à propos de mystique et amour!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 18-07-12 à 18:53  Lu :1691 fois
     
  
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Cher ami, si Omari, en profane, j'ai concocté pour vous répondre ces passages d'un article qui parle de l'analyse nietzschéenne de l'amour mystique! Veuillez agérer , c'est vous l'ascète!
Il y a dans toute expérience mystique, l'union intime de l'homme avec Dieu. Et cette union passe par un lien privilégié et profondément humain qui s'appelle amour. C'est même un grand amour par son caractère entier. En effet, cette expérience se manifeste parfois par un don de soi-même à Dieu, un don si total et même si inconditionnel que le moi s'évanouit en Dieu par son haut degré de communion. On devient une espèce de réceptacle où la présence divine vient, en de rares instants et des moments exceptionnels, se recueillir. C'est un peu comme une bouteille vide qui recueille une fumée qu'on y souffle.
L'expérience mystique exige, en général, une suprême union avec Dieu qui ne peut résulter que d'un amour qui aspire à dépasser tout égoïsme et à une soumission à la volonté divine. Cette soumission doit être parfaite au point que même les bonnes intentions, la recherche du mérite par de bonnes œuvres ne peuvent la perturber dans sa sublime indifférence. La cime de cet amour est la perfection qui consiste en une contemplation si grande qu'elle s'achève dans l'extase. L'extase peut être le résultat d'une grande dévotion telle que la prière ; ou d'une faveur particulière de la divinité ; ou d'une investigation de l'illumination intérieure.
Sous l'influence de l’amour divin, l'âme semble oublier le monde. Sa substance elle-même et ses facultés ont tout délaissé pour qu'elle puisse être entièrement aux soins exclusifs et au plaisir de son Bien-Aimé. Elle dépense toutes ses forces pour Dieu. Son activité n'a plus qu'un but : l'amour.
Cependant, cet amour spirituel n’élimine pas totalement la dimension trop humaine qui semble en être le fondement même, voire la condition première. En effet, là où l'élément humain, le corporel est évident dans l'amour mystique, c’est justement la contemplation extatique. Celle-ci est le summum de cet amour. L'extase, forme suprême de l'amour mystique, considérée sous cet aspect, devient un refuge délicieux dans la mesure où la nature peut émouvoir les sens et l'imagination. Ayant le sensible comme fondement, elle relève du même phénomène que celui de l'esthétique. Car, dans l'un et l'autre, les phénomènes se passent de la manière suivante : les images de la vie sensuelle sont exaltées et la force intra-humaine qui les exalte est, en elle-même, transfiguratrice. Ainsi, une certaine plénitude est mise dans toutes les choses. Dès lors, la beauté et le sentiment de plénitude ne sont rien d’autre qu’une excitation de la sensualité qui fait jaillir l'ivresse ou l'extase. Ce qui est beau agit donc comme un embrasement sur le sentiment du plaisir, tout comme l'amour dans la passion contient en lui-même une force transfiguratrice. Ces dispositions signifient une surabondance de forces chez les personnes qui connaissent aisément l'extase.
En réalité, les causes sensuelles de l'excitation qui conduisent à l'état d'extase comme leur achèvement, sont multiples et diverses : la première et la plus fondamentale est l'excitation sexuelle, selon Nietzsche. Mais, toutes les émotions fortes et toutes les grandes convoitises de nature sensuelle expliquent également cet état particulier du sujet aimant. En effet, l'extase ou l'ivresse n'advient que lorsque la sensibilité est si excitée et si exacerbée qu'elle décharge d'un seul coup et avec une certaine violence toute la tension et l'intensité de l'énergie qu'elle a accumulées. Un tel phénomène se manifeste concrètement par un pouvoir de représentation ou d'imagination qui transfigure et métamorphose toutes choses. Toutefois, ces manifestations sont habillées par un extraordinaire nom, en l’occurrence, l'amour. Néanmoins, cet amour sauve de la vie, c'est-à-dire de la pire face des réalités de l’existence ou du monde. Le "Nirvana" de Schopenhauer ne serait rien d’autre que cet état extatique dont la force de transfiguration est telle que le moi se dissout dans une sorte de sérénité et de quiétude absolues.
