à propos du péché originel!!!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 30-06-12 à 15:23  Lu :1579 fois
     
  
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Pour évoquer un peu cette notion de péché originel, on peut faire une comparaison, ou juste soulever la notion de l’intertextualité, entre le tableau « La tentation d’Adam et Ève » de Michel ANGE ( 1508-1512) Qui est une fresque de la voute de la Chapelle Sixtine, Vatican, Rome. Et le poème « L’ébauche d’un serpent » Paul VALERY
Présentation des supports : 
Pour ce qui est du tableau, on peut facilement le trouver sur le net. Il suffit de taper « La tentation d’Adam et Ève », il est divisé en deux panneaux, le deuxième « Adam et Ève chassée du paradis ». Je ne peux le mettre ici, parce que c'est un " nu" !
Pour le poème : L’ébauche d’un serpent (remarquez comme il est long comme un serpent !) vous n’avez pas besoin de le lire en premier !je l’ai mis à la fin !
1-Michel Ange s’inscrit dans la lignée des premiers représentants de la renaissance. IL est considéré, après Léonardo De Vinci , comme l’un des initiateurs du renouveau qu’a connu cette période dans le domaine de l’Art.
Le tableau s’intitule « La tentation d’Adam et Ève » thème cher à la bible, mais aussi aux autres livres saints : il évoque l’épisode du Péché originel avec toute la dimension symbolique dont il est chargé.
C’est un panneau faisant partie d’une fresque, commandée par le Pape Jules II qui partageait avec M. Ange la même vision humaniste de l’art .
La fresque en question est un travail gigantesque, qui a consisté à peindre le plafond de la chapelle Sixtine, ce qui a exigé beaucoup d’efforts de la part de M. Ange . (à ce titre, il y a un très beau film qui retrace la vie de ce peintre sculpteur « Extase et agonie » superbement interprété par le grand « Charlton Heston".
Le tableau représente trois personnages, nus. Ils occupent tout l’espace. Il y a un Homme et deux femmes. L’une, à droite, est accrochée à un arbre, au moyen de ses membres inférieurs qui se prolongent, à la manière d’un reptile, on dirait, un serpent. De la main droite, elle s’accroche à une branche, pour se pencher et tendre, quelque chose, à la deuxième femme. Celle-ci occupe une position centrale. Elle est assise en tailleur, accoudée à un rocher. Elle allonge la main gauche pour recevoir ce que la femme- serpent lui tend.
Sur la gauche, d’une taille plus imposante, un homme debout, s’appuyant de la main gauche sur une branche, tend la main droite, et de l’index, montre quelque chose derrière la femme-serpent. Il est très près de la femme assise, presque collé à elle.
A part, l’arbre, un figuier, la perspective est dégagée, et en toile de fond, il y a un espace désertique, où une ligne d’horizon, courbée souligne un ciel plus clair, mais dont la couleur est imprécise. On ne peut dire s’il y a des nuages, ou s’il fait beau. Les couleurs utilisées dans le tableau, sont sobres, plutôt pastelles, on dirait que les tonalités de deux couleurs ont servi à dépeindre l’atmosphère recherchée par le peintre, celle de la simplicité des premiers jours.
Le tableau raconte l’épisode de la tentation d’Adam et d’Ève. Cet épisode de la bible, qui retrace le péché originel, montre comment Adam et Ève succombent à la tentation de Satan. Dieu a crée Adam et Ève au Paradis, et il leur a donné la permission de manger de tout, sauf, d’un arbre , (le pommier ?/ ou le figuier ? vraisemblablement pour la bible le serpent peut être dans figuier et non dans pommier !).
Satan souffla à l’oreille d’Ève que l’arbre permettrait d’accéder à la connaissance et à l’éternité. Elle aurait alors convaincu Adam d’y goûter, commettant ainsi la première faute. Le Châtiment ne se fait pas attendre. Ils furent chassés du paradis, avec pour mission de travailler, de gagner leur pain à la sueur de leur front, et de se multiplier, en attendant le jour du jugement dernier.
2-Concernant le poème :
Paul Valéry est un écrivain, poète et philosophe, épistémologue français, né le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945.
