A props de messages mal adresses

 Par Adi Lachgar  (?)  [msg envoyés : 341le 18-02-10 à 16:24  Lu :1831 fois
     
  
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A PROPOS DE QUELQUES MASSAGES MAL-ADRESSES
UN VIEUX POLYPHNIQUE « M’RHBA BIKOUM FI BLADKOUM »
Tout le monde le sait : notre pays est très hospitalier. La famille marocaine la plus pauvre connaît les règles de bienséance. Vous serez toujours bien reçu. Même si la famille tremble de vous voir débarquer à l’improviste et mettre à mal une bourse déjà éprouvée par « la sécheresse », vous serez toujours privilégié et n’aurez droit qu’à des sourires et à de bonnes paroles héritées de temps immémoriaux.
Parmi ces bonnes paroles, celle-ci est la plus usitée : « Marhaba-bikoum ! Hadi darkoum. » Autrement dit « soyez les bienvenus chez vous. » Le message est beau, l’hyperbole sympathique. Mais un message-et c’est là des rudiments élémentaires de communication- peut vous jouer de sales tours quand vous ne faites pas attention aux conditions de sa production, les fameux quoi ? à qui ?comment ? pourquoi ?…
Jouons la classe :
Le prof :Qui ?
L’élève : Deux chanteurs « populaires », Najat et… (j’ai oublié son nom et je ne le chercherai pas.)
Le prof :A qui ?
L’élève :A des immigrés marocains
Le prof :Où ?
L’élève : A l’aéroport.
Le prof : Quand ?
L’élève : A leur descente d’avion, un jour de juin- juillet-août, quand le patron le permet.
Le prof : Comment ?
L’élève : En criant « musicalement» : M’rh’babikoum, hadi darkoum !
Le prof : Pourquoi ?
L’élève : Apparemment pour leur souhaiter la bienvenue.
Si l’élève n’est pas sûr c’est que ça ne se dit pas dans cette situation.
Demandez à n’importe quel élève si cela se fait, il vous dira que c’est à la limite de l’insulte de venir recevoir des gens qui rentrent chez eux en leur criaillant « Bienvenue. Faites comme chez vous. » C’est déplacé, c’est ironique, c’est blessant. L’intrus n’est pas celui qui arrive, mais celui qui reçoit. Et si le message doit avoir un sens, c’est celui-là : là-bas, c’est pas chez vous.
Qu’aurions-nous alors laissé à LE PEN ?
Il savent, ces Marocains, ils savent bien ce que nous recevons en eux. Il n’y a qu’à voir de quel côté sont les banderoles (avec des trous … pour du vent).
Moralité : qu’on y mette le prix quand il s’agit de faire de la pub à notre pays. On ne peut pas permettre à la médiocrité d’atteindre à des choses aussi douloureusement sacrées que la vie de ces Marocains qui ont donné, qui donnent et qui donneront leur vie, qui s’exilent 11mois par an pour leur patrie (A quand le monument aux immigrés ?)
Au risque de commettre un délit de faciès, une dernière chose : le Maroc serait certainement le plus beau pays du monde, si ce n’était cette personne qui le dit…justement (c’est pas sa faute, d’ailleurs). Mon pays gagnerait à ce qu’on n’en parle pas si seuls des professionnels sans professionnalisme doivent en parler.
UN NOUVEAU CACOPHONIQUE « MATQICH B’LADI »
Je suis quasi convaincu que les personnes qui inventent nos messages publicitaires ne connaissent pas l’arabe et que ses derniers sont d’abord dits en français puis traduits, dans un très mauvais arabe marocain.
Le dernier en date est ce message : « matqich bladi. » Là au moins, il ne fallait pas faire du n’importe quoi car l’on sait les conditions malheureuses auxquelles le message fait référence. On devait faire quelque choser de fort, quelque chose qui dise bien l’amour que, en tant que Marocains, nous avons pour notre pays et notre fermeté quand à sa protection contre la bêtise et la terreur. Or, la première manifestation de l’amour du pays (vous l’aurez remarqué : quand deux Marocains se rencontrent ailleurs…) c’est de parler sa langue. « Matqich bladi » n’est pas arabe et n’est pas marocain. J’ai bien pris soin de demander un peu partout s’il n’y aurait pas, quelque part au Maroc, une partie de notre population qui prononce ainsi « matquiSch bladi » : rien. Tout le monde semde prononcer ce [ s ], nécessaire parce que faisant partie du radical du verbe « Quas » signifiant toucher. La fameuse règle du « idram » ne s’applique pas à ce cas de figure : la suite des sons [s] et [∫] n’entraîne aucune contamination, ni assimilation. Cela aurait été une maladresse de plus, tout au plus le résultat d’une parfaite ignorance de la grammaire, s’il n’y avait pas, justement, en arabe (arabe qu’affectionnent particulièrement les destinataires supposés du message) un autre verbe qui aurait donné, avec un brin de préciosité, la forme « matqich bladi ». Et le sens en est : Ne protège pas mon pays !
Si le message écrit n’est pas des plus réussi, on peut invoquer l’excuse de l’analphabétisme. Tous les Marocains ne coupent pas les cheveux en quatre. Mais que dire de l’image ?
Il y a quelques années, nous analysions en classe une affiche publicitaire de la prévention routière. Un bonhomme traverse la rue avec au-dessus de la tête, un parapluie. Première analyse : le parapluie symbolise la protection, la prudence. Le piéton traverse, en effet, en marchant sur ces bandes blanches signalant –rarement- le passage piéton. Le seul hic dans l’affaire, c’est que le bonhomme n’a pas de tête. Le parapluie la cache entièrement. Deuxième analyse : le danger ne peut venir des deux côté de la chaussée, puisqu’on n’a pas besoin de voir. Il vient d’en haut. C’est le destin. Ce fameux qadar qui a bon dos chez nous. La main du « matqich bladi » n’est pas plus réussie. Avec toutes les charges superstitieuses que lui attribue l’imaginaire populaire, sous la même forme d’ailleurs, elle ne peut que suggérer le caractère fatal, quasi inexorable du mal qui peut nous toucher. Est-ce le discours qu’il faut tenir à des gens auxquels on reproche par ailleurs la dé-raison ?
Le mal du terrorisme n’est pas inexorable, car nous le vomissons par notre humanité avant de le bannir par notre nationalité. La force d’amour qui est en nous n’a d’égal que la force de haine que nous vouons à ceux , qui, au nom de je ne sais quelle lubie, menacent MON PAYS. Mais s’il faut le protéger ce cher vieux pays, c’est peut-être d’abord contre l’incompétence et la complaisance dans l’incompétence. Ce qui me fait le plus mal, c’est que je sais qu’il y a dans mon pays des gens compétents en communication que l’on ne consulte même pas. Vivement quelques
C de B !