L'extase contient, comme élément intrinsèque, une autre réalité : la douleur ou les souffrances. En effet, l'extase naît ou d'une suprême force de l'imagination à la suite d'une grande intensité du désir (sensuel ou sexuel) ou d'une cuisante douleur. Dans le premier cas, on peut dire, qu'il s'agit d'une sublime aspiration à la présence du Dieu aimé dans son absence même. Le deuxième cas relève de la dimension cruelle de l'homme. Selon Nietzsche, il s'agit d'un reste, d'un souvenir vivace des âges primordiaux de l'humanité. En ce sens, l'amour dissimule quelque chose de plus macabre : la soif de sang, l'ivresse des foules en délire. Dans le caractère tragique de la cruauté, on tire une jouissance personnelle qui est pleine de transports. Le cœur de l'homme se conduit comme s'il était assoiffé de volupté, mais d'une volupté dans la cruauté ; en d’autres termes, il est assoiffé de sensations extrêmement fortes.
Le fait de vouloir la souffrance même la plus atroce comme moyen de purification, le fait d'aspirer à se faire volontairement mal, relèvent d'un véritable plaisir qu'engendre la douleur. Selon Nietzsche, en dépit de ce que ce sentiment soit appelé amour de façon pudique, ou avec la volonté de s'illusionner, il n'y a pas de doute que la réalité cachée et fondamentale du grand amour mystique est la volupté, même sensuelle. Quand les grands mystiques se mortifient dans l'intention de se purifier, de se rendre dignes aux yeux de leur divinité aimée, c'est encore la volupté de ce qui est douloureux comme il l’écrit à juste titre « Moi, je dis : la volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent, de naissance, que dans le mal se trouve toute volupté » .
Avant d’atteindre et de connaître la paix, l'âme est, auparavant, d'autant plus tourmentée que l'appétit sensuel est intense. Et elle peut être soumise à de grandes souffrances si ses appétits sont nombreux. Car les désirs autres que celui de l'amour exclusif de Dieu, rendent l'union mystique extrêmement difficile ; et l’impossibilité de cette union génère également les souffrances de l'âme.
C'est pourquoi, pour aller à Dieu, elle doit se mortifier et, pour ainsi dire, se purifier de tout ce qui n'est pas son Dieu. Car l'espérance mystique est en proportion du dépouillement le plus pur considéré comme la frontière qui donne à la perfection, c’est-à-dire la relation avec Dieu, dans une 'union extatique. Lorsque cet état est atteint, toutes les œuvres de l’aimant deviennent non seulement bonnes mais même pures parce qu'elles sont réalisées avec l’amour parfait de Dieu, autant qu’un sujet puisse le vivre. Car, celles-ci ne sont plus faites dans le but de chercher une complaisance narcissique, ni une joie, ni un agrément, ni une consolation, ni même une louange. La seule joie doit consister, pour l'âme amoureuse de Dieu qui agit de la sorte, à servir ce dernier, parce qu'elle ne veut rien pour elle-même. L'excellence des choses réside dans leur jouissance désintéressée ; et l'âme qui se tient dans l'obscurité ou la discrétion, connaît le bonheur parce qu'elle agit suivant la seule fin de glorifier et d’honorer uniquement Dieu.
L'expérience mystique montre un certain parallèle avec l'amour humain. Il aveugle et grâce à son imagination prodigieuse, il promène ou jette un regard de beauté sur toutes choses. Sa puissance sensuelle est telle qu'il transfigure. La mystique a même une ressemblance manifeste avec les amours éternelles de Tristan et Yseult, de Roméo et Juliette. Car, la mort apparaît comme le lieu où leur union est non seulement possible, mais où elle s’achève définitivement. La mort en est l'accomplissement. Cependant, quelle que soit la couleur de l'amour, c'est-à-dire la manière dont il se manifeste, quelle que soit également la poésie qui l’exprime, l’exulte et l'habille, il demeure fondamentalement humain. Et ses racines sont comme profondément ancrées dans la puissance sensuelle du corps humain. A ce titre, Nietzsche écrit justement : « Cette preuve, c'est l'"amour", ce que l'on nomme amour dans toutes les langues, dans tous les mutismes du monde. L'ivresse vient ici à bout de la réalité, au point que l'on dirait, dans la conscience de l'amoureux, la cause première est estompée et que l'on trouve autre chose à la place -un frémissement, un scintillement de tous les miroirs magiques de Circé... L'amour, et même l'amour de Dieu, le saint amour des "âmes délivrées" reste fondamentalement une seule et même chose : comme une fièvre qui a des raisons de se transfigurer, une ivresse qui fait bien de mentir sur son propre compte... En tout cas, on ment bien quand on aime, on se ment, et l'on ment sur son compte : on s'imagine transfiguré, plus fort, plus riche, plus parfait, on est plus parfait ».

