Ali joumjouma

 Par kahkahy mohammed  (?)  [msg envoyés : 3le 01-05-11 à 08:38  Lu :1521 fois
     
  
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Kahkahy Mohammed
Extrait d’un roman en tiroir
Ali Joumjouma

Le maître nous foudroya d’un regard noir. J’avais déjà vu quelque part ces yeux torves. C’était au cinéma. Un démon muni de deux cornes, un visage anguleux, le regard malicieux et deux yeux de braises phosphorescents dominait de sa haute taille et de tout son corps hideux une belle et jeune fille aux cheveux roux. Que lui était- il arrivé au juste, elle qui paraissait, si vulnérable, si fragile devant un tel monstre. L’avait-t-il dévorée ou lui a-t-il proposé un pacte de mariage en échange d’une fortune monumentale. Il semble que le mariage avec les démons rapporte beaucoup. En tout cas, le regard menaçant de notre maître à cet instant là me rappelait celui du diable de l’affiche.
« Quel est cet imbécile qui a osé écrire ces saletés sur mon bureau? »
La voix tonitruante de si Omar , notre maître, me tira de mes rêveries.
Les élèves baissèrent la tête et se firent très petits.
Un silence lourd régnait dans toute la salle. On aurait entendu une plume d’une hirondelle qui tombait par terre. Personne ne broncha. Un tonnerre éclata. C’était sa main qui s’était abattu sur le bureau.
« Des ânes, des porcs voilà ce que vous êtes espèces de cancres ! »
Nous subissons stoïquement le supplice avec la résignation d’un bon musulman entre les mains de son Dieu et je me suis rappelé une phrase que mon père aimait à répéter à tout bout de champ. « Que peut faire un mort devant le fqih qui s’occupe de sa toilette funèbre. »
-«  Vous allez mettre noir sur blanc le nom de ce salopard, de ce fils d’adultère sinon….. »
La menace resta en suspens. Le démon fonça droit sur le placard, situé au fond de la classe. Nous savions fort bien ce qu’il allait y chercher. « La Mama, l’affectueuse », comme il se plaisait à l’appeler. C’était un bâton de deux mètres, noueux et solides. La scène, on la voyait aussi clair que le jour de jugement. Des coups distribués au hasard. Une main sans merci qui s’abattait à toute volée sur des plantes toutes frémissantes de douleurs, des fesses nues rouées, striées de bleues et des visages cramoisis, des plaintes, des supplications, des pleurs, des cris à fendre l’âme. Un vrai génocide, quoi. Nous allions, pauvres suppliciés, subir le sort du tambour le jour des noces.
Mais je n’avais rien à me reprocher, n’ayant commis aucun acte répréhensible. Celui qui ne faisait rien, n’avait rien à craindre. Me répétait ma mère.
Il se planta sur l’estrade, armé de la Mama, au beau milieu de la classe, nous dominant de sa haute stature. Nous étions la fille aux cheveux roux. « Prenez une feuille, un stylo et inscrivez le nom de ce criminel. », claironna-t-il en secouant l’objet de notre terreur.
Je me mouchai le nez le plus discrètement possible pour me débarrasser de l’eternel morve qui ruisselait de mes naseaux. Le mouchoir était déjà saturé. Puis, je coulai un regard vers les élèves. Il y avait un échange de regards où se lisait un message dont je ne parvenais pas à déchiffrer le sens. Il me semblait qu’une même étincelle de malice brillait dans leur regard et le même sourire amusé glissait sur leurs lèvres. Certains chuchotaient dans les oreilles de leurs camarades quelques mots. Le bourreau, l’air sombre, arpentait nerveusement de long en large la salle, apparemment indifférent au manège des élèves pour leur laisser le temps de délibérer avant de livrer le coupable. On s’exécuta. Tas d’élèves étaient capables d’un tel acte. A commencer par mon voisin qui abhorrait le maître car il se prenait souvent à sa mère et l’humiliait en classe pour oui ou un non. Il proclamait qu’il n’était qu’un fils de p...
Mahboul avait lui aussi une tête d’un coupable. Il avait déjà fomenté des mauvais coups. Les chewing-gums qui collaient au pantalon des maitres, c’était lui. Les cris de chouette, c’était également lui. Maâkouda , celui qui occupait le fond de la classe du côté des fenêtres. Lui, avait à son palmarès pleins de hauts faits qu’il pouvait vous égrener à longueur de journée sans en venir à bout. Il appartenait à une bande qui pratiquait à Joutia le vol à la tire. Un artiste à la carrière prometteuse.
Ne pouvant accuser à tort quiconque, Je finis par gribouiller quelques lettres illisibles, pliai le bout de la feuille plusieurs fois avant d’aller le déposer sur le bureau à l’instar des autres élèves. Le dépouillement commença dans un profond silence. Le maître parcourut d’un regard fébrile tous les bouts de papier, lava les yeux. A la fin de l’opération, ses lèvres esquissèrent un sourire de triomphe. Il posa sur moi un regard vipérin.
« Ali le morveux, tête de seau, au tableau !
Puis il ajouta d’un ton aigre : « Non seulement, tu es cancre, nul mais en plus une peste, un parasite. Et bien moi, je vais t’écraser moi. »
En passant le revers de la main sur mon nez pour freiner une morve qui allait dégouliner sur mes vêtements, je jurai par tous les saints, par Dieu. En vain. Il fallait que ça soit moi le coupable. Il désigna deux élèves robustes Hamada et Moumoussa qui ne se firent pas prier deux fois pour fendre sur moi comme deux ours. En tournemain, je fus maîtrisé et soulevé de la terre comme un petit poussin. Ils m’étendirent sur la table et me maintinrent immobiles, ventre contre la table. Vingt coups, trente, quarante. Je ne me rappelai plus. Il me faisait pitié quand il trahissait des marques de fatigue. Il fit un pause avant de reprendre son noble devoir d’’éduquer le fils d’adultère que j’étais.
Puis, une fois cette opération terminée, il passa à la seconde phase. La tête baissée, je fus traîné de classe en classe, sous les huées des élèves, avec l’attirail d’une bête de somme. Autrement dit deux longues oreilles fabriqués en papier carton et un écriteau épinglé sur mon tricot en gros caractères« je suis un âne ». Toutes les classes vibraient d’un seul rythme : « Joumjouma ! »
On me fit regagner la classe aussi mort qu’un cadavre ambulant.
Nous reçûmes la visite du directeur. Il prononça devant la classe un long sermon qui leur enseignait les bonnes manières. Après, il m’accabla des injures les plus blessants.
Le maître lui soumit les preuves de ma culpabilité : l’écriture sur le bureau et le résultat du dépouillement. Le chef de l’établissement, après avoir longuement considéré d’un regard attentif, tour à tour les graffitis criminels et les bouts de papiers qu’il tenait à la main, conféra à voix basse avec le maitre qui marqua d’abord une surprise de ses sourcils avant de hocher le chef. Le directeur les bras au ciel, se tourna vers les élèves. Tout ça n’avait rien qui vaille. Un autre malheur m’attendait.
« N’est infaillible que Dieu, à Lui le retour. » déclama notre chef.
C’est fini. Mon destin est signé, consigné. Ma tête était bonne pour l’échafaud.
- Je crois que nous avons fausse route, dit-il la bouche en cœur, J’ai mis la main sur le vrai coupable. Ce n’est pas Ali, c’est Hamada. «
C’est la stupéfaction générale. .Et en levant un bout de papier dans le ciel, en guise de preuve tangible, il ajouta :
«  Il n’y a pas le moindre doute. Son écriture correspond parfaitement à celle des graffitis. Soubhan allah, celui qui ne se trompe !»
Mohammedia avril 2011