  



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 Réponse N°1 2818

re
  Par   marocagreg  (Adminle 18-02-10 à 16:47

le fameux slogan "matkich bladi", " matkich ouldi", matkich jibi", est en effet mal pensé. au début lorsque pour la première fois j'ai lu ce message sur une grande affiche de M. El majidi, j'ai d'abord prononcé (absence de vocalisation) Matkïïch bladi : ne fait pas vomir mon pays

ما تقيِّش بلادي

en effet, on doit cesser de nous faire vomir par ces publicités qui souffrent d'un manque horrible de créativité des agences qui ont pour credo

كور و عطي لعور




 Réponse N°2 2823

re
  Par   Adi Lachgar  (CSle 19-02-10 à 01:22

J'ai bien aimé cette lecture aussi. Les exemples de rattage de communication sont nombreux et tous aussi graves ou aussi cocasses. Vous savez, cher ami, il y a quelques années, j'ai pleuré après avoir regardé "صدافة حمادي ", excellente comédie de l'excellent Ahmed Taïb Laalej. Oui, j'ai pleuré de dépit, d'amertume, de haine: comment peut-on minfliger des Khiari, des Fahid, des Naciri et même des Joundi dans un pays où il y a des textes comme celui-là et des jeunes comme ceux-ci pour les jouer?

Le problème dans ce pays, c'est que l'intelligence est foulée aux pieds. La philo du عدي , même si c'est mon surnom, a assez fait de dégâts comme cela. Vivement que ça cesse.




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