Activité de lecture;lecture méthodique

 Par Elmzouri mostafa  (Autre)  [msg envoyés : 145le 21-12-12 à 16:00  Lu :4552 fois
     
  
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A Mme Aziz Hayat,
Texte :
La première maison de béton apparut près du cimetière au lendemain de l'indépendance. C'était une nouveauté et son propriétaire, un commerçant de Casablanca, invita tout le village à célébrer cet événement. Il fit venir de loin des tolbas qui récitèrent de longues sourates du Coran afin que cette demeure soit bénie et préservée des jnouns et des mauvais esprits qui pourraient remonter des entrailles de la terre afin de frapper de maux insolites ses habitants. Comme par hasard, les premières automobiles firent aussi leur apparition. L'ancienne piste fut prolongée de quelques kilomètres pour permettre aux nouveaux riches de se rendre jusque chez eux au volant de leur véhicule. Ils payèrent eux-mêmes des terrassiers qui travaillèrent sans relâche au déblaiement du terrain propre à ce tracé. Petit à petit, l'aspect des lieux changeait. Les anciennes maisons désertées commençaient à se ruiner. Une pierre tombait, une autre suivait, puis les murs cédaient sous le poids des poutres. Les maisons qui se trouvaient tout en haut du village furent les premières à subir les conséquences directes de cette modernité qui était entrée ici du jour au lendemain, sans crier gare. Des pompes à eau arrivèrent en même temps. On entendait partout leur pétarade. Les femmes ne s'épuisaient plus à tirer l'eau du puits à la force du poignet pour irriguer le potager. Les postes de radio, inexistants jusque-là, cacophonèrent la nuit, couvrant de leurs grésillements les bruits naturels des champs.
Le vieux couple assista sans tristesse à ces événements insidieux qui allaient transformer de fond en comble le paysage. Bouchaïb ne se plaignit pas même de l'intempestive intrusion des radios car ceux qui en possédaient habitaient loin de chez lui. Son havre était resté aussi calme qu'auparavant. En fait, rien ne le gênait de ce qui venait du Nord, bien qu'il continuât à se rendre au souk à dos d'âne alors que des bus faisaient la navette. «Je suis le gardien de la tradition », disait-il quand on abordait ce sujet en sa présence. Et il ajoutait aussitôt: « Tout évolue, sauf les mentalités. L'ennuyeux, c'est qu'elles ont plutôt tendance à empirer. » Il n'était d'ailleurs pas le seul à se rendre au souk à dos d'âne en suivant les lacets sinueux du chemin muletier à travers la montagne au lieu de la route qui empruntait le cours de la vallée, deux fois plus longue que ce parcours ancestral. Il y en avait même qui faisaient tout ce chemin à pied. Il fallait seulement se lever tôt et prendre la route pour arriver à destination avant l'embrasement du jour. À partir de dix heures, en effet, c'était déjà la fournaise. Les roches étaient si chauffées que tout ce lieu chaotique irradiait une énergie insupportable. Les bêtes sauvages elles mêmes préféraient l'obscurité profonde des grottes et des anfractuosités à la lumière aveuglante et torride du jour. Chemin faisant (c'était toute une expédition), les voyageurs échangeaient des informations utiles, s'enquéraient du sort de l'un ou de l'autre; bref, à aucun moment on ne s'ennuyait. On plaisantait même:
«Hé, Moussa! As-tu vu ton si joli turban tout neuf?
- Wah! Qu'a-t-il donc mon turban?
- Il est si beau qu'il plaît aux mouches. Elles font le voyage gratis là-dessus.
- Bah! Les mouches voyagent comme nous.»
Et l'on riait. L'heure passait. Au souk, on se séparait, mais à midi on se retrouvait à la même gargote autour du même tagine de bouc. Une viande succulente car ces bêtes ne consommaient pas de déchets, mais les herbes et les aromates de la montagne. Le soir, avant la nuit, on rentrait au village en groupe. Ce n'était pas fatigant. Ainsi, pour certains, prendre le car pour gagner du temps ne valait pas le coup. « Il y aura toujours des chemineaux. Il y aura toujours des amoureux de la montagne », répétait le Vieux à qui voulait l'entendre.
Mais la plupart des jeunes avaient maintenant des bicyclettes et même des vélomoteurs. D'autres prenaient le car. Seuls les plus endurcis se retrouvaient entre eux une fois par semaine sur le même chemin de la montagne. Ils étaient heureux de leur sort et n'enviaient pas les autres. « Que le monde évolue ou craque, ça ne nous dérange pas, nous sommes tout à fait libres de nos mouvements. Quant aux autres, si le car les laisse en plan, ils se voient contraints de passer la nuit au souk dans une gargote ou à la belle étoile... »
