à propos de "merci"

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 13-05-12 à 13:26  Lu :1063 fois
     
  
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À propos de ce « merci », j’en profite pour présenter un passage remanié, d’une étude faite par Catherine Kerbrat-Orecchioni, dans son article : système linguistique et éthos communicatif .
Les formules rituelles, telles celles de politesse peuvent être la trace, d’une certaine logique culturelle sous-jacente. Ces faits de langue reflètent certaines valeurs et normes culturelles en matière de communication, et il est possible d’exploiter certaines observations linguistiques pour reconstituer au moins partiellement cette logique culturelle, c’est-à-dire l’ethos communicatif propre à la société concernée. Les cas d’emploi du remerciement permettent de faire l’inventaire de ce qu’une société donnée considère comme des “actions bienfaisantes” (tout comme l’excuse permet de lister ce qu’elle considère comme des offenses). Mais on peut voir aussi des indicateurs culturels dans les formulations elles-mêmes du remerciement. Ainsi, le “merci” français se contente d’accuser réception d’un cadeau et d’en exprimer quelque gratitude ; même chose de l’anglais “thank you”, et de son quasi-équivalent “I appreciate”. Mais en arabe, cet acte de langage se réalise volontiers sous la forme d’une bénédiction ( choukrane : semble froid, et scolaire) la majorité diront « Que Dieu te protège, que Dieu le remplace ( allah ykhlaf) ,Qu’Il te donne la santé , etc.). Quant au Japon, ce sont les formules d’excuse (divers équivalents de “je suis désolé”) parce que , lorsqu’on se trouve contraint d’accepter un cadeau ou une faveur quelconque, on éprouve un sentiment mêlé de gratitude et de culpabilité (coupable d’avoir accepté de léser le territoire d’autrui, et débiteur tant que l’on ne lui aura pas “rendu la pareille”). Tout est alors question de dosage: si c’est la gratitude qui l’emporte, comme c’est généralement le cas, on se contentera de remercier ; si le sentiment de culpabilité est dominant, comme le veut la mentalité japonaise particulièrement “sensible à la dette, on produira plutôt une formule d’excuse . De la même manière, un visiteur coréen prononcera en clôture d’interaction une formule comme “Excusez-nous pour le dérangement”, alors qu’en France cette formule n’est de mise qu’en cas de visite inopinée, et véritablement “dérangeante” (le remerciement étant sinon jugé suffisant). Certaines de ces valeurs se retrouvent d’ailleurs à l’identique, comme la “bienveillance, la franchise, ou la modestie .
. L’approche interculturelle présuppose l’existence de grandes “tendances générales”, qui transcendent les variations sociolinguistiques ou “sous-culturelles” (liées par exemple au sexe du sujet, à sa classe d’âge, à son milieu socioprofessionnel, ou au fait qu’il vit en milieu rural ou citadin.
Remercier un proche ou un inférieur dans une société où il ne convient pas de le faire, mais aussi s’excuser là où l’on attendrait un simple remerciement, sont des “failures” de nature socio-pragmatique ;en revanche, dire, sous l'influence de l'anglais, "J'apprécie" au lieu de "Merci" ou "C'est gentil", ou à l'inverse, sous l'influence du français, "Sorry Sir, what time is it ?", c'est se rendre coupable d'un "raté" purement pragmalinguistique.
 Mais comment traiter “Que dieu vous garde”, adressé à un Français en guise de remerciement? il s’agira d’un phénomène sociopragmatique si la formule conserve un caractère religieux, mais pragmalinguistique dans le cas contraire.

  



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 Réponse N°1 21256

re
  Par   marocagreg  (Adminle 13-05-12 à 14:36



Merci. C'est intéressant !





 Réponse N°2 21258

Que Dieu...
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 13-05-12 à 15:43



Vous donne la santé, M. Marocagreg!





 Réponse N°3 21262

الله يرحم الوالدين
  Par   Adi Lachgar  (CSle 13-05-12 à 16:27



Merci cher ami pour le partage.

Personnellement, je n'aime l'expression "merci" ou "Choukrane".Je dis souvent "Allah yarham alwalidine. J'ai vécu une expérience un peu cocasse. Ayant reçu des mains d'un secrétaire d'Etat marocain un prix, je lui dis "Allah yrham lwalidine" Alors, il éclate de rire. A la petite réception qui est organisée après la distribution des prix, il me dit que ça l'avait surpris parce que tout se passait en français et que ça faisait longtemps qu'il n'a pas entendu l'expression.





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