  



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 Réponse N°1 10349

Bienvenu au site M Kahkahi
  Par   Samira Yassine  (CSle 01-05-11 à 09:40



Avant même de lire ton histoire, je tiens tout d'abord à te souhaiter la bienvenue cher ami dans notre site.

Je suis ravie de te voir contribuer par tes belles histoires que j'adore.

Sincèrement/





 Réponse N°2 10379

Je le confirme, M kahkahi a vraiment du talent !
  Par   Samira Yassine  (CSle 02-05-11 à 00:25



Oui, je viens de retrouver un ami que j'ai connu il y a 22 ans. J"ai découvert que tu es un gran d écrivain cher ami.

Tu as vraiment beaucoup de talent. Bonne continuation.

Mes amitiés





 Réponse N°3 12589

texte poignant
  Par   akhoutaibi ahmed  (CSle 16-06-11 à 16:10



J'ai apprécié ton récit pour son authenticité. Ton écriture as quelque chose qui incite le lecteur à continuer, et on le fais sans effort sans souffrance: car comme dirait Rolland Barthes, le "Plaisir du texte" est partout entre les linges de ton récit, d'où cette envie qu'il nous donne d'en explorer les replis, et d'en écouter les murmures.

Bonne chance pour la pubication.

A. Khoutaibi





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