« Selon Valéry, tout poème n'ayant pas la précision exacte de la prose ne vaut rien. »
Influencé par Stéphane Mallarmé, Paul Valéry privilégia toujours dans sa poésie la maîtrise formelle sur le sens et l'inspiration : « Mes vers ont le sens qu'on leur prête »
Dans ce poème, Paul Valéry aborde un aspect de la “vie de l’intelligence”, à travers la tentation de la science.
Il s’inspire de la Genèse pour évoquer cette tentation de la science en recourant au symbole même de la tentation : le serpent tentateur. Mais la particularité de ce texte est l’emploi du pronom “je” : c’est le serpent- le narrateur.
Le serpent va, par la flatterie, et l’orgueil, amener les hommes à leur perte. Il se plaît, dans les quelques strophes que ciblées , à rappeler de façon assez ironique, la tentation qu’il a inspirée à Ève. Provoquant son désir de mordre au “fruit défendu” pour accéder à la connaissance.
Satan, qui a pris la forme d’un serpent, contemple le Paradis Terrestre où Dieu plaça le premier couple : Adam et Ève.
Nous avons déjà l’espace où se passe cette scène de séduction: « Bercé par la brise dans la ramure de l’arbre de la connaissance ».
Satan joue sur les mots: bête animal et bête idiot, opposé à sage, . En effet, quoique la cigüe fut mortelle au sage( Socrates) le philosophe, le venin de la vipère , lui ,est plus efficace , et dont la conséquence, sera lourde sur l’humanité.
le serpent cite ce qu’il a dit à Ève pour la convaincre de cueillir le fruit défendu. Il lui a vanté les bienfaits du fruit qui lui apporterait une “science vive”
Dans la strophe qui suit, Le serpent se décharge de toute responsabilité vis-à-vis de la faute d’Eve, prétextant que “le plus rusé des animaux / qui te raille d’être si dure, / ô perfide et grosse de maux, / n’est qu’une voix dans la verdure.” Caché dans l’arbre, il n’était plus qu’une voix dans la verdure que personne n’était obligé d’écouter.
le nom propre d’Ève précédé d’un article, « L’EVE » introduit une nuance familière et moqueuse : Il rabaisse Ève, et plus loin, dans la 4ème strophe s, il se met en valeur: il se présente comme une sorte de Prométhée, bienfaiteur des hommes : “Sens-tu la sinueuse amour / que j’ai du Père dérobée?” Il se vante d’avoir dérobé à Dieu l’un de ses attributs pour le bienfait des hommes.
Puis, le serpent s’adresse à l’arbre, comme on le voit “Sur ton branchage vient se tordre”. Et en fin, il prévoit clairement la Chute prochaine de l’Homme “Il en cherra des fruits de mort, / de désespoir et de désordre!”.
Le serpent chante sa victoire. Mais les trois derniers vers de cette strophe semblent être la réplique victorieuse du poète qui exalte la Science par laquelle
L’homme s’élève jusqu’à l’Être Suprême : “Cette soif qui te fit géant, / jusqu’à l’Être exalte l’étrange / Toute-puissance du Néant
3-Repère dans la bible :
Le cycle de la dénonciation : Bible de Jérusalem
“Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. Yahvé Dieu appela l’homme : “Où es-tu?” dit-il.
“J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché.”
Il reprit : “Et qui t’a appris que tu étais nu? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de
manger !” L’homme répondit : “C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai
mangé !” Yahvé Dieu dit à la femme : ”Qu’as-tu fait là?” et la femme répondit : “C’est le serpent qui m’a séduite,
et j’ai mangé.” (Genèse, III, 8,13.)
4-Dans le Coran : Sourat Alaraf; Versets 19—22
19. «Ô Adam, habite le Paradis, toi et ton épouse; et mangez en vous deux, à votre guise; et n’approchez pas l’arbre que voici; sinon, vous seriez du nombre des injustes.»
20. Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché - leurs nudités - leur chuchota, disant: «Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des Anges ou d’être immortels».
21. Et il leur jura: «Vraiment, je suis pour vous deux un bon conseiller».
22. Alors il les fit tomber par tromperie. Puis, lorsqu’ils eurent goûté de l’arbre, leurs nudités leur devinrent visibles; et ils commencèrent tous deux à y attacher des feuilles du Paradis. Et leur Seigneur les appela: «Ne vous avais-Je pas interdit cet arbre?