  



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 Réponse N°1 25396

interrogation
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 18-07-12 à 20:16



Tout d'abord, Si Ahmed, je tiens à vous rendre hommage pour votre générosité. Vous ne cessez de partager avec nous vos préoccupations mais aussi les nôtres. Je vous tire chapeau car vous possédez une qualité rare c'est la curiosité. Tous les sujets vous intéressent. Je m'incline lorsque vous répondez à nos messages en improvisant des vers composés avec beaucoup d'harmonie et d'amour.

Ma question à propos de l'histoire du mysticisme: pourquoi très peu de place est accordée aux femmes?





 Réponse N°2 25398

Point du tout!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 18-07-12 à 20:46



D'abord merci de vos gentils mots!c'est de votre délicatesse que j'abuse madame!

Si vous parlez des femmes mystiques: il y en a et des plus célèbres -si je puis dire-: Rai3a al Adaouia, Sainte thérèse D'avila pour ne citer que celles-là!

Beaucoup de Sahabiate aussi se sont déclarées dans ce courant!

(ce qui est quand-même à signaler c'est que ces femmes n'ont pu être citées que par le biais de leurs relations à des hommes: c'est la femme de , la fille de.. , la soeur de...)

et puis, les bouddhistes ,le sont toutes!

maintenant si vous parlez de la femme comme amour du mystique, et bien c'est justement à travers, cette sublimation de l'amour de la femme, aussi bien sur le plan émotionnel que physique, qu'il essaie d'atteindre Dieu, et c'est en opérant cette jonction entre plaisir physique et spirituel qu'il tente d'accéder à l'extase!

Ps: C'est un petit en-cas , en attendant si Omari!





 Réponse N°3 25418

Soufisme et mystique
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 18-07-12 à 22:11



Votre exposé, cher ami, est de l’exégèse, de l érudition. Vous avez parfaitement contourné l’expérience mystique d’un vrai mystique. Il n’en demeure pas moins que l’expérience mystique peut être une initiation, comme dans l’hindouisme, qui part de l’ascèse vers la rencontre avec la vérité (Dieu) ou qui part de la rencontre de Dieu vers l’ascèse, le cas de Abou Hamid Al Ghazali ou de Blaise Pascal.

Dans la culture arabo-musulmane on parle de « soufisme », synonyme de « mystique ou de mysticisme » dans la culture occidentale. L’idée d’un soufi, dans notre culture, est liée à des personnes qui l’incarnent comme Ibnou Arabi ou Rabiaa Al Adaouia, de même qu’elle est liée, chez les occidentaux aux anachorètes. Il s’agit de personnes qui ont choisi l’isolement et qui partagent leur vie entre la prière, la méditation et l’ascèse. Cependant, on demanda un jour au prophète ce qui est le soufisme, il répond que le soufisme c’est l’Islam. Sans autre explication, tous ceux qui étaient présents avaient compris. Un soufi est tout simplement un musulman, et le prophète en fut le modèle, mais un modèle parfait. Le soufisme (mysticisme) d’Ibnou Arabi, de Rabiaa Al Adaouia ou des anachorètes devient alors l’exception, toléré mais il n’est pas obligatoire. En ce sens, le soufi, le musulman alors, est l’être le plus sociable. Ainsi, quiconque peut être soufi. On peut s’interroger maintenant par quoi le soufi est musulman et le musulman est soufi. Comment, par exemple, le soufi musulman ou le musulman soufi peut-il aimer mystiquement son épouse et réciproquement ?





 Réponse N°4 25434

passion et raison
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 18-07-12 à 22:48



L'union avec Dieu repose sur une relation passionnelle.

Voltaire dénonce cette union car pour lui elle ouvre la voie au fanatisme.





 Réponse N°5 25441

une blague!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 19-07-12 à 02:27



En attendant que notre ami, Si Omari, nous parle de l'amour mystique entre un homme et son épouse! je raconte une blague, juste pour détendre l'atmosphère !

Un soufi avait pour voisin un dépravé alcoolique . Ils ne se parlainent point. Ils étaient tous les deux solitaires et avaient chacun une chatte!

Un jour celles-ci se rencontrent. La chatte de l'ivrogne était bien grasse, et bien portante:elle s"étonne de voir la chatte du soufi, maigre, presque famélique, et en plus elle a pour particularité les oreilles bien longues. la chatte bien portante , parce que l'ivrogne, la nourrisait de petits morceaux de tous les délices qui accompagnaient son breuvage; du fromage par-ci, des saucisses par-là..., elle s'adresse à la chatte famélique " qu'as-tu à être comme ça squelettique ? ton maître ne te nourrit pas?

la chatte famélique soupire et dit: Mon maître est soufi, la nourriture ne l'intéresse point! par contre chaque fois qu'il rentre à la maison, il me soulève par les oreilles, me contemple de toute son âme en disant : Soubhana allah, soubhana allah, Ykhla9o ma ya chaa!"

Nb: il est permis de considérer la femme comme une chatte! (Rires)





 Réponse N°6 25442

En voila une idée !!!
  Par   Samira Yassine  (CSle 19-07-12 à 05:59



Je me demande si vous seriez heureux des longues oreilles de ..... C` est doublemnt bénéfique . Elle vous écouterait mieux et serait plus docile. Mon mari serait le premier à approuver.hhhhh





 Réponse N°7 25443

Evidemment
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 19-07-12 à 07:28



Quand ce ne sont pas des souris ce sont des chattes. Là le mystique devient démoniaque. Bien raisonné! Or souris résonne mieux avec soufi.





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