était comme si dans ce nom était quelque force cachée qui pourrait s’abattre sur eux. Aussi le connaissait-on au nord par An, au sud par Si, à l’est et à l’ouest par Do.
Des histoires folles et affolantes circulaient à son propos. Au nord, le chaman racontait que « An », en prononçant son nom, avait terrassé toute une famille de lions qui en voulait à sa peau. Au sud, le sorcier, suant à la lumière du feu de la veillée, racontait à la tribu médusée comment, en prononçant son nom, "Si" avait réduit en cendre tout un village. A l’ouest comme à l’est, Do , en prononçant son nom, émasculait des hommes, engrossait ou faisait faire des fausses couches aux femmes, brûlait des champs entiers, déracinait les arbres, faisait tomber une pluie de sang et de cendre, faisait pleurer le soleil et rire la lune, faisait aux animaux manger leurs petits,aux oiseaux voler les plumes, faisait fondre la roche, rendait belles les plus moches et moches les les plus belles.
An, Do, Si, ou Do. De mille et mille maléfices son nom, jamais dit cependant, était capable. Et seul Andosido pouvait dire Andosido. Seul ? Pas si sûr.
Un jour, Andosido apprit qu’au confins de la forêt papoue vivait un être étrange. Certains parlèrent d’une femme d’une rare beauté, d’autre parlèrent d’un homme efféminé. Certains le dirent ou la dirent douée d’un pouvoir extraordinaire. Il ou Elle pouvait, en chantant, défaire tous les sorts sorciers et inverser toutes les malédictions.
En apprenant la nouvelle, le sang d’Andosido ne fit qu'un tour et lui sortit par le nez car il saignait dès qu’il était en colère. Comment ? Il y aurait sur la terre un être qui oserait tenir tête à Andosido le Grand ? (Cela, il le pensa mais ne le dit point puisque, nous le disions, il était incapable de faire une phrase et que seul son nom était sa force et sa puissance.) Sur le champ, il partit. Non point en chevauchant, mais en trottant comme un chimpanzé apeuré. Il trotta si vite cependant que le soir même, il était devant la grotte où vivait, paraît-il, l’Homme ou la Femme.
Andosido reprit haleine, puis cria dans l’air lourd du soir « Andooooosidooooo »
Il attendit. Rien ne se passa.
Alors, il se décida à crier de nouveau en pensant à quelque chose « Andoooooooosidoooooooo »
Mais rien. La grotte n’explosa pas. Le ciel ne tomba pas. Les arbres ne tressaillirent même pas. L’Etre ne fut pas éjecté de sa cachette.
Andosido connut la faiblesse. Il se sentit nu. Des larmes de colère et d’impuissance se mélangèrent au sang de son nez et lui donnèrent l’air d’un guerrier des temps maudits.
Et Andosido parla. En réalité, il baragouina quelque chose dont la légende ne put retenir que quelques mots « Toi, sortir, homme, femme, mourir, Andosido »
Bientôt, une étrange lumière apparut à l’entée de la grotte. Et de la lumière sortit, comme d’un brillant linceul, un homme qui était quasiment inhumain, tellement il était beau. Il était souriant. Il flotta plus qu’il ne marcha vers Andosido sur le c… Andosido tenta de dire Andosido : essayer son pouvoir sur la chose maintenant qu’elle était à découvert. Rien ne sortit de sa bouche. Le sang qui avait séché avec les larmes sur ses joues et son menton lui donnait maintenant l’air d’un enfant pris en flagrant délit de vol de confiture de fraise (trop de « de » ? C’est une fable !) L’Etre approcha encore. Maintenant il était tout près d’Andosido. Il tendit une main nuageuse et la lui passa sur le visage, avec ce sourire qui semblait dire « Toi, vilain enfant, tu as encore volé de la confiture. » Andosido ne sentit guère la main lui essuyer le visage. Mais il sentit tous ses pouvoirs impuissants.
Soudain, il entendit la Voix
« Tu es Andosido
Tu es l’AN, tu es SI, tu es DO
Tu es Andosido
Celui dont seul le nom est craint
Je t’attendais. »
Andosido qui ne pouvait faire une phrase, laissa à ses yeux d’enfant effrayé le soin de répondre et d’interroger « Et toi ? Qui es-tu ? »
« Moi, je suis comme toi
Je suis un homme aux traits de femme
Et je m’appelle Andolala
Je suis ta sœur Andosido
Nos parents nous donnèrent leur pouvoir
Tu as le pouvoir de mon père qui s’appelait Sido
J’ai le pouvoir de notre mère qui s’appelait Lala
Ando signifie avoir en marocain
Car c'est au Maroc que nous naquîmes»
Alors, pour la première fois, Andosido comprit que, qui
ماعندو سيدو
عندو لالاه
NB
Fable inspirée par les récentes mésaventure d’un vizir.

  



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 Réponse N°1 4433

OOOOOOOOOOOOOOOOH!
  Par   ELQANDIL Abdelaziz  (Inspecteurle 28-05-10 à 19:14

A ssi Adi

crois-tu que ce que la politique ne peut toucher, la fable peut le faire?qui sait!

j'avoue que c'est une belle fable ,merci .




 Réponse N°2 4436

real politics et fabula
  Par   Adi Lachgar  (CSle 28-05-10 à 21:54

La politique est l'art de faire des fables. Ce n'est pas sans raison que des siècles et des siècles ont représenté les politiciens comme des affabulateurs.

La fable d'Andosido n'est pas morale. Elle est purement descriptive. philosophiquement, elle relèverait de la justice corrective d'Aristote. Andosido prend tout proportionnellement à son nom. Andolala intervient pour corriger et rendre ce qu'il est possible de rendre. Le proverbe marocain qui clôt la fable trahit la psychologie du Marocain qui n'est que rarement lui même. Il représente plus qu'il ne présente. Il se réclame de quelqu'un de plus puissant, de plus grand, de plus fort. Il est porteur d'un pouvoir qui n'est pas le sien. A la manifestation de ce pouvoir, les faibles rétorquent en se réclamant d'un pouvoir, ou d'une autorité égale, voire supérieure (lallah.) Les mésaventures du vizir que son fils a entraîné dans une histoire sordide de coups et blessures est très parlante à cette égard. Ça donne la nausée et ça rassure: ces ministres nous ressemblent. Nous avons le gouvernement que nous méritons. Vivement la technocratie!




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