Conclusion
Dans le tableau: Il y a Adam et Ève, et Satan sur l’arbre: il tend le fruit à Ève.(Adam et Ève chassés du Paradis).
Dans le poème: Paul Valéry décrit comment et pourquoi Satan séduit Ève: Il y a le serpent, l’arbre et le fruit.
Aussi bien dans la bible que dans le Coran, la tentation est évoquée. La bible rejoint l’idée des artistes concernant le serpent et Ève, alors que le Coran ne parle pas de connotation « serpent », du serpent mais de Satan s’adressant aux deux!(Adam et Eve).
Le poème :
Parmi l’arbre, la brise berce
La vipère que je vêtis ;
Un sourire, que la dent perce
Et qu’elle éclaire d’appétits,
Sur le Jardin se risque et rôde,
Et mon triangle d’émeraude
Tire sa langue à double fil…
Bête que je suis, mais bête aiguë,
De qui le venin quoique vil
Laisse loin la sage ciguë !
Suave est ce temps de plaisance !
Tremblez, mortels ! Je suis bien fort
Quand jamais à ma suffisance,
Je bâille à briser le ressort !
La splendeur de l’azur aiguise
Cette guivre qui me déguise
D’animale simplicité ;
Venez à moi, race étourdie !
Je suis debout et dégourdie,
Pareille à la nécessité !
Soleil, soleil !… Faute éclatante !
Toi qui masques la mort, Soleil,
Sous l’azur et l’or d’une tente
Où les fleurs tiennent leur conseil ;
Par d’impénétrables délices,
Toi, le plus fier de mes complices,
Et de mes pièges le plus haut,
Tu gardes le cœur de connaître
Que l’univers n’est qu’un défaut
Dans la pureté du Non-être !
Grand Soleil, qui sonnes l’éveil
À l’être, et de feux l’accompagnes,
Toi qui l’enfermes d’un sommeil
Trompeusement peint de campagnes,
Fauteur des fantômes joyeux
Qui rendent sujette des yeux
La présence obscure de l’âme,
Toujours le mensonge m’a plu
Que tu répands sur l’absolu,
Ô roi des ombres fait de flamme !
Verse-moi ta brute chaleur,
Où vient ma paresse glacée
Rêvasser de quelque malheur
Selon ma nature enlacée…
Ce lieu charmant qui vit la chair
Choir et se joindre m’est très cher !
Ma fureur, ici, se fait mûre ;
Je la conseille et la recuis,
Je m’écoute, et dans mes circuits,
Ma méditation murmure…
Ô Vanité ! Cause Première !
Celui qui règne dans les Cieux,
D’une voix qui fut la lumière
Ouvrit l’univers spacieux.
Comme las de son pur spectacle,
Dieu lui-même a rompu l’obstacle
De sa parfaite éternité ;
Il se fit Celui qui dissipe
En conséquences, son Principe,
En étoiles, son Unité.
Cieux, son erreur ! Temps, sa ruine !
Et l’abîme animal, béant !…
Quelle chute dans l’origine
Étincelle au lieu de néant !…
Mais, le premier mot de son Verbe,
MOI !… Des astres le plus superbe
Qu’ait parlés le fou créateur,
Je suis !… Je serai !… J’illumine
La diminution divine
De tous les feux du Séducteur !
Objet radieux de ma haine,
Vous que j’aimais éperdument,
Vous qui dûtes de la géhenne
Donner l’empire à cet amant,
Regardez-vous dans ma ténèbre !
Devant votre image funèbre,
Orgueil de mon sombre miroir,
Si profond fut votre malaise
Que votre souffle sur la glaise
Fut un soupir de désespoir !
En vain, Vous avez, dans la fange,
Pétri de faciles enfants,
Qui de Vos actes triomphants
Tout le jour Vous fissent louange !
Sitôt pétris, sitôt soufflés,
Maître Serpent les a sifflés,
Les beaux enfants que Vous créâtes !
Holà ! dit-il, nouveaux venus !
Vous êtes des hommes tout nus,
Ô bêtes blanches et béates !