Mohammed Khair-Eddine (Il était une fois un vieux couple heureux)
Lecture méthodique :
• Objectif : Etudier une narration.
• Pré –acquis : récit, description, description en mouvement..
• Notions : modernité, tradition, évolution..
1-mise en situation :
Le narrateur, après avoir présenté les personnages et le monde harmonieux où ils vivaient, assiste maintenant aux premières transformations que subit la nature. Même si le vieux couple reste serein, il manifeste une réserve à l’évolution que connaissent les villes et les villages de son pays.
2-lecture à haute voix.
3- hypothèse de lecture : comment cette narration rend compte du changement symbolique du Maroc.
4- mouvements du texte :
-Les premières transformations mêlées à la superstition.
-La réaction de Bouchaib et certains gens du village.
5- Plan
A-la gravité de récit.
B -la légèreté de la scène.
6- Explication : (Cette énumération est faite par souci méthodologique)
a) Les personnages :
Dans le premier mouvement, les personnages sont anonymes; dans le deuxième mouvement, les personnages sont identifiés. Certes, les personnages identifiés sont mieux tolérés que la foule des personnages anonymes : on invite le lecteur à être intime avec Bouchaib et sa femme ,Moussa… L’anonymat des personnages traduit une tromperie contre le pays.
b) L’énonciation:
Le narrateur parle directement au lecteur, sans intermédiaire, ce « discours » invite le lecteur à se poser des questions quant au rôle de la modernité.
Dans le deuxième mouvement, il y a une scène qui laisse dire que le narrateur parle au lecteur à travers le personnage. Ce discours via le biais d’un personnage trahit la réserve que le narrateur a eue quant aux changements que court le pays.
c) Les temps :
Le temps du récit est le passé simple, mais est-ce qu'on ne peut pas soutenir que dans le premier mouvement il s’agit d’un cadre de la description, et le deuxième est une scène? Dans cette perspective, il s’agit du désordre de la modernité face au calme de la tradition.
d) La focalisation
Il s'agit de la focalisation zéro, le narrateur épouse le point de Bouchaib, c’est-à-dire qu'il adopte sa manière de voir.
e) Les champs lexicaux:
Aux champs lexicaux de la modernité s'oppose ceux de tradition:
modernité : béton, ruine, cacophonie, grésillement…
tradition: sans tristesse, plaisanterie, rire…
Cette opposition n’est pas innocente : au désastre de la modernité, s’oppose la félicité de la tradition.
f) Les figures de style :
« Une pierre tombait, une autre suivait, puis les murs cédaient sous le poids des poutres. »
« Son havre était resté aussi calme qu'auparavant. »
On se limite à ces deux figures de style: la première est une gradation qui traduit la ruine des villages par l'effet de la modernité aveugle, la deuxième est une métaphore qui traduit la sérénité et la tranquillité de la tradition.
g) Les thèmes :
La modernité mêlée à la superstition! Une étrange association qui ne peut arriver que dans les esprits arriérés. Certains gens éclairés préfèrent l'âne :"les voyageurs échangeaient des informations utiles». Ils font des gens modernes la risée du pays.
Conclusion :
L’opposition entre la gravité du premier mouvement et la légèreté du deuxième mouvement est dû au sérieux de la première partie, le pays est menacé par ces changements ; par contre, la deuxième partie est plus paisible .On assiste à l’évolution malsaine du pays : le narrateur évoque cette dégénérescence de la tradition face au poids de la modernité, une modernité atroce qui détruit l’harmonie de la nature. Bouchaib, ne dit –il pas « Tout évolue, sauf les mentalités. L'ennuyeux, c'est qu'elles ont plutôt tendance à empirer. » .Bouchaib, porte- parole du narrateur, tient à dire «Je suis le gardien de la tradition » .

  




 Réponse N°1 28964

Belle dédicace
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 21-12-12 à 23:14



Merci pour ce beau présent offert lors d'un jour apocalyptique! N'est-ce pas magnifique! Merci pour votre générosité! Que Dieu vous apporte tout le bonheur!

C'est un travail d'une grande qualité. Bravo!





 Réponse N°2 29407

merci
  Par   slitini nissrine  (CSle 11-01-13 à 19:05



merci bien pour ce travail fort rigoureux.





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