À la ressemblance exécrée,
Vous fûtes faits, et je vous hais !
Comme je hais le Nom qui crée
Tant de prodiges imparfaits !
Je suis Celui qui modifie,
Je retouche au cœur qui s’y fie,
D’un doigt sûr et mystérieux !…
Nous changerons ces molles œuvres,
Et ces évasives couleuvres
En des reptiles furieux !
Mon Innombrable Intelligence
Touche dans l’âme des humains
Un instrument de ma vengeance
Qui fut assemblé de tes mains !
Et ta Paternité voilée,
Quoique, dans sa chambre étoilée,
Elle n’accueille que l’encens,
Toutefois l’excès de mes charmes
Pourra de lointaines alarmes
Troubler ses desseins tout-puissants !
Je vais, je viens, je glisse, plonge,
Je disparais dans un cœur pur !
Fut-il jamais de sein si dur
Qu’on n’y puisse loger un songe !
Qui que tu sois, ne suis-je point
Cette complaisance qui poind
Dans ton âme lorsqu’elle s’aime ?
Je suis au fond de sa faveur
Cette inimitable saveur
Que tu ne trouves qu’à toi-même !
Ève, jadis, je la surpris,
Parmi ses premières pensées,
La lèvre entr’ouverte aux esprits
Qui naissaient des roses bercés.
Cette parfaite m’apparut,
Son flanc vaste et d’or parcouru
Ne craignant le soleil ni l’homme ;
Tout offerte aux regards de l’air
L’âme encore stupide, et comme
Interdite au seuil de la chair.
Ô masse de béatitude,
Tu es si belle, juste prix
De la toute sollicitude
Des bons et des meilleurs esprits !
Pour qu’à tes lèvres ils soient pris
Il leur suffit que tu soupires !
Les plus purs s’y penchent les pires,
Les plus durs sont les plus meurtris…
Jusques à moi, tu m’attendris,
De qui relèvent les vampires !
Oui ! De mon poste de feuillage
Reptile aux extases d’oiseau,
Cependant que mon babillage
Tissait de ruses le réseau,
Je te buvais, ô belle sourde !
Calme, claire, de charmes lourde,
Je dormirais furtivement,
L’œil dans l’or ardent de ta laine,
Ta nuque énigmatique et pleine
Des secrets de ton mouvement !
J’étais présent comme une odeur,
Comme l’arôme d’une idée
Dont ne puisse être élucidée
L’insidieuse profondeur !
Et je t’inquiétais, candeur,
Ô chair mollement décidée,
Sans que je t’eusse intimidée,
À chanceler dans la splendeur !
Bientôt, je t’aurai, je parie,
Déjà ta nuance varie !
(La superbe simplicité
Demande d’immense égards !
Sa transparence de regards,
Sottise, orgueil, félicité,
Gardent bien la belle cité !
Sachons lui créer des hasards,
Et par ce plus rare des arts,
Soit le cœur pur sollicité ;
C’est là mon fort, c’est là mon fin,
À moi les moyens de ma fin !)
Or, d’une éblouissante bave,
Filons les systèmes légers
Où l’oisive et l’Ève suave
S’engage en de vagues dangers !
Que sous une charge de soie
Tremble la peau de cette proie
Accoutumée au seul azur !…
Mais de gaze point de subtile,
Ni de fil invisible et sûr,
Plus qu’une trame de mon style !
Dore, langue ! dore-lui les
Plus doux des dits que tu connaisses !
Allusions, fables, finesses,
Mille silences ciselés,
Use de tout ce qui lui nuise :
Rien qui ne flatte et ne l’induise
À se perdre dans mes desseins,
Docile à ces pentes qui rendent
Aux profondeurs des bleus bassins
Les ruisseaux qui des cieux descendent !
Ô quelle prose non pareille,
Que d’esprit n’ai-je pas jeté
Dans le dédale duveté
De cette merveilleuse oreille !
Là, pensais-je, rien de perdu ;
Tout profite au cœur suspendu !
Sûr triomphe ! si ma parole,
De l’âme obsédant le trésor,
Comme une abeille une corolle
Ne quitte plus l’oreille d’or !
« Rien, lui soufflais-je, n’est moins sûr
Que la parole divine, Ève !
Une science vive crève
L’énormité de ce fruit mûr
N’écoute l’Être vieil et pur
Qui maudit la morsure brève
Que si ta bouche fait un rêve,
Cette soif qui songe à la sève,
Ce délice à demi futur,
C’est l’éternité fondante, Ève ! »
Elle buvait mes petits mots
Qui bâtissaient une œuvre étrange ;
Son œil, parfois, perdait un ange
Pour revenir à mes rameaux.
Le plus rusé des animaux
Qui te raille d’être si dure,
Ô perfide et grosse de maux,
N’est qu’une voix dans la verdure.
— Mais sérieuse l’Ève était
Qui sous la branche l’écoutait !
« Âme, disais-je, doux séjour
De toute extase prohibée,
Sens-tu la sinueuse amour
Que j’ai du Père dérobée ?
Je l’ai, cette essence du Ciel,
À des fins plus douces que miel
Délicatement ordonnée…
Prends de ce fruit… Dresse ton bras !
Pour cueillir ce que tu voudras
Ta belle main te fut donnée ! »
Quel silence battu d’un cil !
Mais quel souffle sous le sein sombre
Que mordait l’Arbre de son ombre !
L’autre brillait, comme un pistil !
— Siffle, siffle ! me chantait-il !
Et je sentais frémir le nombre,
Tout le long de mon fouet subtil,
De ces replis dont je m’encombre :
Ils roulaient depuis le béryl
De ma crête, jusqu’au péril !
Génie ! Ô longue impatience !
À la fin, les temps sont venus,
Qu’un pas vers la neuve Science
Va donc jaillir de ces pieds nus !
Le marbre aspire, l’or se cambre !
Ces blondes bases d’ombre et d’ambre
Tremblent au bord du mouvement !…
Elle chancelle, la grande urne,
D’où va fuir le consentement
De l’apparente taciturne !
Du plaisir que tu te proposes
Cède, cher corps, cède aux appâts !
Que ta soif de métamorphoses
Autour de l’Arbre du Trépas
Engendre une chaîne de poses !
Viens sans venir ! forme des pas
Vaguement comme lourds de roses…
Danse cher corps… Ne pense pas !
Ici les délices sont causes
Suffisantes au cours des choses !…
Ô follement que je m’offrais
Cette infertile jouissance :
Voir le long pur d’un dos si frais
Frémir la désobéissance !…
Déjà délivrant son essence
De sagesse et d’illusions,
Tout l’Arbre de la Connaissance
Échevelé de visions,
Agitait son grand corps qui plonge
Au soleil, et suce le songe !
Arbre, grand Arbre, Ombre des Cieux,
Irrésistible Arbre des arbres,
Qui dans les faiblesses des marbres,
Poursuis des sucs délicieux,
Toi qui pousses tels labyrinthes
Par qui les ténèbres étreintes
S’iront perdre dans le saphir
De l’éternelle matinée,
Douce perte, arôme ou zéphir,
Ou colombe prédestinée,
Ô Chanteur, ô secret buveur
Des plus profondes pierreries,
Berceau du reptile rêveur
Qui jeta l’Ève en rêveries,
Grand Être agité de savoir,
Qui toujours, comme pour mieux voir,
Grandis à l’appel de ta cime,
Toi qui dans l’or très pur promeus
Tes bras durs, tes rameaux fumeux,
D’autre part, creusant vers l’abîme,
Tu peux repousser l’infini
Qui n’est fait que de ta croissance,
Et de la tombe jusqu’au nid
Te sentir toute Connaissance !
Mais ce vieil amateur d’échecs,
Dans l’or oisif des soleils secs,
Sur ton branchage vient se tordre ;
Ses yeux font frémir ton trésor.
Il en cherra des fruits de mort,
De désespoir et de désordre !
Beau serpent, bercé dans le bleu,
Je siffle, avec délicatesse,
Offrant à la gloire de Dieu
Le triomphe de ma tristesse…
Il me suffit que dans les airs,
L’immense espoir de fruits amers
Affole les fils de la fange…
— Cette soif qui te fit géant,
Jusqu’à l’Être exalte l’étrange
Toute-Puissance du Néant !

  



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